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MICHEL BOUJENAH, CHARLES BERLING 

ET

 PHILIPPE JAKKO BATTENT LE CŒUR EN

BRAILLE

 
 

C’est un vrai film familial que nous offre Michel BOUJENAH avec cette histoire d'amitié sur fond de dépassement de handicap. Hormis quelques réserves sur un scénario qui, par des moments plus ou moins déjà vus (une histoire d’amitié adolescente qui se conclue lors d’un concours de musique…) et une exagération dans les bons sentiments, on a bien aimé ce film très agréable, souvent drôle et émouvant, comme les précédents de Michel BOUJENAH. Inspiré du livre de Pascal RUTER, on y suit Marie (excellente Alix VAILLOT), une adolescente douée à l’école, passionnée de violoncelle et de musique classique. Au contraire du sympathique Victor (Jean-Stan du PAC), qui, lui, connaît quelques difficultés scolaires et joue, avec ses copains, de la musique rock. Ignorant que sa camarade perd progressivement la vue, Victor tombe amoureux d’elle. Alors, quand elle lui révèle son secret, il s’engage à l’aider. Pour la musique, Michel BOUJENAH continue la belle histoire commencée avec Philippe JAKKO sur son spectacle MA VIE RÊVÉE. Le compositeur signe là sa troisième musique de films, après QUE D'AMOUR de Valérie DONZELLI et ALLIES de Dominique BURNS en 2014. Toujours porté par l'influence de Georges DELERUE, le compositeur signe une partition classique en forme de concerto avec ses différents mouvements qui suivent la dramaturgie et les personnages. A commencer par Marie, pour laquelle il déploie un thème principal frais et mélodique, joué par un orchestre de taille moyenne, qui correspond, de manière juste, à sa joie de vivre et, plus largement, au passage de l’adolescence. Et quant, avec Victor, le compositeur joue de leur complicité pour développer une musique dynamique et colorée qui correspond à leur romance et leur solidarité dans la vie. « Les trois amis » Michel BOUJENAH, Charles BERLING et, évidemment, Philippe JAKKO, nous racontent leurs rencontres et les petits secrets de cuisine d’un gros cœur en braille !

 
 
 Charles BERLING et Michel BOUJENAH
 

Trois Amis

Michel BOUJENAH, vous avez rencontré Philippe JAKKO par l'intermédiaire d’un acteur, en l'occurrence Charles BERLING ?

MB : absolument et, puisque Charles BERLING ne se trouve pas très loin j’en profite pour l'en remercier encore. Il m'avait présenté Philippe JAKKO alors que je recherchais un compositeur pour écrire quelques musiques pour mon dernier spectacle qui s’intitule MA VIE REVEE. Et ce que je trouve formidable, c’est que nous nous sommes immédiatement très bien entendus.

Charles BERLING intervient : j'ai eu envie de les mettre en relation parce que je les adore. Philippe JAKKO, je le trouve très intéressant car il possède une grande culture musicale et une formation à la fois classique et rock'n'roll. D'ailleurs, dès que j'ai commencé à écouter ses musiques, j'ai été frappé par sa capacité à composer dans tous les univers. Moi, j'ai eu le plaisir de travailler avec lui sur des chansons dont il avait, en plus d’avoir composé les musiques, accepté de m'accompagner merveilleusement au piano et à la guitare. Cela a représenté une collaboration très enrichissante et dont je garde un excellent souvenir.

Pour quelle raison avez-vous, tout de suite, eu envie de le présenter à Michel BOUJENAH ?

CB : d’abord parce que, en travaillant avec Philippe JAKKO, j’ai senti en lui un compositeur prédestiné pour écrire de la musique de films. D’ailleurs, je crois que ce n’est pas un hasard s’il est parti ensuite s'installer à Londres car il a trouvé une ville qui reste très ouverte aux artistes aussi atypiques que lui.  Ensuite, concernant Michel BOUJENAH, comme comédien et réalisateur – j’ai joué dans LE CŒUR EN BRAILLE mais aussi PERE ET FILS – je me disais que ce serait bien que leurs routes se croisent. Les connaissant bien tous les deux, je sentais que cela pouvait fonctionner entre eux. Et il se trouve qu'ils se sont formidablement entendus. Vous savez, moi j'aime bien quand des gens de talent se rencontrent !

Michel BOUJENAH, que  représente pour vous un compositeur comme Philippe JAKKO ?

MB : comme le dit très bien Charles BERLING, je crois, effectivement, qu’avec Philippe JAKKO, nous nous sommes bien trouvés. Aujourd’hui, après notre collaboration sur un spectacle et ce film, je peux dire que j'ai rencontré en lui un partenaire de création, sans qui je ne suis rien ou alors juste un courant d'air. Ce que j'apprécie avec lui, c'est que nous travaillons en bonne intelligence. Nous nous parlons très facilement car c’est un musicien avec lequel je m'entends extrêmement bien.

Lui avez-vous laissé beaucoup de liberté pour composer la musique du CŒUR DU BRAILLE ?

MB : bien sûr mais, vous savez, d’une manière générale, je pense qu’il faut toujours laisser les gens libres de vivre, de créer. Donc, Philippe JAKKO, évidemment que je lui ai accordé de la liberté pour la composition de la musique. Ce qui ne nous a pas empêchés d’en discuter ensuite.

A quel moment a-t-il commencé à composer et vous proposer des thèmes ?

MB : justement, et j'ai trouvé cela formidable, il a commencé à écrire de la musique alors que je tournais. Ce qui fait que je disposais déjà de thèmes sur le plateau. Je les écoutais en fin de journée avant qu’on en discute ou par téléphone ou lorsqu'il venait sur le tournage du film. J’ai vraiment apprécié cette façon de collaborer avec un musicien.

Vous a-t-il proposé tout de suite un grand thème principal ?

MB : en fait, il m’a proposé plein de thèmes et, ce qui me paraît bien, c’est que nous sommes souvent tombés d'accord. C’est ce qui fait que, pour moi, la musique de Philippe JAKKO représente un personnage très important du film, qui apporte à la fois une émotion et un contrepoint. D'autant plus qu’il s'agit d’une histoire qui parle de musique.

Philippe JAKKO, de quelle manière avez-vous pensé votre musique alors que vous avez commencé à écrire avant le tournage ?

PJ :moi, cette partition, j’ai tout de suite essayé de la penser comme une sorte de concerto avec son thème principal, ses thèmes en opposition et ses variations. Je trouve que c'était une idée intéressante, surtout pour un film qui parle aussi de musique.

Michel BOUJENAH, quels sont les éléments qui vous ont donné envie de réaliser le film ?

MB : je dirais que c’est l'histoire bien sûr mais aussi, et peut-être surtout, les enfants, qui m’ont touché. J'aime le fait qu’ils donnent une leçon de vie aux autres. Ensuite, j’ai ressenti de l'émotion devant leur histoire d'amour. Et j'ai trouvé qu’ils dégageaient une vraie maturité. Enfin, j'étais intéressé par le rapport à la musique, tellement important dans ce film. C’est pour cette raison que j’ai trouvé très intéressante cette idée de Philippe JAKKO de penser sa musique en fonction de l’évolution de l’histoire,  de l’avancement du scénario, de cette histoire, très belle, de ces adolescents qui, par passion, dépassent tout.

PJ : pour moi le fait d’exposer et de suivre la dramaturgie, de penser la musique du début à la fin donne de la cohérence au film. Je pense sincèrement que les auditeurs, qui sont aussi des spectateurs, même si ils ne s’en rendent pas compte, sont mieux “immergés” dans le film grâce à la musique. De cette manière, j’ai l’impression que les images de Michel BOUJENAH et ma musique deviennent un ensemble collectif ou images, dialogues, personnages et musique s’entremêlent et ne peuvent plus se détacher.

Comme dans un opéra ?

PJ : je trouve en effet que, par ce travail chacun de notre côté mais qui donne une cohérence collective, on se trouve assez proche finalement de la conception de l’opéra. C’est vrai que toute la force d’une œuvre lyrique vient de la cohérence et l’imbrication de tous les paramètres.

 
 
 Philippe JAKKO
 
 

Une Musique Du Cœur

Philippe JAKKO, pouvez-vous nous présenter ce thème principal qui se répète plusieurs fois dans le film ?

PJ : Il y a un thème principal qui revient tout au long du film : c’est celui de l’ouverture. Il me paraît très important car il symbolise la joie de vivre de Marie. Il représente d'abord la période de l’adolescence, le coté positif de ses sentiments. Il évoque également sa manière d’appréhender les choses, les problèmes de la vie et, évidemment, sa passion pour la musique joyeuse et radieuse.

Était-il important qu’il revienne plusieurs fois et dans différentes orchestrations, avec plus ou moins de cordes, du violoncelle ?

PK : je le crois car c’est le thème du personnage principal, de Marie, et de son histoire. Mais plus généralement, c’est aussi le thème de l’innocence, de l’adolescence, de la naissance des sentiments à la fois chez Victor et chez Marie. Après, j'ai recherché, en gardant toujours la même cellule de base, une variété dans son orchestration.  On le retrouve ainsi au  début du morceau La  Prière Et L’hôpital où je le joue très lentement à l’oud. Mais là où il est clairement exposé, c'est dans les morceaux Les Souvenirs / Vers Le Conservatoire et Marie Et Victor Se Confient. Ensuite, on l'entend encore mais il s'agit de variations mineures (Marie Pleure, avec la ligne de violoncelle en contrepoint,  le début de La Lettre).

Fallait-il un autre thème, en l’occurrence celui de la séquence « Gutenberg », qui revienne sur les personnages principaux de Marie et Victor ?

PJ : oui car, autant le premier thème principal se trouve complètement associé à Marie, autant ce deuxième thème revient dans la complicité qui la lie à Victor. De fait, ce thème symbolise donc Marie et Victor, leur joie de vivre, de tomber amoureux, leur vitalité et leur innocence.

Du point de vue technique, peut-on parler d’un thème concertant avec une cellule de cordes qui revient en boucle, notamment sur le morceau La Complicité ?

PJ : je dirais que la cellule de base, telle qu'elle apparaît dans Gutenberg, est développée dans La Complicité. On la remarque car elle est exposée de manière colorée, dynamique. Mais, si vous écoutez bien la partition, vous verrez qu’on l'entend aussi dans  des musiques plus calmes, qui jouent davantage sur le mystère.

Vous amenez aussi, dans une construction assez similaire, un troisième thème lors de la séquence de l'évasion ?

PJ : il s’agit encore d’un thème important, récurrent, qui possède la particularité d'être construit en staccatos. il souligne des scènes plus tendues (Winston Churchill/ Marie Perd La Vue Début).

Pouvez-vous nous parler de ce thème plus intimiste, que vous  démarrez, délicatement, au piano solo, avec une mélodie qui laisse de la place à des espaces ?

PJ : avec ce thème,  celui de L’enterrement / L’hôpital, j'ai voulu mettre en avant une dimension nostalgique. Et je trouve que le piano solo apportait très bien cette intimité. C’est un thème qui se trouve déjà exposé à la toute fin de l’ouverture.

Avez-vous utilisé un orchestre avec beaucoup de musiciens ?

PJ : j'ai utilisé, et dirigé, le Brussels Philarmonic Orchestra avec 35 de ses musiciens ; un nombre que je trouve parfait pour ce style de musique concertante. Vous savez, je pense que cette musique n'aurait pas marché avec 90 musiciens. Pour moi, cela aurait sonné trop romantique, trop lourd. A cela, j’ai rajouté du piano que je joue moi-même et le violoncelle, joué par Eve Marie CARAVASSILIS, qui est membre du London Symphonic Orchestra.

Finalement, vous avez composé une bande originale très cohérente, qui colle, comme dans un opéra, à la romance de Marie et Victor ?

PJ : c’était en tout cas mon intention et je pense que c’est ce que voulait Michel BOUJENAT. Je trouve que c’est important la cohérence des différents thèmes dans une bande originale. Et surtout j’ai accordé beaucoup d’importance à la narrativité de la musique. Vous savez, j’ai étudié la narrativité dans la musique de film à l’école des hautes études et à l’IRCAM avec des chercheurs, des linguistes. C’est là que je me suis rendu compte que ce concepts d’évolution dramatique sont valides depuis l’antiquité et ses mythes ! Aujourd’hui, si je devais appartenir à une école, ce serait à celle de la musique “composée” ; c’est-à-dire une musique réfléchie et non posée sur des images pour juste les habiller. Mais ce n’est pas nouveau finalement ; Igor STRAVINSKY parlait déjà pour la musique de film “d’habillage”, de musique de “papier peint”…

C’est  à l’opposée de beaucoup de bandes originales actuelles ?

PJ : moi, le coté décousu de certaines bandes originales récentes ne me plait pas. Pour être plus précis, je pense que cela ne sert généralement pas les films. Les seules exceptions, ce sont les films où on utilise des chansons d’artistes connus ; dans ce cas là, le spectateur se raccroche à sa mémoire des musiques qu’il connaît déjà ; on se trouve alors plutôt dans le travail d’un superviseur musical et je n’avais pas envie de tomber dans ce piège. A mon sens, quand on écrit de la musique originale, c’est très différent, on se situe vraiment dans une démarche de création au service d’un film.

 
 Philippe JAKKO

Finalement, on en revient à l’influence de compositeurs traditionnels comme Georges DELERUE ?

PJ : bien sûr. Pour l’influence de Georges DELERUE, je dirais qu’elle est naturelle mais pas consciente. Je garde toutefois une vraie passion pour des scores comme LA PEAU DOUCE et, notamment, LA FEMME D’A COTE. Ensuite, de l’avoir côtoyé par l’intermédiaire de sa femme y est sans doute pour quelque chose ! Mais, au-delà de Georges DELERUE,  je dirais qu’on retrouve, dans mes influences, mon goût de la musique française, d’une tradition qui remonte à Maurice JAUBERT et d’autres. Je pense que cela donne une vraie originalité à ce style de comédie-dramatique très française. Maintenant, je vous rassure, « But don’t get me wrong » comme disent les anglais ; j’aime aussi la musique orchestrale qui déménage, mais pour des films différents que LE CŒUR EN BRAILLE. L’important consiste toujours à saisir le cœur du film, coller à l’histoire, aux images, aux sentiments par l’intermédiaire de la musique; en fait "’exprimer l’inexprimable”… Comme j’aime à le dire, je travaille à la manière d’un chef en cuisine où, pour chaque film, je choisis mes ingrédients et essaye de donner une cohérence au tout !

Entretien réalisé en décembre 2016.

Plus d’informations sur Philippe JAKKO sur http://www.jakko.fr/