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Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

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Sortie Cinéma 
 
 

MON GARCON

Ce nouveau film de Christian CARION raconte le drame d’un père (Guillaume CANET) confronté à la disparition de son fils de sept ans, lors d’un bivouac en montagne avec sa classe. Comme pour tous ses films, Christian CARION a attaché une attention particulière au choix du compositeur de la musique du film ; un élément important qui participe ici à la tension du film. Il avait, au-départ, sollicité Philippe ROMBI (UNE HIRONDELLE A FAIT LE PRINTEMPS  et JOYEUX NOËL) qui, occupé sur d’autres projets, a décliné. La production a alors organisé  une compétition entre trois compositeurs, remportée par  Laurent PEREZ DEL MAR (ANTI-GANG, LA TORTUE ROUGE). De cette musique, qui commence de manière profonde et grave, s'élève doucement une ligne doucement mélodique au violon.  En même temps, on remarque, en contrepoint, une boucle répétitive qui dégage de l'émotion sur une structure doucement mélodique. Une musique idéale pour représenter la solitude d’un homme, et qui a convaincu le réalisateur. Au point qu'il la laissée, telle quelle (En Route). On le voit donc, la force de la musique de Laurent PEREZ DEL MAR, on s’en vite compte, tient dans un judicieux équilibre entre un thème principal fort, proche des personnages et des musiques davantage basées sur les rebondissements du scénario. Ce thème, comme un fil rouge, il le reprend tout le long de la partition ; la musique intime, touchante liant un père à son fils et que l’on retrouve d’ailleurs repris dans un morceau dédié. Il s'agit d’une musique délicatement mélodique, à base de piano, accompagné d’un fond de cordes légères, notamment d’une courte cellule crescendo, dans les graves, qui appelle aussi, en reprenant la couleur de l'ouverture, une inquiétude, une douleur (Le Frisbee, Mon Fils, Les Souvenirs). Ce thème, on le retrouve aussi, dans une tournure atmosphérique, avec du violoncelle qui amène de l'émotion (Les Arbres Sombres, La Maison) ; également de manière lointaine, se développant, avec un contrepoint rythmé, sur un mode tragique mais aussi, en crescendo, de combat (La Fuite). Ce qui nous dirige, progressivement vers une ambiance plus sombre, inquiétante, aérienne ; des musiques presque cauchemardesques, qui ont tendance à s’accélérer. On y entend quelques notes de piano, des pulsations et des lignes de cordes répétitives, inquiétantes, lointaines, également quelques percussions synthétiques (Paranoïa, Le Chasseur) ; également des violons troublante, qui avancent délicatement rythmés, par vagues, entre musique et de thriller (Le Rocher Blanc). Ce qui s'amplifie alors que l'intrigue, l'enquête avance, sur des musiques de suspense rythmées,  espacée avec des cordes lentes, graves, doucement montantes, de nouveau des sortes de pulsations, des sonorités électroniques (L’inévitable) ; également une musique légèrement pianissimo, interrogative, intrigante, avec des lignes de cordes comme des bruits, et une sorte de mouvement, de boucle lancinante, percussive, montante et quasi cauchemardesque (L’enquête). Véritable espoir de la musique de films en France, Laurent PEREZ DEL MAR confirme ce statut avec cette musique de thriller qui joue à la fois le mystère d’une disparition inquiétante et l'émotion d’un père face au drame. Bénéficiant d’un thème principal relativement simple mais solide, et d'orchestrations dépouillées, à base de piano et de cordes, voici une musique qui accompagne justement un film fort.

MON GARCON. Un film de Christian CARION, avec Guillaume CANET. Musique originale de Laurent PEREZ DEL MAR disponible en digital chez Nord Ouest Productions.

 

 

 

Sortie Vidéo 

L’ELOGE DE LA SIMPLICITE

SELON LAURENT PEREZ DEL MAR !

 

 

 

C’est à une rencontre avec un nouveau talent de la musique française que l’on vous invite ; avec sa partition très réussie, et au thème principal étonnant de simplicité, pour POURQUOI J’AI PAS MANGE MON PERE, Laurent PEREZ DEL MAR marque indéniablement des points et pourrait vite devenir un nouveau compositeur français très demandé. Passionné de cinéma, comme il nous le raconte, Laurent PEREZ DEL MAR représente un enfant de la génération E.T. de John WILLIAMS et du GRAND BLEU d’Eric SERRA. Après des cursus solides de médecine, de piano classique et d’écriture musicale au conservatoire, Laurent Perez DEL MAR écrit ses premières partitions pour l'image. C’est en 2013 qu’il est remarqué avec la musique du film d’animation ZARAFA  réalisé par Rémi BEZANCON et Jean-Christophe LIE. Pour le film de Jamel DEBBOUZE très agréable comédie en milieu préhistorique, Laurent PEREZ DEL MAR a écrit une partition remarquablement généreuse et émouvante. A commencer par le thème d’Edouard, le personnage joué par Jamel DEBBOUZE pour lequel il a écrit un motif très mélodique, magnifié à la fois par la sonorité d’un chœur belge, des chœurs mixtes et, surtout, la voix incroyable de Marie DAULNE, leader du groupe ZAP MAMA. Autour de ce thème, omniprésent tout au long de la partition, Laurent PEREZ DEL MAR a écrit une partition incroyablement dense, colorée et vivante, magnifiée par l’orchestre et les voix, notamment du beat-boxer EKLIPS. A l’occasion de la sortie vidéo du film, Laurent PEREZ DEL MAR revient pour nous sur son parcours et la création d’une musique aussi inattendue qu’éclatante et qui, chose incompréhensible pour un projet aussi ambitieux, n’a pas été éditée en cd. En bonus, il a bien voulu évoquer pour nous la mémoire de James HORNER, un musicien dont il se sent proche, en particulier dans la simplicité de ses thèmes !

                                                                                                                               Jamel DEBBOUZE & Laurent PEREZ DEL MAR

 

 

Un Enfant Des Compositeurs Des Années 1980

 

Etes-vous originaire d’une famille de musiciens ?

LPDM : mon père exerçant le métier de géologue mais aussi de guitariste, mon arrière-grand-père jouant de la mandoline comme  concertiste à Naples, j'ai toujours  baigné dans la musique. Mes parents m’ont d’ailleurs inscrit très jeune au conservatoire dans les Alpes maritimes, ma région d'origine,  où j'ai commencé à étudier le piano classique. Par la suite, je suis entré en classe de jazz puis... j'ai commencé des études de médecine conclues en 2004 par un doctorat. Parallèlement à mes études de médecine, j'ai commencé à composer des  musiques pour des courts métrages. Puis, quand je suis arrivé à Paris, je me suis inscrit aux classes de composition et d’harmonie du Conservatoire, où j'ai étudié pendant deux ans avec Jean-Michel BARDEZ.

 

Ce n'est pas contradictoire d'étudier en même temps la médecine et de composer de la musique de films ?

LPDM : je ne saurais vous le dire mais, ce qui est sûr, c'est que je ressentais depuis longtemps cette envie de composer de la musique de films. Vous savez, quand je suis sorti la première fois de la projection d'E.T. de Steven SPIELBERG, j’avais huit ans et cela a  représenté un tel choc,  qu'immédiatement, j'ai signifié à mes parents  mon intérêt pour la musique de films. Ce que mon père a bien compris, car à la même époque,  il m'a acheté des cassettes audio de STAR WARS qui contenaient à la fois l'histoire du film racontée et la musique de John WILLIAMS. Et je dois bien avouer que j'ai passé des heures, des jours entiers à écouter ces cassettes. D’autres bandes originales m’ont marqué à l’époque, comme celle d'Éric SERRA pour LE GRAND BLEU de Luc BESSON, et, pour les séries télé, AMICALEMENT VOTRE (John BARRY) et L'HOMME QUI VALAIT TROIS MILLIARDS (Oliver NELSON).

 

Quel évènement vous a conduit à composer votre première musique de films ?

LPDM :il y en a en fait plusieurs éléments : Au début des années 2000, j’ai monté un groupe de musique électronique, et mes deux comparses m'avaient fait remarquer que mes titres leur inspiraient des images. Ensuite j’ai eu l’opportunité de composer la musique d’AGES INGRATS, un court métrage de Cyril GELBLAT, et c’est à ce moment-là que j'ai acheté mon premier gros ordinateur dédié à la M.A.O. (Musique assistée par ordinateur) et travaillé pour la première fois avec un violoniste. Cela a véritablement constitué ma première expérience pour le cinéma et je dois reconnaître qu'elle m'a profondément marqué.

 

Connaissiez-vous Rémi BEZANCON avant ZARAFA ?

LPDM :non mais je dois reconnaitre que notre rencontre a représenté un véritable tournant dans ma carrière de compositeur de musiques de films. La musique de ZARAFA a ensuite été jouée à diverses occasions (Cérémonie de clôture du festival de Cannes, Cérémonie des César..) et cela lui a permis de rencontrer un public encore plus grand.

 

Justement, comment s’est passée la composition de la musique de ZARAFA ?

LPDM :ZARAFA constitue le second film d'animation sur lequel j'ai collaboré. En effet, j'avais précédemment composé les génériques de début et de fin de PEUR DU NOIR, un film de cinéma constitué de six courts métrages d'animation et qui a obtenu un succès critique assez incroyable. Le film était produit par PRIMA LINEA PRODUCTIONS, société avec laquelle je travaillais pour la première fois. D’un point de vue artistique, notre collaboration avec Christophe JANKOVIC et Valérie SCHERMANN s'est très bien passée, et ils ont tout fait pour que je sois choisi comme compositeur de la bande originale de ZARAFA qu’ils produisaient également ; Remi BEZANÇON souhaitant au départ travailler avec un autre compositeur, nous  étions plusieurs en compétition.

 

Aviez-vous des liens musicaux ou autres avec l’Afrique, continent qui est au centre de ZARAFA et POURQUOI J’AI PAS MANGE MON PERE ?

LPDM : en fait non. J'ai composé le thème principal de ZARAFA, celui qui m'a permis de remporter la compétition, à partir du scénario. J'ai ensuite composé la musique du film en m'appuyant sur ce que l'on appelle un animatique réalisé à partir de quelques images. Progressivement, au fur et à mesure que l'animatique s'affinait, j'envoyais à l’équipe du film des musiques qui leurs ont permis d'adapter le montage de certaines scènes. A l'inverse, j'ai adapté tout le reste de la musique au montage. Je dois dire que j'ai beaucoup apprécié cette collaboration interactive avec l'équipe d'animation qui nous a permis d'obtenir une espèce de symbiose entre la musique et les images. Vous savez, le processus de fabrication d'un film d'animation est assez long mais quand on a la chance d'arriver suffisamment tôt, on peut vraiment collaborer de manière très étroite avec l'équipe de réalisation.

 

De Zarafa A Pourquoi J’Ai Pas Mangé Mon Père

 

Comment êtes-vous arrivé sur POURQUOI J’AI PAS MANGE MON PERE ?

LPDM :il faut savoir que, avant même que mon agent me mette sur ce projet, plusieurs compositeurs avaient effectué des essais. Il convient également de souligner qu'il s'agit d'un film qui recherchait le  bon réalisateur depuis au moins le début des années 2000, voire même la fin des années 90. Jusqu'au au moment où Jamel DEBBOUZE reprit le projet et que, dans la foulée, mon agent soit consulté par Pathé productions, pour lesquels nous venions de terminer la musique de ZARAFA. C'est à ce moment que j'ai rencontré Frédéric FOUGEA, auquel j'ai proposé, très vite, un thème que Jamel DEBBOUZE a beaucoup aimé.

 

Vous avez ensuite rencontré Jamel DEBBOUZE ?

LPDM : absolument. Il m'a alors dit que la musique de ZARAFA lui plaisait beaucoup et qu'il aimerait que celle de son film apparaisse au moins aussi jolie. Je lui ai alors répondu que je ferai le maximum. Plus sérieusement, je crois que nous avons partagé, avec Jamel DEBBOUZE, une entente artistique assez forte dans la mesure où nous possédons une culture cinématographique relativement proche, n’ayant pas  peur d’une forme d’ « Entertainment » à la façon de ce que produisent les studios américains.

 

A quel moment avez-vous véritablement commencé l'écriture de votre partition?

LPDM : assez tard en fait car, une fois que j'ai présenté mon thème à Jamel DEBBOUZE, il s'est passé un certain temps,  réservé au tournage et à la fabrication des images. Ce n'est qu'ensuite, quand j'ai reçu les premières images, que j'ai entamé le processus de composition et qu'ont  été organisées régulièrement des réunions de travail avec le réalisateur et l'équipe créative.

 

Les contraintes ont-elles été les mêmes que sur ZARAFA ?

LPDM : une des différences, c'est que, du fait de contraintes particulières à ce film, il n'a pas été possible, au contraire de ZARAFA, d'adapter le montage à la musique. Je me suis donc complètement adapté au film et nous avons beaucoup échangé pour définir, minute par minute, voire à la seconde près, ce que Jamel DEBBOUZE voulait exprimer dans le film.

 

Pensez-vous que l'on vous a appelé parce que, comme ZARAFA, POURQUOI J’AI PAS MANGE MON PERE se déroule en Afrique ?

LPDM : cela a dû, quelque part, influencer le choix de la production. Maintenant, je n'avais jamais travaillé sur des projets qui touchent à l'Afrique avant ZARAFA. Ce n'est qu'à l'occasion de ce film que je me suis plongé dans la musique africaine, notamment en achetant, et en apprenant à en jouer, plein d'instruments comme des kalimbas, des sanzas, de la kora, des flûtes J'ai essayé de mélanger tous ces instruments et d'autres pour trouver des couleurs, des textures particulières et qui, surtout, convenaient au film. En ce qui concerne POURQUOI J'AI PAS MANGE MON PÈRE, j'avais envie d'une musique qui apparaisse universelle; C'est-à-dire une musique que l'on ne peut pas forcément rattacher au continent africain.

 

De quelle manière avez-vous élaboré le thème principal, en fait celui d’Edouard ? LPDM : j'ai lu le scénario et, dans la foulée, sans aucune recherche, j'ai composé les notes du thème d'Édouard. Je l'ai ensuite fait écouter à mon agent. Je voulais par-dessus tout écrire un thème de construction mélodique et harmonique très simple, en référence à l'homme tel qu'il apparaît à l'époque où se situe le film. Ce sont les développements du thème qui peuvent sembler parfois complexes car j'aime bien changer d'harmonie, de mode, de rythme, mais la base du thème reste vraiment simple.

 

La mélodie vous est venue  très vite ?

LPDM : oui car j'entretiens une approche assez thématique de ma musique. En fait, quand je lis un scénario ou visionne un film, j'ai des mélodies qui me viennent à l'esprit. Je trouve toujours plus intéressant, sans que jamais cela ne cannibalise l'image, de tourner toujours autour d'un thème ou deux ou trois comme dans POURQUOI J'AI PAS MANGE MON PÈRE en les rendant tantôt plus discrets, tantôt plus évidents.

 

Ce qui frappe aussi avec POURQUOI J'AI PAS MANGE MON PÈRE c'est que vous avez bénéficié de moyens important vous permettant d'enregistrer l'orchestre à Londres ?

LPDM : j'ai effectivement bénéficié de moyens importants mais, en même temps, il s'agissait d'une musique qui appelait une grosse formation, pour du grand spectacle !

 

 

Pour quelle raison enregistrez-vous les différents pupitres ensemble alors que la tendance actuellement est de les utiliser séparément ?

LPDM : effectivement, aujourd'hui, les enregistrements se pratiquent surtout pupitre par pupitre. Pour ma part, j’aime enregistrer tous les musiciens ensemble car ils se stimulent les uns les autres, s’ajustent les uns sur les autres; l'orchestre dégageant alors une véritable synergie et une dynamique qui me paraissent très intéressantes.

 

Justement, à quel moment a t-il été question d'enregistrer à Londres la musique de POURQUOI J'AI PAS MANGE MON PERE ?

LPDM : au départ, il était question que l'on enregistre dans un pays de l'Est (ce qui aurait été très bien aussi). Puis, quand j'ai eu connaissance du budget, et aussi parce que j’en rêvais et que je pensais que la musique le méritait, je me suis dit que ce serait formidable d’avoir l’occasion de pouvoir l'enregistrer à Londres. J'en ai alors parlé à Jamel DEBBOUZE en lui précisant que l'enregistrement se ferait dans les studios mythiques d'Abbey Road; ceux-là même où ont été enregistrées les musiques de STAR WARS. Là, Jamel DEBBOUZE a eu une réaction très enthousiaste en me répondant, tout en regardant le producteur qui se trouvait à nos côtés, qu'évidemment on allait enregistrer à Londres ! Le producteur a alors levé les yeux au ciel et nous a immédiatement signifié son accord. 

 

Comment expliquez-vous qu’une telle musique, en plus   enregistrée à Londres n’ait pas bénéficié de support cd ?

LPDM : en ce qui me concerne, je signifie systématiquement mon intérêt pour la sortie d'un disque physique. Malheureusement, à aujourd'hui, aucune des bandes originales que j'ai composées n'est sortie en cd et, évidemment, je le regrette.

 

Laurent PEREZ DEL MAR

 

 

Le Plein De Voix

 

Est-ce que l'idée d'utiliser des voix s'est imposée immédiatement ?

LPDM : elle m’est surtout apparue comme une évidence ! De toute façon, d'une manière générale, j'adore travailler avec la voix humaine et,  chaque fois que je peux en utiliser dans mes musiques, je n'hésite  pas  à le faire.  Pour en revenir à POURQUOI J'AI PAS MANGE MON PÈRE, quand on réfléchit aux éléments dont disposaient les hommes préhistoriques pour faire de la musique,  on pense aux percussions mais aussi, et surtout, aux voix.

 

De quelle manière avez-vous travaillé avec Marie DAULNE, leader du groupe ZAP MAMA et voix principale dans votre partition ?

LPDM : elle m'a été présentée par mon agent et, dès les premiers essais, j'ai trouvé dans sa voix exactement ce que je recherchais; c'est-à-dire apporter ce côté ancestral et profond qui représente bien les origines de l'homme à travers la voix. En plus, Marie DAULNE constituait une proposition intéressante du fait, entre autres, qu’elle soit partie vivre plusieurs mois avec les pygmées pour apprendre leur façon de chanter, de s’exprimer.

 

Marie DAULNE a-t-elle eu besoin de beaucoup répéter pour incarner le thème d'Édouard et, plus globalement, l'Afrique ?

LPDM : elle dispose de tellement de capacités vocales que nous avons effectivement beaucoup travaillé  pour trouver la bonne couleur.  En ce qui concerne le rapport  à l'Afrique, paradoxalement, de par l'émotion puissante qu'elle dégage, nous avons essayé de nous détacher du continent pour nous diriger vers une musique universelle.

 

Pour quelle raison avez-vous utilisé à la fois des chœurs classiques et des choeurs gospels ?

LPDM : parce qu’au départ, dans une recherche de mélange, de métissage et d'universalité de la musique, j’avais envie d’utiliser des timbres de voix différents. C'est pour cette raison que j'avais demandé à disposer d'une chorale composée d’autant de chanteurs noirs que de chanteurs blancs. Ce qui n'a pas été possible car nous ne disposons pas en Belgique de ce type de chorale mixte. Pour parvenir au métissage recherché, nous avons alors mélangé un groupe de gospel, qui a été constitué pour l'occasion, à un chœur classique d'une quarantaine de chanteurs blancs en Belgique.

 

Vous n’avez pas enregistré les chœurs en Angleterre ?

LPDM : j’aurais bien aimé les enregistrer à Londres en même temps que l’orchestre, mais nous ne pouvions pas, pour des raisons de budget. Nous avons alors enregistré ces chœurs séparément, en Belgique et après l'orchestre.

 

Vous teniez absolument à ce mélange des voix des deux chorales ?

LPDM : oui car, d'une manière générale, je ne voulais pas qu'on puisse forcement distinguer les différents timbres de voix. Cependant, il y a quand même des passages, comme l'Attaque des Sauterelles, où les choeurs  apparaissent volontairement grandiloquents mais ce ne sont pas les moments les plus caractéristiques.  Je veux dire par là que, recherchant une musique universelle, je ne voulais pas qu'on puisse distinguer une origine precise.

 

Comment s’est passée la collaboration avec le beat-boxer EKLIPS ?

LPDM : nous l'avons découvert sur Youtube où il apparaît en tête de liste des beat-boxer. Nous l'avons alors contacté et je dois dire que nous avons rencontré un type adorable et très bon dans son domaine, qui connaissait le projet, ainsi que Jamel DEBBOUZE. Nous avons donc commencé à travailler. Ça s'est vraiment bien passé, c'était très agréable.

 

Mais pourquoi un beat-box ?

LPDM : vous savez, quand on aborde un film avec Clément SOUCHIER, qui est mon agent mais aussi un collaborateur artistique intime et un ami, on commence par parler de ce que l'on appelle le set-up, c'est-à-dire la couleur de la musique du film et des moyens pour y parvenir. Quand nous avons abordé ce film, nous avons aussi pensé au fait que Jamel DEBBOUZE possède une culture hip-hop qui constitue une partie intégrante du film. Nous avons alors trouvé intéressant d'utiliser un beat-box car cela amène un côté percussions buccales qui, mélangé à des parties symphoniques, donne cette dimension  tribale à la musique.  Cette idée de beat-boxer, plutôt inhabituelle pour une musique de film, a plu évidemment à Jamel DEBBOUZE mais, d'une manière plus générale, à tous les gens auxquels j'en ai parlé.

 

 

La Musique D'un Film A Grand Spectacle

 

Est-ce que Jamel DEBBOUZE vous a donné des directions ou vous a t-il laissé libre pour développer votre musique ?

LPDM : dès lors que nous partagions la même idée sur ce que devait incarner  la musique, c'est-à-dire la partition  d'un film à grand spectacle, qui contienne de l'aventure mais aussi qui fasse peur et pleurer,  il s'agissait vraiment d'une collaboration ultime. Bien sûr, nous avons évoqué des références mais cela n'a fait que confirmer que nous étions complètement d'accord : par exemple, s'agissant  d'Édouard, nous étions d'accord pour que le thème arrive comme celui d'Indiana Jones, sans complexes, à chaque fois qu’Edouard apparaissait à l’écran. De la même manière, quand on voit le Roi, je voulais que le thème intervienne de manière majestueuse et Jamel DEBBOUZE m'a également suivi sur ce point.

 

 

Pouvez-vous nous parler du thème de Siméon, le roi des Simiens, pour lequel vous avez écrit un motif d'abord profond, grandiose puis un autre plus fin, avec des percussions ?

LPDM : à l'origine, pour Siméon, j'avais écrit un thème d'apparence moins emblématique. J’avais vraiment fait une gradation des thèmes, c’est-à-dire que les thèmes de Siméon et de Vania apparaissent un soupçon moins mémorisables que celui d'Édouard. Jamel BEBBOUZE m’a donc fait remarquer que dans Star Wars, le thème de Dark Vador était aussi très fort, et j’ai donc écrit ce nouveau thème, plus puissant et plus majestueux. Enfin je l’espère.

 

Avez-vous utilisé beaucoup de percussions sur le personnage de Simeon ?

LPDM : on a pas mal utilisé de percussions dans le film  mais pas particulièrement sur Siméon. Ou alors juste sur le moment où il défend son fils contre les rhinocéros; une séquence où on a envoyé à la fois l'orchestre, les choeurs et les percussions, bref tout le monde à la fois.

 

Vous êtes-vous fait plaisir ou torture en écrivant des musiques d’actions comme  Le Combat Et l’incendie mais aussi  L'attaque Des Insectes  ?

LPDM : je n'ai ressenti que du plaisir sur cette musique ! Dans Le Combat Et l’incendie, j'ai volontairement repris la même section harmonique. Je veux dire par là que, quand on voit un plan large avec les rhinocéros qui foncent sur Édouard, on arrive à un point d'orgue : le moment où le Roi pense que son fils va mourir. J’ai voulu faire résonner cette scène lors de l'explosion de l'arbre à la fin du film, comme pour boucler la boucle.

 

Avez-vous écrit un thème spécifique pour L'attaque Des Insectes  ?

LPDM :Oui car je souhaitais créer une rupture à ce moment-là. Pour moi, cela correspondait vraiment à un tournant dans le film ; et puis cette attaque, on la  sent monter. Il fallait donc que quelque chose de nouveau arrive, en l'occurrence un nouveau thème, une sorte de parenthèse par rapport au reste de la musique du film. Il s'agit d'un moment particulier puisque le personnage principal, ce n'est pas le héros du film, mais les sauterelles. C'est pour cette raison que je voulais vraiment un nouveau thème, en l'occurrence une véritable musique d'action. Je l'ai  composée très peu de temps avant l'enregistrement car c'est une scène qui est intervenue tardivement dans le processus de construction du film. Malheureusement, dans le film, il s'agit d'un thème qui a été supprimé suite à un choix du mixeur.

 

 

Y a t-il autant de musique dans le film que dans l'album ?

LPDM : le film comportait au départ beaucoup plus de musique que dans la version finale. Cela s'explique par certaines options prises au moment du mixage; des choix de laisser davantage de place aux bruitages, notamment les cris des singes; ce que, là aussi,  nous sommes plusieurs personnes à regretter. En ce me concerne, je trouve que les choix que nous avions faits avec Jamel DEBBOUZE apportaient aussi un rythme intéressant, dont l’album rend mieux compte.

 

Pouvez-vous nous parler du thème de Vania, le frère d’Edouard que l’on retrouve dans une musique à la fois douce et  grave ?

LPDM : il me semblait important que cette gravité transparaisse car Vania promène, inconsciemment, le poids de ne pas incarner le successeur légitime de Siméon. C'est pour cette raison précise que, là où le thème de Siméon apparaît plutôt majestueux, je trouvais plus intéressant de traiter les conséquence sur son psychisme, en utilisant notamment des chœurs, qui interviennent plus en reculs du motif principal.

 

Pourquoi a-t-on l'impression que le thème de Lucy découle de celui d’Edouard  ?

LPDM : cela répond à une demande de Jamel DEBBOUZE qui voulait vraiment qu'Édouard et Lucy possèdent leur petite bulle musicale. D'où cette déclinaison intimiste (au piano, que j'avais très peu utilisé dans le reste de la partition) du thème d'Édouard, qui m'est venue naturellement au cours d'une séance de travail. Cela a beaucoup plu à Jamel DEBBOUZE car ce thème représentait une façon pour lui de faire une déclaration d'amour à Mélissa THEURIAU dans le film, son épouse dans la vie et qui joue le rôle de Lucy.

 

De quelle manière avez-vous abordé le personnage de la sorcière, qui est accompagnée par un thème plutôt important, assez sombre ?

LPDM :la sorcière possède effectivement son thème particulier et surtout son propre son. En l'occurrence, il s'agit  de chants tuvans (chants diphoniques) qui, je trouve, lui allaient bien; c'est-à-dire des chants dysphoniques qui viennent notamment du Tibet. A l'origine, en avait utilisé davantage,  lors de chacune de ses apparitions. Mais comme on trouvait que cela tirait le film vers le côté sombre, nous en avons enlevé pas mal pour faire vivre la comédie. En outre, la sorcière, devenant de plus en plus angoissante au fur et à mesure du travail sur l'image, nous n'avons pas voulu trop en rajouter par la musique.

 

 

Envie De Concert 

 

 

Pourquoi cette longue suite quasiment de concert à la fin de l’album ?

LPDM : parce que je caresse en secret l'espoir d'entendre un jour ma musique en concert. Du coup, j'ai transposé et arrangé les différents thèmes pour qu'ils fonctionnent ensemble, en aménageant des transitions naturelles, avecDaniel GLET qui est l'orchestrateur avec lequel je travaille. Il en résulte une véritable suite symphonique, qui existe en elle-même et qui sera peut-être un jour, en tout cas c'est l’un des rêves de ma vie, jouée en concert.

 

Avez-vous eu le temps de l'enregistrer à Londres ?

LPDM : pour réaliser cette suite telle qu'elle figure dans l'album, j'ai eu recours à des montages techniques car nous étions très serrés au niveau des temps d'enregistrement. Maintenant, la session (même si nous n'avons pas eu le temps de l'enregistrer) avec les arrangements correspondant aux changements de tempo existe. De même que la partition est disponible pour une éventuelle prestation en concert. Au final, nous avons le même rendu sonore sauf qu'elle n'a pas été enregistrée d'un bloc mais par petits bouts que j'ai ensuite assemblés.

 

 

Du Thème D’Edouard A James HORNER, Eloge De La Simplicité

 

Comment avez-vous réagi à la récente disparition de James HORNER ?

LPDM : sa disparition soudaine m'a beaucoup touché. D'abord parce que je le considérais comme un très grand musicien  dont  j'appréciais énormément les bandes originales. Ensuite  parce je ressentais de l'estime pour la personne, de ce que j'en sais, absolument délicieuse qu'il étai

 

Avez-vous des souvenirs par rapport à sa musique ?

LPDM : bien sûr que me reviennent des souvenirs très forts par rapport à la musique de James HORNER. Maintenant, ce ne sont pas forcément ceux que vous attendez. Je me rappelle avoir été très ému par plusieurs de ses compositions, TITANIC bien sûr mais aussi d'autres. Ce qui est intéressant aussi, c'est que certaines musiques de James HORNER me renvoient à certains événements de ma vie privée. D'ailleurs, je crois qu'on a tous associé des musiques de James HORNER à des moments  de nos vies et c'est aussi en cela que sa disparition nous touche autant.

 

Justement, que vous inspire   sa musique pour TITANIC ?

LPDM : la grande réussite de cette musique, c'est qu'elle  réussit, grâce ou à cause de sa simplicité très volatile, à véritablement toucher son but, à savoir profondément émouvoir le public. En cela, je dois dire que je rejoins James HORNER car, moi aussi, je recherche à toucher le public grâce à un thème de base très simple.

Est-ce cette simplicité et cette émotion qui vous a conduit au thème principal de POURQUOI J'AI PAS MANGE MON PÈRE?

LPDM  :

effectivement, bien que la musique comporte également des passages complexes, mon objectif consistait à aller à l'essentiel, la simplicité absolue, afin de toucher le point sensible; ce qu'à mon avis,  James HORNER a vraiment réussi dans la musique de TITANIC, notamment sur le grand thème principal, de construction en fait très simple, tout comme celui de Rose. C'était je pense ce dont le film avait  besoin et, en ce qui me concerne, j'ai vraiment envie de ce genre de thèmes très simples; une simplicité qui se vérifie quand on les retranscrit  au piano.  Comme le disait Miles Davis « Pourquoi jouer tant de notes alors qu’il suffit de jouer les bonnes ».

Voulez-vous dire que la simplicité n'est pas quelque chose qui vient facilement pour un musicien ?

LPDM : quand un jeune compositeur écrit de la musique, il a envie d'en mettre plein la vue; du coup, il a tendance à composer des musiques compliquées. Aujourd'hui, plus j'avance dans le métier, plus j'essaye vraiment d'aller vers la simplicité. Je crois que, quand on arrive à trouver les bons instruments pour jouer les bonnes notes sur les bonnes émotions, il n'y a pas besoin d'en rajouter car on touche au but. C'est vraiment ce que j'ai essayé  de faire avec le thème d'Édouard qui, d'ailleurs, au début, comportait encore moins de notes, seulement six, que dans la version finale. Ce n'est que pour intégrer la dimension ancestrale et des petits yodles que j'ai rajouté quelques notes.

Entretien réalisé à Paris en juin 2015. Plus d'informations sur http://www.laurentperezdelmar.com/fr_FR/

POURQUOI J'AI PAS MANGE MON PERE disponible en dvd et en Blu-ray chez Pathé vidéo.

Bande originale disponible en téléchargement.

Bonus - Chronique !

 

ANTIGANG (Bande originale du film de Benjamin ROCHER)

Voici un vrai film d'action fun, dans l’esprit des productions américaines des années 1980. Serge BUREN, un flic de légende incarné par Jean RENO va, avec sa brigade de jeunes flics aux méthodes peu conventionnelles, affronter un groupe de braqueurs meurtriers et ingénieux. Laurent PEREZ DEL MAR signe ici une musique moins écrite que celle de POURQUOI J'AI PAS MANGE MON PERE mais néanmoins soignée, en particulier dans des orchestrations mêlant un orchestre, des synthétiseurs et des percussions. Laurent PEREZ DEL MAR commence d’emblée par un thème rythmé, marqué par la présence de sonorités synthétiques, sur des harmonies musclées. On note l'utilisation de bouzouki, que le compositeur joue lui-même et qui donne une couleur particulière, et représente le flic Nils CARTIER (Alban LENOIR), dont le métier est ancré en lui. Dans un deuxième temps, on entend un thème plus mélodique, interprété, comme toutes les parties similaires, par l’orchestre symphonique de la radio macédonienne (FAME's), en particulier les cordes (1ers et 2èmes violons, alti, violoncelles, contrebasses) et une section de cuivres importantes (cors, trombones et trombone basse) (Garage Fight) ; un thème qui annonce celui de Becker ; , un policier d'aujourd'hui, bien habillé, rasé et très carré joué par Thierry NEUVIC, au motif rythmé et doucement mélodique dans la profondeur contrapuntique, avec une certaine gravité. Laurent Perez DEL MAR reste avec le thème de Cartier (plus lointain) et continue dans cette couleur en développant une ambiance quasi obsessionnelle, qui amène de la tension, et soutient l'action (Cartier à la BNF, Le Premier Casse), et parfois un contrepoint dramatique plus large, qui accentue le suspense, le caractère urbain, la violence étant caractérisées par la batterie et différentes percussions jouées par Nicolas MONTAZAUD, en particulier des fûts en métal, des cracker et des gros toms... (La Villa, Daedalis) ; ce qui continue dans d’autres morceaux, notamment sur le thème des braqueurs (Bad Guys) dont on retient surtout la première partie, étrange avec comme des insectes dans l'espace, doucement redondante, montante vers une cellule de deux notes graves, puissantes et répétitives jouée par des cors. Dans le même esprit, on note une musique d’action grondante, au rythme électrique, marquée par de courts cellules de piano et de profonds contrepoints de cordes (Hummers). Laurent PEREZ DEL MAR  réserve aussi de jolis moments plus aérien, atmosphérique, notamment ce développement intimiste, marqué par une courte cellule de piano coupée, suivi d’une musique grave, à l’intensité crescendo (Johnny, La Garde A Vue) ; également quelques thèmes plus sensibles, notamment celui, très beau, de Margaux, plus mélodique, plus élaboré aussi dans lequel on sent une fragilité, une fêlure. Mais aussi ce lento délicatement intimiste, émouvant (Bad News). Sur la fin, Laurent PEREZ DEL MAR reprend la cellule mélodique grave et la développe de manière rythmée mais aussi orchestral, en reprenant notamment le motif de bouzouki sur un mode presque oriental (Final Fight). Au final Laurent PEREZ DEL MAR propose une véritable musique de thriller, à l'américaine. Se basant essentiellement sur des rythmes électriques, il ne néglige pas la dimension mélodique et utilise et l’orchestre symphonique et les solistes (que ce soit le piano, le bouzouki et les percussions), pour élaborer une musique aux multiples couches sonores et émotionnelles.

ANTIGANG. Un film de Benjamin ROCHER, avec Jean RENO, Caterina MURINO, Alban LENOIR, Thierry NEUVIC, Stefi CELMA, Sébastien LALANNE, Oumar DIAW, Jean-Toussaint BERNARD. Musique originale de Laurent Perez DEL MAR disponible en téléchargement.

 

 

LA TORTUE ROUGE

Retour en vidéo (aux éditions WILD SIDE) pour le film d'animation de Michael DUDOK de WIT qui retrace, sur fond de l’aventure d’un naufragé, les grandes étapes de la vie  humaine. C’est vrai qu’on tombe vite sous le charme de cet homme échoué sur une île tropicale, qui doit apprendre la survie grâce à la nature, pas toujours accueillante ; une existence plutôt monotone qui va changer lorsque, alors qu’il tente de s’enfuir, il rencontre une mystérieuse tortue qui va sortir de l’eau… et, plus tard, une femme sortir de la tortue ! Primée à Cannes, cette odyssée poétique doit aussi beaucoup à la superbe musique de Laurent PEREZ DEL MAR (ZARAFA), récemment primé au Festival de Cinéma et Musique de Film de La Baule ; une musique essentielle, bien que composée après l’animation, puisque le film ne comporte aucun dialogue. Ne sachant pas précisément quel style de musique il souhaitait, le réalisateur s’est laissé guider par les propositions du compositeur, qui a travaillé en intégrant différents impératifs : respecter les silences et les bruits de la nature, et créer un rythme dans la narration. On pense en particulier à ce thème principal, lent, mélancolique, à la manière d'une procession lyrique (avec la soprano Julia WISCHNIEWSKI), que l’on entend, la première fois, sur la séquence du rêve ; une musique rythmée par du cymbalum et des cordes voluptueuses d'où se détache un violoncelle (Love In The Sky), que l’on retrouve, pour partie, sur d'autres séquences, comme le tsunami et l’au revoir ; des moments où la musique se place au plus près des personnages, entrainés par une nature incontrôlable, et des émotions primaires, très humaines. Puis on entend un thème de la tortue plus enjoué, doucement mélodique (Flying With The Turtle). Sur la fille (The Girl), il amène un thème profond, sensible, d'où se détachent quelques notes de piano enclenchant une mélodie sensible, dans les flûtes, reprise par un violon solo. Puis, comme une force du destin, il lance un thème religieux, là encore lyrique, particulièrement triste, aux notes de violon graves et de harpe entre les espaces (She Is Dead). Il amène aussi des thèmes frissonnants, dans les vibratos, mais toujours empli de douceur (Baby’s Fall, I’ve Found Dad), d'émotion portée par une mélodie simple pour flûte, guitare et de nouveau le violoncelle (I Will Stay With You). Sur le premier radeau, le compositeur propose un thème plutôt obsessionnel rythmé par des cordes basses et des bois en bambou (The First Raft). Il joue aussi du mystère, dans des thèmes essentiellement construits dans les atmosphères, les percussions (The Fall, The Dream), mélangées parfois à des vibratos (Where Is She). Au final, avec cette musique subtile, aux thèmes relativement simples et jamais envahissants, Laurent PEREZ DEL MAR confirme ses capacités d’espoir de la musique de films. Pour en revenir aux  différents supports vidéo, ils comportent comme suppléments :« Naissance de la tortue », soit la présentation du film en cours de production au Festival International du Film d’Animation d’Annecy. Michaël DUDOK de WIT y revient, en détail, sur la création, étape par étape, de LA TORTUE ROUGE. Il raconte notamment comment Pascale FERRAN, sur le scénario, lui a permis, notamment, d'étoffer l'importance du personnage féminin. Il parle aussi de ses recherches, de son voyage sur une ile tropicale. Du point de vue technique, il parle aussi de l'animationalyque ou l’art  de filmer des comédiens, sui servent de référence pour les redessiner. On trouve encore une Leçon de dessin avec Michaël DUDOK de WIT et ses Courts métrages : le très touchant « Père et Fille », Oscar 2001 du meilleur court métrage d’animation, qui met en avant un père et sa fille qui traversent les saisons tout en partageant leur passion pour le vélo ; « Le moine et le poisson », une amusante course ballade chorégraphiée, au style caractéristique de Michael DUDOK de WIT, sur une musique plutôt baroque de Serge BESSET (MIA ET LE MIGOU), inspirée de La Fallia, une sonate dansante d’Arcangeli CORELLI ; un compositeur classique que l’on retrouve encore sur « L’arôme du thé » (2006), un court métrage très stylise. Signalons que le coffret « Prestige » contient en plus le Cd de la bande originale du film par Laurent PEREZ DEL MAR et un ArtBook inédit du film.

LA TORTUE ROUGE. Disponible en dvd, Blu-ray et en édition prestige incluant le cd de la musique de Laurent PEREZ DEL MAR disponible chez Wild Side Vidéo.