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Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

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 Chronique

 

NOS FUTURS

Dans Nos futurs, deux amis d'enfance se retrouvent des années après  s'être perdus de vue depuis le lycée. Ensemble, ils vont confronter leurs souvenirs, au cours d’un road-trip, à la recherche de leurs anciens potes de lycée, pour organiser une fête; en fait, un prétexte pour explorer ce lien intime que constitue l’amitié. Comme aime le rappeler Rémi BEZANÇON,  la musique tient un rôle prépondérant dès la genèse de chacun de ses projet.  Inspirante et stimulante, elle l'accompagne pendant l’écriture, ensuite certains morceaux, des chansons pour la plupart, passent, d’autres restent. Pour les compositions propres au film, Rémi BEZANÇON a travaillé, pour la première fois, avec Pierre ADENOT, que l'on a plaisir à retrouver après La Belle Et La Bête de Christophe GANS. Pour le réalisateur, sa partition pour  cordes et piano s’est révélée idéale pour contrebalancer la musique préexistante plutôt rock.  Pierre ADENOT commence par un thème assez lent, délicatement mélodique, répétitif aussi, construit complètement à base d'un piano; un thème relativement simple, intimiste, comme toujours chez le compositeur assez chantant. Déjà dans cette introduction, Pierre ADENOT se situe dans une tradition très française, avec une musique des sentiments  (A Quatre Mains). Il continue par un thème profond, aérien, comme des souvenirs qui refont surface. Le piano reste présent mais de manière beaucoup plus lointaine, distante, tandis que les cordes jouent davantage dans les graves et que quelques percussions scintillent  (Le Carton A Photos). Pierre ADENOT persiste avec un autre thème de piano intimiste et inspiré, comme le titre indique, de Frédéric CHOPIN, surtout dans le style, le phrasé; les cordes arrivant dans un second temps pour amener un contrepoint empli de douceur, de mélancolie (Chopin With Strings). Puis le compositeur étonne par un thème moderne, rythmé, teinté rock, à base de sonorités électroniques et surtout de guitare électrique (Meet Vincent Montluc).Pour les deux amis.,, Pierre ADENOT réserve un thème léger, délicatement mélodique, pour piano et cordes; un mouvement doux amer qui se situe parfaitement dans la lignée d'un cinéma français traditionnel dont s'inspire Rémi BESANÇON (Yann Et Thomas), tout comme ce superbe thème orchestral, généreux, mélancolique et chantant (Où Est Thomas). Pour le personnage d'Estelle, Pierre ADENOT propose un thème  toujours mélodique, mais à l'orchestration plus complexe puisque sont mêlées des sonorités électroniques, de la guitare, des cordes en contrepoint et, pour la partie mélodique, le piano évidemment (Estelle). Comme le souligne justement le réalisateur, Pierre ADENOT possède une filiation évidente avec Philippe SARDE : c'est particulièrement évident dans le thème final du film qui fait penser aux musiques des films de Claude SAUTET, notamment  César Et Rosalie ou Vincent, François, Paul Et Les Autres; un des plus beaux films sur l’amitié. Maintenant, on retrouve ici tous les ingrédients constituant la qualité des musiques de Pierre ADENOT, à savoir des thèmes délicatement mélodiques et toujours orchestrés de manière  élégante et juste. Ici, il met surtout l'accent sur le piano qui exprime superbement la simplicité de l'amitié tandis que les cordes amènent une une fragilité et de l'émotion. Il en ressort une très bonne partition  à laquelle on ne peut pas reprocher grand chose, si ce n'est sa brièveté !

NOS FUTURS. Un film de Rémi BEZANÇON, avec Pio MARMAÏ, Pierre ROCHEFORT, Mélanie BERNIER, Kyan KHOJANDI, Camille COTTIN, Laurence ARNÉ, Roxane MESQUIDA, Micha LESCOT, Aurélien WIIK, ESTEBAN, Jean-Pierre LORIT. Musique originale de Pierre ADENOT disponible en téléchargement chez Gaumont musique.

 

LA BELLE ET LA BETE : UNE MUSIQUE TRES FRANCAISE DE PIERRE ADENOT ! 

 

Tout le monde connait l’histoire du sacrifice de Belle, la fille d’un marchand exilé et condamné à mort par la Bête suite au vol d’une rose. Au château de la créature, Belle découvre une vie étrange, entre instants de féerie, de mélancolie et de rêves lui révélant le passé de celui qui fut un Prince majestueux. Armée de son courage, Belle va lutter pour libérer la Bête de sa malédiction, jusqu’à découvrir le véritable amour. Pour élaborer cette nouvelle version, il fallait prendre des distances avec les films précédents, afin de mieux s’en éloigner, et moderniser le récit d’origine qui, ici, mélange avec un certain talent, et à renfort d’effets digitaux, mythologie, merveilleux, action et romantisme. C’est ce qu’ont entrepris le réalisateur Christophe GANS (LE PACTE DES LOUPS) et Sandra VO-ANH, qui ont rédigé un script où le conte revient à ses origines, à la façon du BRAM STOKER’S DRACULA réalisé par Francis COPPOLA ; une référence à laquelle a également pensé le compositeur Pierre ADENOT, que l’on est particulièrement heureux de retrouver sur un projet d’une telle ampleur. Pour ce film, le compositeur des EMOTIFS ANONYMES a commencé par écrire la valse qui devait accompagner la grande scène de danse entre la Belle et la Bête ; une valse, chantable mais seulement en apparence, au chemin harmonique complexe et aux accords plutôt simples conçue en trois jours, mais qui ne figure pas vraiment dans le film ! De cette valse, le compositeur a ressorti le thème de Belle, basé sur trois notes mais aussi le motif du conte qui ouvre le film de manière poétique. Tandis que, pour la Bête, il a recherché davantage une sonorité, une ambiance, qu’un thème ; des notes plutôt froides mais, là encore, méfiez-vous des apparences. Pierre ADENOT nous raconte la création, sur neuf mois, d’une bande originale peu commune qui, même si elle contient une dimension hollywoodienne, constitue une œuvre très française. Même si cette collaboration a été longue, parfois difficile, il nous raconte comment elle l’a fait progresser, lui permettant, pour la première fois, de développer ses thèmes sur près d’une heure et demie. Au passage, il évoque sa relation avec Christophe GANS qui, en plus d’être un grand cinéaste, se révèle un passionné de musiques de films et, en particulier, d’Ennio MORRICONE. Avec cette bande originale ambitieuse, classieuse et riche, les portes d’Hollywood pourraient bien s’ouvrir pour Pierre ADENOT ; un compositeur probablement pas assez reconnu mais dont on connait, et depuis longtemps, le talent… C’est ce qu’on lui souhaite !

 

Quand La Belle Et La Bête Se Rappellent Du Roi Et L’Oiseau

 

Pierre ADENOT,  êtes-vous arrivé par hasard ou par chance sur ce projet plutôt ambitieux ?PA : j’y suis venu de manière assez simple, sur les recommandations de Varda KAKON, qui s’est occupée de la supervision musicale du film. Elle avait dit à Christophe GANS que, vue l’esthétique du film, ce serait bien d’engager un compositeur français. Comme j’étais intéressé, j’ai participé, aux côtés d’autres compositeurs, à l’appel à candidatures pour la composition d’une valse destinée à la grande séquence de danse entre la Belle et la Bête. Et c’est ainsi que j’en suis venu à composer une valse qu’a beaucoup aimée Christophe GANS et qui est devenue le thème principal du film.

De quelle manière s’est passée votre rencontre ?

PA : il se trouve que nous nous sommes retrouvés sur de nombreux points. Ce qui n’est pas très étonnant car Christophe GANS possède une culture insensée en ce qui concerne le cinéma et la musique. Pour LA BELLE ET LA BETE, nous nous sommes surtout accordés sur l’importance de réaliser un film français. Du coup, pour moi compositeur, il s’agissait aussi d’écrire une musique qui soit, sinon très française, en tout cas d’inspiration européennes.

 

Quelles ont été vos références pour cette musique ?

PA : La référence évidente consistait à me rappeler des musiques composées par Wojciech KILAR et en particulier celle du film LE ROI ET L’OISEAU réalisé par Paul GRIMAULT ; j’y ai pensé énormément quand j’ai composé la musique de LA BELLE ET LA BETE. Il faut dire que, pour le film de Christophe GANS, je ne voulais pas d’une musique qui soit trop marquée à l’américaine. J’avais envie d’une musique qui contienne un côté spectaculaire, mais aussi et surtout, des racines sinon françaises en tout cas européennes. C’est pour cette raison que je me suis rappelé aussi du DRACULA de Francis COPPOLA, également mis en musique par le regretté Wojciech KILAR. Nous avons aussi évoqué, à un moment, Max STEINER, pour les séquences où Belle loge dans le château de la Bête.

Une Autre Valse

Votre valse, finalement, n’apparait pas à l’écran sur la scène pour laquelle elle était prévue ?

PA : effectivement, ce n’est pas ma musique que l’on entend sur la scène de la grande valse entre la Belle et la Bête. Il s’agit là d’un choix de Christophe GANS et, même si j’ai essayé de lui proposer d’autres versions de ma valse, il a tenu à utiliser cette musique d’un autre compositeur (Brian KEANE).

Est-ce à dire que l’on n’entend pas votre valse dans le film ?

PA : on l’entend mais seulement à la fin du film et on peut l’écouter sur le disque (le morceau s’intitule fort justement Une Autre Valse). Vous savez, techniquement, cela ne me pose pas de problème qu’on ait utilisé une autre valse que la mienne.

De quelle manière avez-vous imaginé cette valse ?

PA : je me suis isolé trois journées dans une chambre d’hôtel à rechercher un chemin harmonique complexe et, en même temps, une certaine simplicité dans les accords ; une idée de base que j’ai gardée à l’esprit pendant toute la phase d’élaboration de la valse. J'avais envie d’un thème qui soit, en apparence, chantable alors qu’il ne l’est finalement pas tant que ça.

Avez-vous repris un des accords de cette valse pour le personnage de Belle ?

PA : effectivement, il y a une cellule de trois notes qui est devenue celle correspondant au personnage de Belle, que j’ai ensuite développée dans tous les sens sur la musique du film.  Je dirais donc que le thème de Belle provient d’une désinence, en fait le premier dessin du thème de la valse, composé des notes la, si, mi.

 

Et au niveau de l’orchestration, avez-vous introduit des spécificités ?

PA : pas vraiment car Christophe GANS et moi étions d’accord sur le fait que l’on voulait une musique d'influence classique. La seule chose que j’ai imaginée, mais c’était bien avant de penser à l’orchestration de la valse, c’est de ne pas mettre de trompettes dans l’orchestre, en l’occurrence une formation anglaise que nous avons enregistrée aux Studios Abbey Road à Londres. Sur la valse mais aussi sur tout le reste de la musique du film. L’absence de trompettes me permettait, d’une part, de ne pas trop colorer l’orchestre et, d’autre part, de lui garder "costume" classique. Je veux dire par là que, si vous enlevez un pupitre, l’orchestre sonne même s’il faut que les cors, par exemple, aillent dans le suraigu pour pallier le manque de trompettes. Ce qui implique d’orchestrer différemment et, sur une heure et vingt minutes de musique, cela finit par donner une certaine couleur.

Une Ouverture Pleine De Poésie

D’où vient  ce thème, très beau et pianissimo, que l’on entend au début du film quand le livre s’ouvre ?

PA : ce motif, également une valse, qui effectivement ouvre le film, ne correspond pas au thème principal du film. En fait, il s’agit seulement du milieu de mon thème principal, c’est-à-dire celui de Belle.

Ces parties de piano solo correspondent à une demande de Christophe GANS?

PA : je n’en ai pas le souvenir mais j’avoue qu’on se trouve devant la musique qui m’a le moins posé de difficultés. J'ai proposé une musique de deux minutes trente pour le générique qui contenait le côté assumé du conte ; c'est-à-dire une idée de musique poétique.

Une musique de conte que vous cassez assez vite lorsque l’histoire démarre ?

PA : c’est vrai que l’option musicale du conte paraissait évidente.  Christophe GANS voulait que ce thème poétique du conte existe mais en même temps il souhaitait le casser et, musicalement, je voulais faire la même chose. On passe en quelques séquences des images d’une mère qui raconte à son enfant un conte à une histoire terrible ; celle d’un père qui réussit sa vie en devenant un marchand et qui, très rapidement, perd tout. Pour moi, il s’agissait d’accompagner ces situations par ma musique et de façon élégante. Ce qui, je pense, a séduit Christophe GANS et l’équipe du film, car cette musique est celle qui m’a posé le moins de soucis.

 

A quel moment avez-vous véritablement commencé à écrire la musique du film ?

PA : Je suis intervenu très tôt, dès le mois d’avril 2013, au début de la postproduction du film. A ce moment, je ne pouvais pas vraiment composer à l’image car la phase des effets spéciaux numériques commençait juste. J’ai alors entamé l’écriture des trois thèmes principaux sur lesquels repose toute la partition : la valse principale qui est devenue le thème de Belle, le thème ou plutôt la cellule de la Bête et le thème des Tadums qui est également devenu une valse. Mais il est vrai que j’ai un penchant? pour la valse que je ne saurais pas vous expliquer ! Ensuite, j’ai construit et déroulé l’ensemble de la partition à partir de ces trois thèmes. Et rien n’est fait en dehors de ces trois thèmes et principalement ceux de Belle et de la Bête. Leurs deux thèmes sont distincts mais, en même temps, se mélangent. On les entend parfois à l’envers, d’autres fois à l’endroit.

Cela n’a pas été compliqué de développer ces thèmes sur la durée du film ?

PA : Cela a surtout constitué pour moi une première ! Je n’avais encore jamais travaillé sur un film où je devais développer des thèmes sur une heure et vingt minutes. J’ai beaucoup appris du fait de disposer de seulement quelques notes pour désigner un thème et devoir ensuite développer avec ce matériel des morceaux d’une durée qui pouvait aller jusqu’à plus de cinq minutes. Le thème de Belle, c'est-à-dire la cellule de notes la si mi, on le retrouve tout le temps dans le film, associé ou mélangé au thème -ou plutôt à l’ambiance, à la sonorité - de la Bête.

Même si vous n’aviez jamais composé la musique d’un film aussi important, vous aviez déjà développé des thèmes sur des films ou des téléfilms entiers, en particulier pour Elisabeth RAPPENEAU ?

PA : d’une certaine façon, vous avez raison quand vous dites que j’ai déjà développé des thèmes sur des films entiers mais ceux dont vous parlez ne contiennent pas plus de vingt minutes de musique. Alors que sur LA BELLE ET LA BETE, j’ai dû développer les thèmes sur presque une heure et demie de musique ; ce qui est beaucoup plus important et forcément différent.

Ce travail des thèmes sur la longueur a-t-il représenté pour vous une difficulté ou, au contraire, un plaisir ?

PA : il a constitué surtout une immense découverte, même s’il a été évidemment compliqué à réaliser. Bien sûr, à la base, cela a aussi été un véritable plaisir de développer mes thèmes sur la longueur. Maintenant, ce qui compte le plus pour moi, c’est de voir, et surtout d’entendre, le résultat après coup. Christophe GANS est un amoureux de la musique de film. Ce qui fait qu’il n’a pas de soucis avec le langage. Quand il aime un thème, il l’apprécie vraiment et cela ne lui pose pas de problème que le compositeur le développe sur toute la durée du film. En fait, sa seule exigence, c’est que la musique corresponde pile à la scène avec ses références à lui, qui ne sont pas forcément les miennes. Je veux dire par là que, par exemple, les dissonances dans la musique ne le gênent absolument pas. Ce qui fait que j’ai pu en intégrer beaucoup dans la partition.

Une Musique Faussement Froide Pour La Bête

 

Pouvez-vous nous parler de l’ambiance de la Bête pour laquelle vous mettez en avant les cuivres et le clavecin ?

PA : j’ai écrit ce thème sans l’image. Je l’ai ensuite posé sur les images et il s’est trouvé qu’il me plaisait beaucoup, ainsi qu’à Christophe GANS quand il l’a entendu. J’ai utilisé du clavecin car j’avais envie d’un instrument noble ; cela correspondait bien au film, qui se passe en 1805, près de trois siècles après la mort de la Bête. Je trouvais intéressant de mettre un instrument noble comme le clavecin qui fait penser que l’histoire a commencé bien avant le XIXème siècle. Maintenant, il y avait, de la part de Christophe GANS, cette référence à la maison de CITIZEN KANE d’Orson WELLES -une demeure que l’on voit de loin-, et puis, pour ma part, une référence à REBECCA, le film d’Alfred HITCHCOCK. Je pensais au château de la Bête qui est une demeure faussement inamicale, beaucoup plus accueillante qu’il n’y parait. Ce que l’on comprend tardivement dans le film, alors qu’au départ elle est mystérieuse, mais cela fait aussi tout le charme de cette histoire.

 

Cela se reflète t-il dans une musique faussement froide qui cacherait quelque chose de plus sensible ?

PA : je voulais effectivement que ce soit une musique froide mais aussi impressionnante. Que la musique contienne une part de romantisme inhérente à la relation entre Belle et Bête. Comme leur rapport est avant tout romantique, il fallait qu’on le ressente musicalement. Mais en même temps, cette relation certes romantique apparait, pour le spectateur, froide, mystérieuse et parfois même violente ; j’avais envie que la musique contienne tous ces éléments.

Pour rester sur les références au cinéma américain, revendiquez-vous cette dimension hollywoodienne dans cette musique ?

PA : je comprends que vous puissiez trouver une telle dimension dans ma partition et je pense que cela correspond exactement à la volonté de Christophe GANS sur ce film. Maintenant, il ne s’agissait pas de faire ce que vous appelez une musique hollywoodienne. Pour moi, comme pour Christophe GANS, plus que de faire de la musique comme les compositeurs hollywoodiens, il s’agissait plutôt de rapatrier des éléments qui nous appartiennent. Tout ce qui vient d’Hollywood a pour origine l’Europe ; la plupart des compositeurs américains de l’âge d’or, d’Erich WOLFGANG KORNGOLD à Max STEINER, ont émigré depuis l’Europe vers les Etats-Unis. C’est pour cette raison que je parle de musique d’origine européenne. Même un compositeur comme James HORNER, dont je sais que vous l'appréciez beaucoup, est venu travailler aux Etats-Unis avec ses références sinon européennes, en tout cas classiques, Dimitri SHOSTAKOWITCH en particulier. Donc, mon idée sur la musique de ce film consistait à amener une grandeur française. Je ne vois pas pourquoi le côté un peu dimensionnel appartiendrait à Hollywood ! Il faut bien comprendre que Christophe GANS voulait réaliser avant tout un film français, même si certains éléments, et notamment certains aspects de la musique, possèdent une dimension hollywoodienne. Il s’agit donc, au niveau du film comme de la musique, de réaliser une œuvre très française.

Vous utilisez beaucoup le cymbalum ; un instrument qui tranche avec le reste de l’orchestre et qui, pour le coup, n’est pas du tout classique ?

PA : ce n’est certes pas un instrument classique comme vous dites. Il s’agit d’un instrument européen qui vient de l’est. On ne l’a finalement pas utilisé tant que cela dans le film car cela avait tendance à gêner le producteur. On l’entend effectivement beaucoup sur le disque et, en particulier, sur le générique de fin (qui n’est pas celui que l’on entend dans le film) où je lui ai réservé une partie solo jouée par Marius PREDA.

Pour quelle raison mettre en avant un instrument solo comme ici le cymbalum ? 

PA : avec Christophe GANS, nous en sommes très vite venus à parler d’Ennio MORRICONE. C’est un compositeur qu’il adore et dont il possède toute la discographie, ses albums de musiques de films comme ses disques de variété. Cette discussion autour d’Ennio MORRICONE m’a conduit à m’interroger sur ce qui fait l’identité sonore des partitions du compositeur italien par rapport à un metteur en scène. Et j’en suis arrivé à la conclusion qu’il s’agit souvent d’un instrument, comme la flûte de pan dans IL ETAIT UNE FOIS EN AMERIQUE. Le cymbalum me paraissait intéressant pour les Tadums car, en fait, on ne sait pas d’où viennent ces petits animaux. Donc, à l’origine, je me suis servi du cymbalum pour les musiques correspondant aux Tadums. Ce n’est que plus tard que nous l’avons utilisé sur le personnage de Perducas.

Justement, Perducas possède t-il un thème ou une sonorité propre ou, au contraire vient-il d’un autre thème ?

PA : Le thème qui s’intitule Perducas dans le disque, correspond à un morceau que j’ai réécrit, je crois, neuf fois. C’est pour cette raison que je ne peux pas vous expliquer d’où il vient. Par contre, ce que je sais, c’est que Christophe GANS et moi-même étions d’accord sur l’utilisation du cymbalum, d’abord pour les Tadums et ensuite j’ai eu tendance à en mettre un peu partout, et notamment sur Perducas. Mais aussi pour la valse, car cela me semblait tout à fait justifié. Maintenant, vous savez, en neuf mois de travail sur la musique d’un film, les choses ont tendance à s’inventer.

Un Mixage Très Réussi

 

Christophe GANS  et son équipe vous ont-ils demandé de refaire beaucoup de musiques ?

PA : il m’a bien sûr demandé de refaire des musiques mais, quelque part, il s’agit d’un processus normal car, dans ce film, tout est très millimétré. Il faut bien comprendre que j’ai composé la musique en même temps que le film était en train de se fabriquer. Il s’agissait donc pour moi, mais comme pour tout le monde, de m’adapter, en permanence, à un montage qui changeait continuellement. D’autant que, une fois le tournage terminé, on ne pouvait pas faire revenir les acteurs, qui ont beaucoup tourné devant des fonds verts. Ce qui fait qu’on ne savait pas trop ce qu’ils allaient devenir une fois les effets spéciaux intégrés au montage. C’est pour toutes ces raisons que le montage, pour les images comme pour le son et la musique, a constamment évolué. Mais au final, je suis satisfait car, grâce au mixage très réussi, ma musique est très présente. Enfin, sur cette collaboration, j’ai toujours ressenti que l’amour que Christophe GANS porte à la musique de films en général a fait qu’il comprenait que je ne pouvais pas changer de sentiment d’une scène à l’autre.

Que voulez vous dire quand vous dites que vous êtes très satisfait du mixage de votre musique dans le film ?

PA : je pense que l’idée de départ de Christophe GANS, en ce qui concerne le mixage de ce film, a été de mettre la musique assez fort, ce qui n’est pas si courant pour un film français. C’est important et cela se remarque lorsque l’on voit un film en salle et, d’ailleurs, cela m’a agréablement surpris lorsque j’ai vu le film terminé. Ce que j’ai apprécié dans le travail de Cyril HOLTZ, sur le mixage de LA BELLE ET LA BETE, c’est qu’il a compris et très bien rendu l’idée que la musique appartient à l’histoire. C’est pour cette raison qu’on l’entend tout le long du film et de manière assez forte. Ce qui va de pair avec le son du film, qui ne va pas contre la musique mais, au contraire, s’en accommode. Je veux dire par là que l’un ne va pas contre l’autre : quand il y a beaucoup de son, il n’y a pas de musique et inversement. Ce qui fait qu’au final, grâce au travail millimétré du mixeur mais aussi du monteur Sébastien PRANGERE, les sons et la musique s’harmonisent parfaitement à l’image.

 

Au final, que gardez-vous comme souvenir de cette première collaboration sur une superproduction française ?

PA : d’abord, la fierté de participer à un projet très important car, pour un compositeur, pouvoir collaborer sur un film tel que LA BELLE ET LA BETE représente quelque chose de vraiment énorme ! Bien sûr, j’ai revu le film de Jean COCTEAU dont je me rappelais surtout la musique magnifique de Georges AURIC, mais jamais je n’aurais pensé qu’on m’offre un jour la chance d’écrire pour cette histoire. Ensuite, en tant que compositeur, cette collaboration m’a permis de développer des idées musicales comme je ne l’avais jamais fait auparavant. Enfin, grâce à ce film, cette collaboration avec l’équipe et Christophe GANS, je pense avoir beaucoup progressé.

Aimeriez-vous que cette musique vous ouvre l’horizon vers d’autres films importants, voir des projets américains ?

PA : évidemment que cela me plairait, de même que travailler de nouveau avec Christophe GANS ! Après une collaboration aussi riche et prestigieuse, je ne peux pas vous répondre le contraire !

LA BELLE ET LA BETE. Un film de : Christophe Gans Avec : Vincent CASSEL, Léa SEYDOUX, avec la participation de André DUSSOLLIER, Eduardo NORIEGA, Myriam CHARLEINS, Audrey LAMY, Sara GIRAUDEAU, Jonathan DEMURGER, Nicolas GOB, Louka MELIAVA et Yvonne CATTERFELD. Musique originale de Pierre ADENOT, disponible chez Idol/Quartet records.

 

Entretien réalisé en janvier 2014 - tous droits réservés.