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CYRIL MORIN :
DE RETOUR A NY84 !
 
 
 
 

Avec NY84, son troisième long métrage, après THE ACTIVIST et HACKERS GAMES, Cyril MORIN clôt un cycle consacré aux tragédies américaines des années 1970 à 2000. Au passage, il traite de sujets qui le passionne : la lutte du peuple indien (THE ACTIVIST), les attaques informatiques (HACKERS GAMES) et, aujourd’hui, les dégâts du SIDA et son impact, ses conséquences chez les artistes. NY84 raconte l’histoire forte de trois jeunes artistes, vivants  à Downtown New York au début des années 80. Jeunes et libres, Kate, Anton et Keith aiment pratiquer la fête, la photographie, la peinture et la musique. Avec leurs  chansons, ils se frayent un chemin à travers les clubs et les lofts d’Alphabet city. Pour ce nouveau film, Cyril MORIN s’est rappelé sa jeunesse loin des Etats-Unis mais marquée par des histoires de grands artistes qui ont été emportés par la maladie dans les années 1980. Plus particulièrement, c’est en lisant un livre et en visitant une exposition que lui est revenu le souvenir du photographe Robert MAPPLETHORPE et compagnon de Patti SMITH. Pour la musique de son film, souhaitant coller aux années 1980, Cyril MORIN s’est associée l’aide de son ami compositeur et producteur Fabien WALTMANN ; celui-ci signe à la fois des chansons, dont les titres émouvants coécrits et interprétés par Sam QUARTIN et des thèmes instrumentaux, légers, délicatement mélodiques et mélancoliques, souvent à base de clavier et de guitare. Fidèle à CINESERENADE, Cyril MORIN revient pour nous, à quelques jours de sa présentation internationale de son film, sur la genèse de la création de ce nouveau chapitre de sa trilogie américaine, qui porte un regard français sur une tragédie mondiale. Il nous explique ses choix, notamment sur la musique et les chansons, et revient sur son parcours d’artiste complet, à la fois compositeur, interprète, guitariste et réalisateur engagé. 

Une Trilogie Américaine

Cyril MORIN, d’où vient l’idée de ce troisième film consacré aux États-Unis ?

CM : elle remonte à la période où, alors que je me trouvais à Los Angeles, et où j'ai lu un livre dont le sujet correspondait au début de l'épidémie du SIDA dans la ville de San Francisco. En lisant ce livre, je me suis rappelé cette époque, il y a trente ans, où le Sida avait décimé toute une jeunesse pleine de vivacité, d'énergie et de projets (note : 35 millions de morts dans le monde, et 35 millions de malades de nos jour).

Vous avez tout de suite envisagé de raconter la tragédie du SIDA à travers le parcours d’artistes ?

CM :Il me semblait intéressant d’explorer, à ma manière, les événements qui avaient conduit toute cette génération, dont les  artistes constituaient des porte-paroles. Etant alors âgé d'une vingtaine d'années dans les années 1980, je suivais des artistes emblématiques qui sont tombés; je pense à Klaus NOMI, ou Freddie MERCURY plus tard. Tout comme le peintre et sculpteur Keith HARING, le photographe Robert MAPPELTHORPE et plus tard Rudolf NOUREEV.

Ces artistes, cette époque, vous évoquent des souvenirs ?

CM :je me rappelle qu’on écoutait l’album HORSES de Patti SMITH. La pochette était de Robert MAPPLETHORPE. On écoutait aussi David BOWIE et Klaus NOMI, avant que le Sida n’emporte ce dernier. Mais il y avait surtout beaucoup de vie et de créativité.

Quel a été le déclic qui vous a permis de le terminer ?

CM : j’ai lu un livre ("MAPPLETHORPE" écrit par Judith BENHAMOU-HUET aux éditions Grasset). Puis c’est l’observation de photos de Robert MAPPELTHORPE lors de l'exposition au Grand Palais à Paris en 2014 ; des photos qui m’ont ramené à l'époque où je lisais Photo magazine : j’y découpais ses clichés, ses photos de Patti SMITH. Je ne connaissais alors pas sont travail plus extrême, mais tout était familier. En lisant ce livre, et en revoyant ces photos, j'ai compris que ce n'était pas à San Francisco qu'il fallait que je situe mon film mais à New-York !  J’ai pu alors écrire le film.

Vous voulez dire que vous vous sentiez plus proche de New-York que de San Francisco ?

CM :Artistiquement oui ! Sur le plan de la musique, du cinéma, de la peinture, beaucoup des artistes New Yorkais m’ont marqué : Patti SMITH bien sûr, mais aussi l'arrivée du punk, Blondie, Télévision et tous les groupes emblématiques. Côté plastique, je connais bien le travail de Keith HARING, Andy WARHOL, ou de Jean-Michel BASQUIAT...


De San Francisco à New York

Vous avez alors eu envie d'intégrer ces personnages dans votre scénario ?

CM :J'ai  commencé par une vingtaine de séquences avec, dès le départ, avec le souci de mélanger de la fiction à des éléments réels. Dans le film, j’ai filmé des interviews qui sont basées sur de véritables entretiens des personnages de l’époque et je les ais remaniés.

Quels sont donc les personnages de votre film ?

CM : en fait j’ai imaginé mes trois personnages principaux, comme des artistes en devenir, qui vivent ensemble et à fond. Il y a Kate (Sam QUARTIN), qui compose des chansons, Anton (Chris SCHELLENGER) qui fait des photos, et Keith (Davy J. MARR), qui fait des graffitis. Ils vivent ensemble dans toute l'ambigüité sexuelle de l'époque à la façon de Jules et Jim. Ces trois personnages vivent aussi dans une espèce de devenir artistique que, personnellement, j'ai connue quand j'ai vécu à Paris. Ils vont profiter pleinement de leurs liberté lorsque, tout d’un coup, l'épidémie du SIDA arrive, et tombe sur les deux hommes ; l’un d'entre eux accepte de se battre, se soigner, et finalement de jouer le jeu des médecins ; l'autre préfère se renfermer et passer le temps qu’il lui reste à vivre, à travailler.

Là encore, avez-vous volontairement cherché à raconter une histoire proche de celle de Robert MAPPELTHORPE et de Patti SMITH ?

CM : Je m’en suis inspiré très librement, mais il y a parfois un mixage de plusieurs personnages de l’époque ! Dans le film, le personnage principal de Kate doit accompagner ses amis comme elle le peut. Puis elle va dépasser l'épreuve de la maladie et de la déchéance de ses camarades. C'est pour cette raison qu’elle devient une chanteuse, une artiste qui, d’un balbutiement au départ, écrit et interprète ses chansons ; ses amis, cette tragédie, deviennent ensuite une nourriture pour l'écriture de ses chansons. C’est vrai que, dans le fond, cette histoire se rapproche beaucoup de ce qui est arrivé à Patti SMITH.

Vous racontez une tragédie américaine mais, en France aussi, on a été frappé par cette épidémie ?

CM : vous avez raison et c'est pour cette raison que je raconte une histoire universelle, très proche aussi de ce que l’on a pu traverser en France à cette époque. Je me rappelle que l’on voyait dans la rue des gens extrêmement maigres, qui marchaient avec une canne. Je me souviens très bien d’amis qui se trouvaient en fin de vie. Il y avait donc beaucoup de gens qui tombaient, mourraient par la faute à cette maladie. C’est sans doute pour ça que je fais ce film…

C’est comme cela que vous avez fait connaissance de cette maladie brutale ?

CM : il est vrai que l’on a découvert cette épidémie à travers les artistes et c'est pour cette raison que je leur dédie le film. Ce ne sont pas les politiques qui ont bougé et, de mon point de vue, je crois que les médecins ne savaient pas quoi faire au début, à part d’accompagner les malades qui allaient mourir. Mais la prise de conscience est venue grâce à des artistes comme Klaus NOMI ou Rock HUDSON qui ont été les premiers qui sont tombés. Il y a eu ensuite la lutte d’Elisabeth TAYLOR pour que le monde prenne conscience et lutte contre la maladie. Elle a pu réveiller les politiques sur ce sujet. En France Michèle NARZAC a remplie ce rôle qui a été très dûr.

Entre musiques de 1984 et 2016

Pourquoi avez-vous choisi Sam QUARTIN pour jouer le rôle principal de Kate et interpréter ses chansons dans le film ?

CM : D'abord, je trouve qu’elle représente une sorte d'égérie newyorkaise, assez proche de ce que je voyais dans Patti SMITH. J'ai senti en elle ce même naturel. Elle est à la fois une actrice et une chanteuse de rock.

Justement, elle interprète des chansons très importantes et émouvantes, notamment I Will See You ?

CM :letempo de la chanson avance et accélère. Dans le studio où elle interprète cette chanson qui, je l'avoue, est inspiré du développement de la chanson « Gloria », Kate revit l'amitié qu'elle a partagée avec les deux hommes du film. J'aimerais aussi préciser que, dans le film, Sam QUARTIN chante en direct. Ce n’est pas du playback.  En cela, c’est une vraie performance. En même temps que la musique monte, elle arrive à une espèce d'émotion très forte. Il fallait son talent et celui de Fabien WALTMANN qui à composé cette chanson pour arriver à faire ressentir tout le film dans un plan quasiment fixe.

Connaissiez-vous Fabien WALTMAN,  qui a composé et produit les chansons du film, avant de réaliser NY84 ?

CM :Fabien WALTMAN est un ami de longue date avec lequel j'avais déjà travaillé comme orchestrateur en Angleterre. C'est quelqu'un de très talentueux, qui a collaboré, comme producteur, avec de grands artistes comme Madonna, Katy PERRY ou Etienne DAHO. Comme je ne pouvais pas m’occuper des chansons pendant la préparation du film, je lui ai demandé s’il acceptait de s’en occuper.

Et vous lui avez demandé d'écrire aussi la musique du film ?

CM :quand j’ai écouté les chansons, j'ai trouvé naturel de lui demander de composer aussi la musique du film. Je savais que, depuis longtemps, il ressentait cette envie de composer de la musique pour un long métrage de cinéma. Du coup, j'aimais l'idée de constituer cette bande originale avec, d’un côté cet aspect pop ou playback de chansons qui constituerait la musique du film, et de l'autre, de rassembler des chansons venant de différents groupes. 

Des groupes dont les chansons sonnent très eighties ?

CM : absolument !  En l'occurrence, il ne s'agit pas de chansons des années 1980 mais de titres d’aujourd’hui qui possèdent la particularité de sonner comme ceux de l’époque.

Vous avez aussi composé quelques thèmes instrumentaux ?

CM : j’ai apporté quelques thèmes additionnels, mais, pour l'essentiel, c’est Fabien WALTMAN qui a composé la bande originale du film. 

Raconter Des Histoires

Est-ce que vos films vous permettent de creuser ou de parler de sujets de société, forts et contemporains, parfois déjà abordés de manière indirecte et musicale dans des albums comme Western Pansori ou Flood?

CM :je me rends compte qu’il existe une similarité entre mes musiques et mes films, à savoir que j'aime bien raconter des histoires. Et cela je l’ai vraiment découvert en réalisant ces trois films (« The Activist », « NY84 », « Hacker’s Game »). Pendant toutes ces années au cours desquelles j’ai composé et enregistré des albums solos, je racontais une histoire et, de ce point de vue, je n'ai pas changé. Sauf que l'audience, la compréhension, ont changées avec cet autre medium qu’est le film. 

Vous voulez dire que raconter une histoire en musique et en images représentent deux choses différentes ?

CM :raconter une histoire en musique, quel qu'en soit le sujet, constitue quelque chose de difficilement compréhensible pour quelqu’un d'autre que le compositeur. A moins de mettre un titre explicite ou de composer un opéra. Un film, une histoire, permettent de tenir un discours beaucoup plus précis. Dire la même chose en musique, et être compris, me paraît bien plus compliqué. Pour moi, il s'agit toujours de raconter des histoires sauf que le medium change. Et cela ne n'est pas fini car il est possible que dans l'avenir, je tente d'autres mediums pour raconter de nouvelles histoires. Je ne me suis jamais limité à la musique et au cinéma.

Est-ce que de réaliser des films vous permet, au même titre que vos albums personnels, d'éviter d'être vampirisé par d'autres créateurs ?

CM :j’ai envie de vous répondre que j’adore être vampirisé par les réalisateurs !  En effet, j’aime beaucoup ce phénomène de groupe justement où, à plusieurs, en se nourrissant les uns les autres, on va plus loin. Mais, par contre, j’ai besoin d’un temps artistique pour moi. A un moment, j'ai besoin de retourner dans ma grotte pour créer, fort de toutes ces collaborations, quelque chose tout seul puis, ensuite, de revenir travailler avec d'autres réalisateurs. Il s'agit vraiment d’un cycle de travail que j'ai toujours eu.

Est-ce un hasard si vous figurez aux génériques des documentaires MITTERAND L'AMÉRICAIN et CHIRAC L'AMÉRICAIN diffusés récemment sur France 5 ?

CM :ce n'est pas du tout un hasard car je me passionne depuis longtemps pour la politique et l'histoire américaine. L'idée de ces documentaires est arrivée lorsque j'ai lu le livre de Vincent NOUZILLE "Dans le secret des présidents, 1981- 2010" (Editions FAYARD) ; j’y ai tout de suite vu le documentaire que cela pouvait donner. J'aurais souhaité le transposer en un film entier, sur 50 ans, mais cela n’a pas été possible.  Pour l’instant il s’agit de deux films avec les deux présidents MITTERAND et CHIRAC et leurs homologues Américains. Je ne les ai pas réalisés, mais je les ai coproduits et développés. Ils s'intègrent parfaitement dans la lignée de mes recherches sur l'histoire américaine récente.

Justement, souhaitez-vous continuer dans cette direction ?

CM :en janvier, nous allons sortir une compilation des trois films en Blu-ray et Dvd. Côté musique, je suis en train de mixer un projet que j’aurais du faire à 16 ans : un album très inspiré par le jazz des années 1970 que j’ai entièrement composé et où je joue toutes les guitares. Je suis accompagné de musiciens incroyables (sortie au printemps 2017).

Entretien réalisé a Paris en septembre 2016. 

Plus d'informations sur NY84 sur http://www.ny84film.com/NY84Film/NY84.html