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Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

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Retour Spectacle !
 
Thierry MALET et
 
Bruno SEILLER :
 
LEUR CONQUÊTE DE
 
L'AIR !
Retour sur LA CONQUÊTE DE L’AIR, l’épopée Dassault, une aventure française ; un spectacle multi technologique qui a ébloui les spectateurs du Grand Palais à Paris, théâtre des premiers salons aéronautiques à l’époque héroïque des débuts de l’aviation. Pour évoquer cet évènement éphémère, nous avons rencontré le créateur Bruno SEILLIER qui aime beaucoup l’idée d’une œuvre unique pour un endroit unique. Et qui aime aussi les musiques mélodiques et symphoniques ; d’où le choix de Thierry MALET, compositeur discret, efficace et chevronné (on lui doit plusieurs centaines de musiques de films !), qui possède une vraie approche symphonique tout en étant capable de sortir du répertoire classique pour aller vers des musiques plus actuelles. Pour ce spectacle unique, Thierry MALET a réalisé une partition ambitieuse et puissante, qui s’articule autour d’un thème principal mélodique dédié à Marcel DASSAULT. Cette musique, comme la plupart de celles qu’il signe depuis près de vingt ans, est interprétée par le prestigieux Orchestre Philharmonique de Prague et des chœurs. Autour de ce thème, qui reste omniprésent pendant une large partie du spectacle, parfois de manière extrêmement simple et épuré au piano. Thierry MALET a construit une partition qu’il a voulue homogène entre sensations d’envol, moments de générosité et retour à des rêves d’enfant ; ce que constitue aussi l’histoire de l’aviation ! Bruno SEILLIER et Thierry MALET évoquent donc tour à tour les grandes étapes de la construction du spectacle et de la bande originale, ses difficultés, ses particularités, notamment du fait d’une présentation au Grand Palais, et leur satisfaction du résultat final. Emotions garanties !

 
 Thierry MALET et Bruno SEILLIER
 

Dialogue Entre Le Grand Palais Et Un spectacle

Bruno SEILLIER, le spectacle LA CONQUÊTE DE L'AIR constitue t-il une commande de Dassault aviation ?

Bruno SEILLIER : justement non, parce que le concept, la scénographie ont été imaginés avant que l'on rencontre des gens de Dassault aviation. Maintenant, quand on a commencé à embrasser l'ensemble des coûts du projet, ainsi que les difficultés techniques, nous nous sommes dits qu'il fallait que l'on trouve un parrain du milieu de l'aviation qui serait aussi un sponsor. Nous nous sommes vite aperçus que Dassault aviation, en tant que seule grande entreprise aéronautique française, constituait le seul partenaire possible pour notre projet. Ensuite, il s'est trouvé que, par un grand hasard, nous sommes rencontrés alors que Dassault aviation commençait à réfléchir à la commémoration de son centenaire. Très rapidement, nous avons décidé d'avancer ensemble.

Du coup, votre spectacle raconte l'histoire de l'aviation à travers celle de Marcel DASSAULT ?

BS : effectivement car Dassault aviation constituait notre partenaire exclusif. De fait, il nous paraissait normal d'évoquer largement leur histoire, sachant néanmoins que j'ai bénéficié d'une grande liberté pour construire le synopsis général. D'autant plus, et cela me paraissait très intéressant, que la vie de Marcel DASSAULT constituant un roman, elle me permettait d'embrasser la quasi totalité des grands faits de l'histoire de l'aviation. Je pense notamment à cette alchimie qui existe entre l'homme, l'air et sa monture. Marcel DASSAULT en lui-même représente une forme de quintessence de l'enjeu aéronautique car son histoire ponctue toutes les grandes étapes de l'histoire aéronautique : les progrès en aérodynamique avec la première hélice éclair, l'irruption de l'industrie avec la guerre de 1914/1918, l'aspect commercial, la révolution lors de la seconde guerre mondiale, avec son destin tragique de non renoncement dans la plus grande persécution. Puis, ensuite, il a existé cette ténacité industrielle avec le passage du mur du son par un avion français  DASSAULT. Et ainsi de suite jusqu'à l'avènement du Mirage 3 et aussi sa présence dans Ariane espace, ainsi que sur Airbus à travers la conception des ailes des avions. Et ce qui me semble formidable, c'est que cette aventure continue !

A t-il été immédiatement question de présenter le spectacle au Grand Palais?

BS : complètement. Je rappellerai qu'au départ j'avais été interpellé en 2012, lors de la première édition de LA NUIT AUX INVALIDES, par une personne du Ministère de la Culture. Emballé par le spectacle auquel il avait assisté et les moyens déployés, il m'avait conseillé de rencontrer Air France afin de les aider à développer un  événement autour de leur quatre-vingtième anniversaire, notamment de l'aérogare des Invalides. En me suggérant cette idée, cette personne venait d'allumer en moi une mèche. J'ai alors commencé à réfléchir et, comme une évidence, j'ai pensé au Grand Palais car il ne faut pas oublier que c'est dans cette endroit que le grand public a découvert, bien avant les Salons du Bourget, l'histoire de l'aéronautique. D'ailleurs, l'avion de Clément ADER se trouvait très précisément à l'endroit où nous avons, dans notre scénographie, posé le Rafale. De même, les avions des frères Wright se trouvaient également posés sous cette même verrière. Il me parait alors assez émouvant que, à travers notre spectacle, leurs descendants, en l’occurrence les trois derniers avions emblématiques de DASSAULT, pénètrent aujourd’hui dans le Grand Palais. 

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La Concrétisation D’Un Rêve Musical !

Comment est arrivé Thierry MALET sur le sujet, sachant qu'il avait déjà participé à un de vos spectacles précédents ?

Thierry MALET :j'avais juste composé la musique de la bande annonce du spectacle LES LUMINESCENCES mais je n’avais jamais écrit la musique d’un spectacle entier.

Bruno SEILLIER : en fait, pour moi, la musique originale de LA CONQUETE DE L’AIR constitue la concrétisation d’un rêve. J’ai eu la chance de pouvoir créer beaucoup de spectacles en quelques années mais, paradoxalement, je n’ai jamais eu le temps nécessaire pour bénéficier d’une bande originale spécialement écrite pour un de mes projets. On utilisait toujours des montages de musiques de films ou d’œuvres classiques préexistantes. Sur LA CONQUETE DE L’AIR, on avait préparé une maquette sonore afin que tous les infographistes puissent travailler et que tous les tournages puissent s’effectuer, tout en respectant un time code très précis. Il y avait certains passages musicaux que je souhaitais conserver dans la version finale pour des raisons historiques. Par exemple, Je Ne Regrette Rien d’Edith PIAF apporte une profondeur et fait partie, tout comme les thèmes de TOP GUN ou de L’ETOFFE DES HEROS ainsi que la chanson LES CHEVALIERS DU CIEL par Johnny HALLYDAY, de l’imaginaire de la Conquête de l’air. Mais, sur ce projet particulièrement, je souhaitais vraiment qu’un compositeur apporte une unité thématique qui fonctionne sur l’ensemble du spectacle.

Thierry MALET a-t-il été votre premier choix comme compositeur ?

TM : j’avais très vite pensé à lui mais, comme je suis également une personne prudente, j’ai quand même pris le temps de rencontrer d’autres compositeurs. Ceux-ci m’ont présenté leurs idées. Maintenant, comme pour tous mes spectacles, je voulais que cette bande originale contienne une griffe symphonique. Je veux dire par là que, depuis très jeune, j’aime les grands orchestres et j’avais envie que cela s’entende mais avec une certaine polyvalence car, comme l’avez vu, on ne peut pas rester dans le symphonique pendant tout le spectacle. Il me fallait donc un compositeur qui soit un mélodiste, et Thierry MALET l’est profondément, qui possède une approche symphonique tout en étant capable de sortir du répertoire classique pour aller vers des musiques plus actuelles. Thierry MALET réunissant toutes ces qualités, il constituait le compositeur idéal pour cette CONQUETE DE L’AIR ! Nous avons commencé à collaborer et je dois reconnaitre que je n’ai pas pu lui accorder beaucoup de temps. Maintenant, avec le recul, je suis satisfait de son travail car il a parfaitement répondu à ce que j’avais en tête et, au final, sa musique a trouvé en moi une profonde résonnance.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez découvert la musique de Thierry MALET ?

Bruno SEILLIER : je me rappelle que, lorsque je l’ai entendue la première fois dans son studio, j’ai ressenti des émotions artistiques pareilles à celles du théâtre. Je veux dire que c’était comme quand un comédien rentre dans son personnage et que l’alchimie fonctionne. Vous savez, moi j’avais tout le spectacle en tête et j’ai l’impression que, pour Thierry MALET, c’était pareil tellement, quand j’ai entendu sa musique, elle apparaissait construite pour mon projet. Tous ces moments de création et de découvertes ont été pour moi merveilleux.

Ce spectacle a aussi représenté un challenge technique énorme ?

Bruno SEILLIER : bien sûr car nous avons utilisé les écrans les plus grands que l’on puisse installer au Grand Palais. Ensuite, Il a fallu étayer les galeries techniques et nous avons utilisé plus de 40 camions de 38 tonnes pour transporter l’ensemble des éléments de la scénographie. Cette dernière a d’ailleurs mis quatre jours et demi pour se monter. Vous savez, ce spectacle aura représenté une épopée à chaque étage et c’est pour cette raison qu’il possède une saveur particulière. En plus, on savait dès le départ qu’on ne pourrait pas le jouer ailleurs, sauf peut-être, on ne sait jamais, dans un pays des Emirats Arabes ! Il s’agit vraiment d’une œuvre unique pour un endroit unique : le Grand Palais !

Thierry MALET, d’après-vous, qu’est-ce qui fait que l’on vous a choisit vous plutôt qu’un autre compositeur ?

TM : effectivement, sur ce projet, plusieurs compositeurs ont été approchés. Mais dès les premières images, j’ai été frappé par la force et la ténacité de Marcel BLOCH (DASSAULT) et j’ai tout de suite pensé qu’il lui fallait un thème mélodique fort pour l’incarner à l’écran. Ensuite, le fait que je puisse composer dans une palette de styles suffisamment grande a sans doute compté dans ce choix. Cela peut aller des morceaux de guitare à de la grosse musique symphonique. Enfin, il faut parler des délais nécessaires pour composer et réaliser cette bande originale, et le fait d’achever le tout en un mois constituait aussi un réel défi.

 

Vous fêtez vos dix-sept ans de collaboration avec l'Orchestre Philharmonique de Prague mais, en même temps, vous cumulez une vingtaine d'années de carrière?

TM : pas tout à fait car, si ma première musique de film date de 1995, ma première partition symphonique remonte à 1998.

Jouiez-vous d’un instrument dans votre jeunesse avant de composer ?

TM : j'ai commencé très jeune le piano, en fait à l'âge de sept ans. Mais n’étant pas forcément un bon élève, et mes parents se trouvant en instance de divorce, cela n’a pas représenté des années très faciles. Il faut dire que je n’ai pas été aidé par mon professeur de l’époque, qui ne croyait pas en moi et qui préférait me taper dessus plutôt que de m’encourager. Ce qui fait que je ressentais aucune envie de travailler. Ceci dit, je me rappelle l'avoir bien surpris lors de ma première convocation devant un jury. Alors qu’il se préparait à me sortir de sa classe, car je représentais un élève difficile, j'ai joué mieux que ses autres élèves.

Avez-vous continué la musique dans vos années collège ?

TM : je suis rentré en seconde au Collège de Passy BUZENVAL à RUEIL-MALMAISON. Là j’ai continué à m’entrainer au piano mais je n’avais pas du tout d’argent ; Or, les box de piano étaient payants. J’ai donc triché régulièrement, jusqu’au jour où je suis sorti d’un box et ai bousculé la personne qui s'occupait du Conservatoire local, qui travaillait notamment avec Claude BOLLING.

Comment a t-elle réagi ?

TM : bien sûr, elle a vu que je trichais car je ne pouvais pas payer la location d’un box que j’utilisais plusieurs heures par soir. J’ai donc été pris en flagrant délit de jouer du piano sans en payer le droit. Cette personne a été très bienveillante à mon égard et, surtout, elle a vu que je débrouillais pas mal au piano. Elle avait été surprise de m’entendre improviser et de coller à des musiques de Claude BOLLING dont j’avais découvert en 1973 son album ORIGINAL BOOGIE WOOGIE. Elle m’a alors autorisé à utiliser des pianos prestigieux, comme un grand piano à queue BOSENDORFER, un demi-queue YAMAHA et même un clavecin. La seule contrainte qu’elle m’avait imposée, c’était que, toutes les semaines, je présente à sa classe un morceau nouveau de mon choix.

 

Avez-vous rencontré Claude BOLLING au Conservatoire ?

TM : j'ai effectivement eu cette chance alors que je n'avais que 15 ans. Cette rencontre a représenté une étape charnière parce que j’ai trouvé en lui quelqu’un d’extrêmement libre, un grand mélodiste et aussi un compositeur épris d’une grande liberté. Grâce à lui, à la fascination que je ressentais pour l’homme et le musicien,  j'éprouvais l’impression de sortir de l’obscurantisme classique. Je me suis alors mis à éplucher toutes ses œuvres et, à l’époque, il venait d’enregistrer à Londres, toute une série d’albums qui se situaient entre le jazz et la musique classique. Claude BOLLING reste d’ailleurs quelqu’un qui a toujours été critiqué pour un répertoire un peu trop éclectique dans lequel, personnellement, je me suis complètement reconnu. Vous savez, comme lui je pense, j’adore créer des passerelles, naviguer entre les styles. Je ne veux surtout pas me cantonner à un style !

En quoi cela est-il important pour vous ?

TM : cette diversité stylistique me parait particulièrement utile lorsqu’on nous présente un film avec des musiques temporaires sur les séquences à accompagner. Là, le compositeur doit pouvoir naviguer entre les styles pour apporter de l’homogénéité dans la bande originale.

Cela a du vous être utile sur LA CONQUETE DE L’AIR ?

TM : complètement ! Sur ce film, mon challenge consistait à remettre des réminiscences de timbres et d’orchestrations dans des musiques modernes pour faire revenir une unité musicale sur l'ensemble du film. Donc là, sur des musiques disco, j’ai remis des voix, j’ai même fait jouer l’Orchestre Philharmonique de Prague et, surtout, j’ai même remis des voix solistes qui étaient sur les parties classiques, pour pouvoir obtenir une unité. Et aussi, dans certains endroits, j’ai remis en filigrane le thème principal. Mais c’est ce principe là que j’applique dans tous les films que je mets en musique, depuis le premier où il y avait eu des musiques existantes sur place. J’avais donc à la fois un style très particulier à respecter et, en même temps, à transcender, afin de concevoir une partition homogène, fluide, et qui contienne une progression dans le thème. J’ai même pu faire coexister plusieurs thèmes qui se chevauchaient pour terminer en quelque chose de fort et de puissant.

Justement, il y a combien de thèmes dans LA CONQUETE DE L’AIR ?

TM : on peut dire qu’il existe véritablement un seul thème principal unique, et que les autres représentent des feux d’artifice. A chaque fois, il y a des modèles différents d’avions donc je ne pouvais pas créer plusieurs thèmes. Ce que je voulais, c’était obtenir une unité dans quelques notes et l’unité c’est Marcel DASSAULT. Pour moi, le personnage principal, celui qui faisait mémoire, pour lequel on était là, c’était Marcel DASSAULT. Pendant toute son histoire et jusqu’au bout, je n’ai pas voulu le quitter parce que ces avions représentent vraiment sa descendance et il fallait qu’on arrive à une espèce d’explosion dans un style symphonique. Donc le thème du film c’est celui de Marcel DASSAULT, on l’enfante. Et la première fois que Marcel DASSAULT apparait à l’écran, j’ai immédiatement enclenché sur son thème, qui a la particularité d’apparaitre particulièrement mémorisable, et je ne l’ai pas quitté. Je veux dire par là qu’à chaque fois que je pouvais l’utiliser de nouveau, je le faisais à la manière d’un thème fil rouge.

De quelle manière introduisez-vous le thème de Marcel DASSAULT ?

TM : on l’entend pour la première fois sur la séquence où Marcel DASSAULT, apparaissant de dos,  se trouve sur le tarmac, avec la première manche à air. Cette séquence intervient après une ouverture moderne pendant laquelle il nous regarde mais on sait bien qu’il n’existe plus là puisqu’il nous a quittés en 1986. Là, du point de vue musical, j’ai voulu d’abord rester extrêmement sobre. Mais, quand on plonge dans l’espace, que l’on voit défiler, comme un voyage dans le temps devant Marcel DASSAULT et sa manche à air, tous ces premiers héros, pionniers de la conquête de l'air, j’introduis le thème principal ; le thème de Marcel DASSAULT.

La production était-elle demandeuse de mettre autant en avant le thème de Marcel DASSAULT ?

TM : En fait, sur ces séquences du voyage dans le temps, Bruno SEILLIER et son équipe n’avaient pas prévu de thème mélodique. Ils imaginaient plutôt une musique extrêmement épurée et avec des notes très claires. Je leur ai fourni plusieurs propositions car c’est mon rôle de répondre à la demande d’un metteur en scène. Mais je leur aussi dit que, à mon avis, sur ces séquences, ce serait bien de mettre en avant un grand thème mélodique. En effet, pour moi, si on voulait apparaître fort et dégager une unité sur l’ensemble du spectacle, il fallait dès le début introduire le thème principal de Marcel DASSAULT.  Il s’agit d’un thème d’abord joué au piano très réverbéré, très lointain et accompagné de nappes de voix d’enfants soutenues par une voix d’enfant soliste plus des chœurs de femmes. Ces chœurs me permettaient de créer une musique que je voulais non incarnée.

Vous utilisez souvent des chœurs à Prague ?

TM : j’en utilise assez rarement car, en dehors du coût supplémentaire que cela engendre, utiliser des chœurs représente des contraintes de temps. Je veux dire par là que, derrière l’enregistrement, il existe quand même un travail sur les voix et, surtout, on ne dirige pas de la même manière un orchestre et un chœur. Sur LA CONQUETE DE L’AIR, j’ai failli diriger les chœurs et, finalement, je ne l’ai pas fait. J’ai préféré en confier la responsabilité à une femme très compétente dont j’avais été séduit par sa direction de chœurs, sachant qu’elle dirige aussi des orchestres. Ce que j’ai apprécié dans son travail, c’est qu’elle se basait véritablement sur ma partition pour faire partir les voix. Ce qui m’a permis d’obtenir des voix extrêmement justes sur le conducteur d’orchestre. Cela constituait un vrai challenge pour un chef de chœur de savoir vraiment où faire démarrer les voix, définir les moments où elles respirent. Pour moi, sa direction a représenté un grand bonheur car, en un temps record, elle m’a enregistré toutes les voix, Ce qui n’était pas simple ! 

Etait-il important de rappeler régulièrement, parfois de manière épurée au piano comme sur la séquence de l’air vaincue, le thème de Marcel DASSAULT ?

TM : cela me paraissait essentiel ! Effectivement, il revient souvent de manière extrêmement simple et épuré au piano. Maintenant, j’aimerais préciser que, plus le film avance, plus le thème principal se charge, à la fois de manière symphonique et émotionnelle. Une des premières fois, c’est quand on voit des images d’archives de Charles de GAULLE qui vient de décider de doter la France du feu nucléaire. A ce moment là, alors que l’on voit le Général de GAULLE entouré d’avions, je reprends le thème de Marcel DASSAULT en ternaire ; c’est-à-dire à la manière d’une valse sauf que qu’elle est proclamée, qu’elle se lève comme s’il s’agissait de La Marseillaise. De cette manière, on a l’impression que le thème est joué de manière classique, déployée presque comme une fanfare qui joue. Sauf qu’évidemment, le thème n’est pas interprété par une fanfare mais par l’orchestre de Prague.  

Avez-vous proposé différentes versions de thèmes pour la séquence du passage du mur du son, dont la musique à l’américaine contient de l’harmonica ?

TM : j’ai proposé deux mélodies différentes et quatre versions de thèmes, car j’avais des idées avec ou sans les cordes. Ensuite, Bruno SEILLIER a choisi la version qu’il préférait. A la base, il s’agissait d’un morceau extrêmement épuré, avec juste un murmure de guitare et l’harmonica. Mais, comme je voulais garder une unité avec le reste de la bande originale, je l’ai soutenu avec l’orchestre de Prague.

Comme souvent dans vos musiques, on retrouve pas mal de références ou d’hommages à des compositeurs comme Ennio MORRICONE ou à des musiques connues ?

TM : comme vous l’avez remarqué, j’ai inclus plein de clins d’œil dans ma musique : par exemple, je me suis amusé à faire référence, au début du spectacle, à Howard SHORE et à sa musique en forme de vagues pour LE SEIGNEUR DES ANNEAUX. Sauf que j’y ai mis une mélodie différente. Ce qui fait qu’on ne reconnait plus trop sa musique. Concernant Ennio MORRICONE, plus que les références que l’on trouve dans certaines musiques, je voudrais préciser que j’accepte très rarement que l’on mette des musiques temporaires de lui.

Pour quelle raison ?

TM : tout simplement parce que, une fois qu’Ennio MORRICONE a posé une mélodie, on ne peut plus passer derrière ! Moi, quand on me propose un film avec une musique temporaire d’Ennio MORRICONE, je demande à ce qu’on l’enlève ou qu’on en mette une autre car je ne peux pas passer derrière lui. D’ailleurs, concernant les musiques temporaires, pour éviter ce souci, les grands studios américains possèdent aujourd’hui des bandes de musiques temporaires dépossédées de la mélodie. Il s’agit de musiques dans lesquelles on trouve une vraie teneur à la fois de timbres et d’harmonie. Ce qui permet de véritablement donner l’ambiance de la scène, de voir si cela fonctionne ou pas. Et surtout, il s’agit de références facilement utilisables.

Justement, qu’est-ce qui vous a incité à faire une musique à la manière d’Ennio MORRICONE mais avec une couleur celtique sur les séquences avec le Falcon ?

TM : le fait qu’on a l’impression de voler par-dessus les nuages ! Au début, le Falcon apparait coincé dans son hangar puis, tout d’un coup, il sort. A ce moment, je pense qu’il fallait libérer une énergie, y compris dans l’instrumentation, dans laquelle j’avais envie d’insuffler une liberté ainsi qu’un soupçon d’exotisme. Ce qui me parait amusant, c’est que certaines personnes ont pensé que les instruments classiques improvisaient dans cette musique. Or, j’ai voulu une musique qui donne une sensation de liberté représentée par une guitare, une flûte, un cor anglais et un violon. On a vraiment l’impression qu’ils viennent là pour improviser sauf que ce n’est pas du tout le cas.

Alors que le film se termine en disant que voler est un rêve d’enfant vous concluez avec une musique généreuse et très lyrique ?

TM : cela correspond au premier verset de la genèse : et dieu créa la terre, le firmament, le ciel, le jour et la nuit… Cette phrase, j'ai voulu qu'on l’a mette en chanté et en latin, après avoir demandé à Bruno SEILLIER si cela ne le dérangeait pas. Avec son accord, je l’ai décliné en aria, ce qui reste extrêmement rare en musique de films. J’étais très heureux et je l’ai distribué au chœur sur cinq pupitres (une voix pour les sopranes, deux pour les altis, une de ténor et une de basse). Après, je me suis rendu compte que, même si on avait fait ce morceau de manière très douce, cela ne  l'était pas suffisamment. Surtout, il restait ce rapport à la jeunesse d'où cette idée de faire chanter un enfant. Finalement, j’ai demandé à tous les chœurs de chanter des hum hum qui donnent une très grande retenue avec, par derrière, il y a l’orchestre de Prague et les cordes. J'aime beaucoup cette combinaison entre ces chœurs d’une centaine de chanteurs qui se retiennent et l'orchestre; cela donne comme une magie. Et l’enfant, cette voix pure qui se décline dessus, cela donne une alchimie toute particulière.

D’ailleurs, quand on voit ce spectacle, on le regarde avec un regard d’enfant avec ces avions qui sortent comme par magie ?

TM : c’est effectivement l’idée. Moi, ce que je voyais surtout, c’est que la boucle était bouclée et que, à la fin,  comme un vieillard, on redevient quelque part un enfant. Après une première  fin, on retombe avec ces voix d’enfant et toute cette retenue: c’est le début de DASSAULT ; cela clôture le spectacle à la manière de 2001 : L’ODYSSEE DE L’ESPACE ; la boucle est bouclée. Puis après, de nouveau, le thème de Marcel DASSAULT revient de nouveau déployé avec la totalité de l’orchestre pour le grand final.

Plus d’informations sur le spectacle LA CONQUETE DE L’AIR http://www.conquetedelair.com/

Plus d’information sur Thierry MALET sur http://www.thierrymalet.com/

Et https://www.facebook.com/ThierryMalet.compositeur/