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Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

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WEEK END DES MUSIQUES A

L’IMAGE 2016 :

UN VENT DE NOUVELLE

ORLEANS A LA

PHILHARMONIE !

 

Ces 3 et 4 décembre 2016 avait lieu le désormais traditionnel week-end des Musiques à l'image (qui succède au Festival des Musiques A l’image) organisé par Audi talents Awards et la Philharmonie de Paris. Au programme, après le cinéma de David LYNCH et Alexandre DESPLAT l'année dernière : des rencontres et des concerts autour de l'exploration des musiques des films de Jim JARMUSCH, Bertrand TAVERNIER et Spike LEE ! Retour sur ce week-end de musique et de cinéma avec des entretiens avec le compositeur et pianiste Jean-Michel BERNARD et la chanteuse Angélique KIDJO !

 

David COULTER-Photo Matthew OLIVER
 

Jim JARMUSH Revisité Par David COULTER

Le samedi et le dimanche ont commencé par JIM JARMUSCH REVISITED ; des relectures des musiques des films du cinéaste anglais par un groupe composé de David COULTER a la direction musicale, guitare, violon et scie musicale ; Dave OKUMU  à la guitare ; Terry EDWARDS au saxophone et à la trompette, Steve NIEVE au piano ; Tom HERBERT à la basse ; Seb ROCHFORD à la batterie ; Carla PALLONE au violon, Gaspar CLAUS au violoncelle ; James ARBEN au saxophone ; Mulatu ASTATKE au vibraphone, Alex KAPRANOS (Franz FERDINAND) au chant et à la guitare ;  Camille O’SULLIVAN et Jolie HOLLAND aux voix et Sam AMIDON au banjo, à la guitare et au chant.

Considéré comme le cinéaste le plus musical de la planète, Jim JARMUSCH n’a cessé d’invoquer la musique dans ses films, considérant qu’elle constituait une source d’inspiration. Eclectique et étonnant, l’univers sonore du réalisateur évolue au fil de son œuvre et permet à des artistes comme John LURIE, Mulatu ASTALKE, Tom WAITS (sur DOWN BY LAWN) ou encore SQURL de se côtoyer le temps d’un film.

Après avoir réalisé la direction artistique du spectacle hommage à David LYNCH l’année dernière, David COULTER a choisi d’explorer l’univers du plus original des cinéastes indépendants américains avec Jim JARMUSCH REVISITED ; un cinéaste dont il a découvert l’étonnante variété des bandes originales dans les années 1980.  Pour cette nouvelle célébration, le multi-instrumentiste britannique a embarqué de nombreux invités. Avec eux, au travers d’un spectacle moderne, coloré et rythmé, il a revisité, au travers d’une sélection de morceau, les grandes lignes du parcours sonore de JARMUSCH ; une façon originale de fêter les 35 années de la carrière cinématographique de Jim JARMUSCH. Mais aussi de mettre en avant une sorte de langage universel qui permet à chacun de découvrir l’univers poétique du cinéaste culte anglais.

 
 
Terence BLANCHARD Bertrand TAVERNIER
 

La Trilogie Américaine De Bertrand TAVERNIER !

Le dimanche s’est poursuivi par une rencontre, organisée et animée par Stéphane LEROUGE, avec le grand cinéaste français Bertrand TAVERNIER. Celui-ci est revenu sur sa trilogie américaine: MISSISSIPPI BLUES, réalisé en collaboration avec Robert PARRISH (1983) ; 'ROUND MIDNIGHT (1986) et sa mise en perspective du jazz be bop, et DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE où la musique de Marco BELTRAMI tire ses forces, notamment, du folklore cajun. Le réalisateur, grand passionné de jazz et de cinéma, a longuement expliqué pour quelles raisons la musique tenait une importance primordiale dans ses films. A tel point qu’il tient à lui-même les choisir lui-même. En invité surprise, Jean-Michel BERNARD qui, par un concours de circonstances, avait enregistré une relecture des thèmes écrits par Bruno COULAIS pour VOYAGE DANS LE CINÉMA FRANÇAIS, le documentaire réalisé par Bertrand TAVERNIER, est passé lors de cette Master class consacrée afin de faire une surprise musicale à Bertrand TAVERNIER. C’est ainsi que Jean-Michel BERNARD est venu jouer le thème de ROUND MIDNIGHT et une sorte de jeu de devinettes dans lequel il a mélangé des musiques de films que Bertrand TAVERNIER évoque dans son documentaire. Jean-Michel a bien voulu nous en dire plus, sur Bertrand TAVERNIER mais aussi Lalo SCHIFRIN !

Entretien avec Jean-Michel BERNARD : de Bertrand TAVERNIER A Lalo SCHIFRIN !

Jean-Michel BERNARD, depuis quand connaissez-vous Bertrand TAVERNIER ?

JMB : je le connais depuis cette année ; je l'ai rencontré grâce à Stéphane LEROUGE, alors qu’il réalisait son documentaire VOYAGE DANS LE CINÉMA FRANÇAIS.

Film pour lequel vous avez participé à la bande originale ?

JMB :absolument. Je suis parti, pour faire simple, de huit mesures tirées des deux thèmes principaux composés par mon ami Bruno COULAIS. A partir de là, au piano, je me suis amusé, avec son autorisation, à les détourner. Ce qui a donné les deux morceaux qui figurent dans la bande originale du film, en complément de la partition de Bruno COULAIS.

Que pensez-vous du cinéma de Bertrand TAVERNIER ?

JMB : je dois dire que je suis un fan absolu de ses films. En plus de constituer un de nos plus grands réalisateurs restant dans le cinéma français, je trouve que c'est un homme délicieux et à la mémoire incroyable !

Comment vous placez-vous rapport à sa trilogie américaine qui parle a la fois du jazz et de la Nouvelle Orléans ?

JMB : je dirais que ces films et leurs musiques se situent dans mon univers. Mais c’est pareil avec Lalo SCHIFRIN dont j'ai eu la joie de jouer les musiques lors d’un concert hommage au Festival de Cinéma et Musique de Film à La Baule en novembre.

Justement, que retenez-vous de votre rencontre avec Lalo SCHIFRIN ?

JMB : qu’elle relève du miracle ! D'abord, nous nous sommes tellement bien entendus qu’il m'appelle désormais son frère de musique. Je ne sais pas s’il s’est souvenu que j'avais travaillé pour lui en 1990, il y a donc vingt-six ans. A l'époque, j'avais écrit, pour l’Orchestre de Lyon, mon premier arrangement, en l'occurrence pour la musique du film MOULIN ROUGE. Je me rappelle qu’il en avait été tellement content qu’il m’avait écrit un texte sur mon premier album qui s'intitule YELLOW COW. Là, au Festival de La Baule, nous étions évidemment obligés de nous retrouver car je dirigeais le concert hommage de ses musiques. Cela a représenté un moment  tellement formidable que, lorsqu'il m’a rejoint sur scène, alors que ce n’était pas complètement prévu, qu’il paraissait même hésitant, je crois qu’il a pris du plaisir à jouer avec nous pendant 35 minutes !

Allez-vous renouveler l'expérience ?

JMB : je l'ignore mais, ce que je sais, c’est que avons plein de projets ensemble ! On pense notamment à de nouveaux concerts qui regrouperaient celui du spectacle de La Baule en première partie et la suite qu’il avait écrit pour Dizzy GILLESPIE en deuxième partie.

Et peut-être un disque ?

JMB : justement, j'ai le plaisir de vous annoncer que nous allons enregistrer, en janvier, aux Studios Alhambra COLBERT à Rochefort le programme des musiques de films de Lalo SCHIFRIN telles que je les ai arrangées pour le Festival de La Baule. L’album s'intitulera tout simplement JEAN-MICHEL BERNARD JOUE LALO SCHIFRIN.

Lalo SCHIFRIN va-t-il participer à cet album ?

JMB : Bien sûr ! Nous nous rendrons  à Los Angeles pour enregistrer ses parties. Je suis vraiment content de m’investir dans ce projet pour Lalo SCHIFRIN en qui j'ai trouvé un comparse comme Ray CHARLES, quand je l’accompagnais en concert. Pour moi, je retrouve, et cela me touche tellement c'est rare, dans ma relation avec Lalo SCHIFRIN, les mêmes rapports, de père spirituel, que j'ai eu avec. Ray CHARLES.

Terence BLANCHARD Joue Le Cinéma De Spike LEE !

 
 
Dianne REEVES China MOSES Terence BLANCHARD Angelique KIDJO - photo Jean PICON
 

Le week-end s’est terminé par une grande soirée de clôture consacrée aux musiques des films de Spike LEE autour d’un grand Concert du compositeur et trompettiste Terence BLANCHARD, qui a revisité la plupart des musiques qu’il a écrites pour les films du grand réalisateur américain. Rappelons que Terence BLANCHARD et Spike LEE ont collaboré pour la première fois en 1989 sur le film DO THE RIGHT THING, puis sur MO’ BETTER BLUES et toutes les musiques des films de Spike LEE depuis 1991. Pour ce concert en images, Terence BLANCHARD était accompagné du prestigieux BRITTEN SINFONIA dirigé par Vince MENDOZA ; un compositeur et arrangeur de musique contemporaine et de jazz qui a collaboré avec Terence BLANCHARD sur plusieurs projets autour des classiques de Miles DAVIS et Gil EVANS. Déjà en 2007, ils avaient présenté un spectacle autour des musiques de Spike LEE. Là, à la Philharmonie, on a ainsi entendu des suites de BAMBOOZLED (THE VERY BLACK SHOW-2000), véritable satire  des médias où le réalisateur prend la défense de la communauté noire caricaturée par des acteurs maquillés. Le concert par une superbe chanson interprétée par Dianne REEVES, collaboratrice depuis 1992 de Terence BLANCHARD et deux titres de l’album Let’s Get Lost (I Can't Believe That You're in Love With Me & Can't Get Out of This Mood). On entend ensuite, extrait de la bande originale de CLOCKERS, une chanson émouvante interprétée par China MOSES, la fille de la grande Dee Dee BRIDGEWATER qui interprète aussi une vraie chanson sensuelle, d’amour, de sexe et de jazz !  Après la projection d’extraits de discours de MALCOM X, on entend une chanson  rythmée, grandiose colorée, c’est  A Change Gonna Come interprétée par la béninoise Angélique KIDJO ; rencontre.

Angélique KIDJO, depuis combien de temps vous jouez en concert Terence BLANCHARD ?

AK : cela fait très longtemps que l’on porte ensemble ce projet ! En fait, j'accompagne Terence BLANCHARD depuis les toutes premières représentations de ce spectacle qui a été créé à la fin des années 1990.

De quelle manière travaillez-vous avec Terence BLANCHARD ?

AK : Vous savez, Terence BLANCHARD représente un musicien tellement doué que l’on n’a pas besoin de beaucoup se parler, ni même de répéter, afin de se comprendre et de jouer ensemble. Donc, nous travaillons de manière relativement naturelle, car, dans sa musique, il laisse de l'espace pour tout le monde, les musiciens comme les chanteurs.

Terence BLANCHARD raconte, à travers ses musiques et les films de Spike LEE, une histoire ?

AK : bien sûr, Terence BLANCHARD, à travers ses notes, ses musiques, porte une histoire simple mais qui nous touche énormément, et cela sans émettre le moindre opinion personnel. Et je crois qu’il a raison car c'est à chacun de nous de se forger un avis.

Musicalement, selon vous, d'où viennent les influences de Terence Blanchard, de l'Afrique ou de l'Amérique ?

AK : des deux car la musique de Terence BLANCHARD vient de la Nouvelle Orléans dont la musique est, en partie, basée sur des sonorités africaines. Mais plus globalement, j'ai envie de vous dire qu’il n'existe pas de musique qui ne s’inspire pas des sonorités africaines.

A quoi pensez-vous lorsqu’il se met à jouer, de manière admirable, de la trompette ?

AK : quand il commence à jouer de sa trompette, nous les solistes on pleure car cela nous rappelle les événements tragiques de la Nouvelle Orléans, lors du passage de l’ouragan Katrina en 2005. Et je trouve que Terence BLANCHARD en parle très bien avec sa trompette.

On le constate en effet quand Terence BLANCHARD jour la musique du documentaire réalisé en 2008 par Spike LEE pour la chaine HBO WHEN THE LEEVES BROKE, justement consacré aux conséquences de l’ouragan Katrina. Dianne REEVES y chante lentement un titre émouvant rythmé par le piano, la trompette en contrepoint et la contrebasse. Puis arrive une suite orchestrale, en fait un extrait du Requiem For Katrina, qui commence par un thème martial, de mort, pour roulements de tambour, trompette, et contrepoint de cordes sur les images d’un homme dans l’eau, entouré de paysages dévastés.

Sur JUNGLE FEVER, vous intervenez sur un morceau très énergique ?

AK : vous avez raison mais, pour moi, ce n’est pas le plus important. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’il s’agit d’un morceau qui contient un message. En l'occurrence, cette chanson représente un combat contre les gens qui refusent le métissage, la couleur de l'humanité. Je trouve incroyable que, alors que l’on vit au vingt et unième siècle et qu'on dispose du meilleur de la  technologie, certaines personnes sont encore incapables d’accepter le métissage des populations.

D'où, encore aujourd'hui, beaucoup de violences envers les gens de couleur ?

AK : vous savez, moi,  je ne comprendrai jamais la logique des gens haineux ou violents. Je considère d'ailleurs qu’on ne trouve pas de solution par la violence ou par la haine ; c’est un cercle, un vortex comme mon père avait l'habitude de le dire.  Après, comme je le dis souvent, je n’ai pas de place ni de temps dans mon cœur pour en parler.

Que représente, pour vous, le cinéma de Spike LEE ?

AK : C’est un cinéma très important car il rejoint la réalité de notre histoire en Afrique. J'aime cette idée que, comme notre histoire n’est pas écrite, certains cinéastes comme Spike LEE se chargent, comme des conteurs, de la raconter en la couplant avec des images. Dès lors, cette histoire n’est plus constituée uniquement de mots mais aussi de faits retranscrits sur pellicule. Je crois que c'est important pour se rendre compte de ce qui se passe dans le monde.

Vous reprenez la chanson de MALCOM X A Change Gonna Come ?

AK : je suis contente de reprendre cette chanson de Sam COOKE, que l’on entend effectivement dans MALCOM X, mais qui a été écrite dans les années 1960. Ce qui me choque, c’est que nous sommes en 2016 et, ce dont il parle dans cette chanson, ces gens qui sont nés dans des tentes près d’une rivière, reste malheureusement toujours d'actualité. Je veux dire par là que ce que l’on attend, et ce dont il parle dans sa chanson, n'est toujours pas arrivé. Mais il faut garder l’espoir

 
Terence BLANCHARD - photo Jean PICON
 

Le concert continue par la musique de MO BETTER BLUES, entrainante, jazzy et colorée, portée par le quintet qui joue devant des images de Denzel WASHINGTON dans un club de jazz.

Mais la musique la plus étonnante reste sans doute celle de la 25ème HEURE (25TH HOUR), un film magnifique qui dresse le portrait, sur fond des dernières heures d’un homme libre, de la ville de New York, de ses habitants avec, en filigrane, la douleur des évènements de septembre 2001. On y retrouve d’abord un thème lancé par les percussions, le violon et un piano léger. Puis intervient un développement profond rythmé, porté par la clarinette sur une mélodie lente et des images des deux personnages principaux. La trompette intervient également, apportant d’abord l’émotion avant une certaine gravité lorsqu’elle s’élève. Avant une musique profonde, triste et doucement répétitive. Avec cette splendide partition, qui évolue entre jazz et symphonique, Terence BLANCHARD prouve à quel il constitue à la fois un grand jazzman et un excellent compositeur de musiques de films.

En bonus, nous avons demandé à Jean-Michel BERNARD, lui aussi jazzman et compositeur de musiques de films en perpétuelle évolution, de nous livrer ses impressions sur Terence BLANCHARD.

Jean-Michel BERNARD nous parle aussi du concert, entre Jazz et Nouvelle Orléans, de Terence BLANCHARD ?

JMB : Il y a beaucoup d'éléments qui font que j'ai apprécié ce spectacle. D'abord, en ce qui concerne Terence BLANCHARD, je trouve que c'est un excellent instrumentiste, dans la lignée de Winston MARSALIS notamment. Je pense d'ailleurs qu’il a du faire partie de grands groupes de jazz avant de s’orienter, entre autres, vers la musique de films. Moi, je me sens toujours proche de solistes et compositeurs talentueux comme Terence BLANCHARD car, quelque part, nous partageons le même univers musical.

Le spectacle de Terence BLANCHARD se termine dans la fête avec, en guise, une sorte de procession dynamique et jazzy dans l’esprit de la Nouvelle Orléans ; Terence BLANCHARD, ses musiciens ainsi que les chanteuses se lançant, à travers les travées de la Philharmonie, à une véritable ballade musicale, lyrique et rythmée. Au final, Terence BLANCHARD et ses invités ont présenté un spectacle de haute voltige, dont la musicalité, la virtuosité et les voix des trois divas ont permis d’apporter un regard lucide, parfois grave, parfois festif, mais toujours émouvant aux images de Spike LEE.

Pour l’année prochaine, on ne sait pas encore quels seront les compositeurs invités mais est déjà annoncé le retour de l’Orchestre Symphonique de Londres, rien moins que le meilleur du monde ; on en salive déjà !

Plus d’informations sur les Audi talents awards et le Week-end des musiques à l’image sur

http://www.audi.fr/fr/web/fr/univers/audi-talents-awards.html

Reportage réalisé à Paris les 3&4 décembre 2016