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Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

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RENO ISAAC FACE A LA MELANCOLIE DE

 L’HISTOIRE D’UNE MERE !
Résultat de recherche d'images pour "l'histoire d'une mère film"

Dans ce film librement adapté d’un conte rare d’Hans-Christian ANDERSEN (LA VRAIE HISTOIRE D’UNE MERE), la réalisatrice Sandrine VEYSSET explore, comme elle aime le faire, la relation mère / enfant(s). Ici, la mère c'est Neige (Lou LESAGE). Avec son jeune fils Louis, elle cultive un amour fusionnel mais elle doit vivre sous la coupe de sa grand-mère Héloïse (Catherine FERRAN); la relation entre les deux femmes s’articulant dans une sorte de trou noir où s’engouffrent désirs, fantasmes et confrontation à l’impensable perte d’un enfant. Avec cette HISTOIRE D’UNE MÈRE, la réalisatrice Sandrine VEYSSET signe une œuvre forte, sensible et, surtout, étrange ; un film qui se situe, selon les moments, entre drame sur la peur et conte ténébreux. Pour la musique, elle a fait appel à Reno ISAAC ; un compositeur qu'elle connaît depuis longtemps et qui possède déjà une filmographie étoffée. Là, Reno ISAAC, qui réfléchit souvent à la musique avant le tournage, a écrit des mouvements d’allure orchestrale, mais, par manque de budget, sans l’utilisation de véritables musiciens. Après un début de film assez mélodique, enfantin et relevant de la comptine, il épouse successivement les ambiances souvent fantastique et tendue du film au travers d’un thème de la mort et de la relation maternelle par l’introduction d’une berceuse. Et, par des arpèges de piano et une tendance à la musique mélancolique, il renforce l'émotion débordante, à la fois de la mère et de la grand-mère, chacune se trouvant confrontées à l’apparition de la mort. A l’occasion de la sortie de ce film difficile, troublant mais aussi touchant, Reno ISAAC nous parle de quelques unes des rencontres de sa carrière et de ses souvenirs marquant, pour lui comme pour le public habitué des séries télévisées. Surtout, il évoque sa collaboration avec Sandrine VEYSSET qui, jusqu’à aujourd’hui, utilisait pas ou peu de musiques de films.

30 Ans De Musiques De Films

Reno ISAAC, comment avez-vous évolué depuis vos premières musiques de films dans les années 1980 et jusqu'à MOI CÉSAR 10 ANS ET DEMIE de Richard BERRY ?

Reno ISAAC : vous citez le film de Richard BERRY et je vous comprends car c’est vrai qu’il a représenté une étape importante pour moi. Après, comme vous le sous-entendez, c'est vrai que j’avais déjà composé plusieurs musiques de films dès les années 1980.  

En particulier avec Aline ISSERMANN ?

RI : j'avais en effet composé, j'étais alors très jeune, les musiques de plusieurs films réalisés par Aline ISSERMANN comme L’AMANT MAGNIFIQUE en 1986 et L'OMBRE DU DOUTE en 1993, dans lequel jouait Alain BASHUNG. Ensuite, toujours avec Aline ISSERMANN, nous avons collaboré sur plusieurs téléfilms et séries. Je pense en particulier à UNE FEMME EN BLANC en 1997, avec Sandrine BONNAIRE.

Vous avez donc assez vite pris goût à la composition pour l'image ?

RI : complétement car, pour moi,  composer de la musique de films m’a paru vite une activité vraiment très intéressante. Après Aline ISSERMANN, j'ai commencé à travailler avec différents metteurs en scène et, depuis, je compose très régulièrement des musiques de films. Donc, dès les années 1990, j'ai collaboré avec des metteurs en scène comme Richard BERRY bien sur, Danielle DUBROUX, Laurence FERRERA-BARBOSA et Sandrine VEYSSET.

Justement, vous la connaissez depuis longtemps Sandrine VEYSSET ?

RI : depuis pas mal de temps sauf que, jusqu'à son précédent film, elle n'utilisait quasiment pas de musiques. On a fait aussi, pour Canal Plus, une série de cinq courts métrages avec Jeanne MOREAU ; cela s'appelait LE TOURBILLON DE JEANNE.

Vous la retrouvez aujourd'hui après avoir mis en musique, en 2006, son long métrage IL SERA UNE FOIS, qui parlait déjà de la mort et de la vieillesse ?

RI : vous avez absolument raison. Ce film raconte l'histoire d’un enfant de dix ans qui vit au sein d’une famille difficile. Et alors qu’il s'apprête à se suicider, il se trouve rattrapé par sa vieillesse incarnée par Michaël LONSDALE.

Sur L'HISTOIRE D'UNE MÈRE, Sandrine VEYSSET vous a-t-elle demandé d'appuyer la dimension fantastique du film ?

RI : en fait, la musique qui, on peut le dire, s’appuie sur la dimension fantastique du film, découle d’un travail en commun. Je veux dire par là que nous avons, d'un côté, discuté de l’importance et de la place de la musique. Et de l'autre, moi je le lui ai proposé des musiques.

Comme avec Sandrine VEYSSET, vous collaborez souvent avec le même cercle de réalisateurs ?

RI : assez souvent car, aujourd'hui, la plupart des réalisateurs avec lesquels je travaille, nous n’en sommes pas à notre premier film ! Je veux dire par là que nous nous connaissons et que j'ai souvent une idée de ce qu'ils attendent de la musique, avant même de voir des images.

Vous voulez dire que vous composez parfois à partir du scenario ?

RI : ce que je veux dire, c’est que souvent, les réalisateurs me font lire leurs scripts ou, au moins, on en discute, par exemple lors de diners. C’est très intéressant car cela me permet de sentir l'ambiance autour du film. Puis, cela me parait très utile pour réfléchir très tôt à la musique, écrire des ébauches de thèmes, rechercher des idées.

Concernant votre façon de travailler, comment préférez-vous fonctionner ?

RI : cela dépend des réalisateurs qui possèdent chacun leurs préférences quant à la meilleure façon de collaborer. Comme je vous l’ai dit, il m'arrive, et j’aime beaucoup cette idée, que la collaboration commence avant le début du tournage. De même, certains réalisateurs me montrent des rushes ou des débuts de montage. Après, le véritable travail sur la conception de la musique se fait véritablement lors du montage du film. C'est-à-dire la phase où les éléments structurels commencent à se mettre en place.

Quel réalisateur, par exemple, vous incite à penser la musique avant le tournage ?

RI : j'ai envie de citer Orso MIRET (LA VIE DES BETES en 2015, avec Jonathan ZACCAI et Sarah ADLER), un réalisateur avec lequel je travaille depuis longtemps.  Il aime bien que je lui envoi des thèmes ; cela peut aller jusqu'à une heure de musique, avant le tournage. Orso MIRET et moi, nous nous étions rencontrés sur un film que j'aime beaucoup qui s'appelle LE SILENCE. Pour ce film, qui était sorti sensiblement à la même période que MOI CÉSAR, et qui était interprété par Natacha REGNIER, j'avais composé une musique pour cordes. Nous avons ensuite collaboré sur d'autres films et j’en suis très content car c’est un réalisateur qui aime beaucoup la musique et avec lequel je m'entends très bien. Donc je lui envoie régulièrement des idées de musiques avant le tournage. Ce qui lui permet de commencer les prises de vue avec déjà des couleurs musicales qui, si elles lui plaisent, et c'est en général le cas, me donnent de précieuses indications pour l'écriture de la musique définitive du film.

Histoire d'une mère photo 1.jpg

Une Musique Entre Conte Et Cauchemar

Sur L’HISTOIRE D’UNE MERE, vous débutez par un thème assez beau, plutôt mélodique sur le générique et des images de la forêt ?

RI : nous voulions avec Sandrine VEYSSET commencer par un thème justement assez mélodique. Je me rappelle que, lors de nos discussions, nous avions évoqué  comme référence les musiques de Scott WALKER. Nous avons notamment parlé de  celles qu’il avait écrites pour POLA X de Léos CARAX. Ce dernier se trouvant être un ami très proche de Sandrine VEYSSET. Ceci dit, ce dont elle avait envie, c'est surtout d'une musique orchestrale.

Justement, votre musique l’est-elle orchestrale ?

RI : j’aurais bien aimé mais, vu qu’il s'agit d’un film modeste, il n'était pas envisageable d'engager un orchestre. Ceci dit, j'ai  suivi Sandrine VEYSSET dans cette idée en réalisant, pour des raisons de budget, cette musique, et en particulier ce thème qui ouvre le film et que j'aime beaucoup, tout seul. C'est-à-dire simplement en utilisant des samples, donc sans orchestre.

Ensuite, dès que l'enfant Louis se trouve avec sa grand-mère, vous introduisez une musique à la fois fantastique et  tournante ?

RI : sur le début du film, j'introduis un thème que je définis comme délicat, plutôt enfantin, qui relève de la comptine. Et effectivement, c'est un  thème qui contient une étrangeté.

Pour les séquences entre Neige et son fils Louis, vous introduisez une sorte de berceuse, qui intervient après une musique de mystère, quand elle lui raconte un étrange conte ?

RI : vous touchez là au cœur du film qui, de toute manière, tourne autour de deux thèmes qui se situent dans la même tonalité. Il y a effectivement ce thème que vous appelez la berceuse que l’on entend plusieurs fois dans le film, notamment sur la séquence où Neige et Louis, donc la mère et l'enfant, jouent sur la balançoire. Le deuxième thème, qui se caractérise par une structure plus orchestrale, c’est celui qui participe au mystère dont est empreint le film. C’est aussi, et vous avez raison de le signaler, le thème de la mort, qui est très présente, et revient régulièrement dans le film, dans différentes variations selon les séquences de rêves.

C’est un thème qui revient aussi sur la grand-mère et ses secrets, notamment lorsque Neige découvre un chien empaillé dans une dépendance ?

RI : en fait, dans cette séquence, Neige pénètre dans une sorte de cabinet des curiosités. C'est-à-dire une pièce qui contient toute une collection d'objets inattendus. En ce qui concerne cette étrangeté que vous relevez, on la retrouve tout le long du film. Je pense qu’elle est liée à un  personnage absent, en l'occurrence la mère de Neige. En effet, dans cette histoire, on ignore ce qui s’est passé entre Neige et la grand-mère. Mais le chainon manquant entre ces deux femmes, c’est la mère de Neige et donc la fille de la grand-mère jouée par Catherine FERRAN.

C’est pour rappeler cette absence que, sur toutes ces séquences, vous développez une véritable musique d'angoisse ?

RI : sans doute mais je crois surtout que c’est ce que demandait le film. Après, il s'agit d’une musique instinctive, que j'ai élaborée en fonction des images et dont je ne saurais vous en définir les particularités. Par contre, ce que je sais,  c’est que j'aurais vraiment aimé la faire jouer par un orchestre. Mais, encore une fois, s'agissant d’une production à petit budget, ce n'était pas envisageable.

Toujours sur la grand-mère, vous introduisez aussi un thème de la tristesse assez mélancolique,  avec du piano ?

RI : sur ces séquences, je ne me suis pas contenté d'utiliser de simples notes de piano. En fait, je me suis servi d’une machine qui m’a permis de transformer une partie de piano en arpèges. C'est-à-dire en des suites  d'accords joués de manière successive. Je trouve que cela amène un côté mécanique à la musique  que j'aime beaucoup.

Excepté le thème de la berceuse, qui arrive avec une certaine légèreté, vous restez dans une musique assez sombre et, parfois, mélancolique ?

RI : vous avez raison mais, en même temps, je m’efforce toujours de faire attention à ne pas appuyer une ambiance. En ce qui concerne la mélancolie, je dois reconnaître que j'ai tendance à en mettre souvent dans beaucoup de mes musiques.

Pour quelle raison ?

RI : Tout simplement parce que j’aime beaucoup la musique qui provoque de la mélancolie. C'est pour cette raison qu'il faut que je me contrôle pour ne pas exagérer dans la musique mélancolique. D'ailleurs, pour l'anecdote, je me rappelle de discussions que j’ai eues avec des réalisateurs qui trouvaient que ma musique dégageait, justement, trop de mélancolie. De toute façon, dans L'HISTOIRE D'UNE MERE, il y a davantage que de la mélancolie ; il y a une angoisse, une impression latente qui fait que la musique, à l'image du film, reste noire. En tout cas, même si il me paraît indéniable que ma musique contient ce côté sombre, je n'ai pas cherché à l’appuyer. Vous savez, en définitive, je pense que cette musique contient beaucoup de lumière et, si je l'avais voulu, je pouvais faire en sorte qu'elle dégage bien plus de noirceur qu’au final dans le film. Encore une fois, je n'ai pas cherché à appuyer le côté indéniablement sombre du film.

Cette musique va-t-elle être éditée ?

RI : j'aimerais bien qu’elle le soit mais rien n’est sûr. Maintenant, je réfléchis aussi à élaborer un disque simple, voir double, qui reprendrait les thèmes principaux des musiques de films que j’ai composées depuis maintenant une trentaine d'années. Et puis, je dois avouer qu’il reste la musique de la série LA KINÉ, réalisée par Aline ISSERMANN, que j’avais composée dans les années 1990. Cette musique, et en particulier le générique que j'avais enregistré avec une soprano, même si ce n'est pas celle dont je suis le plus fier, ce serait bien que je l'édite car, dans la mesure où la série a connu un grand succès, on me réclame souvent.

Pour finir, vous arrive t-il de composer pour d'autres médias que le cinéma ?

RI : tout en continuant à composer des musiques de films, et j’en ai plusieurs en préparation, c’est vrai que j’aime bien écrire pour d'autres formes de spectacles. En particulier, j'ai déjà composé -et cela m’a vraiment plu- pour le théâtre contemporain et des défilés de mode, notamment pour la maison Hermès. En parallèle, je continue de travailler sur des projets différents, comme un album de chansons pour la comédienne Laura FAVALI. Vous savez, moi j'aime beaucoup cette idée de pouvoir travailler sur de multiples projets en même temps, pour le cinéma, le théâtre, la chanson et la mode,  et de passer de l’un à l'autre simultanément !

L’HISTOIRE D’UNE MÈRE. Un film de Sandrine VEYSSET, avec Lou LESAGE, Catherine FERRAN. Musique originale de Reno ISAAC. Distributeur Zelig Films Distribution.

Plus d’informations sur Reno ISAAC sur http://www.renoisaac.com/