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Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

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Rencontre-Sortie vidéo !
 

NICOLAS ERRERA

FAIT SA CONFESSION

DRONIQUE !

 
 

A l’occasion de la sortie vidéo de LA CONFESSION, le très beau film de Nicolas BOUKHRIEF, nous avons eu le plaisir de rencontrer le compositeur Nicolas ERRERA (LE PAPILLON, AU NOM DE MA FILLE). Dans cette nouvelle -mais inédite et libre- adaptation du célèbre roman LÉON MORIN, PRÊTRE de Beatrix BECK, un religieux (Romain DURIS) et une femme, dont le mari se trouve éloigné à la guerre (Marine VACT), vont partager une étrange relation, entre spiritualité et sensualité. Une base parfaite qui a permis à Nicolas ERRERA de composer, comme il nous l’explique, une partition à double facette : l’une très mélodique, à base de piano qui se développe, se colore à mesure que progresse une impossible histoire d'amour ; l’autre plus aérienne, à base de drones, c'est-à-dire d’harmonies composées de notes tenues. Rencontre donc avec un compositeur discret mais dont la sensibilité musicale française, typique de l'école européenne de gens comme François de ROUBAIX, se trouve de plus en plus recherchée, appréciée : en France avec cette musique mais aussi avec celles de productions asiatiques comme led films de Larry YANG MOUNTAIN CRY, bande originale pour laquelle il vient de recevoir un Jerry Goldsmith Award et, cet été, le nouveau, et plus sportif MY OTHER HOME ! 

 
 

Nicolas ERRERA, connaissiez-vous Nicolas BOUKHRIEF, qui est quand même un réalisateur qui a l'habitude de changer de compositeur,  avant le film LA CONFESSION ?

Nicolas ERRERA : nous avons déjà collaboré ensemble, en 2013, pour la musique de scène de la première pièce de théâtre qu’il avait mis en scène et qui s’intitulait MON AMI LOUIS ; il s'agissait d’un spectacle à un personnage joué par Gilles GASTON-DREYFUS, que l’on a monté au Théâtre du Rond-point à Paris. Cette première collaboration a été importante car nous nous sommes très bien entendus. C’est donc avec plaisir que nous nous sommes retrouvés sur LA CONFESSION.

Pour quelle raison vous a-t-il préféré aux autres compositeurs avec lesquels il a collaboré dernièrement ?

NE : il avait envie, pour la musique de ce film particulièrement, d’un compositeur qui travaille avec de véritables instruments. Vous savez, de bénéficier d’une musique jouée par de véritables instruments, même s’ils se trouvent, parfois, mélangés avec des sonorités électroniques, cela lui a permis d'ouvrir le champ émotionnel.

C’est justement la particularité de votre musique que de mélanger les instruments acoustiques et les synthétiseurs ?

NE : si vous voulez mais, pour en revenir à cette musique précisément, je l'ai composée à la manière d’une sorte de quatuor. Plus concrètement, parmi les sonorités utilisées, j'ai voulu mélanger le Cristal Baschet, un instrument joué ici par Thomas BLOCH, qui possède un timbre à la fois cristallin et métallique que j'aime beaucoup, et du violoncelle joué par Jean-Philippe AUDIN. Après, on entend, bien sûr, beaucoup du piano que je joue moi-même et qui tient une place très importante dans cette musique.

Avez-vous recherché, comme le film, à composer  une musique spirituelle  ?

NE : au-delà de cette dimension effectivement spirituelle, le film raconte surtout une histoire d'amour impossible entre deux protagonistes joués par Romain DURIS etMarine VACTH. Ce qui m'amène à vous préciser ce que voulait Nicolas BOUKHRIEF. En l'occurrence, du point de vue de la musique, ce qu'il voulait, c’est qu’on retrouve, dans la partition, la sensation de silence, de recueillement également. En effet, l’histoire se déroule dans un petit village dans une période où les hommes sont partis à la guerre. Et, hormis les séquences de bombardements, on n’y entend jamais beaucoup de bruits.

Cela explique que l’on perçoive, parfois, la musique comme une sorte de bruit continu ?

NE :   tout a fait mais il s’agit d’une véritable musique écrite. En fait, il s'agit d’une musique assez développée que j’ai construite à base de drones.

Vous parlez de drones ; pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?

NE : le drone, qui constitue un style musical en soit, un vrai genre plutôt minimaliste qui est apparu dans les années 1960 et 1970, et qui se caractérise souvent par des notes tenues. Vous savez, il existe plein de façons de faire des drones en musique. Moi, je suis parti de choses très simples, très pures, des textures. A partir de là, j’ai dessiné des harmonies qui me permettaient de repartir sur une mélodie. Et dans le film, on passe ainsi de de l’un à l’autre.

Dans l'album la musique apparaît effectivement très mélodique, dans le film beaucoup moins ?

NE : cela dépend, comme c'est souvent le cas, des mixages de la musique. Mais c'est vrai que, dans le disque, on entend mieux les parties mélodiques.

Justement, Nicolas BOUKHRIEF est-il venu vers vous pour votre côté acoustique, mélodique alors que, pour le côté plus synthétique, il aurait pu retravailler avec Nicolas BABY ou ROB ?

NE : je crois surtout que, sur ce film, Nicolas BOUKHRIEF avait envie d'une sensibilité qui corresponde davantage, comme il le dit lui-même, à de la vraie musique de film. Il souhaitait une partition proche, dans la sensibilité, de celle que j'avais composée pour MOUNTAIN CRY. Il n'avait pas envie d’une musique purement synthétique.

Peut-on parler d’une partition à deux aspects : l’un concret, correspondant au thème principal, l’autre abstrait ou immatériel-comme le titre d’un morceau- relatif à des musiques moins mélodiques, plus synthétiques ?

NE : en ce qui concerne les titres des morceaux, comme je tenais qu’il soit partie prenante également à ce niveau, nous les avons trouvés ensemble avec Nicolas BOUKHRIEF. En ce qui concerne les thèmes, sur ce film, j'avais la difficulté de devoir accompagner beaucoup de séquences de dialogues autour de questions sur la définition de la foi, l'amour également. Il s'agit de problématiques qui relève de la pensée et qui sont très compliquées à transposer musicalement. D'ailleurs, de ce point de vue aussi, je trouve que le film de Nicolas BOUKHRIEF est très intéressant car, même si l’action se déroule pendant la guerre il pose des questions très actuelles. Il nous interroge, sans vraiment apporter de réponses, sur ce que l'homme a besoin en termes de spiritualité et de repères ce moment. Effectivement, comme vous le dites, la musique représente deux directions : l’une mélodique, claire et l’autre plus abstraite, mais jamais angoissante, rattachée aux idées, aux pensées.

D’où cette sensation de musique reposante ?

NE : reposante ou encore apaisante. Cette sensation me parait importante car, parfois, avec le drone, on se trouve dans des musiques de tension, d'horreur. Ce qui n'était pas du tout mon intention ici.

Avez-vous composé à partir du scénario ou des images ?

NE : sur ce film, j’avais lu le scénario mais j'ai surtout imaginé la musique à partir des images. En l’occurrence, et cela a représenté une expérience amusante, Nicolas BOUKHRIEF m’a montré un montage des rushes dans l'ordre chronologique du film. Évidemment, cela a constitué une projection très longue mais passionnante. A partir de là, Nicolas BOUKHRIEF m’a laissé deux mois pour je compose des thèmes.

Des thèmes qu’il a acceptés facilement ?

NE : il a fait des choix et moi, à partir de moment, j'ai travaillé d’une manière plus précise par rapport au montage.

Il y a assez peu de grands thèmes finalement ?

NE : dans cette musique, je dirais qu’il existe deux gros thèmes principaux ; après il s'agit davantage de thèmes toujours écrits, avec des harmonies, mais droniques. D’ailleurs, je dois dire que, justement, j'ai utilisé le Cristal Baschet car c’est un des rares instruments organiques qui permet de faire des drones, donc des notes tenues et évolutives. Comme avec un synthétiseur d'ailleurs. Le Cristal Baschet, c'est un instrument étonnant, que l’on joue avec des mains mouillées qui touchent des parties en verre. Ce n'est pas un instrument facile à travailler mais c'est très intéressant car il permet d'obtenir un son continu très pur.

Vous utilisez aussi des Ondes Martenot ?

NE : l'idée nous en est venue quand, avec Thomas BLOCH, nous avons recherché un instrument qui pouvait donner les sonorités électroniques de l'époque à laquelle se déroule le film. Et tout de suite, nous nous sommes dits que les  Ondes Martenot, accompagnées de violoncelle, correspondaient à ce que l’on recherchait.

Était-il plus simple d'enregistrer des Ondes Martenot que des synthétiseurs ?

NE : il existait surtout l'avantage que, contrairement aux synthétiseurs, les Ondes Martenot peuvent être enregistrées en direct. Cela nous a permis, sans faire une musique d'époque, d'intégrer des éléments qui rappellent la période du film. C’est cela aussi qui me paraît bien dans la musique de film : être amenés à effectuer des recherches historiques. Ceci toujours dans le but d’intégrer une part d’authenticité dans la musique qui, d’une manière générale, reste intemporelle !

Et aussi minimaliste ?

NE : je tenais beaucoup à une musique qui apparaisse plutôt minimaliste. Je ne voulais pas d’une partition avec des envolées de violons car cela ne correspondait pas au film.

Quelles sont les caractéristiques du grand motif principal (La Confession), que l’on entend quasiment tout le long du film jusqu'à devenir un vrai thème d'amour ?

NE : c’est un morceau très intéressant que j'ai joué, en direct en studio, devant les images. J’en ai enregistré plusieurs versions correspondant à différentes prises et, chaque fois, Nicolas BOUKHRIEF a choisi celle qu’il préférait. C’est effectivement un thème qui revient et qui, lentement, évolue, se densifie même sur la fin, à mesure qu’avance le film. Là aussi, autour du piano, nous avons rajouté un tapis d’instruments qui jouent, comme un contrechamp spirituel, un drone.

Comme dans une musique de mélodrame, vous rajoutez des contrepoints d'Ondes Martenot et de violoncelle ?

NE : vous touchez là au fait que, finalement, Nicolas BOUKHRIEF a réalisé un film de genre. Comme vous le dites justement, il s'agit d’un mélodrame.  Comme on en voyait beaucoup dans le cinéma français d'après guerre. Vous savez, je suis très content de ce film que j'ai trouvé très réussi à tous les niveaux. Du point de vue du degré de sentiments exprimés, c’est extrêmement bien maitrisé par Nicolas BOUKHRIEF. De même, j'ai ressenti une véritable maturité dans sa mise en scène. Quand au jeu des acteurs, j'apprécie beaucoup Romain DURIS, qui me paraît très crédible, habité par le rôle.

Avez-vous pensé, en composant une musique d’un côté mélodique et, de l’autre, des drones, à François de ROUBAIX qui aimait, lui aussi, mélanger les sonorités ?

NE : votre remarque ne peut pas me déplaire dans la mesure où j'aime beaucoup les musiques de François de ROUBAIX. Ceci dit, sur LA CONFESSION, Nicolas BOUKHRIEF n'a pas utilisé de musiques temporaires et ne m’a pas donné, au contraire de nombre de réalisateurs, non plus de références à suivre. Les musiques que l’on entend dans le film sont arrivées de manière progressive. En fait, je crois que ce sont des musiques qui sont sorties du film. Maintenant, je comprends votre remarque car, comme François de ROUBAIX, je revendique une sensibilité qui passe par la mélodie.

C’est important pour vous la mélodie ?

NE: bien sûr ! Mais il faut faire attention car une mélodie, cela à tendance à prendre beaucoup de place dans un film. Vous savez, il est appréciable de trouver encore de vraies mélodies dans la musique de films. Et ce, alors qu’aujourd’hui, trop de bandes originales ressemblent, souvent, davantage à du papier peint sonore. Au contraire, je trouve que la mélodie amène un cachet intéressant à la musique. Comme c'était le cas dans les musiques des compositeurs de l'école européenne. C'est-à-dire François de ROUBAIX mais aussi, par exemple, Georges DELERUE et Ennio MORRICONE.

 
 
 
 

Qu’avez-vous ressenti en recevant un Jerry GOLDSMITH Award pour votre musique du film chinois MOUNTAIN CRY ?

NE : j'ai vraiment été content que l’on me décerne cette récompense qui me parait intéressante pour un compositeur comme moi car elle concerne directement la musique. En plus, le choix de me récompenser a été fait par un jury de gens passionnés par la musique de film et le cinéma. Ce qui signifie qu’ils ont été attentifs à la musique en elle même mais aussi à la manière dont elle se trouve intégrée dans le film.

En plus, le prix porte le nom de Jerry GOLDSMITH, un compositeur célèbre ?

NE: c’est formidable car Jerry GOLDSMITH faisait partie de mes compositeurs de référence quand j'étais jeune. Pour en revenir à MOUNTAIN CRY, il s'agissait du quatrième film asiatique que je mettais en musique. D'ailleurs, du même réalisateur, je viens de terminer la musique d'un autre film très important. Il s'agit de MY OTHER HOME réalisé par Larry YANG, l'histoire vraie de la chute de Stephen MARBURY, un joueur de basket-ball de la NBA qui joue son propre rôle. Le film raconte son voyage pour retrouver sa passion, et la victoire, en Chine ; un pays ou le basket-ball représente un sport national très fort, aussi important qu'aux Etats-Unis. Il s'agit donc d’un film sur la deuxième chance d’un homme qui part recommencer sa vie, sa carrière sportive en Chine. Jusqu'à devenir un véritable héros à Pékin où on a même érigé une statue à son effigie. C’est donc une très belle histoire, qui m’a permis d'écrire une musique à la fois sportive et entraînante !

Vous avez d’autres projets proches ?

NE : justement, je suis en train de composer la musique du nouveau film de Ken SCOTT, le réalisateur de STARBUCKS ; il s'agit d’une coproduction entre la France, le Québec et l’Inde qui s’intitule L’EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR QUI ETAIT RESTE COINCE DANS UNE ARMOIRE IKEA et qui est interprété par Bérénice BEJO, Erin MORIARTY, Barkhad ABDI, Laurent LAFITTE, Abel JAFR et la star bollywoodienne DHANUSH. Je suis très content de faire ce film dont je trouve le scénario tout simplement merveilleux !

Entretien réalisé le 27 juillet 2017.

LA CONFESSION. Un film de Nicolas BOUKHRIEF, Romain DURIS et Marine VACTH. Disponible en dvd chez M6 vidéo. Musique originale de Nicolas ERRERA disponible en digital chez ENKA.

Dvd disponible chez M6 vidéo, inclus Entretien avec Nicolas BOUKHRIEF et l’Abbé AMAR. Plus d’informations sur https://www.snd-m6video.fr/Catalog/Oeuvre/4276