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Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

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Chroniques 
 
 

LE CHALET

Voici la musique d’une série – dont on attend les dates de diffusion - réalisée par Camille BORDES RESNAIS (série LES DAMES entre 2013 et 2015) et Alexis LECAYE. Prenez trois personnages, dont Adèle, enceinte et son compagnon, qui se retrouvent réunis avec d’autres invités dans un chalet au milieu des Alpes. Mais quand le pont qui les relis à la vallée cède, une vague de carnage va commencer ! La musique a été composée par Samuel HERCULE, multi-instrumentiste (guitare, piano, contrebasse...), mais aussi metteur en scène, dont c’est la dixième collaboration avec Camille BORDES-RESNAIS et Alexis LECAYE. Comme le film, qui ressemble à un jeu qui tourne à l’horreur, cette bande originale, il l’a construite autour de la comptine « Comptez Jusqu’à Trois » interprétée par une enfant. Puis qui se trouve reprise par une voix lyrique, aérienne, que l’on entend sur nombre de morceaux, et qui se voit ici interrompue par des sonorités électroniques grinçantes (Le Chalet Des Glaces) ; là mélangée à des arpèges de piano qui reprennent, développent les parties mélodiques ou vocales, tout en accentuant les virages tragiques du scénario (Pente Raide, Rappel). Autour de ce thème, Samuel HERCULE déroule d'abord un mélange d'ambiances inquiétantes, de bruits et de claviers qui répètent des notes, accompagnée de cette même la voix, qui amène charme autant que mystère (Froid). Surtout, et c'est très intéressant même su assez basique, il développe des harmonies simples, liées à l’enfance alors qu’en arrière-plan, on perçoit un danger. Il en est ainsi de ces musiques doucement mélodiques au piano, délicatement répétitives, qui amènent une couleur typique du cinéma français (Les Autres, Des Regrets) ; de même que ce lento de piano constitué de notes espacées, et de structure peu mélodique, (Manu). On l’entend aussi, de manière plus ou moins inquiétante, dans des musiques qui, même si elles dégageant une agréable mélancolie se développent pareillement à celles d’un film d'épouvante (J’Ai Peur, C’est La Vie, Genesta). On note encore une sorte de musique dramatique, intimiste et concertante, doucement mélodique, avec du souffle dans le contrepoint (Le Chant Des Morts) ; après une Marche Funèbre dont la tristesse pianissimo s'avère accentuée par des cordes souvent dans les vibratos, quelques percussions et des voix pareilles à des sortes de lamentations en contrepoint ; il s’agit de musiques qui découlent souvent de la comptine qui fait office de thème principal. Samuel HERCULE se sert aussi des sonorités électroniques, comme sur ce personnage féminin, pour distiller une musique électro urbaine avec, là encore, cette voix qui donne ici un côté suspendu (Muriel). Samuel HERCULE termine par un thème pianissimo plus positif, chantant, avec un contrepoint profond, épais et chaleureux (Juste Un Détail). C’est une découverte que cette musique de Samuel HERCULE, construite autour d’une base mélodique à la fois simple et envoutante. Autour, le compositeur multiplie les thèmes, pour les uns mystiques, essentiellement synthétiques et lyriques, empruntant parfois les codes des musiques de films fantastiques ; pour les autres, plus intimistes, pianissimo, se rapportant à l’intériorité des personnages. Il en ressort alors une partition étonnante et plutôt réussie !

LE CHALET. Série réalisée par Camille BORDES RESNAIS. Scénario : Camille BORDES- RESNAIS et Alexis LECAYE. Avec Philippe DUSSEAU, Chloé LAMBERT, Émilie de PREISSAC, Marc RUCHMANN, Éric SAVIN, Blanche VEISBERG, Nicolas GOB, Maud JUREZ, Manuel BLANC, Mia DELMAE, Agnès DELACHAIR, Mathieu SIMONET, Pierre-Benoist VAROCLIER, Nade DIEU, Catherine VINATIER... Avec la participation de Thierry GODARD.  Musique originale de Samuel HERCULE disponible en digital chez BOriginal/Cristal records.

 
 

UN CIEL RADIEUX

Après MADE IN FRANCE, le réalisateur Nicolas BOUKHRIEF a choisi, par ce téléfilm, de rendre un hommage au mangaka Jirô TANIGUCHI, décédé en février dernier. En l'occurrence, il s'agit d’une exploration, empreinte de spiritualité, du parcours de Vincent (Léo LEGRAND), marié et père d'une petite fille. Quand, à sa sortie du coma, il se réveille, c’est comme transféré dans le corps du jeune motard qu’il a percuté avec sa voiture. Cela s’est passé un soir au retour de son travail, ivre de fatigue. Fidèle à ses habitudes, ROB propose une musique sonore électronique dont le minimalisme sonore et l’ambiance irréelle permet, selon le souhait de Nicolas BOUKHRIEF,  de traduire l’étrange réalité de cet sorte d’entre-deux-mondes. Sur des images de plages et ciels du nord de la France, il commence par un beau thème atmosphérique, hypnotique même. Et qui revient dans différentes variations, qui introduisent joliment des scènes apaisées, comme du vent qui bruisse dans les feuilles, trahissant invariablement la présence d'un fantôme bienveillant. Cette musique se trouve composée de sonorités profondes, de bruits divers, percussifs et grinçants. Le tout appuyé, renforcé, par une mélodie assez classique mais suffisamment forte  pour nous plonger dans ce ciel où se retrouvent les âmes disparues (Cloud) ou en reconstruction (Reeducation). Restant dans ce même univers, ROB continue par des « Coussins du ciel »  (Sky Pads) toujours aérien mais plus lyriques que mélodiques. Particulièrement dans une première partie, qui se compose d’une cellule répétitive entrecoupée d'espaces ; la deuxième apparaissant plus profonde, large et étincelante. Dans le même esprit, il développe aussi de longues musiques exploratrices, comme suspendues dans les hauteurs et le lyrisme, mais dénuées de mélodie, avec des notes tombantes de claviers  (Atmos Alpha) ; également un thème mélodique qui se déploie lentement, avec des claviers qui jouent des sonorités presque religieuses (Atmos II). On remarque encore que, dans la mouvance d’influences électro contemporaines, Rob embraye par un mouvement grave composé de larges boucles obsessionnelles (Vaudou HO). Également des voix qui se posent comme des lamentations, de longs cris (Vaudou Voices). Entre les deux, parfois, ROB introduit une sorte d'éclaircie, de boucle brillante, positive et planante (Sky Open) qui se mélange à une voix sur le Générique de fin. Pour cette œuvre surprenante, où la méditation l’emporte sur l'incroyable, on retrouve comme compositeur le talentueux ROB qui, pour cette musique, a été récompensé au Festival de télévision de la Rochelle. Si, comme à son habitude, il signe une partition très électronique, rythmique, sa musique apparaît aussi délicatement mélodique, souvent atmosphérique. Et au final, elle intervient comme un vecteur des expériences métaphysiques, entre la vie et l’au-delà, que traversent les personnages.

UN CIEL RADIEUX.  Un film de Nicolas BOUKHRIEF, avec Léo LEGRAND, Dimitri STOROGE, Marie KREMER. Musique originale de ROB déjà disponible en digital et prochainement en cd chez Music Box records.

TREPALIUM

Voici la bande originale de la dernière série d'Arte qui se déroule dans un futur où le travail serait devenu tellement rare qu'on parquerait les chômeurs derrière un mur ; en quelque sorte, comme le dit le réalisateur Vincent LANNOO-BOURTON, un monde qui pousse l’ultralibéralisme à l’extrême, dans un univers cloisonné. En ce qui concerne la musique, on la doit à Thierry WESTERMEYER (SKATE OR DIE de Miguel COURTOIS en 2008) qui a commencé par une formation classique de piano et d'accordéon, avant de s’orienter vers la musique rock et électronique à l’âge de 17 ans. On le remarque en 2012 sur le téléfilm DELIT DE FUITE de Thierry BINISTI, avec Eric CANTONA. Dès le générique, il installe un motif moderne et inquiétant de thriller futuriste mais à l’impression de déjà entendu, probablement par son côté répétitif, noir à base de cordes et de percussions, et d'un contrepoint crescendo (Trepalium Générique Début). Ce n’est pas un thème qui revient à proprement dire si ce n’est dans sa construction dans les vibratos qui appuie un caractère inéluctable (Les Plus Proches). Il continue par le thème de la glaciale Première ministre (Ronit ELKA-BETZ); un motif aérien, mélodique mais aussi doux, féminin, qui contient du piano, ainsi que des percussions pour la dimension fantastique (Nadia). Sur le jeune Noah, Thierry WESTERMEYER amène ensuite un thème sombre sur lequel se posent des notes et des rythmiques électroniques (Noah). Il joue aussi de sonorités purement électroniques, avec des relents rythmiques et de grandes boucles répétitives et résonnantes (Interrogatoire, Aucune Mort Anonyme). Il dépeint ainsi les contours d’un cauchemar futuriste en alternant les thèmes mystérieux, avec des moments plus doux incarnés par quelques notes de piano qui adoucissent un climat lourd avec, parfois, une ligne de violoncelle en contrepoint (J'ai Besoin De Vous,  Venez) ou encore des percussions scintillantes et quelques notes de harpe (Remplacé, Mort De Thaïs). Il propose aussi des thèmes qui appuient les moments dramatiques, comme cette musique profonde très lente, étrange (Le Directeur Est Mort) ; également le suspense, le côté parfois pesant (On Peut T’aider), parfois l’action avec des sons qui ressemblent à des pulsations et qui donnent du rythme (Fuite). Ou aussi une tension, notamment sur le duo Silas, l’éternel second d’Aquaville, et son fils Ruben. D’où un thème grinçant, parfois rythmé par des notes de piano pareilles à des gouttes d'eau et des bruits grondants (Silas Et Ruben). Thierry WESTERMEYER introduit encore une sorte de musique en suspension, irréelle et en même temps qui contient comme l'annonce d'une bonne nouvelle (Choisie). Restant dans le mystère, il introduit plusieurs thèmes intéressants, à la fois dans la couleur de la partition, c'est-à-dire froid, et en même temps, plus sensuel, mélodique grâce à une ligne de violoncelle d'inspiration orientale; un thème réussi évoquant le jeu de séduction du Jeff et, en même temps, la méfiance de Lisbeth (Jeff et Lisbeth). Ou plus classique, entre notes synthétiques, percussions et piano et cordes qui développent un mouvement émouvant (Amoureuse). Pour le personnage central d'Izia, qui espère quitter la Zone et rejoindre le Sud, l’endroit où le travail existe encore Thierry WESTERMEYER introduit un thème complexe. Là encore, il utilise des percussions, et surtout des cordes en profondeur (Izia, Trois Options). Pour son double, presque sa sœur jumelle, il amène un superbe motif de piano répétitif accompagnée de cordes amenant un contrepoint profond et mélodique (Thaïs dans la zone). Sur le dernier épisode, on entend de nouveau des thèmes graves, qui se développent délicatement, sur des lignes en mineur (Révélation). Il renouvelle également les sonorités, rajoutant au piano des flûtes et quelques percussions (Checkpoint), en particulier des tambours utilisés de façon appropriée (Révolution). La partition se termine par un vrai final d'anticipation, légèrement rythmé, avec des cellules graves et rythmées répétitive, sur des notes sombres (Trepalium Epilogue). Au final, par sa musique qui brasse autant les univers fantastiques que romantiques, Thierry WESTERMEYER s’est associé à sa manière à un imaginaire qui tournait autour de la régression. Par ses sonorités souvent synthétiques mais aussi acoustiques, notamment de piano et cordes, il suit les parcours politiques ou plus intimes des personnages. Il participe ainsi, et ce malgré la rareté des mélodies, à amener l’esthétique rétro-futuriste de cette série française plutôt réussie. 

TREPALIUM. Bande originale de la série de Vincent LANNOO-BOURTON, avec  Ronit ELKA-BETZ, Achille RIDOLFI, Lubna AZABAL, Aurélien RECOING. Musique originale composée par Thierry WESTERMEYER disponible en digital chez BOriginal/Cristal.

DOWNTON ABBEY - THE ULTIMATE COLLECTION

Voici enfin éditée et en plus en double cd, la musique de la série britannique à succès. Celle-ci raconte l'histoire des descendants de la fratrie  Crawley dans une demeure anglaise,  dès les années 1910. Plus précisément, il s'agit des complots autour de la succession de la fortune familiale qui, ne pouvant revenir aux trois filles, bénéficie à un héritier mâle, en l'occurrence Matthew Crawley, un lointain cousin. Les musiques ont été composées par John LUNN, qui a beaucoup travaillé sur des séries télévisées et a écrit plusieurs opéras ainsi qu'un concerto pour violon. Pour introduire idéalement le programme, le compositeur propose une suite de sept minutes (Downton Abbey - The Suite) où il reprend d’abord le thème titre, enlevé et obsessionnel, de la série, assez rythmé dans des cordes trépidantes et du piano ; un motif superbe, ample et coloré, qu’il développe largement avec des parties de vibraphone naviguant sur des cordes resplendissantes. Celles-ci introduisant des mouvements plus intimistes, parfois chantant, d’autres fois obsessionnelles, à base de piano, de cor et de violon solo. John LUNN introduit ensuite un mouvement mélodique de cordes ; un thème intimiste, porteur d'un poids (Story Of My Life). Il continue par un des nombreux thèmes d'élégance toute britannique de la série, ici à la mélodie chantante, reprise par le piano – joué par le compositeur-, puis l'orchestre, qui amène une certaine fougue (Love And The Hunter), ou plus enjoué, rythmé essentiellement par des cordes dynamiques (violons, altos et violoncelles) et un piano en retrait (New World) ou encore  d'essence romantique, doucement mélodique, accompagné surtout d'une ligne de violon solo mélancolique (A Dangerous Path). Puis il part dans un thème tiré par le piano, tandis que des cordes frémissantes le relance (Preparation) ; le piano présent dans un lento qui dégage une véritable nostalgie, accentuée dans un second temps par un thème très touchant (Such Good Luc). John LUNN propose aussi plusieurs chansons : d'abord la superbe, mais assez conventionnelle, Did I Make The Most of Loving You, élégante jusqu’à son interprète Mary-Jess LEAVERLAND ; puis I'll Count The Days, une chanson d'amours remémorés pour partie en piano voix par Rebecca FERGUSON. John LUNN n'en oublie pas une dimension sérieuse, ici introduite par un solo de violon, une sorte de marche bourgeoise presque sortie du passé (Damaged). D'ailleurs, on remarque certains morceaux colorés à l'ancienne, notamment de saxophone jouant délicatement la partie mélodique, comme sur le thème de Violet, mais aussi Fashion, pour piano qui joue des notes doubles, et qui  rappelle, par certains côtés, le regretté John  BARRY. La classe de la partition passe aussi par des sortes de rondes bourgeoises et européennes rythmées par le piano dans les précipités (Us And Them); également une sorte de valse brisée et mélancolique (A Glimpse Of Happiness). Bien sûr, lorsque les intérêts financiers et sentimentaux se croisent, cela se répercute dans un mouvement plus voluptueux, assez cinématographique (The Fallen). Parmi les thèmes calibrés pour une saga télévisuelle, on retient le thème de la fugue, qui dégage de la tristesse, jusque dans son contrepoint avant une relance  plus mélodique au violon (Elopement, A Mother's Love). Également ce thème qui sort du classicisme d'une grande partie de la bande originale, jouant sur le mystère et l'action, en privilégiant les cordes pincées, des notes de piano dynamiques ainsi qu'une  clarinette (Escapades 1) que l'on retrouve dans le second disque, sur des musiques larges devant et en même temps d'essence british (Grand Adventure), mélodique, chantant même (Duneagle). John LUNN propose aussi plusieurs longs morceaux ou suites, comme Life After Death,  marquée par un thème superbement mélodique et délicat, là encore idéal sur une saga familiale (Life After Death). John LUNN revient de nouveau à des chansons, comme ce Nothing Will Be Easy interprété par Eurielle dans un esprit solennel, quasi religieux sur une base mélodique classieuse. Surtout, il amène des thèmes inspirés des années folles, comme cette sorte de fox trot (Marmalade Cake Walk) ou ces musiques colorées entre classique et jazz, avec de la clarinette (Down in China Townton, It's Not Goodbye It's Au Revoir) du saxophone solo (Ambassador Stomp) et qui lorgnent parfois, en jouant une certaine excitation, du côté du Georges GERSHWIN de PORGY AND BESS (The New Gladiators). John LUNN va même plus loin en construisant un thème romanesque sur un mouvement de danse de salon, lui donnant ainsi une couleur moderne et jazzy avec l'utilisation d'un saxophone solo (Modern Love). Il n’en oublie pas la dimension aventures avec ce vrai mouvement de musique de films, enlevé et précipité dans une cellule mélodique appuyée par le piano (The Hunt). John LUNN continue par un nouveau thème marquant, très mélodique, avec des cordes insistantes, légères qui introduisent une partie mélancolique (Brancaster), parfait pour introduire un morceau plus lent, moins mélodique, avec une cellule pianissimo répétitive, qui se déploie en vagues (Goodbye). Au final, voici un excellent double album bien rempli, présentant des thèmes  souvent superbes, interprétés par le prestigieux Orchestre de chambre de Londres et enregistré aux mythiques studios d’Abbey Road. En plus de révéler en France un grand compositeur anglais, qui multiplie les thèmes et les ambiances, souvent très classiques, parfois plus swing, il rend joliment, et en musique, hommage à la série britannique à  succès. Il en ressort un programme de grande qualité qui plaira autant aux fans de la série qu'aux simples mélomanes.

DOWNTON ABBEY - THE ULTIMATE COLLECTION. Musiques originales de la série composées par John LUNN. Disponible chez Decca Classic/Universal. 

QUAND HOMO SAPIENS FAISAIT SON CINEMA

De récentes études de l'art paléolithique ont révélé que des prémices de la narration cinématographique pourraient dater de la préhistoire ; tel est le sujet de ce documentaire passionnant, récemment diffusé sur Arte. Pour accompagner cette sorte d’enquète, Renaud BARBIER, le compositeur, poussé par Pascal CUISSOT, le coréalisateur, s’est aventuré dans un univers musical atypique au moyen d’instruments modernes (basse électrique, Rhodes, cordes…) qu’il associe aux sons des pierres des premiers instruments préhistoriques : les lithophones, mélangeant ainsi habilement les styles pour un résultat surprenant. Renaud BARBIER commence ainsi par une musique assez lente, doucement mélodique, accompagnée de percussions, de bruits et de cordes lointaines, en contrepoint. Il ajoute ensuite une courte rythmique jazz, puis une partie  plus vocale, accompagnée de piano (La Préhistoire du Cinéma) ; des bruits que l'on retrouve souvent, comme sur cette musique mystérieuse à base de percussions agissant, comme une boule qui roule, des tambours (que l'on retrouvent  plus loin utilisés judicieusement, sur Une Histoire de Lions) et quelques sonorités électroniques (Le Cheval De Foz Coa, Patte Multiples, Rituel). Les percussions, on les retrouve aussi dans une musique pleine de souffle, dans laquelle du piano distille quelques notes basiques qui amènent une ambiance étrange, accompagnée de filets de batterie jazzy et de voix ajoutant de la magie sur les images d’un lieu secret et hors du commun (Grotte Chauvet). Renaud BARBIER propose aussi des mouvements gracieux comme ce thème contenant des percussions glissantes mais aussi une partie de cordes, notamment un solo de violon et de la harpe, jouant une section mélodique sensible, (Mouvements Décomposés); également ce thème de base mélodique au piano, et lyrique avec quelques voix lointaines, sur un tempo doucement répétitif, notamment dans le jeu des percussions (toujours les mêmes) qui reprennent un mouvement emporté par les cordes (L’Ombre De l’Homme Bison). Renaud BARBIER propose encore une musique atmosphérique, toujours avec ces percussions glissantes, qui aboutit à une cellule jazzy d'orgue. Puis il revient avec de l'électronique et propose des sonorités naturelles qu'il développe de manière orchestrale avec les violons et la harpe (Validation Du Mouvement). On note aussi ce thème qui commence de manière aérienne, avec un duo entre les percussions et un piano assez lent, magique. Avant que n’arrive un des plus beaux morceaux de l'album : une ligne de violoncelle gracieuse accompagnée de harpe puis de piano, les cordes développant une partie généreuse,rythmée parc quelques tambous5 qui lancent un mouvement ample, tournant,dans, une orchestration qui, là encore, lorgne vers le jazz (Rondelle Miraculeuse). Il termine par un thème à base de piano répétitif, mélodique et de cordes aériennes, également de percussions métalliques glissantes et d'une voix d'homme mise en avant, accompagné d’un contrepoint de cordes obsessionnelles, de tambours et de chœurs (Chauvet, Lieu De Culte). A ce prologue inattendu à la naissance du cinéma, en faisant remonter sa genèse, le compositeur Renaud BARBIER répond par une création originale, qui s’inspire des sonorités de l'ancien âge de pierre. Partant des instruments rudimentaires de l’époque, il a élaboré une partition qui navigue entre musique contemporaine, tribale et tonale ; une musique qui joue beaucoup des effets des percussions et d’harmonies relativement simple, notamment au piano. Il en découle une musique atypique, sensible, parfois ténébreuse, qui explore différentes pistes, pour mieux accompagner ce voyage entre passé humain et histoire de l’animation. A découvrir !

QUAND HOMO SAPIENS FAISAIT SON CINEMA. Un documentaire de Pascal CUISSOT et Marc AZEMA. Musique originale arrangée et composée par Renaud BARBIER, interprétée par Renaud BARBIER & Fabrice BONY, disponible en digital chez BOriginal by Cristal records.

 

LA LOI D’ALEXANDRE – Comme Des Frères

Quelques mois après l'édition de la musique de L'EMPRISE voilà qu'arrive l'édition inattendue d'une autre partition de Fred PORTE : celle d'un épisode de la série LA LOI D'ALEXANDRE diffusé récemment sur France3. La présence de Fred PORTE ne constitue pas vraiment une surprise dans la mesure où le compositeur a régulièrement collaboré avec le  réalisateur Claude-Michel ROME, notamment sur la série à succès ZODIAQUE. Dans la tradition des téléfilms mélangeant justice et enquête policière, on y suit un avocat (Alexandre LAURENT joué par un Gérard JUGNOT en pleine forme) qui se bat pour rechercher la vérité sur le meurtre de son frère et associé Raphaël MENAUD (François DUVAL). Pour ce faire, il s'engage dans la défense de Karine (Sara MARTINS), la fiancée de Raphaël. Sans véritable surprise, mais avec un indéniable savoir-faire, Fred PORTE a composé une partition de thriller, qui regroupe un ensemble de thèmes inspiration moderne tout en mélangeant des harmonies relativement classiques, soutenant à la fois les moments de suspense et d'émotion. Dans une partition qui colle souvent aux personnages, il commence par un joli thème basé sur une cellule tournante, orchestrale  et mélancolique ; un thème qui introduit bien le personnage de l'avocat blessé (La Loi d'Alexandre-Générique) et que l'on retrouve sur des séquences de vie conjugale (Jalousie). Fred PORTE continue par des thèmes plus atmosphériques, d'abord annonciateur d'un complot (Menace). Puis, empli d'une mélodie assez triste, il renvoi au personnage de Karine, injustement accusée de crime (Coupable, La Gifle). Fred PORTE continue par un thème qui se distingue par une cellule de guitare, des cordes dans les vibratos et une mélodie pianissimo, à la fois triste et mystérieuse alors que des pages du passé défilent. D'où une musique émouvante, notamment dans les moments où la harpe et le piano se répondent (Flashback). On note que le compositeur revient à des thèmes riches en piano sur la fin, notamment celui de Cavalli, le morceau Au Commencement, mélodique et mélancolique, avec une reprise à la harpe et des cordes en contrepoint, mais aussi, Tout S'effondre ; un thème qui contient une autre particularité de cette partition, et d’autres de Fred PORTE, c’est la présence de musiques de thrillers à l’américaine. C’est le cas de ce thème tendu, à base de cordes qui se répètent et d'un contrepoint enlevé, obsessionnel, qui annonce une mauvaise surprise (Sa Découverte) ; également de motifs plus intimistes comme celui de Lilly. A l’approche des plaidoiries, Fred PORTE propose toujours une musique profonde, dont les longues notes amènent une ambiance pesante (Le procès). Egalement un thème dans les vibratos avec, par dessus, une cellule mélodique pianissimo, porteuse des inquiétudes de l’avocat (Alexandre). Pour la séquence capitale du meurtre, Fred PORTE introduit un thème de circonstance, contenant davantage de percussions, d'effets et de bruits (Meurtre). Au final, Fred PORTE signe une partition caractéristique de son talent. Une musique qui apparait d'abord assez mélodique, colorée, plus devient plus trouble, parsemée d’une étrangeté venant, notamment, des vagues pianissimo et des mouvements de cordes redondantes, à la manière de certains thrillers américains. Il en ressort alors un excellent exemple d’une musique efficace écrite pour la télévision mais qui pourrait convenir à un film de cinéma.

LA LOI DE ALEXANDRE - Episode Comme Des Frères. Un téléfilm réalisé par Claude-Michel ROME, avec Gérard JUGNOT, François DUVAL, Valeria CAVALLI, Sara MARTINS, Helena SOUBEYRAND. Musique originale de Fred PORTE éditée par la tebwa et disponible en téléchargement.

GAME OF THRONES: SEASON 5

Dans cette nouvelle saison, les combats pour conquérir le Trône de Fer continuent, et la famille LANNISTER va mal : le Seigneur Tywin disparait ; sa fille Cersei affronte sa belle-fille, Margaery TYRELL ; Jaime tente de protéger sa fille Myrcella, et Tyrion complote avec Daenerys, en proie à la révolte du peuple. Du côté des STARK, Arya cherche toujours vengeance tandis que sa sœur Sansa envisage de convoler avec Ramsay BOLTON, le nouveau maître de la place. Enfin Jon SNOW, devenu Lord Commandant, fait face à Stannis BARATHEON, qui souhaite le transformer en un Stark capable de l'aider à reconquérir le Nord. Pour la musique, on retrouve Ramin DJAWADI (PACIFIC RIM) qui, une nouvelle fois, propose une très bonne partition, à la fois lyrique, chevaleresque et spectaculaire. Bien entendu, en ouverture, on entend le thème du générique ; un indicatif majestueux, rythmé et porté par une ligne de contrebasse secondée par l’orchestre et les chœurs, qui entonnent la grandiose mélodie d’inspiration médiévale (Main Titles). Ramin DJAWADI continue par un thème dense, répétitif, par-dessus duquel se développe un mouvement  découlant du thème principal et où les chœurs s’avèrent très présents (Blood Of The Dragon). Suit un thème plutôt aérien, mélodiquement lointain, duquel des cordes se détachent sur des notes grinçantes, aboutissant à une ambiance mystérieuse (House Of Black And White); une atmosphère que l'on retrouve accompagnée de de légères percussions, d'un solo grave de violoncelle et de violons dans les vibratos  (Kneel For No Man). Pour les dents de la vipère, notamment, Ramin DJAWADI propose un thème toujours lent, mystique, et contenant une partie comme roulant sur des sortes de vagues mais, en plus, très triste, au violoncelle (Jaws Of The Viper; Before The Old Gods) ; un instrument décidément très présent, apportant une dimension obsessionnelle, tandis que  des chœurs d’hommes insufflent de la puissance (High Sparrow). Et quand les choeurs de femmes rejoignent les hommes, cela donne un thème plus émouvant (Atonement). Sans surprise, le compositeur propose de superbes musiques d’aventures, notamment celle-ci, qui commence dans les vibratos, créant une atmosphère étrange et crescendo, se poursuit par l’utilisation de percussions, tandis que des mouvements tendus et dynamiques tracent un sillon mélodique (Hardhome, Pt. 1). Il s’agit d’une musique parfois terrifiante mais aussi touchante, comme dans ce thème, qui se distingue par un long solo de violoncelle. Il est enveloppé d’un contrepoint sombre, et de percussions qui amorcent une sorte de marche (Hardhome, Pt. 2), se transformant en danse rythmée sur une orchestration qui évoque bien le passé (9. (Dance of Dragons) où encore en hymne qui prépare à une musique de combat (The Wars to Come). On entend ensuite un motif contenant un fond joué par une sorte d’orgue, repris d’abord par des cordes graves puis plus chaleureuses (Mother's Mercy). Ramin DJAWADI conclut sa partition par un morceau étonnant, construit autour de voix intervenant comme des fantômes, entrecoupées de notes aériennes ; des voix accompagnées de sonorités moyenâgeuses, et parfois de notes violentes, obsessionnelles. D’où un thème fascinant, parfois percussif (Son Of The Harpy) suivi d’un lento susurré sur la mélodie du thème principal  (Throne for the Game). Au final, Ramin DJAWADI reste confortablement assis sur  son Trône et propose le meilleur de lui-même avec cette partition qui, si elle ne contient pas vraiment de grand thème (hormis le générique) multiplie les moments emplis d'éclats. Jonglant astucieusement avec des sonorités évoquant un passé moyenâgeux, et d’action, mais sans en abuser, il crée de véritables ambiances oscillant entre héroic-fantasy et pure saga romanesque. Il en ressort une partition riche, parfaitement calibrée, qui joue parfaitement son rôle de catalyseur d’émotions et satisfera les amateurs (nombreux) de la série !

GAME OF THRONES: SEASON 5. Série réalisée par David BENIOFF, D.B. WEISS, avec Peter DINKLAGE, Lena HEADEY, Kit HARINGTON. Musique originale de Ramin DJAWADI disponible chez Sony music.

 

YANN PIAT CHRONIQUE D’UN ASSASSINAT

Cette création originale de Canal+, récompensée par les prix du jury et du public au Festival de Luchon en 2012, revient sur l'exécution, le 25 février 1994, de Yann PIAT. Le film a été réalisé par Antoine de CAUNES (MONSIEUR N) qui a choisi, pour composer la musique, Ramon PIPIN (CIRCULEZ Y A RIEN A VOIR de Patrice LECONTE, BERNIE d’Albert DUPONTEL), l'un des créateurs des groupes Au Bonheur des dames et Odeurs, avec lequel il avait déjà collaboré sur COLUCHE, L’HISTOIRE D’UN MEC. Ramon PIPIN signe la composition tandis que les arrangements et les orchestrations ont été réalisés par Jean-Philippe GOUDE. La partition s’articule autour de plusieurs thèmes déclinés en des morceaux très courts. D’emblée, le film nous plonge dans l’horreur avec la séquence du Crime, introduite par des images de poursuite. Le compositeur introduit une musique assez violente, toutes dans les cordes et les percussions, avant une musique plus dramatique, mélodique, sur le trajet vers l’hôpital. Il s’agit en fait du thème de Yann PIAT, assez féminin, que l’on retrouve lors de ponctuations chaleureuses et mélodiques, porté par une ligne de piano et de cordes (Détente, Interlude, La Balade En Bord De Mer). Le  compositeur continue par une musique grinçante, assez atmosphérique, triste, puis des cordes développent une variante du thème principal à la manière d'une musique de thriller à l’italienne (Le Crime). Ramon PIPIN propose souvent des musiques porteuses de tension et en même temps assez rythmiques par l’emploi de percussions et du piano (L'arrivée A L'assemblée Nationale, Après L'exclusion Du Parti, Le Contrat, Les Affiches) ; une couleur que l’on retrouve développée de manière dramatique, quasi militaire avec des roulements de caisses claires, des cuivres grondants, à la façon d'un adagio (Les Obsèques). Un autre thème important est celui, porté par le piano et des cordes vivaces (L'angoisse, La Tension Monte), développé de manière enjouée, par les  tambours et quelques notes de piano, rappelant des musiques italiennes de thrillers (La Fuite, Le Départ Des Assassins). Ramon PIPIN propose aussi des thèmes de cordes assez classiques qui jouent sur le suspense (L'Inquiétude, La Déception, Le Rendez-vous A Marseille), une douleur contenue (La Bagarre). Pour les grands évènements, les victoires qui cachent un malaise, Ramon PIPIN propose des thèmes doucement mélancoliques, à base de piano (La Soirée Électorale De 1993). Pour les moments de vie privée de Yann PIAT, Ramon PIPIN propose des motifs plus atmosphériques, bien que répétitifs (La Visite A La Grand-mère, Le Doute). On note enfin quelques thèmes à part, comme ce jazz coloré d’orgue, de batterie, sur un tempo presque dansant, inspiré des années 1970 (Le Café). Pour le Générique de fin, Ramon PIPIN reste sur un thème de thriller qui précède un développement intense, rythmé, à base de guitare, de cordes graves, électriques mêmes, et répétitives en contrepoint. (Yann Piat Générique De Fin). Au final, Ramon PIPIN signe une partition particulièrement soignée, un modèle de musique de thriller, dont les thèmes, discrets mais retentissants, superbement orchestrés, permettent de développer un scénario musical complexe, souvent dramatique et émouvant. Une très bonne bande originale !

YANN PIAT CHRONIQUE D’UN ASSASSINAT. Un film réalisé par Antoine de CAUNES, avec Karin VIARD, Jonathan ZACCAÏ, André WILMS, Jean BENGUIGUI. Musique originale de  Ramon PIPIN disponible en téléchargement chez Endemol Fiction.

MEURTRE A L’ABBAYE DE ROUEN

Dans ce téléfilm, le policier Didier MEGE, revient près de son père à Rouen mais, dans le même temps, il doit se rendre à l'abbatiale où un homme est tombé du toit.  L'étrange position du corps l’intrigue, lui rappelant un vitrail réalisé par son grand-père... Au gré de l'enquête, il va relier ce meurtre à un sombre secret de famille. Pour la musique, on retrouve Nicolas JORELLE (LES CORDIER, FANFAN d’Alexandre JARDIN), un compositeur plutôt discret, surtout entendu ces dernières années sur des productions télévisées (LE SILENCE DE L’EPERVIER). Ici, Nicolas JORELLE propose une partition relativement classique mêlant le suspense à un univers plus secret, qui commence par un thème grave et répétitif au piano ; un motif agrémenté de cordes en contrepoint qui jouent le thème principal, ensuite repris par des chœurs qui donnent tout de suite une teneur religieuse (La Lumière). Ce thème, Nicolas JORELLE le reprend évidemment plusieurs fois, notamment sur un mode crescendo, après une longue partie triste accompagnée de chœurs discrets. Ce qui donne une musique délicate, subtile et doucement lyrique (Révélation) ; à l’image d’une partition qui jongle entre l’émotion et la tension. D’où ces thèmes plein de souffle tandis que le piano, surtout, et les cordes en contrepoint, développent un mouvement profond, mélodique, dont le malaise est apporté par une couche de synthétiseurs (Envergure, Envergure Petit Matin). Puis il propose de véritables motifs d’angoisse, comme cette musique d'abord grinçante, puis obsessionnelle dans les cordes. Avant un développement sombre, doucement pianissimo, accompagné de cordes tournantes, que l’on retrouve parfois sur des thèmes plus atmosphériques comme Arrestation Fille. On note, parfois, le recours à des cloches pour rappeler l'ambiance religieuse tandis que des notes synthétiques installent une lourdeur accentuée par des crescendos de cordes. C’est aussi le cas de ce thème caractérisé par une partie mélodique qui se répète en alternance avec des espaces tandis qu’un piano, parfois bastringue, souvent répétitif, reste associé à la douleur du personnage principal (L'Atelier) ; un piano simple idéal pour sortir de décors glauques (La Découverte), ou façon bastringue, pour accompagner des flash-back (Intervention, Le Lieu Du Crime). Pour le père, Nicolas JORELLE lance un thème développé de manière émotionnelle (Le Père 1) ou un peu sourd, hormis une ligne de violon lointaine et une autre de flûte qui amènent progressivement une chaleur (Le Père 2). Nicolas JORELLE introduit également des thèmes plus centrés sur l’action. C’est le cas de ce motif de cordes trépidantes et de percussions, prépondérantes, qui amènent une ambiance de délabrement, de décor d'usine (Les Docks). Puis il revient à des motifs plus lents, dramatiques, baignant dans les flûtes, les synthétiseurs mais aussi, toujours, une large partie grave, en mineur, et des parties plus lyriques, mélodiques (Les Aveux). Au final, Nicolas JORELLE signe une partition souvent sombre, mystérieuse, qui se situe d’abord dans une certaine tradition en partant d’un thème de cordes relativement simple, répétitif et grave. Puis, progressivement, il sort du cadre pour installer une musique plus moderne, une ambiance lourde, emplie de gravité. Il se sert alors beaucoup de piano pour insuffler un véritable malaise mais aussi des plages plus troublantes, touchantes. Il utilise aussi souvent des percussions qui servent l’intrigue autant que le décor de l’abbatiale - les cloches - et d’éléments synthétiques qui renforcent le caractère dérangeant. Il en ressort une partition suffisamment riche pour mériter l’intérêt.

MEURTRE A L’ABBAYE DE ROUEN. Un film de Christian BONNET, avec Frédéric DIEFENTHAL, Isabel OTERO. Musique originale de Nicolas JORELLE disponible en téléchargement.

Adapté de son roman témoignage, ce téléfilm, qui a triomphé sur TFI, raconte le parcours tumultueux d’Alexandra LANGE. En particulier, on suit son procès devant la Cour d'Assises de Douai en 2012 pour le meurtre de son mari Marcello en 2009 ; des jours qui permettent de mettre en lumière la vie d'horreur vécue par Alexandra (jouée par la très touchante Odile VUILLEMIN) auprès de son mari Marcello. Face à elle, elle doit faire face à l'impitoyable Avocat Général Luc FREMIOT (Marc LAVOINE, très juste dans son interprétation). À la fois auteur et réalisateur, Claude-Michel ROME a librement adapté cette histoire, avec l’envie de sensibiliser le public sur les violences conjugales. Pour la musique originale, il a tout naturellement appelé son ami Fred PORTE, avec lequel il a souvent travaillé, notamment en 2004 sur la série à succès ZODIAQUE. Et alors que la musique de cette dernière n’avait pas été éditée, voilà une excellente surprise que cet album (uniquement digital mais c’est déjà bien !) d’une musique de film, en fait le tout premier, composée par Fred PORTE. L’album s’ouvre par une superbe chanson, écrite par Fred PORTE, Claudio DIPIETRA et l’auteur interprète Jessica MEIGE ; une chanson qui débute au piano solo, sur un tempo doucement mélodique, notamment grâce à la voix légèrement cassée de Jessica MEIGE, également accompagnée par des cordes chaleureuses (Because Of You). Pour décrire le drame vécu par Alexandra, Fred PORTE lance un thème à base de percussions profondes et de synthétiseurs qui amènent une ambiance froide, la partie mélodique arrivant dans un second temps (Coupable). Et pourtant cela avait si bien commencé, d’où cette musique d'abord aérienne, puis doucement chantante en mineur avec notamment de la harpe. Mais derrière, pointe le début de l’horreur, d’où des notes sombres en même temps que de la nostalgie apportée par la guitare (La Toute Première Fois). Comme souvent dans les séries de TF1, l’inspiration vient de l’autre côté de l’atlantique ; ce qui se ressent aussi dans de pures musiques de thrillers, des thèmes à l’américaine se situant entre cauchemar, suspense et épouvante (Retour En Enfer, Fin Du Rêve) ; ou encore cette musique emplie de souffle, de percussions répétitives et de notes graves en crescendos (Un Coup Fatal), du piano doucement obsessionnel (L’Epreuve), de clarinette qui file vers un mélange crescendo de tension, d'intensité (Vers La Liberté). On note aussi, sur de nombreux morceaux, une voix qui intervient à la manière d'une lamentation, qui se glisse derrière quelques notes inquiétantes. Sur le personnage diabolique de Marcello (Fred TESTOT en total contre-emploi), Fred PORTE introduit un thème assez classique de série française ; un motif plutôt tournant, recourant à des synthétiseurs pour le coté inquiétant et, là encore, une voix, étonnamment rassurante, pleurante. Des percussions évoquent un engrenage (Marcello) dans lequel il entraine également ses enfants, ce que l’on retrouve au travers d’une partie de piano puis d’une cellule répétitive, au contrepoint violent (Mes Enfants, Résilience). On note encore que, sur le personnage de Jessica (Violette SANCHEZ), la jeune fille d’Alexandra, Fred Porte a écrit un thème à double facette ; c'est-à-dire à la fois mélodique pour décrire sa jeunesse, et en même temps, grave et en mineur pour évoquer sa souffrance (Jessica). Au final, Fred PORTE signe une remarquable partition très calibrée et basée sur des ambiances très fortes, de petits mouvements mélodiques et une implacable intensité qui colle littéralement aux personnages. Certes, il a recours à des harmonies souvent proches des films américains mais c’est une tendance très actuelle. Maintenant, Fred PORTE fait preuve de grand talent quand il profite de chaque mouvement de personnages pour introduite des motifs emplis de délicatesse et de lyrisme. Il en ressort alors une partition d’une rare humanité et il ne reste plus qu’à espérer que cette sortie ne représente que le prélude à d’autres ! En complément de l'album original, on peut aussi se procurer, toujours en téléchargement, la belle reprise de Sound Of Silence. Cette célèbre chanson de Simon et Garfunkel, écrite en 1970 pour le film LE LAURÉAT, se trouve ici interprétée par Allison dont l’émotion, accompagnée au piano, renvoie à la tragédie mais aussi l'espoir raconté dans le film.

L’EMPRISE. Un film réalisé par Claude-Michel ROME, librement adapté du livre ACQUITTEE d’Alexandra LANGE, avec Odile VUILLEMIN, Fred TESTOT, Marc LAVOINE. Musique originale de Fred PORTE disponible en téléchargement.

 

TRANSPORTER THE SERIES SEASON ONE

Alors qu’est diffusée actuellement la deuxième, voici la bande originale de la première saison de la série adaptée de la franchise cinéma créée par Luc BESSON et Robert Mark KAMEN. On y suit Frank MARTIN (Chris VANCE), alias le Transporteur ; un ex-agent des Forces Spéciales qui transporte n’importe quoi, n’importe où et pour le compte de n’importe qui et, surtout,  mène toujours ses missions à terme ! Alors que la distribution a changée, c’est le même compositeur qui se charge de la musique pour le passage du grand au petit écran. Il s’agit de Nathaniel MECHALY, un habitué des productions de Luc BESSON (la trilogie TAKEN et, pour la télévision, TAXI BROOKLYN). Pour TRANSPORTER, THE SERIES, Nathaniel MECHALY a élaboré une partition aux sonorités très diverses, parfois très rapides, électroniques, parfois beaucoup plus acoustiques. Il signe également quelques chansons, en collaboration avec le groupe ADN System alias Antonio GAMBALE (qui s’occupe des programmations électroniques, David MENKE (un spécialiste de la musique électronique qui joue ici aussi les parties de cuivres) et  lui-même. L’album s’ouvre d’ailleurs par Red Car, une chanson électro rock orchestrée pour claviers, guitares et sonorités électroniques incluant des parties de rap, comme sur d’autres titres ; un thème rythmé, qui permet de rentrer dans une ambiance moderne. Dans le même style, on trouve un titre qui se distingue par la présence, au loin, de sonorités plus dramatiques et des mouvements plutôt angoissants, tandis que la partie chantée (en fait un refrain) vient tardivement (Time To Play). On entend aussi de purs morceaux de dance, comme ce thème mixé avec une voix qui sort des sortes de gémissements (Main Event) ; également une sorte de marche électronique aux accents rap (Gangsterland, Pt. 1). Pour ce qui concerne la musique pure, Nathaniel MECHALY embraye avec un thème dont la rythmique est faite d'un mélange de sonorités électroniques, de boucles et de percussions. Avant un thème éclair, qui évoque une précipitation, entrecoupé par un motif mélancolique de trompette (Technology). On y note un contrepoint grave, comme dans ce thème de thriller, toujours rythmé mais doublé par des guitares qui amènent de la sensibilité (Surgery, Back To Nice). Le compositeur propose aussi de pures musiques d’action, comportant beaucoup de batterie et d'électronique en contrepoint sur une cellule obsessionnelle (Horse Power). Il propose aussi des thèmes davantage atmosphériques, comme ce motif développé de manière doucement mélodique, émouvante mais toujours avec une partie de mystère (Spy Business, Home Sweet Home) ou encore ce thème qui joue sur le mystère (Dangerous Dropoff). Mais là où Nathaniel MECHALY étonne, c’est quand il lance des thèmes plus hybrides, qui balancent entre le rap et la variété avec l’utilisation du piano, du saxophone. D’où une musique colorée, comme un instant de joie dans un monde de brutes (George's Dinner). On s’amuse aussi quand le compositeur s'essaye au reggae avec ce thème rythmé avec, là encore, des parties de saxophone (Driving To Paris) et quand il lorgne avec des mouvements plus jazzy, portés par le piano, la contrebasse, des percussions mais aussi, comme une constante, des parties plus électrique, rythmée, urbaine (Sam's Bar) ou plus bluesy en mariant le piano et l’harmonica (Easy Money). On note aussi que, parfois, le compositeur mélange habilement les thèmes de tension et d’émotion, comme dans ce morceau à base d'électronique avec des boucles qui donnent une ambiance décalée. Avant que n’arrive lento assez plaisant, à base de piano, mélancolique et mélodique (Who the F... Are You ?). Au final,  voilà une bande originale qui mérite notre attention de par son caractère particulièrement éclectique. De prime abord, on peut être surpris par l’abondance de thèmes plutôt musclés, rythmés et d’allure surtout électrique mais ceux-ci correspondent parfaitement à l’ambiance survoltée de la série. Mais derrière se cachent, outre des orchestrations complexes qui mixent électronique et instruments acoustiques, des motifs plus intimistes, plus dramatiques, traduisant une profondeur inattendue sur un programme d’action. D’où une partition un peu labyrinthique mais plus intéressant qu’elle n’en parait !

TRANSPORTER THE SERIES SEASON ONE. Musique originale de la série télévisée composée par Nathaniel MECHALY disponible en téléchargement.

LES ENFANTS DE LA TELE – LA COMPILATION (Coffret 5 CDs)

Pour la première fois, l’émission culte  « Les Enfants de la Télé  » vous propose un voyage dans le temps, à travers les génériques d’émissions cultes et une large sélection d’airs incontournables … Dans un coffret très simple (il n’y a que les cds et une liste des titres avec indication des compositeurs et interprètes au dos des disques) mais à un prix très bas, on trouve le meilleur des Génériques d’émissions, de séries, de dessins animés et de musiques de publicité… Le premier disque (ainsi qu’une partie du quatrième) regroupe les musiques et chansons des dessins animés mythiques. Dès lors, sans surprise, on peut reprendre en famille et en chœur les chansons du CAPITAINE FLAM par Richard SIMON, composée par Roger DUMAS et surtout Jean-Jacques DEBOUT, qui a également signé pour Chantal GOYA BOUBA LE PETIT OURSON, d’ULYSSE 31, de DRAGON BALL Z, des MINIPOUSS, l’émouvante chanson de L’ILE AUX ENFANTS par Anne GERMAIN (la voix de Catherine DENEUVE sur PEAU D’ANE de Jacques DEMY et MICHEL LEGRAND) sur une composition de Christophe IZARD et Roger POULY, GOLDORAK, ALBATOR et l’excellente chanson d’Eric CHARDEN, MAYA L’ABEILLE, CANDY par Dominique POULAIN (K. NAKITA T. WATANABE). Les deuxième et cinquième disques regroupent les musiques de séries télé incontournables. Pour les séries américaines, on retrouve les célèbres chansons de DALLAS par les Texans (Michel SALVA & Jean RENARD également au générique d’AMOUR, GLOIRE ET BEAUTE) mais aussi STARSKY ET HUTCH par Lionel LEROY (Haïm SABAN, Jean CLACE, Yves MARTIN), la kitchissime chanson de LA CROISIERE S’AMUSE signée par Patrick. WILLIAMS & Charles FOX – également aux crédits d’HAPPY DAYS avec Norman GIMBEL, K 2000 (Stu PHILLIPS Glen LARSON), AMICALEMENT VOTRE (Ken – SUPERMAN - THORNE, John – OUT OF AFRICA –BARRY). Tout aussi incontournables, on retrouve LA PETITE MAISON DANS LA PRAIRIE (David ROSE), MAC GYVER (Randy EDELMAN – LE DERNIER DES MOHICANS), Arnold & Willy, SUPERCOPTER (signé du hongrois Sylvester LEVAY – COBRA avec Sylvester STALLONE en 1985) et des musiques un peu kitsch comme WONDER WOMAN (Michel JOURDAN, A. BUTLER et Shuki LEVY), MAGNUM, L’AGENCE TOUS RISQUES (Mike POST & Pete CARPENTER) sans oublier THE X-FILES (Mark SNOW), NEW-YORK UNITE SPECIALE (Mike POST),), COTE OUEST (Haïm SABAN, Shuki LEVY, Alain GARCIA), DROLES DE DAMES (Jack ELLIOTT). Pour les séries françaises, on retrouve les musiques et chansons de grands succès, notamment de la génération Dorothée, comme le thème d’HELENE ET LES GARCONS, très mélodique et superbement interprété par Hélène ROLLES sur des musiques et paroles de Gérard SALESSES et Jean-François PORRY, également sur Premiers Baisers par Emmanuelle et Salut Les Musclés. On entend encore le générique de PAUSE CAFE, composé par le grand Francis LAI et interprété par la talentueuse Véronique JANNOT ; un classique ! Tout aussi célèbre, on retrouve les génériques de NAVARRO signé Serge PERATHONER et Janick TOP, également compositeurs du générique mythique d’USHUAIA, et des BRIGADES DU TIGRE (La Complainte Des Apaches par Philippe CLAY sur une brillante musique de Claude – BORSALINO – BOLLING).Au passage, on trouve quelques musiques ou chansons jamais ou rarement éditées en cd, notamment celle de TF1 CAMPING PARADIS avec une amusante Fiesta Boom Boom signée par Sébastien et Emmanuel LIPSZYCTRES joyeuses, colorée par de la trompette. Le troisième disque compile les musiques d’émissions de télé cultes. Parmi elles, on retrouve de grands classiques signés parfois de compositeurs qui se sont illustrés sur des musiques de films. On entend ainsi les génériques de Champs-Elysées (Jean-Claude « CYRANO » PETIT), Le Top 50 (P LION et son Dream), INTERVILLES (Shanana par le groupe Citizen’s), GYM TONIC (Alain GORAGUER – LA PLANETE SAUVAGE), FORT BOYARD (, et des curiosités comme L’ACADEMIE DES 9 (signé Gabriel « 37°2 LE MATIN » YARED). Et, produit de la 1ère chaine de télé de France, on a plaisir à retrouver les génériques « maisons » de TF1, d’hier et d’aujourd’hui, à savoir SECRET STORY, CLUB DOROTHEE, le JT de TF1, SEPT SUR SEPT, DES CHIFFRES ET DES LETTRES, KOH-LANTA, MASTER CHEF… Enfin, le quatrième disque contient quelques musiques de pub célèbres : Essa Moca Ta Differente par Chico BUARQUE pour SCHWEPPES, J'ai Faim De Toi par pour DANONE, Tout L'Amour Que J'ai Pour Toi interprétée par Dario MORENO (1959) et repris pour le spot de l’huile d’Olive PUGET, Every Kinda People par Robert PALMER (HEINEKEN), Belle Des Champs et Banga par Richard GOTAINER, Try To Remember par Harry BELAFONTE pour le café Carte Noir, En résumé, retrouvez à travers ce coffret les titres les plus célèbres, que ce soit des dessins animés,pubs, séries ou émissions de la télévision en 5CD et 120 titres ; ce qui fait, pour les téléphages et nostalgiques de tous les âges, bien des heures de détente en musique et un cadeau idéal pour les fêtes de fin d’année !

LES ENFANTS DE LA TELE – LA COMPILATION - Coffret 5 CDs regroupant le meilleur des musiques de dessins animés, pubs, séries et émissions télé – Disponible chez Wagram Music/Endemol productions

SCANDINAVIE L’APPEL DU NORD/ ABYSSINIE : L’APPEL DU LOUP (musiques de la série documentaire GRANDEURS NATURE)

Les Rendez-vous Grandeurs Nature, réalisés par Laurent JOFFRION, mettant en scène le photographe Vincent MUNIER, sur l’un de ses terrains de prédilection et à la recherche d’images exceptionnelles de la faune en liberté ; des documents d’une grande beauté souvent mis en musique par CharlElie COUTURE qui, si on le connait surtout en tant que chanteur, a signé plusieurs musiques de films dont celle, célèbre, du TCHAO PANTIN de Claude BERRY, pour laquelle il a été nominé aux Césars en 1984. Aujourd’hui, deux de ses musiques pour cette série sont éditées en digital ; une bonne occasion de découvrir ou redécouvrir, derrière le chanteur, le compositeur. SCANDINAVIE L’APPEL DU NORD constitue une immersion sauvage dans les parcs nationaux de Norvège, aux portes du Grand Nord. Là, Vincent MUNIER y fait des rencontres insolites avec les renards polaires, visions d'un autre âge avec les rennes, confrontations primitives avec les bœufs musqués… Ce voyage photographique révèle les étendues nordiques sous un angle nouveau, intimiste et poétique, même dans les conditions les plus difficiles. L’album commence et se termine par les thèmes des rennes, des musiques légères, assez agréable, et parfois plus violentes, à base (comme souvent sur ces musiques de CharlElie COUTURE) de guitare et de percussions ; un mouvement doucement mélodique, comportant également parties de piano très agréable (Chasse Aux Rennes, Combat de Rennes). CharlElie COUTURE avec un mouvement léger, planant et acoustique, porté par de la guitare douce, qui amène à la fois de la simplicité et de la poésie, ce qui renforce l’immensité des paysages scandinaves (Neige Espace) mais aussi la fragilité de certaines espèces (Elan). Plus étonnant est le thème de chouette, également à base de guitare, de percussions mais aussi de quelques bribes de voix, ou plutôt des susurrements, des murmures. Différent mais tout aussi étonnant apparait le thème du Bœuf Musqué, marqué surtout par la présence d’un souffle qui évoque là encore les paysages enneigées, bribes de voix plus lointaines et toujours de la guitare, que l’on retrouve accompagnée de xylophone et d’éléments synthétiques sur le thème des Renards. Pour les Rencontres, CharlElie ne surprend pas en proposant une musique, relativement classique, de blues à base de guitares et de percussions (Lonely Man). Enfin, pour le thème du Campement, CharlElie COUTURE propose un thème profond et plutôt, émouvant, doucement mélodieux et répétitif, à base de guitare. Dans ABYSSINIE : L’APPEL DU LOUP, Vincent MUNIER nous transporte sur les hauts plateaux éthiopiens, sur les toits d'Abyssinie, où vivent des loups au pelage roux, uniques au monde et particulièrement menacés. Pour le Générique (Le Loup D’Abyssinie), CharlElie COUTURE lance un thème profond, bluesy et, sans surprise, à base de guitare ; un motif relativement simple mais qui évoque joliment le voyage, le dépaysement, et qui accompagne bien le parcours du photographe. Toujours à base de guitare, mais aussi de flûte et de synthétiseurs, CharlElie continue avec un thème profond, doucement rythmé, avec des guitares lointaines, un souffle (Lonely Man). Un des animaux les plus représentés dans ce film, ce sont les singes Geladas pour lesquels CharlElie COUTURE consacre plusieurs thèmes dynamiques, joyeux et rythmés. D’abord, sur Approche des geladas, il propose un thème doux, profond, à base de guitare, accompagné par un fond synthétique, et aussi un côté oriental apporté par des bois, des flûtes. Pour le thème des forêts (En Sous-bois Singes), il introduit une musique doucement rythmée avec pas mal de percussions et toujours de la guitare, que l’on retrouve aussi sur un Monkey Blues. Au niveau de l’instrumentation, on signale que CharlElie COUTURE, plutôt que de se limiter à la guitare varie les plaisirs en utilisant notamment quelques instruments africains comme la kalimba (Kalimba Folk) mais aussi le banjo chantant sur des images de désert (Désert Blues Banjo). CharlElie COUTURE n’en oublie pas les thèmes intimistes comme cette musique nocturne, bluesy, vibrante et assez pure (Oromo Night) ou encore cette musique profonde, avec de la guitare assez bluesy, quasi country, et sortes de voix indiennes (Wind Voice Plus). Au final, avec ces musiques, on prend un vrai plaisir à retrouver un artiste qui a toujours été très attaché à l'écriture, l'image et la musique, ses trois expressions de prédilection. Il n’est pas étonnant de le retrouver sur ces films naturels qui lui permettent d’avancer vers "l'Art total", comme il le définit lui-même. Et les musiques pour les films de Laurent JOFFRION, si elles ne sont pas exceptionnelles, apportent indéniablement une dimension supplémentaire aux images et apparaissent souvent touchantes.

SCANDINAVIE L’APPEL DU NORD/ ABYSSINIE : L’APPEL DU LOUP - musiques originales de la série documentaire GRANDEURS NATURE composées par CharlElie COUTURE, disponibles en téléchargement.

DA VINCI’S DEMONS – Saison 1

Dans cette série, diffusée récemment sur France 4 et disponible en vidéo, on découvre un Léonard de VINCI méconnu. Si l’homme est connu pour son travail artistique, sa jeunesse à la Renaissance, à Florence, l’est beaucoup moins. L’artiste y est montré à l’apogée de son art, doté d’une intelligence hors du commun mais aussi de talents surhumains. Dès le premier épisode (Le Pendu), De Vinci (Tom RILEY) entame une quête fascinante à la recherche de ses origines, d’une mère qu’il n’a pas connu. En même temps, il essaye de comprendre le secret qui se cache derrière la mort du juif ; une énigme qui a à voir avec le livre des feuilles et qui intéresse aussi les sbires du Vatican, notamment Riario (Blake RITSON), envoyé par le Pape pour conquérir Florence. Dans le même temps, Vinci tombe sous le charme de la très énigmatique Lucrezia, personnage féminin qui joue dangereux entre le Vatican et qui est publiquement la maîtresse de Lorenzo de MEDICIS. Quand il s’est agi de choisir un compositeur Bear Mc CREARY a représenté une évidence pour le créateur de la série David S. GOYER qui souhaitait une musique à contre courant de la renaissance. Bear Mc est d’ailleurs réputé pour avoir composé de nombreuses musiques de séries, notamment BATTLESTAR GALACTICA, CAPRICA et TERMINATOR : THE SARAH CONNORS CHRONICLES mais c’est avec ce DA VINCI DEMONS qu’il a obtenu son premier Emmy Award ! La bande originale de la première saison est disponible en double cd et contient plus de 30 minutes de musique inédite par rapport à l’édition digitale. Pour le Da Vinci's Demons Main Title, Bear Mc CREARY propose un thème grandiose, doucement rythmé, mélodique. D’abord de structure obsessionnelle avec ensuite un violon qui se détache, quelques percussions qui donnent le rythme et un motif ample, épique, ce motif coloré, d’emblée, nous transporte.  Bien sûr, le compositeur le développe largement, par exemple pour évoquer les inventions du jeune Da VINCI, à l’aide de motifs généreux, expansifs, avec des orchestrations mélangeant des cordes classiques (Flesh of the Abyssinian) et des instruments plus traditionnels (The Glider). Dans la lignée du thème principal, Bear Mc CREAR reste souvent dans des textures obsessionnelles, parfois accompagnées de vibratos et s’en éloigne pour introduire des motifs plus émotionnels, avec notamment de superbes passages de guitare (Acquittals, Starlings, The Story Of The Shield), de flûtes qui amènent du mystère  (The Secret Archives).et de violoncelle donnant une couleur mélancolique (The Falcon). On en découvre aussi des variantes sur des parties plus mélancoliques, comme ce lento accompagné d’une ligne de violon, (The House of Medici). L’autre grand thème de la série est celui de Lucrezia DONATI, ; un motif pour harpe doux, assez féminin, porté par une belle mélodie, touchante, notamment dans sa reprise orchestrale avec un glissé de violon solo ; un thème que l’on entend aussi dans des variantes jouant la corde de l’ambigüité, du suspense sur un rythme soutenu (The Prisoner) ou de la sensualité (The Lovers). Pour le thème de Jacopo, le premier modèle de DA VINCI, le compositeur a écrit un lento pur, touchant, pour flûte de pan, cordes et une ligne de violoncelle. Puis, Bear Mc CREARY nous plonge dans le mystère florentin en jouant avec des chœurs plutôt traditionnels, religieux, qu’il accompagne d’une sorte de pulsation (Assassination In Milan) ; des chœurs que l’on retrouve sur des sortes de musiques de messe modernisées, accompagnée parfois de violon (Misereis Omnium, Easter Mass) mais aussi avec une dimension apportée aussi par une orchestration assez pure (Treasures Of The Vatican) ou plus symphonique (Visions And Demons). Toujours dans la religion, on notera aussi la présence de cette superbe liturgie interprétée comme par magie par la chanteuse et femme du compositeur Raya YARBROUGH sur une orchestration qui se nourrie d’instruments anciens, notamment de percussions (Prayer to Saint Michael), également cette musique à base de guitare et de percussions répétitives sur une structure quasi celtique, utilisant une ligne de violon grave en contrepoint et en crescendo, (The Sons of Mithras, Flight of the Columbina) avec des vibratos, que l’on retrouve sur le thème de Vlad, une sorte de Châtelain des Carpates auquel Da VINCI doit rendre visite dans l’épisode Le Diable ; d’où un thème très sombre, intense et noir (Vlad The Third). Au final, Bear Mc CREARY a méticuleusement écrit sa partition pour représenter avec précision la période de la renaissance florentine. Mais, en même temps, par sa modernité, il se trouve qu’elle n’est pas directement reliée liée à elle, les éléments d’époque se trouvant plutôt au niveau de l’utilisation, en plus de l’orchestre, d’instruments de la Renaissance, de chœurs et de solistes, notamment le quartet de cordes américain Calder. Ainsi, pour cette série inédite, aux décors en 3D qui rendent une certaine authenticité, et surtout grâce à un scénario inventif, montrant l’un des plus grands génies de tous les temps en pleine action, Bear Mac CREARY a écrit une partition très intéressante, dont on apprécie les deux thèmes principaux. Autour, Bear Mac CREARY a construit une partition qui joue à la fois sur les thèmes et les ambiances, souvent spirituelles, parfois maléfiques, pour une série qui, même si le scénario parait complètement fictionnel, devient vite passionnante. En bonus, le coffret dvd contient un making of qui s’intéresse essentiellement aux décors, naturels ou en studio, notamment dans une usine complètement reconvertie, également aux effets spéciaux et images de synthèses. On y trouve aussi un entretien avec David S. GOYER qui, entre autres, nous dit que cette série a été conçue à la manière d’un film de huit heures. En attendant la saison 2 sur les écrans, on ne peut que se régaler de cette première série d’épisodes !

DA VINCI DEMONS – série crée par David S. GOYER, avec Tom RILEY, Laura HADDOCK, Blake RITSON, Eros VLAHOS. Musique originale de Bear Mc CREARY – saisons 1 & 2 disponible chez SPARKS & SHADOWS ; Coffrets Dvd et blu-ray comportant les 8 épisodes de 52 minutes, un making of, un entretien avec le créateur de la série et des scènes coupées, disponibles chez Francetv Distribution.

 

DA VINCI DEMONS – Saison 2

Dans cette nouvelle saison de la série à la fois historique, romantique et captivante, on retrouve le jeune Léonardo DA VINCI toujours à la recherche de sa mère. Il reste également encore très proche de Lucretia qui, entre amour et complot avec le Vatican, mène un jeu dangereux. Ces deux personnages apparaissent donc au centre de ces nouveaux épisodes et, logiquement, sur le devant de la partition musicale qui, comme on ne change pas une équipe qui gagne, de nouveau signée du talentueux Bear Mc CREARY. Ce qui lui permet d’enrichir, de renouveler et de prolonger l’excellente partition créée pour la première saison tout en gardant les thèmes principaux de Léonardo et de Lucrezia. Cet album essentiellement de plusieurs suites dont quatre de plus de 10 minutes qui permettent de mettre en lumière les explorations musicales du compositeur. Ainsi, l’album commence par une suite très lyrique, avec un superbe aria pour chœur féminin, avant un thème orchestral, rythmé par les percussions, les cordes d'époque et du violoncelle, toujours très présent. Puis un long développement soutenu, mais de manière plus aérienne avec les chœurs (Florence Under Siege). On entend aussi cette suite lancée par des cordes rapides, rythmées et doucement crescendo, répétitives, avec quelques percussions en arrière auxquelles se greffe un solo de violoncelle. On note aussi, plus que dans la première saison, l’utilisation de flûtes qui, associées avec les cordes, évoquent le suspense, le danger avec, en filigrane le violoncelle reprenant le thème de Da Vinci (The Voice In The Vault) ; thème que l’on entend aussi dans cette suite qui met en avant un enchevêtrement de bruits, de notes de cordes assez lointaines mais aussi parfois voluptueuses, voire même orientales, avant un développement dans le mystère, les percussions pour évoquer les visions du créateur (The Brazen Head). Puis il y a d’autres thèmes, également très intéressants. Il y a ainsi ce mouvement de cordes profond, doucement répétitif autour d’une base mélodique au violoncelle, avant une partie plus lyrique (Transfusion), puis ce thème dans les vibratos qui amène de l'inquiétude mais qui contient aussi une partie plus chantante, avec une sorte de clavecin (Liberta Populi) ou encore ce solo de violoncelle intimiste jouant une mélodie très 18eme siècle avant de partir en duo avec des percussions pour un motif qui hésite entre ambiance et danse (Depth Perception). . On relève aussi ce thème plongeant, lent et léger, qui reprend doucement, et de manière chantée, le motif de Lucrezia qui se fond avec celui de Léonard, à base de violoncelle, de harpe (Lucrezia and Leonardo). Il y a encore ce thème assez grave, plutôt contemporain, sans mélodie si ce n'est une variante du motif de Da Vinci qui se greffe et agrémenté de flûtes, de percussions, de sonorités atmosphériques et de voix typiques pour évoquer l’Amérique du Sud (Machu Picchu) mais aussi certaines visions de Léonardo (Ima Kama). On entend aussi de nouveaux chant religieux comme celui, grave et spirituelle, à la façon de moines (Riario Confession). Au final, ce nouvel opus de Bear Mc CREARY se révèle être un régal de prolongation d’un univers sonore parfaitement maitrisée. Le compositeur renoue superbement avec les thèmes des principaux personnages, Léonardo et Lucrezia, tout en les enrichissant de nouvelles variations et d’orchestrations renouvelées, à la fois à l’aide d’instruments d’époques et d’emprunts à la renaissance,  notamment la viole de gambe mais aussi nombre de percussions. Puis, plus encore que dans la première saison, le compositeur explore les moindres recoins de la série pour introduire des suites qui mettent en lumière, à l’aide de mouvements souvent orchestraux, parfois plus rythmiques ou lyriques, toute la complexité des aventures d’un génie, qui court après son passé tout en attrapant le futur. On adore…

DA VINCI DEMONS – Saison 2. Bande originale de la série crée par David S. GOYER composée par Bear Mc CREARY disponible en téléchargement chez SPARKS & SHADOWS.

 

GAMES OF THRONES (Music from the HBO Series) Season 4

Voici la bande originale de la quatrième saison de la saga GAMES OF THRONE, dans laquelle la main mise des LANNESTER sur le Trône de fer est désormais totale. Comme pour les saisons précédentes, la musique a été composée par  Ramin DJAWADI, qui se révèle bien plus inspiré que sur nombre de ses musiques pour le cinéma, en particulier PACIFIC RIM.Bien sûr, l’album commence par le thème du générique, constitué d’un mouvement répétitif accompagné de percussions. Et surtout d’une ligne de violoncelle en contrepoint, qui  joue une mélodie qui prend de l'ampleur, de la hauteur, du lyrisme, tandis que les percussions et la harpe apportent un côté ancien, historique (Main Titles). On relèvera que le violoncelle apparait omniprésent et représente, en quelque sorte, l’instrument central de la partition de Ramin DJAWADI.  Il s’agit d’un thème assez souvent, notamment de façon assez rythmée, répétitive (Watchers On The Wall). Au gré des épisodes d’une série riche en univers et en rebondissements, Ramin DJAWADI développe souvent des morceaux profonds, mystérieux, comme cette sorte de boucle de vibratos de cordes suivie d’un mouvement profond, plutôt émouvant, d'allure orientale, avec des instruments comme du oud, ainsi que des voix lointaines graves, retour cordes en crescendo léger, rythmé par les percussions, musique qui prend progressivement de la force, de  l'ampleur (Breaker Of Chains) ; des mouvements assez larges, amples, qui jouent également sur l'émotion à travers une certaine pureté, également une lenteur dans les harmonies (I'm Sorry For Today). Il propose aussi des thèmes graves, portés par des cordes pincées accompagnées de percussions, sur un mouvement élancé, quasi obsessionnel, diabolique dans la ligne de violoncelle (Thenns), que l’on entend aussi sur une musique majestueuse, gracieuse, à base de chœurs, avant un renforcement des cuivres et une partie moins mélodique, plus sombre (First of His Name) ou encore jouant  unes mélodie très lente, pure, complètement dans la douceur (The North Remembers). Il introduit également des musiques plus aériennes, davantage dans les longues notes, l'émotion. Là, il n’y a pas de mélodie mais ambiance, une couleur, quelques chœurs et des cordes discrètes (Three Eyed Raven), parfois un lento de cordes très graves, annonciateur d'un combat, d'une tragédie, tandis que des flûtes et percussions amènent de l'inquiétude (Oathkeeper).   Dans une dernière partie, le compositeur propose aussi des thèmes plus violents, plus chaotiques, comme cette musique puissante, percussive, au tempo rapide, avec des crescendos cauchemardesques, puis une courte cellule répétitive, qui se développe sur la longueur (He Is Lost). Enfin, signalons une bonne idée, celle de Ramin DJAWADI d’utiliser le groupe Sigur ROS pour une chanson destinée à la cérémonie du mariage du Roi Joffrey et sa promise Margaery Tyrell ; un titre aérien, assez synthétique, profond et grave, avec des claviers, de l’orgue (The Rains of Castamere). Au final, on entre très facilement dans l’univers musical de cette série culte tant Ramin DJAWADI y a insufflé à la fois l’étrangeté, de l’émotion et des couleurs. Autour d’un thème de générique inspiré, le compositeur multiplie les thèmes, les sons, souvent orientaux, parfois plus simples comme le violoncelle, autant que les univers de la série. Une très bonne bande originale !

GAMES OF THRONES (Music from the HBO Series) Season 4. Série télévisée américaine créée pour HBO par David BENIOFF et D. B. WEISS. Avec Peter DINKLAGE, Nikolaj COSTER-WALDAU, Lena HEADEY, Emilia CLARKE. Musique originale de Ramin DJAWADI disponible chez Sony music.

 

BERTHE MORISOT

Ce téléfilm (diffusé l’hiver dernier sur France 3), tourné principalement à Ambazac et à Limoges, où ont été reconstituées les rues de Paris à feu et à sang, en 1870, retrace la vie de Berthe MORIZOT ; une femme rebelle dont la rencontre avec Edouard MANET va bouleverser sa pensée, sa relation avec sa sœur, son rapport à la peinture et au monde. A travers ce film, la réalisatrice Caroline CHAMPETIER retrace le destin de la première peintre professionnelle impressionniste. En ce qui concerne la musique, on a le plaisir de retrouver Eric DEMARSAN qui, s’il se fait toujours trop rare, surtout au cinéma, compose depuis un certain temps, de belles partitions pour le cinéma, en particulier avec Hervé HADMAR (PIGALLE LA NUIT, SIGNATURE…). Et celle qu’il a écrite pour BERTHE MORISOT mérite amplement le détour. Pour le générique, Eric DEMARSAN introduit d’abord un thème à base de cordes d’où s’élève doucement une ligne de violoncelle joué par Eve-Marie CARAVASSILIS. Puis, quand Berthe MORIZOT et sa sœur Edma se trouvent face à Edouard MANET, il développe un thème de manière fluide et mélodieuse, à l’aide d’un petit ensemble de cordes, dont plusieurs altos joués par Maria MOSCONI et Caroline DONIN. Dès le début, la réalisatrice insiste sur la relation presque fusionnelle, entre Berthe MORIZOT et sa sœur Edma (Alice BUTAUD). D’ailleurs, pour Berthe MORIZOT, seule la peinture doit les relier, et les protéger de l’appétit des hommes. Sur la première apparition d’Edouard MANET (Malik ZIDI), Eric DEMARSAN propose un superbe boléro lento, joué délicatement par les cordes et le piano en contrepoint. Il s’agit d’un mouvement très gracieux, d’autant que l’on sent déjà chez Berthe MORISOT une attirance, sinon pour l’homme en tout cas pour l’artiste. D’où ce développement délicat et essentiellement pianissimo. Sur une autre séquence, alors qu’Edouard MANET sollicite Berthe MORIZOT comme modèle, la musique se fait plus mystérieuse, plus sombre, à base de piano, de contrebasse. Puis, quand Berthe MORIZOT et Edouard MANET se retrouvent à travers la peinture, Eric DEMARSAN développe une musique qui accompagne leur jeu de séduction. D’où une musique délicate, douce, légère, pour cordes, reprise ensuite à la clarinette lorsqu’il lui demande de porter une robe blanche. On note aussi ce thème dont le phrasé de piano dégage en même temps un côté romantique et quelque chose de mystérieux, notamment quand le peintre s’approche de sa muse, serre son visage près du sien. Quand au violoncelle, il revient sur les moments de solitude et de doute de Berthe MORIZOT, notamment sur cette belle séquence où, accolée à un arbre, elle observe sa sœur devenue une jeune mère. On note également des thèmes plutôt mélancoliques, pour piano et alto, notamment sur cette séquence de discussion assez dure entre Berthe MORISOT et sa sœur Edma à propos d’Adolf, son futur mari. On relève également ces scènes sur les plages de Lorient en 1869, quand Berthe retrouve sa sœur Edma qui lui avoue s’ennuyer dans sa vie de femme mariée ; des images qui se terminent par une sorte de sonatine au piano, violoncelle et alto. Alors que la situation politique se dégrade, la musique devient plus grave mais reste proche de Berthe MORIZOT, qui a puisé ses forces dans la guerre. D’ailleurs, quand on la retrouve devant le pinceau d’Edouard MANET malade, Eric DEMARSAN l’illustre par une musique à la fois pianissimo et émouvante dans les cordes. Le film se referme alors comme une boucle sur Edouard MANET en train de croquer le portrait. Eric DEMARSAN y reprend son thème principal, introduit par une ligne de violoncelle. Suit une reprise au piano, toujours du violoncelle très lent et des cordes, légères et mélancoliques, gracieuses comme une femme qui a beaucoup évoluée entre le début et la fin du film. Au final, Caroline CHAMPETIER, pour son premier film, signe à la fois un beau portrait de femme et une belle histoire d’amour et d’art. Quant à la musique d’Eric DEMARSAN, il intervient en contrepoint des pensées, troubles et passions des personnages, épousant leurs attirances, les non dits et parfois les regrets. En bonus, on trouve plusieurs entretiens avec Marine DELTERME et surtout la réalisatrice qui, entre autres, parle de l’importance des chansons, mais aussi des airs opératiques de cavatine, à l’époque de Berthe MORISOT. Et, par voie de conséquence, dans son film, puisqu’elle a engagé certains comédiens, uniquement parce qu’ils chantaient, allant même jusqu’à leur écrire spécialement des scénettes. Ceci dit, certains des personnages principaux poussent également la chansonnette, comme Edma, alors qu’elle se prépare à aller au théâtre en charmante compagnie ou encore au bord de la plage à Lorient en train de regarder sa sœur peindre. Ou encore un soldat en train de chanter les horreurs de la guerre. Tous ces éléments font de ce dvd une édition de prestige pour ce qui est, à l’origine, un téléfilm mais aussi, et surtout, une belle histoire d’amour et de vie.

BERTHE MORISOT, un film réalisé par Caroline CHAMPETIER, d'après son roman, avec Marine DELTERME, Alice BUTAUD, Malik ZIDI. Musique originale d’Eric DEMARSAN. Dvd disponible chez Francetv Distribution.

 
 
 
 

REVENGE

Ce disque inédit présente une sélection de la musique dramatique composée et réalisée par IZLER pour les deux premières saisons de la série à succès REVENGE, diffusée en France sur TF1. Librement inspirée d’Alexandre DUMAS, c’est l'histoire d’Emily (Emily VANCAMP), qui revient incognito sur ses terres dans le but de venger son père. Disposant d’un groupe de 50 musiciens et d’instruments électroniques, le compositeur et chef d’orchestre anglais mais d'origine tchèque IZLER a créé une musique mêlant sensibilités traditionnelles, mélodies doucement envoutantes (en particulier pour le thème d’Emilie) et harmonies inventives. Pour le thème principal, IZLER joue à la fois sur la corde de l’émotion et du mystère. Après une entrée lointaine, il introduit un motif pour harpe, piano et cordes soyeuses en contrepoint. Ce n’est qu’à ce moment qu’entre le thème d’Emily, doucement mélodique, contrôlé dans son développement à la fois nostalgique et étrange (Mortal Vindication - Revenge Main Theme) ; un thème que l’on retrouve dans différentes variations : pianissimo, entouré de flûtes et de rythmiques électroniques pour maintenir la tension, également de violons plutôt obsessionnels (Previous Investments) ou encore de manière aérienne, voluptueuse, avec un contrepoint grave, électronique (Return To The Fire And Ice Ball). Au-delà de ce thème principal, il y a celui d’Amanda que le compositeur tourne en un adagio qui se développe doucement, dans un registre assez bas, accompagné d’un contrepoint de piano (Requiem For Amanda). Pour le reste, IZLER propose une étonnante palette de motifs, dont ce thème violent, avec des cordes tendues, des cuivres puissants et des percussions qui cognent. En contrepoint, il utilise beaucoup l’électronique à la fois pour le rythme mais aussi pour amener des sonorités cauchemardesques (Lose Your Compassion). Puis, il propose des musiques graves, portées par des cellules de cordes longues qui se répètent ; également des thèmes intimistes, qui misent sur la pureté d’un solo de piano (Destiny, Meet The Graysons, The Marriage Of Jack And Fauxmanda). Il présente aussi des musiques plutôt grinçantes, sombres et terrifiantes, comme celles attachées à sa relation avec l’ex petit ami Aiden (Barry SLOANE). On entend ainsi un thème dans les cordes graves, avec du violoncelle avant une partie plus douce, pianissimo (The Wrong Amanda - Emily And Aiden Theme). On note également ces véritables musiques de thriller mélangeant action et suspense (Honor Thy Father, Darkness, Stabbed In The Back). Ou encore ce thème en mineur, où IZLER développe une musique de danger, avec pas mal de percussions, des cordes doucement obsessionnelles (High Tension Boating - SOS Theme Pt.1). Puis, et c’est une des surprises de cet album, parfois, les musiques dégagent, en même temps qu’un danger, une certaine sensualité (The Sinking - SOS Theme Pt.2). L’album se termine (en dehors de la reprise du thème d’Emilie sous forme d’adagio) par une suite qui mélange thèmes d’action et de suspense, avec notamment des motifs rythmés, tendus, qui évoquent la vengeance, et une partie intimiste pianissimo (I Am Amanda Clarke). Au final, porté par des mélodies qui inspirent autant la douleur, la violence qu’une certaine féminité, IZLER signe une partition délicate, souvent souterraine, qui épouse intelligemment les dessous de la vengeance d’Emilie. Tirant profit d’un grand orchestre et sachant doser les sonorités électroniques, ses harmonies épousent efficacement l’esprit sulfureux de cette série. Il en ressort alors une excellente musique de série télévisée !

REVENGE, bande originale de la série télévisée (saisons 1 et 2) composée et réalisée par IZLER, disponible chez Intrada records