Skip to main content

CINESERENADE.COM

Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

BIENVENUE
ACTUALITES
TELEVISION
Qui sommes-nous ?
Contactez-nous
RENCONTRES
NICOLAS ERRERA NUIT BLANC
N VANIER K LEVY LOUP
LUDOVIC BOURCE
MARCO BELTRAMI
ELLIOTT COVRIGARU
ERIC NEVEUX BORGIA
FRANCOIS STAAL
MICHEL LEGRAND
E NEVEUX... FORET
PIERRE ADENOT
ANDRE DZIEZUK
PHILIPPE JAKKO
L PEREZ DEL MAR
THIERRY MALET BRUNO SEILL
FRANCIS LAI CLAUDE LELOUC
Fredrika STAHL
FRANCIS LAI ANTHOLOGY
CABARET PICASSO
LE COEUR EN BRAILLE
BEATRICE THIRIET
RENO ISAAC
JEF NEVE
LA CONFESSION N ERRERA
FABRICE ABOULKER
CINE CHANSONS
Plan du site
Connexion de membre
ARCHIVES RENCONTRES
BRUNO COULAIS
1000 X PLUS BELLE LA VIE
DIVERS
CINE VIDEO
SPECTACLES ET THEATRE
JEAN MICHEL BERNARD
REINHARDT WAGNER
CYRIL MORIN
PHILIPPE SARDE
MUSICALS
MAURICE JARRE
JAMES HORNER
FESTIVAL MUSIQUES A L'IMA
VLADIMIR COSMA
JEAN-MARIE SENIA MAX LIND
RENE-MARC BINI
FRANCOIS DE ROUBAIX
 
 

LUDOVIC BOURCE THE ARTIST

 
 
 

 

Pour définir Ludovic BOURCE, on peut d’abord dire qu’il a constitué le benjamin des compositeurs invités du 1er Festival des musiques pour l’image organisé par les Talents Audi Awards. C’est donc encore un jeune compositeur, presque un cadet, sauf qu’il a déjà été couronné par un Oscar pour son travail sur THE ARTIST. Ludovic BOURCE, c’est ensuite, plus qu’un compositeur, le frère de cinéma de Serge HAZANAVICIUS. Ensemble, ils partagent quatre longs métrages, de MES AMIS à THE ARTIST, en passant par ’OSS 177 : LE CAIRE NID D’ESPIONS et sa suite RIO NE REPOND PLUS. Pour l’historien et créateur de disques Stéphane LEROUGE (qui a animé les Master class du Festival suscité), on peut comparer Ludovic BOURCE et Serge HAZANAVICIUS à des deux adolescents moqueurs, créatifs et inventifs. Ensemble, ils creusent et approfondissent un même univers, fait de décalage, de dérision, qui atteint son paroxysme dans THE ARTIST ; une partition où la musique de Ludovic BOURCE s’est ouverte à un langage plus lyrique, plus universel que sur les OSS 117. Au cours de ce Festival, Ludovic BOURCE est revenu pour nous sur son parcours, de sa découverte de l’accordéon dans sa Bretagne natale à ses projets post Oscars, en passant par les coulisses de sa rencontre et de sa collaboration avec Serge HAZANAVICIUS. Alors qu’arrive sur nos écrans sa musique pour DE L’AUTRE COTE DU PERIPH, rencontre avec un enfant qui, depuis la Bretagne, rêvait de jazz, de musique et d’images…

 

De L’Accordéon Au Jazz

 

A quel âge avez-vous commencé la musique ?

LB : j’ai commencé très jeune dans ma Bretagne natale et un peu par hasard. J’ai débuté en jouant de l’accordéon car  j’avais vu, sur le lotissement où j’habitais alors, des enfants qui en jouaient dans la rue ; ce qui attirait sur eux l’attention des gens du quartier. J’ai alors eu moi aussi envie d’attirer l’attention sur moi et c’est pour cette raison que j’ai commencé à jouer de l’accordéon puis, plus tard, à jouer dans des bals, des mariages.

 

Quand avez-vous entamé une véritable formation de musicien ?

LB : vers l’âge de 13 ans, quand j’ai rencontré l’accordéoniste et professeur Jean RAFFRAY, qui m’a recommandé d’étudier le piano au Conservatoire de Saint-Brieuc. Ce que j’ai fait avec Anne MAGADUR, ma professeure de piano qui m’a aussi donné une force de caractère qui m’a permis de continuer à étudier la musique et également la composition. En effet, c’est grâce au piano, aux vibrations et aux résonances de cet instrument, que j’ai commencé la composition. Ensuite, je suis allé étudier quelques temps à l’école de musique de Vannes d’où je suis sorti assez vite et sans diplôme.

 

Vous vous êtes construit une personnalité musicale sans diplôme ?

LB : à vrai dire, je crois que, musicalement, je me suis construit par moi-même, probablement par conviction, à moins que ce soit par accident. Pour en revenir à mon parcours, après mes études en Bretagne, je suis arrivé à Paris où je me suis lancé dans le jazz en étudiant à la CIM, la première école de jazz et de musiques actuelles créée en 1976.

 

 

Mes Amis

 

C’est à Paris que vous avez fait la rencontre de Serge HAZANAVICIUS ?

LB : oui, nos chemins se sont croisés en 1994, par l’intermédiaire de l’éditeur Fabrice BENOIT chez EMI. Serge HAZANAVICIUS travaillait alors sur des films publicitaires et comme assistant réalisateur sur Canal + avec Les Nuls. Au départ, cela ne s’est d’ailleurs pas très bien passé. Moi, je faisais partie d’un groupe de fusion qui s’appelait SEPT et qui venait de sortir un album chez WEA. Michel HAZANAVICIUS avait écouté un morceau de cet album, une introduction assez longue. Je suis arrivé au rendez-vous avec Michel HAZANAVICIUS avec beaucoup de préjugés sur cet homme qui venait de Canal + et qui travaillait avec la bande de Dominique FARUGGIA. Fabrice BENOIT nous présente donc l’un à l’autre puis on a commencé à parler, à échanger, pour voir si on pouvait faire quelque chose ensemble. J’ai donc été un peu frontal, Michel HAZANAVICIUS aussi car il a un grand caractère, au moins aussi fort que le mien. Au final, nous sommes partis chacun de notre côté sur un malentendu. Par la suite, je l’ai revu au cours d’une fête qu’il avait organisée chez lui. A partir de ce moment, nous nous sommes revus, avons appris à nous connaître, et commencé à échanger des choses sur la musique et l’image. C’est à partir de ce moment, après nous être chamaillés comme des enfants à l’école, que nous avons commencé à nous découvrir des affinités musicales et cinématographiques. Puis, à partir de là, nous sommes devenus des amis, jusqu’à collaborer ensemble sur son premier long métrage qui, justement, s’intitule MES AMIS.

 

Comment définissez-vous Michel HAZANAVICIUS ?

LB : je crois que, mine de rien, Serge HAZANAVICIUS a tendance à vivre dans le passé.Si vous regardez bien, les personnages que l’on voit dans ses films sont ancrés dans une époque qui se situe entre les années 1920 et 1970. Après, dans ses films, Michel HAZANAVICIUS a tendance à mélanger des tas d’influence, ce qui aboutit à une sorte de décalage, mais aussi, en quelque sorte, à une espèce de fourre-tout.

Ce décalage concerne aussi la musique ?

LB : je dois dire qu’en effet on trouve aussi un décalage entre l’époque de l’action et la réalité de la musique. Par exemple, dans OSS 117 : LE CAIRE NID D’ESPIONS, l’action se déroule dans les années 1950 mais la musique s’inspire d’avantage des années 1960 ; ce qui me fait dire qu’elle possède 15 ans d’avance sur le film. C’est la même chose sur OSS 117 : RIO NE REPOND PLUS pour lequel j’ai composé une musique qui s’inspire plutôt du style des années 1970. J’ai donc écrit une musique qui apparaît parfois psychédélique, très kitsch, alors que l’action se situe dans les années 1960. Maintenant, je dois bien avouer que ce décalage, outre qu’il soit très intéressant d’un point de vue musical, fait également partie de ce que l’on aime Serge HAZANAVICIUS et moi. Il en découle qu’on ne se pose donc pas trop de questions quand on pense musique.

Qu’est-ce qui est pour vous le plus important dans une relation avec un metteur en scène ?

 

LB : j’ai envie de vous dire que, le plus important pour moi, consiste à échanger des choses avec le réalisateur, donc Michel HAZANAVICIUS. Moi, j’ai envie d’essayer de capter son émotion. Ce qui n’est pas forcément facile, même avec un réalisateur que je connais bien comme Michel HAZANAVICIUS, qui, même en restant une personne assez humble, ne s’ouvre pas facilement. Dans notre travail de préparation, qui s’est étalé sur un an pour THE ARTIST, avec Michel HAZANAVICIUS, nous échangeons des points de vues sur des musiques de films, également sur des œuvres que l’on visionne ensemble. Il faut bien comprendre que je n’axe pas tout mon travail sur la musique, mais aussi sur des notes, des échanges avec le réalisateur.

Pensez-vous que les relations avec les metteurs en scène se passent toujours d’une manière douloureuse ?

 

LB : pour vous répondre, j’ai envie de reprendre une phrase de Vladimir COSMA qui compare notre relation avec un metteur en scène à un rapport dramaturgique et tragique. Et effectivement, même si cela s’est bien terminé, avec Michel HAZANAVICIUS, à la fin de notre collaboration sur THE ARTIST, je ne pouvais plus lui parler directement ; j’étais obligé de passer par des intermédiaires, comme des superviseurs de la musique. Dans ces moments là, la relation devient effectivement très douloureuse, mais je pense que c’est pareil pour beaucoup de compositeurs. Maintenant, Michel HAZANAVICIUS reste quelqu’un de très intelligent, et d’hors norme sur tout. Surtout, il sait diriger les gens et les amener encore plus loin. D’ailleurs, chaque film que nous avons fait ensemble m’a permis de monter des paliers, de m’enrichir, de gagner en confiance et surtout m’a donné l’envie de continuer. Pour toutes ces raisons, je dois l’en remercier, même si cette évolution s’est faite dans la souffrance ; je crois que c’est cette capacité à déceler le potentiel des gens et les faire progresser qui fait de lui un très bon metteur en scène.

The Artist

A l’image de Comme Une Rosée De Larmes, avez-vous composé beaucoup de thèmes au piano ?

 

LB : au départ, j’avais composé 6 thèmes au piano car je voulais que Michel HAZANAVICIUS se concentre sur la mélodie. C’était donc différent de nos précédentes collaborations où, en général, je lui envoyais directement une orchestration ou des maquettes assez abouties. Sur THE ARTIST, j’avais vraiment envie de bien marquer les choses pour qu’il comprenne que ces thèmes mélodiques au piano seraient ensuite déclinés, développés sur différentes séquences. Je lui avais envoyé, juste avant qu’il ne débute le tournage aux Etats-Unis, plusieurs thèmes et il n’a retenu que Comme Une Rosée De Larmes. Il n’était cependant pas encore complètement sur de son choix mais il a voulu le diffuser sur le plateau pour canaliser les comédiens, mettre une ambiance. Plus tard, un soir, Michel HAZANAVICIUS m’a rappelé un soir en me disant que Comme Une Rosée De Larmes serait le thème principal du film. C’est un thème que tout le monde a écouté et aimé sur le plateau. Je me rappelle en particulier qu’un technicien mexicain, un vrai dur se mettait à pleurer chaque fois qu’il l’entendait. Pourtant, il s’agit d’une musique naïve, qui ne possède rien d’exceptionnel, mais qui correspondait à ce que j’imaginais du déclin de Georges VALENTIN. A partir de là, Comme Une Rosée De Larmes est devenu le thème principal du film.

Cela vous a-t-il gêné que Michel HAZANAVICIUS se soit servi, sur le tournage de THE ARTIST, de musiques hollywoodiennes, notamment un thème de VERTIGO de Bernard HERRMANN qu’il a conservé au montage ?LB : ces références aux musiques hollywoodiennes ne m’ont pas forcément gêné. D’autant que Bernard HERMMANN a influencé, et influence encore, tous les compositeurs de musiques de films. Maintenant, il y avait forcément, psychologiquement, une direction musicale que l’on devait en tout cas annoncer à un moment donné dans le film. Michel HAZANAVICIUS l’avait d’ailleurs senti assez rapidement, dès le début du montage à vrai dire. De même, pour la référence à Bernard HERRMANN, il avait dès le début en tête ce thème de Vertigo pour la séquence de la vitrine. Quant à moi, je savais dès le départ que j’étais condamné par ce choix. Michel HAZANAVICIUS a quand même souhaité que j’essaye ma version ; elle figure d’ailleurs à la fin du disque sous le titre My Suicide, un morceau que j’ai dédicacé à Michel HAZANAVICIUS. J’avais composé ce morceau six jours avant les enregistrements mais je savais que c’était peine perdue. Cela ne m’a donc posé aucun problème, surtout qu’il s’agit de Bernard HERRMANN et qu’il me paraissait évident que Michel HAZANAVICIUS garde ce thème.

 

A-t-il été difficile pour vous d’écrire une version en quelque sorte alternative au thème de Bernard HERRMANN ?

LB : oui, cela a été assez difficile d’écrire cette version qui me correspondait. En même temps, je l’ai écrit tout en sachant que je devais accepter le choix de Michel HAZANAVICIUS. Vous savez, tous les réalisateurs, tous les producteurs, quand ils posent une musique temporaire sur un film, surtout quand il est muet comme THE ARTIST, ils s’en imprègnent tellement que le compositeur n’a pas d’autre choix que de les accepter.

Quelles ont été les plus grandes difficultés sur THE ARTIST ?

LB : je dirais que la plus grande difficulté a consisté à faire les bons choix, c'est-à-dire écouter mon fort intérieur et proposer les bonnes musiques au réalisateur. C’est une bataille que l’on mène nous, chaque compositeur, lorsqu’on travaille sur un projet. Le plus difficile, cela reste la technique, le travail de Michel HAZANAVICIUS. Moi, je compose les thèmes mais, après, il me reste à imaginer les orchestrations et les arrangements, qui sont virtuels lorsque l’on travaille sur les démos qui vont correspondre à ce que l’on va enregistrer ensuite avec un orchestre. Sauf que ce travail ne peut commencer que lorsque le réalisateur entame le processus de montage de son film. Vous savez, quand je travaille sur la séquence, je reçois un bloc d’images sur lesquelles je vais me concentrer car il existe des synchronismes à respecter. Je dois alors sentir un rythme, une émotion. Maintenant, quand je me mets à composer sur une longue séquence, je sais qu’une semaine après, Michel HAZANAVICIUS va me rappeler en me disant que le montage a changé. C’est alors à moi d’ajuster la musique en fonction du nouveau montage. Avec Michel HAZANAVICIUS, on a de la chance car cela fonctionne tout le temps mais c’est très périlleux, très fatigant parce car il faut tout le temps changer sa musique par rapport au film.

L’Après Oscar

Recevez-vous beaucoup de propositions des Etats-Unis suite à votre Oscar obtenu pour THE ARTIST ?

 

LB : depuis que j’ai obtenu l’Oscar de la meilleure musique de film pour THE ARTIST, je reçois des Etats-Unis environ une proposition par mois. La première proposition concrète, c’était pour le film PIERRE PIERRE avec Jim CAREY qui devait se tourner en septembre et qui a finalement été annulé. Sinon, je suis en relation depuis plusieurs mois avec Hissel HALIMI (le scénariste de DRIVE) pour TO FACES TO GENERY, un thriller dans la veine des films d’Alfred HITCHCOCK qui se passe en Grèce, avec Viggo MORTENSEN.

Et du côté des films français ?

LB : en même temps que je composais DE L’AUTRE COTE DU PERIPH, on m’a aussi proposé un autre film français que j’ai refusé par manque de temps.

Justement, à quel moment vous a-t-on demandé de mettre en musique De L’Autre Côté Du Périph ?LB : j’ai été appelé cet été par les frères ALTMEYER de chez MANDARIN films. Ils avaient besoin d’une aide urgente sur le film DE L’AUTRE COTE DU PERIPH, une comédie avec Omar SY et Laurent LAFFITE. Comme ils ne pouvaient pas décaler la date de sortie du film, ils m’ont demandé de les aider. J’ai alors composé, en un mois, 45 minutes de musique plutôt festive et à l’américaine puisqu’il s’agit aussi d’un film d’action. Ce que je n’avais pas encore fait. Je suis donc content parce que, grâce à ce film, je vais pouvoir montrer d’autres couleurs, d’autres styles.

 
 

Pour en revenir aux Etats-Unis, en attendez-vous quelque chose ?

LB : à vrai dire, je n’en attends rien. Bien sûr, on m’a fait des propositions mais, en même temps, on m’a souvent demandé d’écrire de la musique à la manière de tel compositeur vedette du moment. Ou en tout cas de suivre un cahier des charges très strict. Moi, je n’ai pas envie d’arriver aux Etats-Unis pour faire ce que l’on entend déjà beaucoup trop, c'est-à-dire des musiques climatiques qui se ressemblent toutes jusqu’au niveau l’orchestration. On en arrive alors à des musiques très stéréotypées et, cela, j’ai pu le vérifier en parcourant toute l’année les Festivals avec THE ARTIST.  Je trouve cela dommage parce que chaque compositeur à sa personnalité, son petit détail qui peut faire la différence.  Donc, si j’ai un jour la chance de composer la musique d’un film américain, j’essaierai de défendre mes idées.

Propos recueillis lors à Paris les 13 et 14 octobre 2012, lors du 1er Festival des Musiques pour l’image.