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Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

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PAR INSTINCT

Inspiré des destins réels de femmes nigérianes bloquées en transit au Maroc avec leurs bébés, le film raconte le parcours d’une avocate, Lucie (Alexandra LAMY). En voyage d'affaires au Maroc, se voyant confier par une adolescente son bébé, elle va, tout en s’attachant à l’enfant, se battre pour sauver cette jeune fille d'un dangereux trafic. N’étant pas musicienne, ne parlant pas le langage musical, la réalisatrice Nathalie MARCHAK s’est tournée vers Alexandre AZARIA ; un compositeur habitué à travailler sur des thrillers (TRANSPORTER) comme des films plus sentimentaux (PEAU D’ANGE) et qui n’a pas peur d’utiliser la musique pour affirmer le genre du film ; c’est-à-dire pour soutenir l’action comme dans le cinéma anglo-saxon ! Alexandre AZARIA introduit d’abord un thème fait, comme d’autres, de sonorités planantes, de percussions, qui plante le décor. Tandis qu’une ligne de violoncelle se déploie lentement, reprise par des accords de guitare et de percussions (Filature). Il reste ensuite dans une musique étrange, en fait davantage d'ambiance, à la rythmique électronique et au piano léger, doucement mélodique (Les Bijoux) ; le piano que l’on retrouve dans une musique profonde et vibrante, qui se développe doucement dans une mélodie de cordes. Et qui, dans une seconde partie, joue la tension associée au drame avec, à la fois, une rythmique obsédante, un contrepoint se cordes et une voix comme une lamentation lointaine (La Police) ; le danger qui se retrouve au centre de musiques de thriller, en particulier une longue suite, qui joue le suspense à travers une rythmique, notamment de piano, omniprésente, également des percussions légères, des sonorités électroniques lointaines, et des cordes qui amènent de la profondeur. On note aussi des montées de sonorités électroniques qui jouent plus la terreur. Tandis que le piano sert toujours, avec un contrepoint mélodique, de lien mélodique, émotionnel. Ce qui n'empêche pas le compositeur d'intégrer des éléments crescendos, de percussions, de voix mixées, ou de sonorités synthétiques obsédantes, des vagues de cordes, qui accentuent la dimension dramatique du film (La Maison-Suite, Un Long Voyage). Entre les deux, on relève qu’Alexandre AZARIA continue par  des thèmes intègre de la techno avec des sonorités synthétiques mais aussi de la guitare, donnant une musique qui accompagne un faux calme rythmé par un mouvement de piano grave, répétitif (Follow Me). Enfin, Alexandre AZARIA propose ensuite Beauty, une musique qui,  passée la partie introduite par de l'électronique, apparait pure. L’album comporte également plusieurs musiques pop, à commencer par cette ballade introduite par de la guitare et de la batterie et joliment entonnée par Moira CONRATH ; une chanson qui, comme un symbole, dégage une vraie douceur renforcée par la montée en puissance de cordes puissantes, souvent dans les vibratos qui en font une vraie chanson de film, qui introduit la dramaturgie (My Love) ; puis cette chanson dance, assez efficace interprétée par Angie BERTHIAS-CAZAUX,, chanteuse et coach vocal New Yorkaise de naissance, parisienne de cœur, déjà entendue sur la bande originale de FANFAN LA TULIPE du même compositeur (Ready To Dance). Et enfin Like A Ghost In The Winter, titre écrit par Alexandre AZARIA et interprété par Gregg MICHEL, qui apparaissait déjà dans la bande originale de LA DREAM TEAM, et qui rappelle, de par son style, son rythme, qu’ Alexandre AZARI a aussi produit, en 1996, l’album WAXX pour le groupe Indochine. Au final, sur ce film de femmes Alexandre AZARIA signe une excellente bande originale de thriller ! Il pose à la fois son regard masculin,  à l’américaine, pour alimenter les séquences d’action. Et puis, il amène de la légèreté, par des musiques plus pop et, surtout des musiques plus douces, plus fragiles, pour souligner un propos qui repose beaucoup sur l’émotion de femmes en danger.

PAR INSTINCT. Un film de Nathalie MARCHAK, avec Alexandra LAMY, Bruno TODESCHINI, Brontis JODOROWSKI, Ralph AMOUSSOU. Musique originale d’Alexandre AZARIA disponible en digital chez BOriginal/Cristal records/Idol music.

NUMERO UNE

Cette numéro une, c'est Emmanuelle BLACHEY (Emmanuelle DEVOS), la première femme, brillante et volontaire, à accéder à la tête d’une entreprise du CAC 40. La réalisatrice Tonie MARSHALL (VENUS BEAUTÉ INSTITUT) suit son parcours étonnant depuis le jour où un réseau de femmes d'influences lui propose de l’aider à prendre la tête d’une entreprise du CAC 40 ; une sphère encore. Plus qu’un conquête exaltante, la jeune femme s’engage dans une guerre ! Pour cette bande originale, Mike et Fabien KOURTZER, alias White And Spirit, un duo de DJs compositeurs et producteurs dont le terrain de jeu s’étend bien au-delà du hip-hop, le genre qui a marqué leur apparition sur la scène musicale. Notons que, au cinéma, ils ont déjà collaborés sur des films comme M6T VA CRAQUER et MESRINE de Jean-François RICHET, ROIS ET REINE (Arnaud DESPLECHIN-2004) et DE BATTRE MON CŒUR S’EST ARRETE (Jacques AUDIARD-2006). Là, sur ce film se déroulant dans un univers largement dominé par les hommes et où, pour une femme, les obstacles d’ordre professionnel et intime se multiplient, ils ont réalisé une bande originale où chaque note, chaque sonorité fait ressortir des sentiments antagonistes : la froideur du monde financier, les traumatismes de l’enfance, l’exaltation de l’ambition, la solidité du cocon familial… Mike et Fabien KOURTZER commencent ainsi par une musique profonde, distillée, comme sur nombre de morceaux, au piano, instrument qui représente Emmanuelle, sur un fond synthétique. Il s’agit d'une musique plutôt intimiste, qui se déploie, de distille même, de manière lente et mélodique, qui représente bien l'arrivée d’une femme en terrain hostile (1 Une Inconnue) ; un ton que l’on retrouve de manière plus chaleureux, répétitif, avec l’ajout du  violoncelle (3 La Course, Emmanuelle Tangue) ou de violon (8. Vera Et Sa Fille). On l'entend aussi plus rythmé, électronique, notamment sur l’arrivée dans le décor bouillonnant d’un quartier d'affaires (La Défense). Ou encore, sur le ton de la comédie, avec le piano qui répète une cellule de quelques notes avec un contrepoint grandissant, tournant. On note aussi un certain lyrisme avec des voix lointaines, du piano et toujours ces pulsations électroniques (Francs-Maçons & Macarons). Autre musique intéressante : un morceau de circonstance, assez triste, dramatique, avec des notes fortes, du piano (Les Funérailles) ; un piano qui apparaît donc omniprésent, alors même qu’un contrepoint grave s'amplifie (Réflexions), ou qu’un violon joue les regrets sous la forme de longues notes, sur une mélodie assez lente (Les remords D’Emmanuelle). Pour terminer, Mike et Fabien KOURTZER proposent un grand thème orchestral, romanesque, large et avec des cordes généreuses. Un motif qui, comme une victoire, apparaît joliment mélodique, émouvant avec une belle fusion entre le violon et le piano sur un tapis de cordes (Le Discours D’Emmanuelle). Parfaitement intégré dans la bande originale, on entend ensuite un bel Adagietto (Sehr Langsam), extrait de la Symphonie no.5 in C Sharp minor de Gustav MAHLER dirigé par Riccardo CHAILLY ; puis un extrait du grandiose, aux cordes puissantes, expressives sur un mouvement large, répétitif, de l’Allegretto du Palladio For Strings du compositeur britannique Karl JENKINS. Comme un moment de grâce, l'album se termine par Blessed Is The Memory, la reprise d’un standard de 1967 écrit par Leonard COHEN et interprété par la voix toujours originale, touchante de Rosemary STANDLEY, simplement accompagnée de petits tambours, de guitare et surtout d’un filet de violoncelle joué par Dom LA NENA. Au final, Mike et Fabien KOURTZER prouvent que, désormais, il faudra compter sur eux comme compositeurs. Dépassant le stade de producteurs, ils signent une partition soignée, notamment dans des orchestrations à la fois classiques et modernes. On y retrouve en effet, sur des motifs souvent peu mélodiques, beaucoup de cordes, de piano qui interviennent de manière rythmique et quelques sonorités, plages synthétiques. D'où, sur cette comédie dramatique, une musique à la atmosphérique et vivante, concourant à la fusion des gens, des sentiments.

NUMERO UNE.Un film de  Tonie MARSHALL, avec Emmanuelle DEVOS, Suzanne CLEMENT, Richard BERRY, Sami FREY, Benjamin BIOLAY, Francine BERGE, Anne AZOULAY, John LYNCH. Musique originale de Mike et Fabien KOURTZER disponible chez BOriginal/Cristal records.

 

VICTORIA AND ABDUL (CONFIDENT ROYAL)

Ce film retrace l’amitié véridique entre la Reine Victoria, en voyage en Inde pour son jubilé, et Abdul Karim ; un jeune employé avec lequel elle va former une improbable alliance, doublée d’une grande loyauté mutuelle. Ce que la famille royale et son entourage ne vont guère apprécier. Pour ce nouveau film, Stephen FREARS a « lâché » Alexandre DESPLAT au profit de Thomas NEWMAN (AMERICAN BEAUTY et, plus récemment, PASSENGERS) qui, sur ce beau sujet, signe une partition flamboyante, riche en thèmes mais dont trop peu décollent vraiment. En effet, à mesure que l’amitié se construit, que la Reine retrouve sa joie et son humanité, le compositeur multiplie les couleurs. Ce qui débouche à une partition à la fois impériale et sensible. Après une brève fanfare (Ceremonial Fanfare), et un thème dans la tradition indienne, qu’il avait déjà approchée via THE BEST MARIGOLD HOTEL (Agra Gaol),  la véritable partition commence par une musique orchestrale enjouée, peu mélodique mais plaisante (Civilisation). Thomas NEWMAN poursuit par des thèmes se situant dans le registre de la musique romantique, de style 19ème début 20ème siècle avec des parties de violon concertant (Quenelle With Regency Sauce, Loch Muick, Florence). On notera qu’il utilise, parfois, du clavecin et quelques voix lyriques dans un aria (The Queen’s Gaze, The Munshi Returns), plus rarement des percussions comme des caisses claires (Process Turn Bow Present). Il développe aussi des thèmes assez lents, doux, atmosphériques, ponctués de cordes et d’un piano très léger (The Wickedness Of Children) ; également des motifs délicatement lyriques, rythmés par les cordes, le violon et le hautbois qui jouent une partie mélodique légère (Glassalt Shiel). Plus rarement, Thomas NEWMAN glisse des thèmes légèrement plus graves, avec du tuba et une rythmique de piano sur des harmonies colorées, avec aussi quelques percussions (The Mango Is Of). Il intègre aussi certains thèmes  cinématographiques, comme ce motif de suspense dans les vibratos (Mutiny Lesson, Racialists). Parmi les moments où la partition devient vraiment intéressante, on retiendra d'abord ce très beau morceau qui s’ouvre de manière grave au piano puis au violoncelle. Et se déploie dans un mouvement de cordes rythmées par du piano, avant une dernière partie douce, nostalgique (Knocked Fir Six). On remarquera cette suite où, lentement, il développe un mouvement mélodique de plus en grandiose, romanesque, d'abord à la harpe, puis dans les cordes de plus généreuses et un solo de violon (The Empress Of India). Avant de terminer par un thème titre, à la fois romantique, orchestral et contenant quelques effet et sonorités indiennes (Victoria And Abdul). Et un générique de fin oui mélange, subtilement, de la musique indienne, jouée par des instruments traditionnels comme des percussions et tablas mais aussi de la guitare, avec des harmonies qui lorgnent vers le   jazz, notamment dans les lignes de piano (Gain The Ocean-End Titles). Sur ce beau portrait d’une reine et de rencontre avec un jeune indien, Thomas NEWMAN signe une belle partition. Une de ses premières qualités, c’est qu’il  réussi à éviter l’outrance musicale qu’on pouvait craindre sur un tel sujet aurait pu facilement intervenir via de larges thèmes de fanfare. Bien au contraire, et même si on regrette l'absence d’un grand thème principal, il a préféré l'accumulation de petits thèmes. Des motifs qui, soit mélangent habilement les univers sonores des deux personnages principaux, soit jouent leurs émotions, leur ouverture d'esprit D'où une véritable suite, assez réjouissante, de courts mouvements inspirés, profonds et colorés, qui accentuent superbement la réalisation de Stephen FREARS.

VICTORIA AND ABDUL (CONFIDENT ROYAL). Un film de Stephen FREARS, avec Judi DENCH, Ali FAZAL, Eddie IZZARD. Musique originale de Thomas NEWMAN disponible chez Back Lot Music.

 
 
 
 

ATOMIC BLONDE

Dans Berlin à l’aube de la chute du mur, l'agent secret Lorraine BROUGHTON (Charlize THERON), enquête sur le meurtre d'un collègue infiltré du MI6. Dès lors, elle doit affronter, dans une capitale en ébullition, avec l’aide du flic local David PERCIVAL (James McAVOY), une armée d'agents doubles  ! Pour la bande originale de ce film mettant en scène une espionne sensuelle et sauvage, le compositeur Tyler BATES (LES GARDIENS DE LA GALAXIE, JOHN WICK) et le réalisateur David LEITCH se sont accordés pour   rassembler une liste de chansons d'artistes emblématiques. A commencer par David BOWIE et son tube Cat People (Putting Out the Fire), ou encore l’excellent Father Figure de George MICHAEL (extrait, en 1988, de son album Faith) et London Calling (1979) de The Clash.Dans des sonorités électroniques marquées, on entend ensuite, par le chanteur de synthpop allemand Peter SCHILLING, Major Tom (Völlig Losgelöst); un titre plein d’écho et à la mélodie efficace, enregistré en 1996. On continue avec 99 Luftballons, titre inusable et engagé -sorti en pleine période de guerre froide- par le groupe allemand NENA, également présenté dans une version de 1988 interprétée par le groupe anglais Kaleida ; on entend encore Der Commissar, créé par l’artiste autrichien Falco, mais présenté ici dans sa reprise de 1983 par le groupe britannique de rock After the Fire ;  Cities In Dust par le célèbre groupe britannique de rock alternatif Siouxsie and the Banshees et The Politics of Dancing, un autre titre de synth pop par le groupe britannique -plutôt oublié aujourd'hui- Re-Flex. Vient ensuite une chanson introduite par une musique électronique angoissante, retentissante, à la  rythmique régulière d’un mouvement rock planant et dansant, et aux développements de guitare sorti des années 1980 (I Ran (So Far Away par A Flock of Seagulls). Et, enfin, la chanson rythmée, colorée, pop Voices Carry par le groupe des années 1980 Til TUESDAY. On profite aussi des reprises de standards par des groupes d’aujourd’hui. C’est le cas du Blue Monday de New Order (1983), revisité par le trio de rock indépendant Health et notamment le bassiste John FAMIGLIETTI, qui  intervient sur l'une des scènes les plus révélatrices du film ; une version qui respecte néanmoins le tempo et le battement par battement du single de 1988. Tyler BATES propose, quant à lui, d’abord un thème rythmé, répétitif, de base électronique, presque sorti, comme souvent ici, d’un film d'angoisse des années 1970/1980. Il contient de courtes cellules profondes, à base de guitare, qui amènent de la mélancolie. Avant de repartir dans une musique électronique plus attendue, pulsative caractéristique d’un certain style de thriller (C*Cks*Cker). Puis il développe un thème d’abord au fond vrombissant. Puis, dans un second temps, la musique devient plus intimiste, mais reste obsessionnelle, lorgnant vers une musique de thriller plus (Demonstration). Tyler BATES reste dans des sonorités atmosphériques et électroniques, là encore typique de thrillers des années 1980. Il y rajoute une part de rock par des riffs de guitares électriques et du mystère par des percussions. D'où une musique plutôt violente, bruyante même, qui file très rapidement. Comme la course de cette bombe atomique vers des espions dangereux (Finding the Uhf Device). On notera encore, et c’est une curiosité, que Tyler BATES s’est associé avec le chanteur Marilyn MANSON sur Stigmata ; une chanson rock métallique qui ravira les amateurs du genre ! Pour transformer ce film de guerre froide en un thriller débridé, David LEITCH et Tyler BATES ont travaillé en étroite collaboration sur la bande originale. D’un côté, ils ont sélectionné, pour accompagner des scènes de combats épiques, une série de tubes caractéristiques de l'époque évoquée. De l’autre, Brian TYLER s’est largement inspiré de musiques de type « halloweenesques » pour composer une partition de thriller qui, plus efficace que créative lorgne aussi sur les instrumentaux des chansons !

ATOMIC BLONDE.  Un film réalisé par David LEITCH, avec Charlize THERON, James McAVOY, John GOODMAN, Til SCHWEIGER. Bande originale disponible chez Back lot music.

 
 
 

WONDER WOMAN

C’est à Rupert GREGSON-WILLIAMS (HOTEL RWANDA, NOS VOISINS LES HOMMES, BEE MOVIE – DROLE D’ABEILLE, TU NE TUERAS POINT) que l’on doit la musique du passage au cinéma de WONDER WOMAN. Et, au même titre que le film constitue une vraie réussite, représentant un souffle nouveau dans les films de super héros, la partition de Rupert GREGSON-WILLIAMS se révèle, malgré l’absence – mais qui s’en étonnera ?- d’un grand thème principal, très plaisante, fourmillante de mouvements entre aventures et émottions. Epousant parfaitement le scénario, alors que la future Wonder Woman n'est que princesse des Amazones, Rupert GREGSON-WILLIAMS introduit sa partition par un court solo de violoncelle que l’on retrouve plus loin, sur une séquence d'éducation (History Lesson). Il est suivi d’un mouvement large, plutôt dramatique qui évoque les inquiétudes de son peuple amazone menacé, d'où de larges parties rythmées par les percussions. Mais il évoque aussi, par sa mélodie pour cordes, flûtes qui lui donnent un côté celtique et chœurs, sa grâce, sa féminité (Amazons Of Themyscira). Ce que l’on retrouve plusieurs fois, à commencer lorsqu’elle se décide à quitter l’île, convaincue de pouvoir mettre fin à la menace de guerre. Avant une deuxième partie plus sombre, mystérieuse, qui part dans une espèce d’appel lyrique à l'action (3 Angel On The Wing). Justement, sur les images du confit mondial, Rupert GREGSON-WILLIAMS continue par un mélange de musique de désolation et d’action, qui reste grave, avec des parties lyriques plus noires, tournantes. On note néanmoins des parties de suspense, avec des flûtes aériennes qui alternent avec des musiques mélangeant rythmes de cordes, cuivres et chœurs (Ludendorff, Enough !). Et cela se maintient sur les séquences de champ de guerre où le compositeur fait progresser une généreuse musique d'aventures. Il y utilise d’abord une rythmique de tambours, que l’on retrouve souvent dans la partition, qui rappelle les origines amazoniennes de Diana. Puis, se déployant mélodiquement, la musique amène une vivacité, une fougue et une tension (No Man's Land, We Are All To Blame). On note aussi, en même temps qu’une partie mélodique forte, des riffs de guitare associées à des tambours ; idéal sur des images d’un personnage en colère ! (Wonder Woman's Wrath). Entre deux thèmes d’action, Rupert GREGSON-WILLIAMS se pose par une musique aérienne, utilise des chœurs graves, parfois à la manière d’une marche. Ou encore une musique d'aventures majestueuse, aux chœurs associés à un solo de violon, des cordes vivaces (The God Of War). Il avance aussi des musiques douces et tristes, portées par un lento de violoncelle (Lightning Strikes). Enfin, après le combat final, à la musique fortement percussive, Rupert GREGSON-WILLIAMS introduit une musique de célébration, délicatement mélodique et lyrique. Mais avec un final de super héros plus rock, avec de la guitare électrique, qui annonce un thème de générique à l’omniprésence des cordes dynamiques en contrepoint (Trafalgar Celebration, Action Reaction). L’album se conclut par la plutôt bonne chanson To Be Human, écrite par Florence WELCH –du groupe Florence and the machine- et Rick NOWELS –un auteur, compositeur et producteur (Madonna, Lana Del REY), et interprétée par SIA et Labrinth alias le compositeur interprète anglais Timothy Mc KENZIE. Au final, si on n’entend pas de véritable grand thème, cela n'empêche pas Rupert GREGSON-WILLIAMS, un peu comme John WILLIAMS sur le TINTIN de Steven SPIELBERG, de signer une excellente partition. Une musique qu’il a conçue comme un voyage aux sonorités mélangeant vaillamment orchestre symphonique, percussions ethniques, nous transporte. Reste alors à déguster l’excellente partition d’un Wonder Compositeur !

Un film réalisé par Patty JENKINS, avec Gal GADOT, Chris PINE, Robin WRIGHT, Danny HUSTON, David THEWLIS, Connie NIELSEN, Elena ANAYA, Ewen BREMNER, Lucy DAVIS, Lisa LOVEN KONGSLI, Eugène BRAVE, Said TAGHMAOUI.  Musique originale de Rupert GREGSON-WILLIAMS  disponible  chez   SONY   Classical.

DESPICABLE ME 3 (MOI MOCHE ET MECHANT 3)Voici la musique du troisième volet de la franchise américaine -mais coréalisée par des français- toujours composée par Heitor PEREIRA. On y retrouve Gru qui, après qu'il ait été renvoyé de la Ligue Anti-Villain, se découvre un frère jumeau qui souhaite suivre ses traces méprisables : c’est Dru, du pays "Freedonia" et, en tant que tel, amateur du fromage infâme de la nation. Un détail qui n’a pas échappé à Heitor PEREIRA, qui a utilisé de nombreux instruments et objets uniques pour le refléter dans le score, y compris les râpes à fromage ! Heitor PEREIRA commence par le thème du nouveau méchant Balthazar BRATT, une ancienne star enfant obsédée par son mauvais personnage des années 80. D’où une première partie de la partition construit sur des thèmes plutôt extravagants, souvent en forme de musiques de thriller, utilisant une rythmique électronique associée à un orchestre symphonique et des chœurs, pour un personnage en décalage d’Hollywood (Evil Bratt Show, Up The Tower). On y entend aussi des effets d’orchestre saupoudrés d’un grain de guitare électrique jouée par le compositeur, de percussions et de cordes trépidantes (Considerated Impenetrable, Stealing Candy). Sur la première rencontre de Gru et son frère jumeau, Heitor PEREIRA introduit un thème plus léger, aérien et mélodique avec une belle mélodie, enfantine (My Brother !). Mais un thème mais qui joue aussi l'aventure, comme dans ce mouvement dynamique, coloré, à la fois lyrique et rythmiquement électronique (Sinister Revenge Plot).Heitor PEREIRA s’amuse aussi beaucoup à mélanger les styles, comme avec ce thème orchestral, rythmé par ses percussions, qui joue tantôt le suspense et, avec la guitare, davantage la douceur, la générosité mélodique (Morning Papers). Il étonne encore avec ces thèmes rythmés de manière martiale (Monsieur Pom Poo, Sneaking) ou plus Hitchcockien avec cette grosse caisse et de la trompette (Dad’s Legacy). Il propose des mélanges dans des musiques de comédie passant d’un mode enjoué à un autre plus mélodramatique, en passant par une sorte de tango (Rejected Me). Plus amusant, Heitor PEREIRA propose une sorte de samba, puis un motif d’aventures, sur des rythmes country ( Here We Are, Minions Quit, Villainy Is In Your Blood), parfois entrecoupé de mesures plus lyrique (Here We Go !). Il propose aussi certaines chansonnettes délurées (Say Cheese ! ) ou plus référencées (Heitor PEREIRA propose une petite danse, joyeuse, festive, rythmée à la russe, avec violon et contrebasse (Traditional Dance). Le score de PEREIRA représente également les thèmes de la famille et bien sûr, les Minions malicieux. On note ainsi ce joli thème doucement pianissimo et avec un accompagnement d'accordéon et de cordes (In The Dark Alone). Il y a aussi ces motifs délicatement mélodiques, nostalgiques et légers (Parenting 101, Can We Go Back Now ?). Heitor PEREIRA termine sa partition par des musiques plutôt dans les vibratos, à la fois lyriques, vrombissantes et rythmées, dignes d’un film d'espionnage avec des zests électriques lui donnant des allures de score rock ! (Why Cancelled ?, Back And Bigger). Au final, avec un indéniable savoir faire, Heitor PEREIRA signe une partition correcte qui rebondit sans cesse dans de multiples styles. Malgré un réel manque de fil conducteur en termes de thèmes, il associe des rythmiques électroniques, des guitares électriques, un orchestre symphonique et un chœur généreux de 60 chanteurs ! Réputé pour sa sensibilité, Heitor PEREIRA n’en oublie pas des thèmes plus doux, attachants, utilisés notamment pour les Minions et les enfants du film. Alors, même si les aventures de Gru et des minions ont ici perdu de leur superbe, Heitor PEREIRA n’a lui pas fini de s’amuser en les mettant en musique !

DESPICABLE ME 3 (MOI MOCHE ET MECHANT 3).
Réalisé par Pierre COFFIN et Kyle balda, musique originale d’ heitor PEREIRA disponible chez back lot music

 
 

FAST AND FURIOUS 8

Dans ce nouvel opus, que Dom (Vin DIESEL) et Letty (Michelle RODRIGUEZ) profitent de leur lune de miel et le reste de l'équipe  retrouve un semblant de vie normale. Mais quand Cypher (Charlize THERON) une mystérieuse femme entraîne Dom dans le monde de la criminalité, ce dernier ne pourra éviter de trahir ses proches qui vont faire face à des épreuves qu’ils n’avaient jamais rencontrées jusqu’alors. Pour la musique originale, on retrouve Brian TYLER (NOW YOU SEE ME 2, IRON MAN 3 er AVENGERS: AGE OF ULTRON) - qui a travaillé sur quatre films Fast & Furious- qui s’est visiblement amusé a composer un nouvel univers sonore autour d’un personnage qui intervient comme une sorte de sirène qui, ici, n'apporte que ravage et méchanceté. En guise de thème titre, il commence par une introduction faite d'un thème lointain, de plus en plus rythmé par des percussions crescendos que l’on retrouvera tout le long de la partition. On entend notamment des tambours, et des cordes en nombre important en arrière ; ce qui permet d’amener de l’ampleur. Ce n’est qu'ensuite que le compositeur développe un thème de franchise puissant, qui mélange, comme souvent dans la partition, urgence et action (The Fate Of The Furious). Sur le nouveau personnage de Cypher, il introduit un thème doucement rythmé, ménageant des pauses, et contenant de courtes cellules de piano qui traduisent sa complexité tandis qu’un contrepoint profond renvoie au danger qu'elle représente (Cypher). La suite de la partition – très longue – se compose surtout d’une suite de musiques particulièrement vitaminées qui jouent tantôt l’action, au travers de thèmes soutenus, parfois crescendo, dans les vibratos de cordes affutées et les cuivres puissants (Harpooned) avec, parfois, un contrepoint mélodique comme on en trouve souvent dans ce genre de films (The Cuban Mile); tantôt le suspense comme sur l’heure zombie : un thème large fortement rythmé, accompagné d’un contrepoint inquiétant. D’où des musiques peu mélodiques à la façon d’un film d'espionnage (Zombie Time, Hoodwinked) ; également des musiques assez basses et au rythme espacé, privilégiant les notes longues (Facing The Crocodile, Cargo Breach) , avec parfois un contrepoint électronique, des harmonies sombres (Wrecking Ball). Brian TYLER propose aussi des musiques plus posées, ici avec des parties de guitare qui amènent des éléments émotionnels bienvenus (Reunited), là avec des cuivres ronflants, des roulements de caisse (Incentive) ; des thèmes qui alternent avec des plages d'action fortement rythmées (Confluence), de peur tandis que des cordes profondes soutiennent la désolation (Affirmation). Enfin, Brian TYLER propose quelques thèmes qui mélangent une musique plutôt de détente avec des harmonies de tension faites de cordes obsessionnelles et de percussions sur un tempo assez lent, puis reprise clavier petit thème principal de la franchise (Welcome To the Club, Roman). Et étonne en reprenant son thème de la franchise en version lyrique avec des chœurs à la russe (Davidaniya). Avant une musique grave, presque cauchemardesque, avec de la guitare électrique 25 (Concussion Grenade) et une conclusion mélangeant, de nouveau, suspense et action (Dead In the Eye). Avec ce nouvel opus, Brian TYLER, qui sait ce que veut dire le Rapide et la Fureur, multiplie des thèmes d'action particulièrement percussifs et à forte dose d'adrénaline ; des thèmes qui laissent peu de places, hormis quelques passages plus fins, avec de la guitare, aux sentiments. A la manière d’un orfèvre mélangeant habilement orchestre et sonorités rock et électronique Brian TYLER, comme les héros du film, fonce avec sa musique et ne s'arrête jamais !

THE FAST AND THE  FURIOUS (FAST AND   FURIOUS 8). Un film réalisé par, avec Vin DIESEL, Charlize THERON. Musique originale de Brian TYLER disponible chez Back Lot Music.

MES VIES DE CHIEN (A DOG’S PURPOSE)

Quand le jeune Ethan recueille un chiot nommé Bailey, commence l'histoire d'une vie. Mais quand il doit se résoudre à le laisser partir, comme s’il ne s'agissait pas d’une fin, Bailey revient, réincarné, tour à tour, en berger allemand, golden retriever ou labrador… Pour ce film en forme de fable, Lasse HALLSTROM (HATCHI, LE CHOCOLAT, LES RECETTES DU BONHEUR) retrouve Rachel PORTMAN qui signe une partition débordante de musiques positives. Et cela commence avec le thème principal, celui du chien : un thème léger, rythmé à base de guitare, d’un filet de clarinette et d’un contrepoint de cordes généreuses. Un thème à la mélodie délicate, repris, dans une deuxième par les bois vecteurs de nostalgie (1 Bailey). Ce qui amène aussi des musiques souvent porteuses d'émotions, avec une base mélodique lente, pianissimo, sur Ethan bien sûr, avec un solo de violon lointain, très lent qui reprend le thème principal (Bailey: I Knew I Was Here to Love Ethan), également sur les personnages d’Hannah (Ethan Breaks up With Hannah) d’Ellie (Ellie) et Tino (Tino: One of My Best Lives). On entend aussi, par-dessus le piano, un contrepoint plus grave, inquiétant (3 Hot Pickup Truck) ; des musiques reliées parfois au thème principal, notamment au travers d'envolées orchestrales (Ethan Plays Ball With Bailey, Ethan Leaves for College) ; également des variations comme ces thèmes doucement chantants, répétitif dans le piano et qui se développe dans la guitare, les cordes et une flûte par-dessus (Bailey Shut in Garage, (Buddy Finds His Way Back to Ethan). Rachel PORTMAN joue aussi le suspense  par un thème dans les vibratos, la contrebasse ainsi que des petits tambours, avec une reprise à la manière d’une musique de western (Bailey Swallows Coin). Rachel PORTMAN appuie encore, parfois, une certaine urgence par des cordes dynamiques appuyées par les percussions (8 Fire) et, plus rarement, des sonorités électroniques et des cuivres (The Dam). Rachel PORTMAN surprend encore avec une sorte de musique pop de comédie, rythmée par un soupçon de guitare électrique, d’orgue et de la batterie (Tino). Rachel PORTMAN termine par un thème chaleureux, sorte de fusion  à base de guitare et de cordes pour représenter la victoire du cœur, avec de la harpe qui joue comme des étincelles avant un crescendo vers une reprise symphonique évoluant vers le thème principal, de plus en plus enjoué (Buddy Is Bailey) Au final, Rachel PORTMAN signe là une belle partition, à la fois fougueuse et fraiche, notamment au travers d'orchestrations mettant en avant des guitares et du piano ; des instruments qui, en solo ou accompagnés de cordes symphoniques,  apportent de l'émotion et de la nostalgie. Et cela fait du bien à entendre !

MES VIES DE CHIEN (A DOG’S PURPOSE). Un film réalisé par Lasse HALLSTROM avec Britt ROBERTSON, KJ APA, John ORTIZ, Juliet RYLANSCE, Luke KIRBY, Peggy LIPTON, Pooch HALL, Dennis QUAID et Josh GAD. Musique de Rachel PORTMAN disponible chez Back Lot Music.

 
 

GANGSTERDAM

Dans cette comédie, trois amis étudiants se retrouvent à Amsterdam : Ruben (Kev ADAMS) espère y séduire Nora (Manon AZEM), venu se fournir en drogue d’un genre nouveau ; entre les deux, se glisse l’ami d'enfance Durex   (Côme LEVIN). Mais ce faisant, ils vont devoir affronter les plus grands criminels de la ville. Pour ce mélange entre humour et intrigue policière, le réalisateur Romain LEVY souhaitait une musique de genre originale puissante. Il s’est tourné vers le plus en plus demandé Rob (MANIAC, PLANÉTARIUM) qui s’est beaucoup inspiré de musiques de films caractéristiques des années 1970 et 1980, notamment celles écrites par Ennio MORRICONE, que ce soit pour des polars français ou italiens. Fidèle à sa réputation de compositeur très électronique, Rob commence par un thème léger au clavier, qui joue à la fois les côtés thriller et sensuels. En contrepoint, on note des pulsations, et il y en a souvent dans cette partition, et des basses qui amènent  une couleur rock psychédélique (One kiss). Et que l’on retrouve sur le morceau suivant, comme pour renforcer la partie film policier. Tandis que, dans la deuxième partie, une partie profonde en arrière, par-dessus les pulsations électroniques, amène du suspense (Solitario / prophecy / kiddy kat), parfois mélangé à un rythme plus espacé, des notes graves et un contrepoint montant, inquiétant. On note aussi, et c’est une partie importante qui revient plusieurs fois, une mélodie de clavier à la façon d’un clavecin qui fait référence à des musiques de films policiers du passé, comme mieux personnifier ce trio d’apprentis malfrats (Stress Dog, Junior, Junior Rising / Father'safe)). Rob passe ensuite à des thèmes dont les nappes jouent l’angoisse, la dimension dramatique crescendo (Vice Houseboat, Thief, Even) mais aussi une sensualité, en même temps que des sonorités classiques des films d'épouvantes (Solitaria, Pantheon). Il intègre aussi souvent des accords électroniques à la façon de John CARPENTER, accompagnées de mouvements largement rythmés (Renegade).. Plus étonnant, et rare chez lui, Rob reprend une musique assez triste, émotionnelle, développant toujours une ambiance de tension, de danger, et d'émotion (Hero). Mais parfois une musique qui se distingue par son caractère nettement plus orchestral (Ich Bin Weg Hier / 8 Ball), que l’on retrouve, plus loin, mélangé à des sonorités largement électroniques, sur des parties de suspense, de terreur. Avec également la présence de notes de piano qui se posent et un rythme continu, pulsatif en contrepoint. Ce qui donne un très bon morceau, qui se distingue aussi par des harmonies tournantes assez inédites pour le compositeur (Acid / The Art Of Far). A condition d’apprécier les sonorités essentiellement électroniques, telles qu’on en entendait beaucoup dans les années 1979/1980, cette partition se révèle très intéressante. Multipliant les clins d’œil à des compositeurs et des cinéastes cultes des années 1970 et 1980, et y ajoutant parfois des textures orchestrales, Rob forme, entre frissons et sensualité, une musique très efficace. Le réalisateur Romain LEVY voulait aussi que dans la bande originale contienne des tubes cultes pour plusieurs générations. D’où la présence de  titres comme Free Bird de Lynyrd SKYNYRD (auteur aussi du célèbre Sweet Home Alabama), l’excellent Panda du rappeur américain Desiigner, titre qui l’a révélé en 2016, U-rite, un morceau de hip-hop  par They, le groupe formé par Dante JONES et Drew LOVE,  Gucci Mane et le titre Out Do Ya, Babel City Gang par Booba. On note aussi la présence de Love On A Real Train ; un morceau atmosphérique des célèbres Tangerine Dream. Et, pour finir, le morceau Tel Aviv par l'américain d'origine israélienne Omar ADAM dont la musique sert de pont entre des rythmes western pop et moyen-orientaux. Une bien intéressante bande originale !

GANGSTERDAM. Un film de Romain LEVY, avec Kev ADAMS, Manon AZEM, Côme LEVIN. Musique originale de ROB disponible chez L’R Du Trésor/Idol music.LION

Ce film raconte l’incroyable destin de  Saroo qui, de perdu a Calcutta loin de sa famille, se retrouve adopté par des australiens ; 25 ans plus tard, il repart vers ses origines en Inde La musique est signée d’une part de Dustin O'HALLORAN (MARIE ANTOINETTE de Sofia COPPOLA-2006) un compositeur basé à Berlin et à Los Angeles. Et d'autre part de HAUSCHKA, de son vrai nom Volker BERTELMANN, un pianiste et compositeur allemand réputé. En guise de thème principal, ils introduisent un superbe mouvement de piano répétitif, mélancolique accompagné de cordes profondes, majestueuses, délicatement mélodiques, qui ne font que le magnifier (Lion Theme). Il s'agit d’un très beau thème dont on retrouve de multiples reprises et variations tout le long du voyage de Saroo. Certaines apparaissent sensuelles et douces (Orphans, Searching for Home), parfois accompagné d’une ligne de violon (Home Is With Me); d’autres aériennes et délicates, avec un fond synthétique (A New Home). Sur le début du film, de la traversée ferroviaire de l’inde, ils continuent par un thème empreint d’une certaine gravité, à base de cordes en mineur, notamment de violons obsessionnels (Train). Ils amènent aussi de la tension, faite de sonorités aériennes, de violons dans les vibratos et de quelques percussions qui résonnent dans le contrepoint, alors que l'enfant se perd à Calcutta. On note aussi la présence d’une guitare qui reprend, rythmée par le piano, le thème du film, amenant, par delà la tristesse, une dimension poétique (Lost, Pt. 1, Escape the Station), parfois nostalgique (Memories), et même enjouée (River). Dustin O’HALLORAN & HAUSCHKA continuent aussi par des musiques graves, aériennes et même  concertante, qui amènent une ambiance étrange, de voyage (Layers Expanding Time), tandis que le piano distille, doucement, une dimension surréaliste (Falling Downward). Au final, Dustin O’HALLORAN, par ses mouvements sensibles dans les cordes & HAUSCHKA, par son jeu de piano extrêmement émouvant, proposent une très belle partition, qui renforce admirablement le parcours du jeune garçon. En complément, l'album contient le tube Never Give Up par SIA; On aime beaucoup!

LION. Un film de Garth DAVIS, avec Dev PATEL, Rooney MARA, Nicole KIDMAN. Musique originale de Dustin O’HALLORAN & HAUSCHKA disponible chez SONY music.

 

PASSENGERS

Endormis, 5000 personnes voyagent dans l’espace ; parmi eux, Jim et Aurora se réveillent accidentellement 90 ans trop tôt. Alors qu’ils doivent désormais passer le reste de leur existence à bord du vaisseau spatial, qu’ils éprouvent peu à peu une indéniable attirance, ils découvrent que les passagers courent un grave danger. PASSENGERS marque la deuxième incursion de Thomas NEWMAN dans la science-fiction, après le film WALL-E donc une histoire de robots. Dans PASSENGERS, il s'agit davantage d’une aventure humaine entre les personnages joués par Jennifer LAWRENCE et Chris PRATT. Ce qui se ressent dans la partition de Thomas NEWMAN qui, bien qu’il utilise beaucoup de sonorités électroniques, développe également de belles parties de piano. Thomas NEWMAN commence par un thème à base d’une rythmique électronique et de lignes de bois lointains, délicatement chantants par moments  ; un thème mystérieux qui nous plonge dans un univers futuriste, avec un mélange d'électronique et de quelques cordes débouchant sur un étonnant, voir terrifiant, crescendo orchestral (1 The Starship Avalon/Main Title) ; une ambiance que l’on retrouve sur d’autres  morceaux, comme ces thèmes presque mécaniques, très électroniques avec néanmoins une cellule de piano et des sonorités étranges en contrepoint (Robot Questions, Cascade Failure) ou d’orchestre (The Sleeping Girl). Des sonorités futuristes qui s’apparent parfois à une texture sonore de science fiction plus qu’une musique, avec des bruits étranges, des sons venant de loin, parfois des flûtes notamment des bossun’s whistle (sortes de flutes militaires) jouées par Steve TAVAGLIONE, du piano mais essentiellement de l'électronique (Build a House and Live In It). On note parfois un contrepoint vibrant qui amène du mystère, du suspense, avec une courte mélodie qui s'étale. Et qui comporte un contrepoint de flûte et de cuivres grondants (Rate 2 Mechanic), ou  de la guitare et une large partie de piano, parfois chantant, jazzy, d’autres fois mélancolique avec, par moments, un contrepoint de cordes, même d’une rythmique et de larges boucles synthétiques (Precious Metals) ;   un brin de flûte de pan, qui amène de la douceur et, dans un deuxième temps, avec des vibratos et un crescendo chaotique, de la terreur (Awake for 7 Days, Crystalline).  Le piano qui constitue probablement la base de Thomas NEWMAN, qui amène ensuite un thème assez lent, mélancolique, accompagne d'un contrepoint électronique et de cordes (Aurora) ; parfois aussi des parties répétitives étonnantes, accompagnées d’un large mouvement synthétique de clarinette par-dessus qui donne une dimension mélodique et celtique (Passengers) ou avec des cordes inquiétantes et des synthétiseurs (50% of Light Speed). Comme ou pouvait s’y attendre, Thomas NEWMAN développe aussi, dans sa musique, une partie romantique, comme ces beaux thèmes qui démarrent doucement au piano puis s’étirent délicatement, avec tendresse (I Tried Not To...), émotion (Spacewalk). Il utilise aussi des claviers électroniques pour mixer des mélanges entre action et électronique (Zero-Gravity, Looking for Wrong) ; entre musique atmosphérique et piano, qui amène un rythme en même temps que l’action (You Brought Me Back). Thomas NEWMAN termine par une musique délicate, au piano, doucement répétitive, avec des espaces, et un fond électronique (Starlit) avant un générique de fin plus planant (26 Sugarcoat the Galaxy (End Title). Au final, Thomas NEWMAN surprend agréablement avec cette musique de science-fiction qui, par de nombreux moments, semble tenue par le piano que joue lui-même le compositeur. Ce qui ne lui empêche  pas, bien au contraire d’utiliser souvent des sonorités électroniques mais sans en abuser, déroulant ainsi une partition entre futurisme et humanité.

PASSENGERS. Un film réalisé par Morten TYLDUM, avec Jennifer LAWRENCE, Chris PRATT, Michael SHEEN, Laurence FISHBURNE, Andy GARCIA. Musique originale de Thomas NEWMAN disponible chez SONY music.

 

LES ANIMAUX FANTASTIQUES

Cette aventure totalement inédite de J.K. « HARRY POTTER » ROWLING met en vedette le magizoologiste Norbert DRAGONNEAU (Eddie REDMAYNE).  Quand il débarque à New York avec ses créatures fantastiques dissimulées dans les recoins magiques de sa sacoche en cuir, il ignore qu’il va malgré lui intervenir dans le conflit entre le monde des sorciers, une force mystérieuse et les Fidèles de Salem, groupuscule fanatique des Non-Maj’. D’ailleurs, quand l’un d’eux, Jacob KOWALSKI (DAN FOGLER), en libère accidentellement quelques unes, cela intéresse l’ex enquêtrice Tina GOLDSTEIN (Katherine WATHERSTON). Et la situation s'aggrave encore lorsque Percival GRAVES (Colin FARRELL), le directeur de la Sécurité du Congrès Magique des États-Unis d'Amérique, soupçonne Norbert, Tina et sa sœur Queenie (Alison SUDOL), accompagnés de Jacob. Ils doivent alors unir leurs forces pour retrouver les créatures disséminées dans la nature avant qu'il ne leur arrive malheur. Pour la musique, c’est James NEWTON HOWARD qui signe une partition fidèle aux personnages, qui évolue constamment selon les différentes tonalités du scénario. Il faut dire que son envergure nécessitait des thèmes complexes, susceptibles de fluctuer entre les différentes dimensions du récit. Apres une brève reprise du thème d’Hedwige extrait d’Harry Potter (John WILLIAMS) James NEWTON HOWARD entame une musique d'abord atmosphérique, puis plus violente, riche en percussions et en cuivres. Dans un deuxième temps, il introduit une sorte de ronde débouchant sur une mélodie gracieuse, en fait un des grands thèmes du film, que l’on retrouve plusieurs fois et qui constitue, sans doute, la première réussite de cette partition (Main Titles - Fantastic Beasts And Where To Find Them). Il reste dans une musique mystérieuse puis, sur la longue séquence de la banque, il développe une musique avec de courts motifs portés par quelques percussions, des flûtes et des cordes (There Are Witches Among Us / The Bank / The Niffler). Dans le sillage des musiques d’Harry Potter, il lance ensuite une musique aux chœurs omniprésents et aux cordes scintillantes (Pie Or Strudel / Escaping Queenie And Tina’s Place). Il introduit aussi des cellules plus jazzy, en fait des clins d’œil subtils à l’époque des Années Folles, que l’on retrouve plusieurs fois dans la partition notamment sur la boulangerie de Jacob (Jacob’s Bakery). Sur la séquence des dépliants, il déroule un motif en forme de boucle d'orfèvre, dans les synthétiseurs, au contrepoint orchestral et lyrique (Credence Hands Out Leaflets). L’album comporte également plusieurs suites, comme cette musique trépidante, suivie d’un beau thème de trompette et d’une partie qui monte vers un mouvement plus héroïque (Inside The Case). Pour l’impressionnante séquence avec cette sorte d’énorme rhinocéros, il propose une musique rythmée où des bois, des percussions donnent une couleur exotique en même temps que les cordes apportent de la douceur (The Erumpent). Puis il continue par des musiques tendues, grinçantes avec un filet dans les graves, tournantes dans ses cordes trépidantes (In The Cells), parfois de  la flûte sakuhachi, pour le suspense, des caisses claires pour la marche (Newt Trial / Let’s Get the Good Stuff Out / You’re One of Us Now / Swooping Evil, The Demiguise and the Occamy). Dans cette autre suite, il passe d’une musique qui distille un mystère par ses vibratos, à une musique d'action mystérieuse. Puis il développe un souffle lyrique qui s'élève vers une reprise du thème principal. Avant un thème généreux, mélodique et lyrique, principalement pour piano (Relieve Him of His Wand / Newt Releases the Thunderbird / Jacob’s Farewell). Et de conclure sur le générique de fin, impérial, qui démarre sur le thème principal et se développe dans les thèmes de l'aventure (End Titles - Fantastic Beasts and Where to Find Them). Au final, force de reconnaître que James NEWTON HOWARD a atteint son objectif principal qui consistait à écrire une partition amusante, aux thèmes reconnaissables pour les personnages comme pour les animaux. Ce qui permet de donner au film une identité musicale. Il en résulte une partition éclatante, bien plus plaisante que la plupart des musiques du compositeur, qui signe là une bande originale particulièrement riche et mélodique ; on en redemanderait presque !

LES ANIMAUX FANTASTIQUES (FANTASTIC BEASTS AND WHERE TO FIND THEM). Un film réalisé par : David YATES, avec Eddie REDMAYNE, Katherine WATERSTON , Dan FOGLER, Alison SUDOL, Ezra MILLER, Samantha MORTON, Jon VOIGHT, Ron PERLMAN, Carmen EJOGO, Jenn MURRAY, Faith WOOD-BLAGROVE et Colin FARRELL. Musique originale de James NEWTON HOWARD disponible chez SONY classical.

FREE STATE OF JONES

Ce beau film raconte l’histoire de Newton KNIGHT, courageux fermier du Mississippi qui, en pleine guerre de Sécession, entraîne un groupe de modestes paysans blancs et des esclaves se battre contre les États confédérés. Jusqu'à la création du premier État d'hommes libres et égaux. Sur ce film historique, Nicolas BRITELL, jeune compositeur américain  de 26 ans (THE BIG SHORT en 2015) signe une partition qui, sur des arrangements mélangeant sonorités synthétiques et acoustiques de Rob MOOSE, à l'image du héros du film, progresse, et même trop, lentement. Ainsi, Nicolas BRITELL commence par des thèmes sombres, marqués par des synthétiseurs qui sortent une texture atmosphérique, emplie de tension et ce bien qu’une sorte de trompette lointaine s'élève doucement (Battle of Corinth, Let There Be Light). Il y ajoute de la guitare de Shawn CONLEY et du violoncelle de Caitlin SULLIVAN ; des instruments très présents tout le long de la partition. Il inclut également une touche celtique, nostalgique sur un thème principal discret mais sympathique (2 Taking Daniel Home) ; une couleur qui, sur un tempo  attentiste, et le violon joué par Tim FAIN, amène un mystère (They Took Everything), également une force naturelle, avec des cordes grinçantes, notamment du violoncelle, qui donnent des espèces de musiques du bayou, mystérieuses, sans mélodie mais comportant des accords posés sur des sonorités synthétiques. Egalement des percussions serrées sur des thèmes toujours assez rythmés (Piney Woods Swamp, July 1863 / Loyalty Oath, Resistance), où secondés par une ligne de violoncelle mélancolique (The Letter, Killing the Colonel). Nicholas BRITELL propose d’ailleurs de jolis thèmes purs, intimes, de nouveau à base de guitare, qui se développent avec une espèce de lointaine mélodie, reprise par le piano qu’il joue lui-même et qui égrène lentement ses notes (Finding Home, The Free State of Jones) ou portée par un solo de violoncelle lent, mélancolique, qui donne cette couleur caractéristique, sud-américaine (Hanging the Deserters). Nicholas BRITELL termine par I'm Crying, interprété par la voix grave de Lucinda WILLIAMS, chanteuse américaine, qui reprend le thème principal accompagnée de guitare et de violoncelle, belle adaptation avec mélodie reprise au piano, mélange de folk et de blues. Libre comme l'air, Nicolas BRITELL propose une partition moyennement réussie pour ce film se déroulant au cours de la guerre de sécession. Il multiplie des ambiances entre musique country et mystère, parfois dans des couleurs celtique. Mais cela ressemble trop à des ébauches de thèmes et manque d’une vraie force  pour emporter l'adhésion. On apprécie mais seulement après plusieurs écoutes !

FREE STATE OF JONES

Un film réalisé par Gary ROSS, avec Matthew McConaughey CONAUGHEY, Gugu MBATHA-RAW, Keri RUSSELL. Musique originale de Nicholas BRITELL. disponible chez SONY classical.

 

BEN-HUR

Qui ne connaît pas l’histoire de Judah Ben-Hur (Jack HUSTON-le petit-fils du célèbre réalisateur Américain John HUSTON), cet homme accusé à tort de trahison par Messala (Toby KEBBELL), son frère adoptif et officier de l’armée romaine. Déchu de son titre, séparé de sa famille et de la femme qu’il aime, Judah se retrouve esclave. Après Jusqu’à son retour et l’heure de la revanche. Pour cette nouvelle version, après Miklos ROSZA, c’est le compositeur très actuel Marco BELTRAMI qui s’est chargé de la musique, qui apparaît d’emblée nettement moins mélodique et spectaculaire. Ce qui ne l’empêche pas de contenir de jolis moments mélodiques et d’émotion. Marco BELTRAMI, comme thème principal, propose un lento a base de violon qui porte la partie mélodique, de la harpe et de chœurs très doux, caressants. Il s'agit d’un thème crescendo et émotionnel où les choristes féminins laissent la place a des hommes puis se fondent avant une espèce de silence (Ben-Hur Theme) ; une lenteur très présente sur le personnage de Judah et des temps heureux avec sa famille, avec un thème profond, rythmé par des percussions et un piano qui entame un thème triste, très lent (Carrying Judah), des cordes métalliques et du tambour (Messala Leaves Home). Puis viennent des thèmes emplis de douceur comme ce motif intimiste a base de guitare et d’un solo de violoncelle, romantique et dans la lignée du thème principal (09. Messala and Tirzah), de nostalgie, au développement profond dans le contrepoint (Mother’s Favorite), d’une certaine douceur, grâce a de la guitare, de douces percussions et des cordes chaleureuses (Dear Messala). Au contraire de la partition précédente, Marco BELTRAMI continue par des thèmes graves, grondants. Il amène ainsi une sorte de musique de tension emplie de rythme, de la froideur, y compris des sonorités, des voix arabes avant des mesures d’action parfois épiques, colorés par des cuivres, notamment de la trompette (Jerusalem 33 A.D. / Sibling Rivalry, Messala Returns) ou une sorte de musique de guerre qui ne décolle pas (Rammed Hard). Il introduit aussi une musique angoissante, faite de cordes agitées et surtout de percussions de différentes sortes avec une sonnerie de cuivre en contrepoint. Dans un deuxième temps, il introduit, à la manière de son mentor Jerry GOLDSMITH (Home Invasion). Ce que l’on ressent encore la musique de la course de chars, Marco BELTRAMI, musclée, forcement rythmée de manière régulière par des percussions, notamment des tambours (Chariots Of Fire). Il déploie aussi une marche régulière, militaire avec une ambiance atmosphérique et de voix en contrepoint d'abord puis un tempo plus puissant, grave, inquiétant, avant de se calmer, de revenir sur une texture aérienne puis de nouveau rythme, crescendo, comme une attaque sur la fin (Galley Slaves). Dans cette partition assez riche, on note un thème trouble et romantique (Ben And Esther), également une sorte de danse a base d'instruments traditionnels, notamment des percussions arabes tout de développant doucement une ambiance grave, étrange (Ilderim Wagers). Le thème principal revient mais sans exagération, surtout dans des séquences d’attente de la séquence d’anthologie des chars (Leper Colony / Messala Will Pay, The Circus). Jusqu’à une musique tendue, répétitive, qui comporte néanmoins quelques respirations plus intimistes, entre deux développements profonds, tournants, parfois aux limites de la musique électro-percussive (Brother Vs. Brother). Massacré par de nombreuses critiques, tout n’est pas à jeter dans ce remake du film de William WYLER. Pour preuve, la musique de Marco BELTRAMI, au thème principal discrètement mélodique mais convaincant. Puis, surtout, il réussit un équilibre intelligent entre des musiques d’émotion profondes et des thèmes épiques teintés de réalisme. Il en reste alors une partition bien moins massive que celle de Miklos ROSZA mais néanmoins recherchée, prouvant ainsi, de nouveau, les nombreuses qualités d’un compositeur très actuel.

BEN-HUR. Un film de Timur BEKMAMBETOV, avec Jack HUSTON, Toby KEBBELL, Morgan FREEMAN, Rodrigo SANTORO. Musique originale de Marco BELTRAMI disponible chez SONY music.

 

 

SUICIDE SQUAD

Face à une menace aussi énigmatique qu'invincible, l'agent secret Amanda WALLER (Viola DAVIS) réunit et arme une armada de crapules, les Suicide Squad. Mais, dès que ces super-héros comprennent qu'ils ont été sacrifiés, leur combat devient l'aventure la plus déjantée de leurs vies déjà surréalistes ! Pour la musique de ce film de méchants nés, pour l'essentiel, de l'univers DC Comics, les producteurs ont engagé Steven PRICE, compositeur oscarisé pour la bande originale de GRAVITY. Ici, sa partition ménage des transitions en douceur d'une scène intense en émotions fortes à une séquence plus légère. Mais surtout, il n'a pas loupé le coche en composant un grand thème dédié aux Suicide Squad. En effet, Steven PRICE ouvre sa partition par un vrai motif de super héros, particulièrement mélodique, rythmé, mélange entre de la musique d'action et d'espionnage (Force X) ; un thème relativement simple mais tellement efficace qu'il ne cesse de revenir. Steven PRICE continue par un thème puissant, au développement grave, lyrique, comme on en trouve beaucoup, qui se déplace de manière lourde, avec beaucoup de percussions. (Arkham Asylum). Dans la lignée du thème principal, Steven PRICE introduit des musiques de désolation, forcément assez tendus avec, en contrepoint, une cellule mélodique qui s’appuie sur une structure rapide (You Make My Teeth Hurt, Harley and Joker) ; également sur un mouvement de piano et de violon mélancoliques (Hey Craziness, The Squad). Il introduit également des thèmes tournants, repris lentement par un violoncelle distant, au milieu d’une musique violente (A Serial Killer Who Takes Credit Cards (02:09). Et bien sur de nombreux thèmes d’action, musclés et qui se déploient à la manière des ailes des super héros,  avant une partie mélodique qui semble s’envoler, avec des contours de guitare électrique (Thats How I Cut and Run, This Bird Is Baked); également des sonorités graves, musclées, reprises de manière chantante par les chœurs (Are We Friends Or Are We Foes) qui impressionnent lorsqu’ils entament des sortes de mantras (She’s Behind You). Steven PRICE n’en oublie pas des thèmes plus intimistes, mélancoliques, comme ce motif sur une base de clavier entrecoupé de parties lourdes et rythmée (I’m Going To Figure This Out). Ou encore ce thème de tueur, doucement rythmé par le piano, qui déploie un mouvement de suspense (A Killer App). On y retrouve parfois également des chœurs aériens et de larges lignes de cordes voluptueuses, tandis que des sonorités électroniques amènent une tension (I Want To Assemble A Task Force). D'ailleurs, il propose aussi des musiques, davantage à base d’électronique avec de grandes boucles, qui amènent une ambiance plutôt spatiale pour des séquences jamais dénuées d’humour (Brother Our Time Has Come). Au final, Steven PRICE signe une bonne partition de film d'action fantastique, qui retient d'abord l'attention par un thème principal fort et omniprésent, comme on l'attend sur un film de super héros. Mais loin de s'arrêter là, le compositeur n'a de cesse d'introduire des thèmes complexes d'action et de tension, sans ménager de plus rares plages intimistes à base de piano. Il en ressort une composition plutôt maitrisée, équilibrée et, à l’image des Suicide Squad, pleine de fougue, d'énergie et d’un esprit délirant.

SUICIDE SQUAD. Un film David AYER, avec Will SMITH, JARED LETO     MARGOT ROBBIE. Musique originale de Steven PRICE disponible chez Sony music.

 

SOS FANTOMES (GHOSTBUSTERS 2016)

Plus de trente ans après le premier film… S.O.S. FANTÔMES revient avec un casting féminin, pour une aventure inédite réalisée par Paul FEIG (MES MEILLEURES AMIES, LES FLINGUEUSES et SPY). Pour la musique de cet opus revisité et dynamisé, et succéder à Elmer BERNSTEIN, la production s'est tournée vers Theodore SHAPIRO (LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA, ZOOLANDER 2, LES PIRATES, BONS A RIEN MAUVAIS EN TOUT) qui propose une partition relativement classique qui, par ses nombreux thèmes et l'omniprésence de chœurs, s'avère particulièrement efficace. Theodore SHAPIRO commence par un thème aérien et délicatement répétitif, étrange et lointainement mélodique, contenant de courtes mesures crescendo qui évoquent la présence de fantômes (The Aldridge Mansion). D'où cette musique de suspense, de violence, non mélodique mais rythmée par des percussions et surtout des chœurs puissants que l'on retrouve dans toute la partition (The Garrett Attack, Battle of Times Square). Il reprend ensuite une musique assez entraînante, dans laquelle il dévoile une partie mélodique qui va devenir le thème principal (Never Invited), que l'on retrouve d'abord à la suite d’arias maléfiques (Distinct Human Form) et aussi dans plusieurs thèmes d’action (Into The Portal, The Fourth Cataclysm, The Power of Patty Compels You); les chœurs qui reviennent dans une musique large (The Universe Shall Bend). Theodore SHAPIRO amène ensuite une musique assez douce, rythmée par la harpe. Avant d'entamer une partie plus sombre, crescendo, avec quelques notes d’orgue, de cordes qui introduisent de classiques musiques de poursuites, avec les chœurs qui s'immiscent dans les contrepoints (Subway Ghost Attack, Mannequins). Theodore SHAPIRO propose aussi des thèmes graves, comme cette musique profonde avec de la harpe et des cordes. Et qui maintient une ambiance légèrement martiale, par la présence de roulements de caisses claires et de sursauts horrifiques (Dr. Heise). Comédie oblige, il propose aussi des musiques plus légères, caressées par des chœurs très doux. En même temps, le compositeur reste dans une tonalité d’épouvante avec le développement de mouvements graves, lyriques et utilisant un filet d'orgue entrecoupé de notes plus chaudes, typiquement américaines (Pester The Living). Il maintient aussi le suspense mais avec du rythme, notamment en reprenant quelques mesures de la chanson titre des années 80 à la façon d'une musique d'espionnage (Ley Lines). On note enfin qu’il amène aussi un thème doucement chantant, sur une base de piano puis la musique, dans les cordes d'abord puis avec des chœurs vire au cauchemar avec de courts motifs aux effets toujours effrayants (I Will Lead Them All, Entering The Mercado). Au final, Theodore SHAPIRO combat parfaitement, à sa manière, avec une très bonne partition dont le dynamisme fait la part belle aux thèmes emplis de lyrisme et de force, les fantômes.

SOS FANTOMES (GHOSTBUSTERS 2016). Un film de Paul FEIG, avec Melissa McCARTHY, Kristen WIIG, Kate McKINNON, Leslie JONES et Chris HEMSWORTH. Musique originale de Theodore SHAPIRO disponible chez Sony music.

INDEPENDANCE DAY: RESURGENCE

Voici de retour la célèbre franchise imaginée par Roland EMMERICH. Si nous avons toujours su qu’ils reviendraient et que la Terre se verrait menacée par une catastrophe d’une ampleur inimaginable, on pensait que la compositeur David ARNOLD serait du voyage ! Ce n'est finalement pas vraiment le cas puisqu'il se trouve remplacé par Harald KLOSER (LE JOUR D'APRES en 2004, ALIEN VS. PREDATOR) & Thomas WANKER (élève de Jerry GOLDSMITH et David RAKSIN à l’University of Southern California et compositeur sur la série BUFFY CONTRE LES VAMPIRES). Ce qui ne constitue pas une vraie surprise dans la mesure où il avaient déjà produit, et composé, les musiques de WHITE HOUSE DOWN en 2013, ANONYMOUS en 2011  et 10.000 en 2008, pour lequel ils ont aussi participé à l'écriture du scenario. Dans ce nouveau film, pour protéger l'humanité, toutes les nations se retrouvent unies autour d’un programme de défense exploitant la technologie extraterrestre. Mais même préparés à ce retour, seul le courage de quelques hommes et femmes pourront sauver l’humanité de l’extinction… Là, Harald KLOSER & Thomas WANKER plantent d'abord une sorte de chaos composé de sonorités parfois sourdes, de cuivres grondants, (Traveling Through Space). Ils enchaînent par un vrai thème, entamé simplement au piano. Avant de laisser place à un motif mélodique principal, martial et patriotique, rythmé par des caisses claires et coloré de cuivres généreux, dans la droite lignée, mais en moins bien, du thème originel de David ARNOLD (Great Speech) et que l'on retrouve plusieurs fois, comme cette variation qui s'envole à la manière d'un hymne porté par une ligne de trompette (Welcome To The Moon). Suit un autre thème orchestral, davantage sauvage dans les percussions, également des flûtes aériennes qui inspirent de l'inquiétude (Hostile Territory). Vient un thème, qui démarre au piano accompagné de cordes lointaines, frissonnantes. Puis entrent des cuivres et une sorte de souffle et des voix (How did they get the lights on ?). De nouveau, on entend   une musique planante, qui dégage du mystère, en particulier par cette ligne de cuivres qui devient chantante, amène une dimension spatiale avant un retour au thème principal (Fear) ou encore des boucles orchestrales donnant une impression dramatique, inéluctable (The Sphere).Comme ces musiques qui avancent à la manière de films d'épouvante (Inside The African Ship) ; de monstres aussi par cette musique rapide, volage dans les bois, grondante dans les cuivres, donc assez forte, puissante  (More Stimulation). Ce qui annonce une lente marche crescendo, doucement rythmée, avec des bribes électroniques et un ample mouvement orchestral, répétitif en contrepoint, également de nouveau un lent motif au piano secondé par l'orchestre (The Friendly Spacechip). Evidemment, Harald KLOSER & Thomas WANKER proposent aussi quelques musiques dramatiques, comme ce mouvement profond, qui accélère sur une rythmique électronique et des percussions renforcées par un contrepoint de trompettes (What Goes Up). Ou encore ce thème doucement pianissimo, répétitif et crescendo, utilisant pas mal de percussions, qui dégage de la tension, du suspense (Flying Inside). Ils jouent aussi la carte du thriller par une musique à la fois ample, doucement rythmée et emplie de tension et toujours de relents de thèmes à l'américaine (It's A Trap). Et bien entendu de l'action, notamment via ces musiques électroniques grinçantes, doucement rythmées puis qui accélère, devenant davantage inquiétante (The Queen Is Leaving), ou plus profonde avec des cordes tournantes et des cuivres puissants, qui accentuent le tragique comme l'angoisse (Whitmore's Choice, Bus Chase). Pour le Finale, sur la lancée du thème de David ARNOLD, Harald KLOSER & Thomas WANKER lancent une lointaine variation, profonde et surtout chaleureuse et émouvante. Mais n'oubliant pas, lancée par les roulements de caisses, la reprise de leur thème d'aventures façon martiale (Independence Day  Resurgence Finale). En bonus : L’album comporte une vraie reprise du thème spatial et héroïque de David ARNOLD et son développement orchestral chaleureux, empli de sentimentalisme (Id4 Reprise) ; une chanson électro façon disco de la fin des années 1970 par les Kid Bloom (Electric U). Puis une reprise, à la française avec de l'accordéon  de Bang bang (my baby shot me down), rendue célèbre par Sheila et repris ici par Annie TROUSSEAU, une spécialiste des reprises  de standards français. Au final, voici une bande originale honnête mais qui n'arrive à faire oublier celle de David ARNOLD qui reste toujours le roi musical de Roland EMMERICH !                                                                                                                                               

INDEPENDANCE DAY : RESURGENCE. Un film de Roland EMMERICH, avec Liam HEMSWORTH     Jeff GOLDBLUM     Bill PULLMAN, Maika MONROE,    Travis TOPE,     William FICHTNER, Charlotte GAINSBOURG,    Judd HIRSH     Jessie USHER. Musique originale de Harald KLOSER & Thomas WANKER disponible chez Sony classical.

 

WARCRAFT LE COMMENCEMENT

Cette saga spectaculaire raconte le rude conflit entre le pacifique royaume d'Azeroth, et des guerriers Orcs, et leurs deux héros, en quête d'une civilisation à conquérir ! Pour la musique, les producteurs ont misé sur une valeur sûre : Ramin DJAWADI, le compositeur du CHOC DES TITANS en 2010 et, surtout, de la série à succès GAMES OF THRONE ; d’ailleurs, il donne le ton avec un thème titre du même style que celui de la série : un motif en forme de marche impériale et doucement mélodique, développé de manière épique grâce à des cordes aiguisées, des cuivres grondants (Warcraft). Plongeant dans l'action, il continue par une des nombreuses marches percussives, développée de manière lente, utilisant ici des bruits, des chœurs lointains, du souffle (The Horde, Two Worlds Colliding), plus loin des cuivres ronflants, et des cordes qui deviennent de plus en plus présentes, crescendo et rythmiques (The Beginning). Ou encore des motifs pour partie héroïque, avant  une section profonde, mais aussi mélodique, contenant de jolis mouvements de cordes contrapuntiques, généreusement émouvantes, voir romantiques (Victory And Defeat). Il développe aussi des thèmes autour de certains personnages : sur Medivh, le dernier gardien de l'Ordre de Tirisfal, une organisation créée pour défendre Azeroth, il introduit un thème choral et  mélodique, féminin même, mais n'oublie pas d'y inclure une partie plus sombre. On la retrouve d’ailleurs intégrée dans une sorte de musique de péplum, de couleur parfois arabisante apportée par des flûtes (The Honor) et aussi du violoncelle (Mak'gora), que l'on retrouve sur le thème de Lothar, surnommé le Lion d’Azeroth ; un ample thème de guerrier, qui monte en intensité à la manière d'une marche aux accents moyenâgeux. Pour le sorcier Gul'dan, on entend  un thème froid, susurré par des cordes discrètes, un souffle inquiétant derrière. Très à l’aise dans les séquences d’aventures, Ramin DJAWADI continue par un thème qui démarre de manière cauchemardesque, se poursuit sous la forme d’une vaste musique de frissons, aux cordes affutées, aux percussions intenses et, parfois, ponctuée de chœurs d'hommes et de cuivres sonnants (Forest Ambush). Il amène également des notes étranges, graves et doucement mélodiques, chantantes, en incluant, dans leurs développements, un saxophone lointain (Strong Bones), ou des chœurs susurrés ainsi que des percussions (The Book), préludes à une musique de tension d'abord tournante, puis plus vibrante dans des cordes intenses, lyrique dans ses chœurs dramatiques promptes à évoquer les grandes guerres (The Incantation). Ramin DJAWADI revient ensuite à un thème planant et intime à base, notamment, de harpe (My Gift To You) ; également des motifs d'aventures puissants (Llane's Solution). Avant de terminer par un mouvement large, hollywoodien, qui avance lentement dans les graves, avec un doux mouvement mélodique crescendo et percussif par-dessus, jusqu'au dénouement dans les cuivres (For Azeroth). Sur cette adaptation du jeu vidéo du même nom, Ramin DJAWADI se sert très clairement de son expérience de compositeur sur une série d’héroïc fantasy. Et cela se sent dès le thème titre, calibré pour servir d'introduction à plusieurs films. Ensuite, le compositeur développe plusieurs univers sonores, des marches principalement et des motifs d’actions, correspondant à différents mondes et univers, guerriers notamment !

WARCRAFT. Un film réalisé par Duncan JONES (Moon, Source Code), avec Travis FIMMEL, Paula Patton, Ben Foster, Dominic Cooper, Toby Kebbell, Ben Schnetzer, Rob Kazinsky et Daniel Wu. Il s’agit d’une production Legendary Pictures, Blizzard Divertissement et Atlas Divertissement.Musique originale de Ramin DJAWADI disponible chez Back Lot/Universal Music.

EVA NE DORT PAS

A la manière d'un thriller fantastique, ce film relate, pour la première fois, la véritable histoire du corps disparu d'Eva PERON. Même si le réalisateur a pris des libertés artistiques pour raconter, du point de vue original des oppresseurs de la dépouille d'Evita, sa vérité, il n'en demeure une rocambolesque aventure qui mélange habilement fiction et images d'archives. L'histoire commence en 1952: Eva PERON, la figure politique la plus aimée et la plus haïe d’Argentine, vient de mourir à 33 ans, comme le Christ. On charge un spécialiste de l’embaumer; ce qui va demander des années pendant lesquelles les coups d’état se succèdent et certains dictateurs veulent détruire jusqu’au souvenir d’Evita. D'où cette idée de militaires d'enlever sa dépouille et de la cacher au Vatican, son corps devenant  l’enjeu des forces qui vont s’affronter pendant un quart de siècle, jusqu'à ses obsèques. En ce qui concerne la musique, elle est signée du jeune compositeur autodidacte Valentin PORTRON qui, des l'adolescence, s'initie à  à la guitare électrique et forme son premier groupe de rock'n'roll, les Bad Ducks. Ses multiples créations musicales pour les mises en scènes de ses amis et complices, le forment à la composition. Il invente aussi sa propre manière de fabriquer de la musique et du son pour le théâtre et les images : un juste équilibre de collages de sons réels, de prises instrumentales spontanées, de compositions acoustiques ou électriques sophistiquées. Sur le générique, Valentin PORTRON introduit une musique colorée, entre fanfare et marche militaire, saupoudrée d'un léger rythme de tango, qui revient parfois sur des images d'archives. Sur d'autres montages du passé, il amène une musique profonde, dramatique, synthétique, rythmée par des cloches notamment. Il développe également une mélodie particulièrement lente, triste et mystérieuse au violon. Ce dernier instrument   s'évapore sous des images d'une fillette et de sa mère (Imanol ARIAS), lors de la veillée chez l'embaumeur (Imanol ARIAS). Des images accompagnées de sonorités aériennes, et où le violoncelle revient, alors que l'embaumeur caresse la jambe de la dépouille. Il paraît intéressant de constater la relative beauté de ces séquences, qui comparent le corps de la défunte à l'heroine d'un tableau, accompagnée d'une musique grave, incluant toujours cette ligne de violoncelle qui finit par se fondre avec les sons des images d'archivés.  Dans la deuxième partie du film, à suspense, alors que la dépouille se transforme en un colis militaire à transporter, à surveiller, la musique revient d'une manière quasi religieuse. On note aussi, entre deux séquences de militaires, des  sonorités rayonnantes comme le soleil sur des images forcément oniriques d'Evita dans sa boîte mais aussi de verdure, de corps au bord de l'eau. On relève également des images d'exil  de 69 sous une musique forte, rythmée, quasi rock, qui se fond avec les sirènes de la police. Sur  les séquences du dictateur enchaîné, le général Aramburu (Daniel FANEGO), accusé de meurtres et de participation aux bombardements contre Buenos-Aires, par un groupe révolutionnaire dont le bourreau est joué par Gaël GARCÍA BERNAL. Sur ces séquences de tension, de violence, on  retrouve de nouveau une  musique aérienne, toujours avec cette légère ligne de violoncelle qui crée un lien secret avec Evita mais ne peut rien révéler. Le film s'achève en 1974, 22 ans après le retour d'Eva PERON en Argentine, sous des sonorités toujours aériennes et, de nouveau, une musique de parade militaire. Au final, en plaçant du côté des oppresseurs, le réalisateur réussi à mettre le public dans une situation de liberté presque dérangeante, face aux ambiguïtés et aux contradictions de l'histoire. Il en découle une sorte de thriller documentaire incroyable autour d'une des grandes figures politiques de l’histoire contemporaine. Pour la musique, Valentin PORTRON signe d'abord des ambiances, souvent funèbres, emplies d'émotion qu'il reprend sur un scénario plus violent. Il intègre ensuite des notes plus rythmées, plus électriques, qui agissent comme un contrepoint aux images de révolution.

EVA NE DORT PAS. Un film de  Pablo AGUERO Avec Gaël GARCÍA BERNAL, Denis LAVANT, Daniel FANEGO, Imanol ARIAS, Sofia BRITO, Nicolas GOLDSCHMIDT et Sabrina MACCH (Eva PERON). Musique originale de Valentin PORTRON.

ROSALIE BLUM

Le personnage principal de cette comédie aux frontières des genres, Vincent MACHOT (Kyan  KHOJANDI), partage son quotidien entre son salon de coiffure, son cousin, son chat, et sa mère envahissante (excellente Anémone). Mais la vie réserve parfois des surprises, comme ce jour où il croise par hasard Rosalie BLUM (Noémie LVOVSKY), une femme mystérieuse qu'il prend en filature. Ce qui va l’entraîner dans une aventure pleine d’imprévus et de personnages fantasques. Dès l’écriture, le réalisateur Julien RAPPENEAU savait que la musique jouerait un rôle important. Ainsi, il avait choisi la chanson de Belle & Sebastian "Get me Away From here I Am Dying" pour qu’elle soit reprise par Luna PICCOLI TRUFFAUT dans le bar où Vincent suit Rosalie. Rythmiquement, même si cela s’est précisé lors du montage, il se doutait déjà des moments qui nécessitaient une intervention musicale. Il a choisi de travailler avec son frère Martin RAPPENEAU, chanteur mais aussi compositeur de musiques de films (LES TUCHES 2) Ce choix s'explique par le fait que, depuis leur adolescence, Julien RAPPENEAU a toujours été sensible au talent mélodique de Martin. Dès lors, il sentait qu’il saurait se placer en osmose avec l’humeur d'un film dont il avait suivi toutes les étapes. Ce qui lui a permis de mûrir son travail de composition. Julien RAPPENEAU souhaitait autant de thèmes que de personnages principaux, c'est-à-dire pour le trio Vincent, Rosalie et Cécile; des thèmes que le compositeur a proposé au piano à son frère, qui lui disais ceux qui lui plaisait ou moins. Sur le quotidien monotone de Vincent, Martin RAPPENEAU introduit un thème doucement rythmé dans lequel le piano joue une cellule répétitive accompagnée de cordes et de quelques percussions; un thème qui devient plus dense pour les passages avec sa mère. Le piano, on le retrouve souvent, d'abord ce jour d'automne, avec des cordes obsessionnelles, quant il rencontre l'épicière, puis lorsqu'il la revoit sur le marché où la musique apparaît plus  profonde, dense, coloré, intemporelle même quand elle traverse le pont. C'est alors que la filature commence, de jour comme de nuit, avec une musique aérienne, planante, ponctuée par des notes de piano, également du souffle et des bruits sur une séquence montrant une sorte de cérémonie vaudou dont on comprend plus tard la signification. Sur le personnage d'Aude, la nièce de Rosalie, et les problèmes avec son colocataire artiste extravagant (Philippe REBBOT), Martin RAPPENEAU reste sur une musique  pianissimo mais plus chantante; une musique décalée, parfois plus jazzy et même empreinte de sonorités rappelant les années 1980,  quand, avec son amie Cécile, à son tour, prend Vincent en filature. Puis, au fur et à mesure que les mystères s'évaporent, la musique de Martin RAPPENEAU se libère. C'est particulièrement visible sur la séquence du cerf volant, mais aussi sur le tête-à-tête avec Cécile (Sara GIRAUDEAU) chez Vincent, où on remarque une musique pour piano, au contrepoint qui s'envole, suivi d'un développement mélancolique sur Aude. Mais également sur la rencontre des trois solitaires, où Martin RAPPENEAU développe un joli thème mélodique. Malgré ses imperfections, en l'occurrence un scénario prévisible et pas toujours original, le recours parfois grossier aux flashbacks, une interprétation pas toujours impeccable et une réalisation plutôt plate, voici un film assez touchant. En effet, comment ne pas éprouver de l'empathie et de la sympathie pour ces personnages ordinaires. De plus, en cuisinant la comédie à la sauce aventures d'espionnage, le réalisateur ajoute une note de romantisme inattendue. En ce qui concerne la musique, après les BELLES FAMILLES de papa, Martin RAPPENEAU récidive avec une partition relativement intimiste, doucement mélodique et qui réserve une large part au piano. Ce qui n'empêche pas de jolis contrepoints de cordes arrangés par Ronan MAILLARD ainsi que quelques thèmes modernes, colorés d'une manière davantage pop.

ROSALIE BLUM. Un film de Julien RAPPENEAU adapté du roman graphique de Camille JOURDY, avec Kyan KHOJANDI, Noémie LVOVSKY, Alice ISAAZ. Musique originale de Martin RAPPENEAU disponible en digital chez Kuskus.

 

MARSEILLE

Devant l'insistance de son frère Joseph (Patrick BOSSO), Paolo (Kad MERAD), exilé au Canada, revient à Marseille, au chevet de son père accidenté. Il n'imagine pas que l'affection de sa famille retrouvée, sa rencontre avec une jeune femme et la solidarité joyeuse des Marseillais le réconcilieront avec cette ville qu'il n'aurait jamais voulu quitter... Kad MERAD et Patrick BOSSO voulaient montrer la ville dans toutes ses couleurs, avec ses Gitans et leur musique (la chanson de Boy dans la scène de l’hôpital a beaucoup touché Kad MERAD), ses Comoriens et même une  asiatique à l’accent marseillais ! Pour la musique originale, le réalisateur a engagé Hervé RAKOTOFIRINGA, surtout connu pour ses musiques sur LA VÉRITÉ SI JE MENS 2 & 3. Sur le prologue, le film s'ouvre par une chanson rock américaine sur de splendides images de Paolo (Kad MERAD), à la pêche, avec son fils, au bord d'un lac au Canada. Rapidement, nous voilà transportés à Marseille où, évidemment, le soleil domine, accompagné d'une belle entame de la partition originale qui surprend par sa générosité dans les cordes et le piano. Cela se confirme sur un générique dans la veine des bandes originales de comédies à la française; un thème élégant, chantant, mélodiquement porté par de l'accordéon. Il annonce aussi le thème, à l'ancienne, du grand père Giovanni (Venantino VENANTIN). D'ailleurs, quand Paolo et son fils Sam (à l'accent québécois irrésistible) arrivent devant lui, Hervé RAKOTOFIRINGA introduit un thème aux ambiances variables, montrant que, derrière l’humour, le film se révèle souvent teinté de gravité. Il commence par une partie profonde, développée délicatement mais aussi, parfois, plus colorée, presque amusante, notamment en utilisant des cordes pincées. De même, certaines musiques rapprochent le père et le fils, par exemple quand Paolo conduit, en voiture, Giovanni vers un autre hôpital; ce qui donne, d'un côté, un thème poétique bercé de guitare, de l'autre des cellules plus répétitives. Toujours sur Giovanni, on note plusieurs thèmes intimistes à base de guitare, sur des images du passé et des gros plans sur son visage. On remarque également quand, avec paolo, il regarde des vidéos de famille, un contrepoint de cordes et d'accordéon. En fait, ce thème lorgne vers des origines gitanes, que l'on retrouvent d'abord dans une reprise, guitare et mains, de Volare, complètement intégrée dans la séquence. Ensuite, lorsque la voiture de Joseph se retrouve joliment décorée par des jeunes. Également sur certaines séquences à l'hôpital, lorsqu'on croise une interminable famille de gitans, prétexte à une musique d'inspiration jazz manouche. Le film contient également de courtes virgules musicales, comme sur cette séquence de Marseille de nuit qui se prolonge sur un Paolo endormi, accompagnée d'un thème bref thème pour piano et violoncelle. Changement de ton quandPaolo retrouve Stéphane, son autre frère, avec une musique qui sonne comme la résurgence d'une douleur. On remarque aussi des musiques emplies d'affection sur Joseph, notamment lorsqu'il fait visiter le port à Paolo et son fils, accompagné d'un thème au contrepoint lointain d'accordéon. Sur la séquence nocturne où Giovanni reste seul sur un bateau, on retrouve, de nouveau un thème nostalgique, à base de mandoline, en référence à ses origines  italiennes qui deviennent un enjeu. Notamment dans cette autre séquence où la musique participe à l'émotion, quand Joseph rase son père, que le compositeur a la bonne idée d'accompagner d'un thème chantant. C'est aussi un thème qui sert de jonction, en tournant à la valse, d'abord au thème sinon d'amour, en tout cas de romance, entre Paolo et Elena (Judith El ZEIN, très touchante) dans les calanques. Puis, comme un bel enchaînement de guitare sur les images du retour de Giovanni en Italie. Au final, Kad MERAD, avec le concours de Patrick BOSSO, rend parfaitement cette fierté d’appartenir à une même ville que l'on retrouve à Marseille. De fait, ils se sont employés à simplement décrire la réalité de la ville, dans sa diversité, ses tempéraments. Même s'ils forcent parfois le trait, l'ensemble se révèle particulièrement divertissant. De plus, les relations entre parents et enfants rendent forcément attachante ces retrouvailles avec la cité phocéenne. Quant à Hervé RAKATOFIRINGA, il surprend vraiment par une partition sensible et souvent mélodique, dont les thèmes apportent un éclairage supplémentaire sur les origines et les sentiments des personnages. On peut néanmoins lui reprocher d'avoir forcé sur les thèmes évoquant l'univers gitan alors que cela ne semblait pas indispensable. En outre, on relève que la partition bénéficie des arrangements de Nicolas GUITAUD et de l’apport du Music booking orchestra d'Anne GRAVOIN. Une bonne surprise !

MARSEILLE. Un film de Kad MERAD, avec Kad MERAD, Patrick BOSSO, Venantino VENANTIN, Judith El ZEIN, Anne CHARRIER. Musique originale d'Hervé RAKOTOFIRINGA, arrangée par Nicolas GUITAUD.

DIEU MERCI

Pour son deuxième film, Lucien JEAN-BAPTISTE rentre dans la peau de Dieu merci qui, à sa sortie de prison, décide de devenir comédien. Mais pour y arriver, il va devoir passer par des cours de théâtre et des répétitions avec Clément (Baptiste LECAPLAIN); un binôme plutôt envahissant ! Pour la musique, quand Lucien  JEAN-BAPTISTE a appris que l'envie première de Fred PALLEM consistait à composer pour le cinéma, il a voulu l’engager, après qu'il ait gagné la compétition avec d'autres compositeurs,  pour lui permettre de réaliser son rêve, tout en collant à celui de Dieu merci !  Les deux hommes se connaissent depuis une dizaine d’années, alors que Fred PALLEM avait composé les musiques de la Troupe du Phénix, et surtout de  la comédie d’Edmond BENSIMON EMMENEZ-MOI (2005), où jouaient Lucien JEAN-BAPTISTE, Gérard DARMON et Zinedine SOUALEM. Dès le début, dans un décor de prison, le réalisateur donne le ton, par une séquence de cours collectif de théâtre qui se termine en bagarre générale, permettant à  Fred PALLEM d'amener un thème rythmé, à base de guitare. On le retrouve, de manière progressivement mélodique, et dans une couleur davantage nostalgique,  accompagné de piano et de synthétiseurs en contrepoint, alors que Dieu merci, dans son train de banlieue, rêve de concours de comédien et de nouvelle vie. Mais la réalité économique revient à lui et le compositeur ramène un thème rythmé, pianissimo, quand il se présente aux cours Ventura. On note, sur plusieurs séquences, le joli personnage de Brigitte (Delphine THÉODORE, une révélation!),  une secrétaire nunuche au grand Coeur et, parfois, au regard de tueuse ! La partition appuie souvent les éléments qui rappellent les vieux rêves de Dieu merci, comme cette photo de Lino VENTURA, qui  donne lieu à une musique émouvante à base de piano. Elle souligne également des passages douloureux, avec des accords plutôt doux de guitare et un contrepoint profond. Sans oublier les moments de solitude, notamment dans l'hôtel tenu par des hindous (prétexte à des scènes hilarantes) mais aussi le coup de blues de Clément ; des séquences accompagnées de musiques simples, délicatement mélodiques, toujours à base de piano. On relève également, sur la scène de répétition de Roméo et Juliette, une musique inspirée de la mouvance soul black des années 1970, parfaitement rendue par Fred PALLEM à la guitare et à la basse, ainsi que ses musiciens de son groupe Le Sacre Du Tympan : Fabrice MARTINEZ à la trompette, Arnaud ROULIN aux synthétiseurs, Vincent TAURELLE au piano et Rémi SCIUTI au saxophone. On note également que la musique de Fred PALLEM prend la suite, comme un fondu sonore, de certaines chansons intégrées dans la bande sonore. C'est flagrant sur la séquence spirituelle où Dieu merci se replie sur lui-même, puis  à l'Église et dans le métro, pendant que Clément tente de convaincre son père de l'aider. Lorsque Dieu merci revient chez sa mère (irrésistible Firmine RICHARD) qui, comme souvent, prie, Fred PALLEM revient à une musique pianissimo, émouvante, reprise sur des images d'enfants jouant au ballon dans la cour d'une cité. Sur la séquence de l'examen, après une entame en forme de thème d'amour, Fred PALLEM amène une musique mélodiquement assez forte, sérieuse, sensible, à base de piano, et qui contient une sorte d'envol. Enfin, comme dans LA PREMIÈRE ÉTOILE, où on entendait La Montagne de Jean FERRAT, en amateur de chanson française, Lucien JEAN-BAPTISTE a intégré une chanson liée au sujet du film, La Quête de Jacques BREL; un choix judicieux (soufflé par l'acteur Edouard MONTOUTE lord d'un dîner) dont les paroles amplifient l'impact émotionnel de la scène finale. Dans la lignée de son précédent film, Lucien JEAN-BAPTISTE signe une oeuvre irrésistible, très drôle et pleine de tendresse. Partant de nouveau d'un rêve de gosse, il déroule une histoire réaliste, pleine d'anecdotes (antillaises notamment) et surtout terriblement humaine. A son niveau, Fred PALLEM délivre une partition relativement simple, dont les thèmes constituent des contrepoints, à base de piano, de saxophone et d'éléments électro-acoustiques, aux passages plus ou moins difficiles et sentimentaux. Le résultat fonctionne et participe, comme l'interprétation au sens large (même si Baptiste LECAPLAIN, souvent drôle mais qui, par un jeu plus proche du stand up que de la comédie, peut agacer) à la réussite du film. En effet, avec sa modestie et une bonne humeur très antillaise, Lucien JEAN-BAPTISTE réalise un vrai bon divertissement; On aime beaucoup!

DIEU MERCI. Un film de Lucien JEAN-BAPTISTE, avec Lucien JEAN-BAPTISTE   Baptiste LECAPLAIN, DelphineTHÉODORE,Olivier SITRUK,Firmine RICHARD,Michel JONASZ,Édouard MONTOUTE Jean-François BALMER.Musique originale de Fred PALLEM.

Voila un film étonnant ! Il se déroule dans des décors de toiles peintes, où des silhouettes incarnent tous les personnages, excepté Valentin (Andy GILLET), qui vit dans le monde imaginaire de ses tableaux, et sa grand-mère Nina (Alexandra STEWART) une émigrée juive polonaise. Au fil de quelques jours dans un Paris rêvé, Valentin demande à connaître le passé douloureux de Nina. Pour la musique, on prend plaisir à retrouver Jacques DAVIDOVICI qui, hormis sur les spectacles de Michèle BERNIER, s'est montré extrêmement rare ces dernières années. Il propose ici une partition relativement classique, souvent mélodique, légère et parfois, dictée par le sujet, beaucoup plus sombre. En ce qui concerne la couleur musicale, à l'image des toiles qui se rapprochent de l’univers de comédies musicales, Jacques DAVIDOVICI et le réalisateurJoseph MORDER, se sont accordés sur l'utilisation, essentiellement, d'un orchestre  symphonique classique et de quelques solistes qui, accordéoniste (Accordéon Des Rues) ou chanteur (J'Ai Oublié Mes Souvenirs par  Joël CARTIGNY), contribuent, par leur originalité, à la reconstitution d'un Paris de carte postale. Pour le thème titre, Jacques DAVIDOVICI introduit un joli thème ample, concertant, principalement dans les précipités, construit à base de cordes. Dans un deuxième temps, apparaît un mouvement mélodique plus romanesque, nostalgique même, à l'image du personnage de Nina  (La Duchesse De Varsovie);  un thème que l'on retrouve souvent  dans le film, en particulier dans un développement lent, profond, à base de piano et d'orchestre, évocateur d'un passé (Rachel, Générique Fin).  Pour Valentin, Jacques DAVIDOVICI introduit un motif délicat, pianissimo, qui décrit justement la solitude du jeune homme (Valentin). A l'occasion de la première scène entre les deux personnages, dans un taxi traversant la capitale, Jacques DAVIDOVICI propose une valse ironique avec des références austro-hongroises, en fait une reprise du thème de Nina, introduit au piano (Une Valse Légère, La Valse De Nina). Pour la séquence amusante du cinéma, le compositeur propose logiquement un thème au piano solo, très retro, doucement mélodique, romantique, subtil puis le reprend généreusement avec l'orchestre symphonique (Le Film Muet). Jacques DAVIDOVICI propose encore un thème délicatement mélodique, porteur d'un souvenir, à base de piano solo ; un thème repris tardivement par l'orchestre dans un contrepoint discret, qui s'installe à la manière d'une musique de l'est, avec un peu de hautbois et une reprise des violons (Un Jardin Magique). Suit une musique étrange, suspendue qui, sur un mode dramatique, prépare à la deuxième partie du film (Un Soir Gare De L'Est), consacrée à la confession de Nina. Là, Jacques DAVIDOVICI propose davantage des ambiances faites de notes synthétiques, de quelques accords de piano, parfois de percussions, de caisses claires. Il s'agit de sonorités brouillardeuses, dénuées de mélodie, parfois des bribes lointaines de thèmes à la manière d'un puzzle (Les Camps I) ; des thèmes qui interviennent comme des fantômes, parfois de manière rythmée, grâce à des bruits métalliques, des espaces et de petites cellules répétitives d'orchestre, de batterie. Plus qu'une atmosphère, le compositeur tente d'instaurer un mouvement d'inspiration contemporaine qui convient à l'espace hors du temps dans lequel se trouvent Nina et Valentin à ce moment (Les Camps II). Enfin, Jacques DAVIDOVICI étonne avec cette sorte incursion techno, mélange d'électronique et de voix mixées qui représente un véritable exercice de style (Extasie Dance). Dans ce film, toutes les séquences sont évocatrices d’un temps éloigné et, même quant il s'agit de rappeler des heures graves, elles représentent des opportunités de musiques. il n'en fallait pas davantage à Jacques DAVIDOVICI pour développer une bande originale emplie  de souffle et de puissance, qui contraste avec le minimalisme des décors et des silhouettes. De même, l'aspect mélodique, lyrique et généreux des thèmes principaux sert superbement un récit musical qui évoque, pendant une large première partie du film, le merveilleux, le burlesque, l'amour avant de passer à la tragédie. Il en découle alors une bande originale délicieuse, aussi colorée qu’une boite à musique.

MON ONCLE

Boris VIAN disait de lui qu’il ressemblait à bien plus qu’un Chaplin français ; c’était un créateur original, un poète de la pellicule, un artiste aussi simple que bourré de talent. Lui, c’était Jacques TATI : un cinéaste, un acteur qui ne ressemble à personne ! Retour au cinéma pour MON ONCLE, son troisième film et peut-être le plus populaire, sorti en 1958. Cinq ans après LES VACANCES DE  MONSIEUR HULOT, le cinéaste campait à nouveau ce personnage fantasque et, à travers lui, dénonçait avec humour et subtilité les mutations de la société française des Trente Glorieuses, ou plutôt l’usage que certains en font. Avec d’un côté le monde moderne incarné par les ARPEL, et de l’autre le monde « ancien » représenté par Monsieur HULOT et son voisinage, MON ONCLE témoigne de la modernité grandissante et de l’artificialité des relations qui en découle. Et ceci à travers une mise en scène d’une précision quasi géométrique et une utilisation habile du son et de la musique. Sur MON ONCLE, on se rappelle toujours des thèmes emplis de nostalgie et de la légèreté, composés par  Franck BARCELLINI, un auteur-compositeur plutôt méconnu décédé en 2012, et Alain ROMANS, qui a composé plusieurs musiques de films dont la plus célèbre est peut-être celle des VACANCES DE MONSIEUR HULOT et son thème principal Quel temps fait-il à Paris ? Sur MON ONCLE, ils ont composé à quatre mains un motif principal porté par quelques notes de piano, de la flûte et de flûte, de la guitare et un peu d’accordéon pour évoquer, avec une certaine nostalgie, le Paris traditionnel ; un thème de base pianissimo à la mélodie implacable, que l’on entend sur toutes les séquences des déplacements de Monsieur HULOT, seul ou en motocyclette avec son neveu dans le vieux Saint-Maur. Mais le film contient aussi d’autres thèmes, moins importants, plus jazzy, plus rythmés, notamment pour les séquences où des voitures, plutôt américaines, circulent dans un monde très moderne, parfois même jusqu’à l’absurde, notamment quand M ARPEL se gare sur sa place réservée. On note enfin, qu’étrangement, sur l’univers des ARPEL, et en particulier leur maison, Jacques TATI n’a pas posé de thème musical, préférant les ambiances, qui apportent une sorte d’authenticité, de réalisme parfois exagéré. Mais cela fait aussi partie du charme des films de Jacques TATI. Au final, plus d’un demi-siècle plus tard, MON ONCLE reste toujours aussi drôle et percutant : sa réédition en version numérique restaurée en 2K fait donc figure, à l’approche des fêtes de fin d’année, d’un spectacle qui  ravira petits et grands !

MON ONCLE, un film de Jacques TATI (1958, France, 116 mn), avec Jacques TATI, Jean-Pierre ZOLA, Adrienne SERVANTIE, Alain BÉCOURT, Lucien FRÉGIS. Musique originale de Frank BARCELLINI & Alain ROMANS. Au cinéma en version restaurée à partir du 18 décembre 2013. 

SIDEWALK STORIES

Avant THE ARTIST, il y a eu ce SIDEWALK STORIES, réalisé par Charles LANE et accompagné d’une musique de Marc MARDER (LES GENS DE LA RIZIERE de  Rithy PANH, LE BAL DES CELIBATAIRES de Bruno LORENZI), qui ressort au cinéma dans une version superbement restaurée. Tourné dans l'esprit des films muets des années 1920 et hommage au KID de Charles CHAPLIN, il relate l'amitié entre un vagabond et une fillette. Charles LANE a confiée la musique à Marc MARDER. Son ami d’université, contrebassiste et jazzman qui signait là sa première musique de films, s’est alors mis dans la tête d’un newyorkais qui capter tout ce que l'on peut entendre dans la ville. D’où un étonnant un mélange sonore : quatuors à cordes, tango ou encore jazz, permettent d’entrer dans des mondes chaque fois différents. Après un générique aux allures de répétition d’orchestre, le compositeur propose une musique qui se situe dans l’esprit de Georges GERSHWIN. Puis, à mesure que l’on suit ces gens de rue, il ballade une musique plus rythmée, souvent pour contrebasse, mais aussi de la flûte pour le jongleur, le magicien et le ventriloque ; une musique dynamique avec une partie mélodique enfantine, partie que le compositeur développe plus tard sur la séquence du Burger King avec la citation de « Dors l’enfant dort ». En arrivant sur le personnage surnommé l’Artist (Charles LANE), on découvre un superbe accompagnement pianissimo, également un mouvement plus sombre pour trompette. Il s’agit d’une musique qui devient vibrante, plus dramatique, également plus romantique, plus blues quand une élégante femme noire lui sourit. Sur l’habitation de fortune de l’Artist, on trouve une musique plutôt jazzy, à base de clarinette et de contrebasse, avant de devenir plus concertante. Quand il trouve le bébé, la partition prend une dimension chantante et émotionnelle. Marc MARDER retrouve la douceur maternelle du piano sur les séquences intimes avec le bébé avec parfois des solos de violon (le magasin de vêtements, la danse). Mais aussi, comme une sorte de berceuse, de boite à musique, sur la séquence du centre d’accueil. Egalement sur ce thème d’amour, ce premier baiser accompagné de contrebasse, qu’il reprend plus tard développé de façon plus large, mélodique, dans l’appartement de la femme élégante. Et quand celle-ci décide de se faire tirer le portrait, les images sont délicatement accompagnées de mandoline et de percussions, ce qui donne une teinte lumineuse. Pour la séquence du bac à sable, Marc MARDER lance un thème plutôt enjoué, pour percussions et cordes, comme un autre hommage à Charles CHAPLIN. Le bébé devenant une petite fille, Marc MARDER lance une musique à la base très américaine, marquée par une sorte de sonnerie militaire, puis développe une partition douce et joyeuse. Le film alterne alors entre séquences avec la poussette et scènes à domicile. Et Marc MARDER s’en donne à cœur joie dans une musique qui, souvent, valse ! Très proche des personnages, on remarque encore cette rencontre entre score et musique dans le film (sur un groupe de jazzmen sans abris), Jamais à court d’idées, Marc MARDER mélange habilement les sonorités classiques de l’orchestre et cuivres populaires sortis d’une fanfare. Notamment sur la musique majestueuse, quasi royale de la scène de la bibliothèque. On retrouve un côté jazzy, chantant, quand l’Artist se présente à la réception de l’hôtel, sur un rythme de tango. On note aussi des séquences plutôt décalées jusque dans les musiques, à base de piano et d’orgue, et même de batterie façon tambours du Bronx. Très émouvant par son histoire, ce film touche également par l’authenticité de sa partition. En brassant les styles, Marc MARDER insuffle à son Artist une identité musicale aussi personnelle que remplie de références. Il s’agit donc d’un film à voir ou à revoir absolument pour l’histoire mais aussi pour sa musique !

SIDEWALK STORIES, un film de Charles LANE, avec Charles LANE (L’artiste), Nicole ALYSIA (L’enfant), Sandy WILSON (La jeune femme), Darnell WILLIAMS (Le père) et Trula HOOPER (La mère). Musique originale de Marc MARDER. Au cinéma en version restaurée à partir du 9 octobre 2013.