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Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

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LA GUERRE DES ONDES

Ce film raconte comment, Pierre DAC, en 1943 à Radio Londres, a aidé, grâce  à ses chansons, chroniques et son combat verbal contre Philippe HENRIOT, les Alliés à marcher vers la victoire. Dans la  lignée des musiques de films se déroulant pendant la seconde guerre mondiale, François STAAL propose une musique souvent profonde, grave et émouvante. Il commence par un thème orchestral dense, qui inclut une cellule de cordes répétitives, également un piano délicatement obsessionnel en contrepoint, suivi d'un développement qui inspire l’inquiétude (La Propagande). Puis, sur le Générique début, il installe un thème mélodique, qui rappelle l’occupation par l'utilisation de caisses claires;  un thème dont la douleur provient notamment des notes d’un piano froid et de quelques percussions. Sur  Pierre DAC (Jean-Yves LAFESSE), il installe d'abord un lento  mélancolique, qui accentue le patriotisme du personnage par des caisses claires, des percussions et du piano puis un développement coloré, populaire, touchant jusque  dans l'alliage cordes, hautbois, piano et des contrepoints de violon répétitif. Il s'agit également d'un thème chantant, représentant la fougue du personnage, que l’on retrouve aussi au travers d’un thème à base de trompette et une mélodie au hautbois (Arrivée Pierre Dac). Toujours sur Dac, François STAAL privilégie une musique profonde, de l'intérieur mais qui monte en intensité (La Réponse De Dac). François STAAL continue par un thème triste, empli d'une douleur due aux cordes, au hautbois. (La Fin Des Résistants). Sans surprise, pour le thème de L’Espionnage, François STAAL propose un motif baigné de cordes trépidantes, de cuivres légers en contrepoint ainsi que des percussions qui donnent un côté martial tandis que, pour la séquence des contrôles, il propose un motif plus mystérieux et au court déchaînement harmonique sur la fin (Passer Les Contrôles). Mais un des sommets reste ce superbe Adagio des résistants, de construction presque scolaire mais bouleversant, tout comme ce motif obsessionnel, délicate fusion entre des cordes et du piano qui, par son rythme,  joue la tension, le suspense (Le Maquis). Toujours à fleur de peau, on note aussi ce thème en suspension, qui traduit les inquiétudes du personnage féminin, avec, là encore, de jolis mouvements de cordes, piano et aussi de guitare (Dina Et Les Aviateurs); une douceur qui se marie en majeur des caisses claires sur une marche majestueuse, chantante avec du hautbois et des cordes vibrantes (Londres A La Fin De La Guerre). François STAAL termine par un End Credit profond, grave, avec du hautbois et beaucoup de cordes, du piano qui développe un thème poignant. Dans une deuxième partie, le thème se fond avec des caisses claires, un côté martial. Fidèle à son habitude, François STAAL propose quelque chansons originales ou plus patrimoniales, comme ces javas soit intitulée La Défense Élastique et interprétée par Jean-Yves LAFESSE alias Pierre DAC (La Défense Élastique) soit  instrumentale (La java de Londres). Au final, François STAAL signe une partition soignée aux thèmes simples mais conformes à ce que que l'on attend sur ce genre de film; des thèmes souvent forts, aux orchestrations riches mais jamais exagérées, qui rythment les tensions, les emportements de personnages comme Pierre DAC. Une très bonne partition !

LA GUERRE DES ONDES. Un téléfilm français réalisé par Laurent JAOUI, avec Jean-Yves LAFESSE, Olivier MASSART, Jean-Luc COUCHARD. Musique Originale de François STAAL disponible en téléchargement chez Cristal records. 

 

FRANCOIS STAAL :

FRENCH BLUES COMPOSITEUR PAR PASSION !

 

C’est à la rencontre d’un compositeur avant tout passionné de musique et de cinéma que nous vous invitons. Son nom n’est pas très connu du grand public et, pourtant, depuis plus de dix ans, François STAAL a composé de nombreuses musiques de films ; des musiques écrites essentiellement pour la télévision et disponibles, pour plusieurs d’entre elles, en téléchargement. C’est justement à l’occasion de l’édition de l’une d’entre elles, que nous l’avons interrogé. Dans UN HOMME AU PAIR, diffusé récemment sur France 3, Maxime (Antoine DULERY), la quarantaine, incarne un chômeur de longue durée qui loge chez sa sœur. Claire (Gwendoline HAMON), une dynamique directrice d’une agence de recrutement, élève seule son fils de 9 ans. A l'instant où elle informe Maxime qu’elle ne peut plus l’aider dans sa recherche d’emploi, et alors qu'elle doit assister à une soirée très importante, sa baby-sitter la lâche. Et qui mieux que Maxime, qui a l’avantage d’être disponible, pour la remplacer… Pour cette comédie très amusante et pleine de charme, François STAAL a retrouvé son ami Laurent DUSSAUX, avec lequel il a déjà collaboré sur plusieurs fictions (LE CŒUR A L’OUVRAGE, LES ROBINSONNES). Comme à son habitude, François STAAL a écrit ses premiers thèmes à partir de la lecture du scénario. Parmi eux, on trouve le motif principal, qui navigue entre le classicisme des cordes et la modernité d’un piano plutôt minimaliste, répétitif ; un motif très intéressant qui soutient parfaitement le thème de la comédie sans occulter la partie grave du scénario. Autour de ce thème, François STAAL a élaboré une bande originale très complète, qui propose à la fois des thèmes d’orchestre très émouvants rehaussés par des solos de violons associés au plus jeune personnage et des chansons de différents styles. Et de chansons, François STAAL sait également bien en parler, puisqu’il est auteur ou coauteur, compositeur et interprète de ses propres titres ; des chansons qui, dans la lignée d’interprètes comme Serge GAINSBOURG et Alain BASHUNG, il qualifie lui-même de french blues rock poétique sur des harmonies anglo-saxonnes. Rencontre donc avec un french blues compositeur… mais par passion !

Compositeur Par Passion

 

Etes-vous venu à la musique de films par hasard ?

François STAAL : surtout pas par hasard ! Je dois dire qu’à la base, c’est la musique qui est venue à moi et cela remonte avant tout à une passion ; une passion pour la musique en général et la musique de films en particulier. Cette passion, elle s’est révélée d’abord à travers certains films qui ont provoqué une sorte de flash lorsque je les ai vus au cinéma puis, plus tard, par des chansons rock. Pour les films, je pense surtout à ALEXANDRE NEWSKI de Serguei EISEINSTEIN accompagné par la musique du compositeur surtout classique Serge PROKOFIEV et LAWRENCE D’ARABIE, réalisé par David LEAN avec la partition de Maurice JARRE. Plus tard, je me suis aussi intéressé à certaines partitions de compositeurs comme Jerry GOLDSMITH.

 

Quelle a été votre formation musicale ?

FS : je dois avouer que j’ai suivi une trajectoire particulière qui fait que je suis davantage un autodidacte. En effet, essentiellement pour des raisons personnelles de vie, j’ai dû commencer à travailler très jeune, vers l’âge de dix-sept ans. Ce qui a eu pour conséquence que je n’ai pas pu réellement suivre des études, excepté le CIM, l’école de jazz et des musiques actuelles à Paris. Donc, tout en travaillant pour gagner ma vie, la musique, d’un point de vue matériel, a commencé à s’éloigner de mes préoccupations. Maintenant, cette passion pour la musique de film, elle était vraiment tenace et j’avais vraiment envie d’en écrire. J’ai alors commencé, avec mes modestes moyens, à apprendre et à travailler le soir, à partir des traités d’orchestrations. J’ai aussi énormément composé. Puis, de fil en aiguille, j’ai rencontré des gens, qui partageaient d’autres passions,  d’autres envies artistiques, comme jouer la comédie, mettre en scène des spectacles ou des films. C’est au fil de ces rencontres que j’ai commencé à écrire mes premières musiques de scènes, d’abord pour de petites pièces de théâtres montées avec des moyens souvent très modestes. Puis, plus tard, toujours parmi ces connaissances, il y en a eu un qui a décroché un budget pour réaliser un court métrage et, tout en continuant à étudier en solitaire la musique, j’en ai composé la bande originale. J’ai donc continué, pendant plusieurs années, à composer soit pour des pièces soit pour des courts-métrages. Jusqu’au jour où j’ai été, lors d’une soirée dites de « Parrains de cinéma » remarqué pour mon travail. Ce qui a déclenché une véritable première proposition de travail rémunéré pour l’image. En l’occurrence, il s’agissait de composer la musique d’un documentaire sur GAUDI, écrit par Jean-Paul CARRIERE et réalisé par Jean-Louis BUNUEL et Joël SANTONI en 1993 pour l’UNESCO. J’étais très content car, comme il s’agissait d’un documentaire, la musique tenait un rôle très important et elle a d’ailleurs été remarquée ; ce qui m’a permis, progressivement, d’enchainer d’autres compositions pour des films et, bien plus tard, d’arrêter de travailler dans un autre domaine que la musique.

 

De quelle manière travaillez-vous en général ?

FS : d’une manière générale, je travaille souvent avec les mêmes réalisateurs. Ce qui fait que, la plupart du temps, je sais avant le tournage que je vais en composer la musique. Ce qui me permet, et c’est ce que je préfère, de commencer à composer à partir du scénario. Je veux dire par là que j’aime bien que l’on me laisse tranquille quelques jours afin que je compose des thèmes à la lecture du scénario. Quand je referme un scénario, c’est comme quand je termine un livre, je suis imprégné d’une espèce d’impression générale que j’essayer transformer en un thème de musique. Donc, quand je suis choisi avant le tournage, j’écris des thèmes sur le scénario. J’en fais ensuite des maquettes que je donne au réalisateur. Ce qui lui permet de réagir sur des musiques concrètes alors qu’avant, lors de nos discussions, la musique représente quelque chose d’abstrait. A partir de ce moment, si mes propositions musicales lui conviennent, le réalisateur me permet de continuer à écrire ma musique dans la même direction, le même sens. En plus, il dispose désormais de musiques qu’il peut librement diffuser sur le plateau, en présence des comédiens.

 

Justement, travaillez-vous de cette manière avec Laurent DUSSAUX, le réalisateur d’UN HOMME AU PAIR, avec lequel vous avez déjà fait plusieurs films ?

FS : il se trouve qu’avec Laurent DUSSAUX, nous avons en commun une relation familiale. Maintenant, et cela peut paraître étonnant, au tout début de ma carrière, on ne travaillait pas ensemble. Puis, par la suite, nous avons collaboré sur plusieurs films. Sur UN HOMME AU PAIR, cela faisait quelques années que nous n’avions pas collaboré ; nous étions très content de nous retrouver sur ce film, d’abord parce que l’on appartient à la même famille et, qu’en plus, nous sommes proches artistiquement.

 

Vous composez donc avant le tournage mais comment cela se passe quand arrivent les images ?

FS : lorsqu’arrive la phase de montage, c'est-à-dire quand les images apparaissent, on a généralement bien avancé sur le processus d’écriture de la musique. A ce moment, le metteur en scène et le monteur posent mes musiques sur les images. Moi, tout en attendant leurs retours, je continue à composer ma musique. Maintenant, bien évidemment, quand les images arrivent, il existe bien souvent des rectifications à effectuer mais, en règle générale, cela se passe très bien entre moi le compositeur, le metteur en scène et le monteur du film. Je veux dire par là que, à partir des images et de la musique, on affine la partition jusqu’à arriver à une première version finale qui va être projetée, pour validation, à la chaine qui a commandé le film. Ceci fait, nous pouvons, moi comme le réalisateur, travailler sur la version définitive du film et de la bande originale. C'est-à-dire qu’à ce moment, nous faisons un point définitif sur le film et moi je peux terminer ma musique, à l’image, sur le montage. C’est pour moi la façon idéale de travailler sur la musique d’un film.

 

Ce qui frappe dans vos musiques, c’est la présence de musiques d’orchestre ; essayez-vous toujours de faire en sorte, de pousser la production pour disposer d’un orchestre pour vos musiques de films ?

FS : il est vrai que j’aime beaucoup travailler avec des orchestres et c’est une des raisons pour lesquelles on fait souvent appel à moi. Ce qui est assez intéressant et, du coup, j’aime vraiment l’orchestre qui, pour moi, constitue un instrument extraordinaire. Ce qui ne m’empêche pas, parfois, d’y mélanger d’autres éléments sonores. C'est en particulier le cas lorsque certains films n’appellent pas une musique orchestrale. Maintenant, c’est vrai aussi que l’orchestre représente un instrument qui se prête bien à la musique de films, même si parfois on doit le marier avec d’autres sonorités. Puis, pour moi, l’orchestre, cela représente aussi des rapports avec des musiciens qui forment un ensemble qui dégage un certain souffle. Donc, vous l’avez compris, j’apprécie beaucoup le son de l’orchestre et c’est pour cette raison que j’en utilise chaque fois que possible dans mes musiques de films.

 

.Un Homme Au Pair

 

Comment définissez-vous le thème principal d’UN HOMME AU PAIR ?

FS :je pense que, pour le thème principal, il fallait que la musique contienne quelque chose qui relève de la comédie. Mais, en même temps, il fallait aussi qu’elle intègre des éléments dramatiques car il s’agit quand même de l’histoire d’un homme qui accepte de se retrouver dans une situation difficile pour lui.  Maintenant, il fallait bien qu’il existe un évènement, en l’occurrence le chômage, qui l’oblige à pratiquer cet emploi d’homme au pair. C’est une grande qualité du film que de traiter, sur le ton de la comédie, d’un sujet aussi grave et actualité que le chômage de longue durée qui oblige des personnes à accepter des métiers qui ne sont, à priori, pas les leurs. Cela illustre le fait qu’aujourd’hui, on vit dans un monde qui est beaucoup, même trop à mon sens, basé sur la réussite. Ce qui fait que, parfois, les gens se retrouvent dans des situations psychologiques très difficiles. Pour en revenir au film, comme il s’agissait d’une comédie, il fallait quand même garder cet esprit dans la musique. En même temps, pour rester crédible, je pense qu’il ne fallait pas éviter de montrer, à travers la musique, que ce personnage en arrive à cette situation à cause d’une situation difficile à vivre.

 

Avez-vous recherché, dans les parties de piano, une certaine modernité voir un côté répétitif ?

FS :on peut le dire car ce thème, et notamment ces parties de piano, se situent complètement dans l’esprit des musiques que j’aime composer. Vous savez, j’aime beaucoup écrire des thèmes pianissimo relativement simples. Sans vouloir établir de comparaisons, dans mon esprit, ces parties de piano se situent dans la lignée de certaines musiques dites minimalistes voire répétitives. Je pense à des musiques de grands compositeurs tels que Philip GLASS évidemment mais aussi Jerry GOLDSMITH, qui s’est parfois illustré dans thèmes plutôt minimalistes. Je pense notamment à ALIEN où on trouve des motifs de quelques notes, des balancements, qui reviennent. En fait, quand j’utilise le piano, j’aime bien qu’on ait l’impression d’attendre chaque note, Vous savez, souvent, la puissance d’une belle tierce des fois pour moi c’est formidable. Moi c’est ma manière de travailler et je trouve que des choses simples sont tellement puissantes.

S’agit-il d’un thème que vous avez composé avant le tournage ?

FS :bizarrement, je l’ai composé sur le scénario mais, à un moment donné, on l’a écarté. Puis on l’a repris, on est reparti dessus. J’ai écris une nouvelle orchestration comprenant davantage de cordes et c’est vrai que, de cette manière, il fonctionnait mieux. Vous savez, la difficulté sur ce film, c’est qu’on disposait de plusieurs musiques qui pouvaient fonctionner, d’où une certaine liberté mais aussi des contraintes en termes de choix. Parfois, il existe qu’un thème s’impose par rapport à d’autres qui ne fonctionnent pas et, dans ce cas, c’est très simple. Mais sur ce film, la difficulté, c’est que nous disposions de plusieurs possibilités car différents thèmes fonctionnaient. Finalement, nous sommes partis sur ce thème mais, avant de l’avoir retenu, nous en avons essayé plein d’autres.

 

Avez-vous tout de suite donné de l’importance au violon que, à la fois vous intégrez dans votre musique de film et qui, en même temps, représente l’instrument du petit garçon ?

FS : ce que vous dites est juste. Maintenant, il n’était pas prévu, dans le scénario, d’accorder autant d’importance au violon ; cette idée est apparue plutôt pendant le tournage, en fonction du jeu du jeune acteur qui, même s’il ne savait pas personnellement jouer du violon, était vraiment talentueux. Comme nous voulions que cet enfant paraisse très sensible et même surdoué, nous avons donc eu l’idée de ce thème au violon, que le personnage joue dans le film. Du coup, j’ai dû m’adapter et composer un thème qui pouvait, en même temps, être joué par le personnage et faire partie de la musique de film. On se trouve alors dans une situation que j’adore, à savoir qu’on ne sait plus, à certains moments, s’il s’agit du thème du personnage ou la musique de films. Cela a été très intéressant à faire.

 

Ce qui est amusant, c’est que ces deux côtés se rejoignent à la toute fin du film puisque, dans le générique de fin, on retrouve à la fois le motif au violon, le thème romantique et le thème principal ?

FS :je dois dire que j’adore quand, dans une bande originale de film, les musiques finissent par se mélanger. Je veux dire par là que, d’une certaine manière, la musique trace un chemin à travers les personnages, les thèmes apparaissant à certains moments pour éventuellement se retrouver sur d’autres séquences. C’est vraiment quelque chose que j’aime faire. Par exemple, je me rappelle que, sur le film  CAMUS réalisé par Laurent JAOUI, il y a une séquence  qui se déroule dans une soirée, où un orchestre joue, avec de la trompette, une musique sensée être de Boris VIAN. Moi, je suis intervenu et j’ai enchainé avec ma musique, de sorte qu’on ne sait plus s’il s’agit de la partition jouée par l’orchestre ou la bande originale du film.  J’ai donc transformé la musique jouée par l’orchestre, de manière en la transformer une partition écrite pour le film. Maintenant, il m’arrive aussi de faire le contraire, à savoir transformer un thème écrit pour film en une musique jouée à l’intérieur d’une séquence par des personnages. Cette manière de jouer avec plus ou moins les mêmes thèmes m’amuse et, en même temps, permet au spectateur de trouver sa place dans le film.

 

Chansons De Cinéma

 

La présence dans la musique du film de plusieurs chansons originales et de styles différentscorrespondait-elle à une demande particulière ?

FS : il se trouve que, dans les comédies dont j’écris les musiques, il apparait souvent des chansons. Cela n’est pas pour me déplaire car, d’une part, cela fonctionne bien et, en plus, je suis autant passionné par la musique de films que par la chanson. D’ailleurs, en ce moment, j’écris beaucoup de musiques pour des comédies et, que ce soit pour L’HOMME DE SES REVES de Christophe DOUCHAND ou 100 PAGES BLANCHES de Laurent JAOUI, j’y mets toujours des chansons. En plus, comme j les écris moi-même, cela me laisse la possibilité de les mettre sans les voix. Je peux également les orchestrer de manière à ce qu’elles représentent le corps de la musique de film. L’écriture de chansons pour des films m’offre donc d’intéressantes possibilités. En plus, j’ai la chance de collaborer avec des interprètes de grand talent, dont souvent, j’ai repéré les voix dans des groupes. Ensuite, cela dépend évidemment des films, des voix recherchées et, en accord avec le réalisateur, je fais appel à certains interprètes pour les chansons qui apparaissent à l’écran. Sur UN HOMME AU PAIR, on entend les voix d’Emilie RAMBAUD, Florence THOUARD, et Jessy ROUSSEL.

 

S’agit-il d’interprètes avec lesquels vous travaillez uniquement pour des films ou bien vous accompagnent-ils parfois lors de vos concerts en tant que chanteur ?

FS : effectivement, on peut se retrouver sur des projets communs différents des musiques de films. Pour vous donner un exemple, Emilie RAMBAUD a participé aux chœurs et joue de la batterie sur mon prochain album, en cours de réalisation. Avec Florence THOUARD, qui appartient aussi à un groupe, nous avons également joué ensemble lors de concerts.

 

N’est-il pas difficile, en terme de budget, de bénéficier d’un orchestre et de chanteurs quand on écrit pour la télévision ?

FS : il y a plusieurs choses à dire en ce qui concerne les questions de financement des musiques de films pour la télévision. La première chose, c’est qu’il faut quand même remercier la SACEM qui m’a octroyé une aide conséquente pour la musique de téléfilm. Cette aide, qui a pour objectif de relever le niveau général des musiques de films en France, me parait très importante. Néanmoins, elle est soumise à un certain nombre de conditions, parmi lesquelles celle qu’il ne faut pas que le producteur du film soit éditeur de la musique. La deuxième chose, c’est que, parallèlement à mes activités de compositeur, je milite auprès des productions pour leur faire comprendre qu’il est important d’investir, par rapport au budget global d’un film, un modeste pourcentage dans la musique. Cela reste un budget modeste mais néanmoins fondamental pour faire un travail de qualité au niveau de la musique. C’est fondamental car, comme en télévision on reste dans des budgets modestes, la différence que l’on peut obtenir en plus permet de financer de véritables musiciens.  Au contraire, et c’est bien dommage, quand on diminue les budgets alloués à la musique, cela se fait souvent au détriment des musiciens. Maintenant, avec mon expérience de plusieurs dizaines de musiques pour des téléfilms, j’ai appris à gérer ces budgets de la manière la plus serrée possible. Ce qui, en pratique, signifie travailler vite et, je l’espère, plutôt bien, tout en faisant travailler le maximum de musiciens. Tout cela représente beaucoup de travail, énormément d’énergie mais cela change tout. Par ailleurs, pour moi, c’est fondamental de disposer de moyens pour écrire ma musique car, encore une fois, il s’agit de mon métier mais aussi, et surtout, d’une passion ! Et j’espère que cela le restera toujours ! Vous savez, pour moi, il me parait absolument essentiel, quand je livre la musique au réalisateur et au producteur, que je sois satisfait et fier de mon travail. Maintenant, c’est vrai que, au départ, ce n’est souvent pas facile avec les producteurs, de leur faire comprendre qu’il faut investir un peu dans la musique du film. Même si ce petit pourcentage ne représente qu’une partie modeste du budget du film. Je crois que c’est vraiment important pour le film que la musique soit exécutée par de véritables instruments.

 

Entre Chanson Et Cinéma Aujourd’hui, vous êtes compositeur mais également chanteur ; existe t-il des parallèles entre les deux activités ?

FS : je dois vous dire que j’interprète depuis longtemps des chansons avec des textes en français. Sur mon dernier album, qui s’intitule CANYON, j’ai écrit des textes, avec, comme coauteurs, Elvire MURAIL et Jean FAUQUE, le parolier d’Alain BASHUNG. En ce qui concerne mon univers musical, je dirais qu’il s’agit de french blues rock poétique. Je veux dire par là qu’il s’agit d’un univers qui se situe dans l’esprit des chanteurs français à textes mais qui jouent une musique plutôt anglo-saxonne. Si voulez, et sans vouloir établir de comparaison, je me retrouve dans une lignée qui regroupe des artistes comme Arno, Alain BASHUNG, Jacques DUTRONC et Serge GAINSBOURG ; c'est-à-dire des chanteurs français qui ont constitué pour moi des modèles. En ce qui concerne l’évolution de mes albums, je pense qu’on y retrouve certains éléments constitutifs de mes musiques de films. Je pense en particulier que, de plus en plus dans mes chansons qui relèvent quand même d’un esprit rock, j’essaye d’introduire des parties de cordes et de piano.  C’est d’ailleurs ce qui va arriver dans mon prochain album, que je vais enregistrer entre Carpentras et La Rochelle. De même, j’aime beaucoup adapter en chansons des poésies, comme par exemple des textes de Charles BAUDELAIRE. Je dirais donc que, par moments, mes chansons rejoignent mes musiques de films et, en d’autres périodes, elles s’en éloignent. Je veux dire par là que, même s’il s’agit de chansons de rock, j’intègre des couleurs qui font presque penser à des musiques de films. Et parmi ces couleurs, j’accorde une grande importance au piano. Je recherche vraiment un équilibre entre les deux.

Entretien réalisé le 29 mai 2013.

Plus d’informations sur François STAAL sur http://lestaal.free.fr/

UN HOMME AU PAIR. Musique originale de François STAAL. Disponible en téléchargement – Editée par Cristal records.

 

CENT PAGES BLANCHES

Quel n’est pas le choc de Sacha (Marius COLUCCI) lorsqu’il apprend que Vania (Michel JONASZ), son grand-père bien-aimé, ne lui a rien laissé en héritage qu’un vieux carnet au cuir râpé d’une centaine de pages blanches. Mais dans la lettre qui l’accompagne, le grand-père lui confie que ce carnet constitue le plus grand trésor dont on puisse rêver. Très vite, le jeune homme va découvrir le secret du carnet, qui va bouleverser sa vie bien rangée et y faire entrer la folie, la gaieté et l’amour. Cette comédie fantastique et sentimentale, à la fois drôle et émouvante, a été réalisée par Laurent JAOUI (Obama, L'homme qui voulait changer le monde – 2012, La guerre des Ondes – 2014) qui, fidèle à ses habitudes, a collaboré avec François STAAL (Manon Lescaut de Gabriel AGHION) pour la musique. Pour le Générique de début, après une introduction de flûte à l'ancienne, François STAAL lance un thème traditionnel à base d’accordéon et de jazz manouche avec de la guitare (jouée notamment par Fabien MORNET mais aussi Nicolas CHELLY et François STAAL lui-même), que l'on retrouve régulièrement (A La Recherche Du Carnet, La Révélation) ; une couleur que le compositeur aime reprendre, jouer avec (Le Cœur Léger, Le Reheritage), parfois agrémentée d'accordéon (La Présentation), parfois de manière vivace, mais aussi nostalgique, mélangée au thème du grand père Vania ; c’est-à-dire incluant des vibratos d’accordéon (joué par Didier ITHURSARRY), des flûtes et une trompette, jouée par Brice MOSCARDINI, qui font très musique de l'Est (La Vie A Trois, La Lettre De Vania, Souvenir De Vania). Pour le personnage de Julia, une ancienne amie de Sacha qui réapparait, François STALL installe une musique lente, doucement pianissimo, mélancolique ; un motif oscillant entre émotion et gravité,  à l'image des souvenirs qui ressurgissent en même temps que le carnet  (Julia Et Le Carnet). Sur le personnage de Louise, une autre amie de Sacha, guide touristique à Paris, François STAAL propose un thème doucement obsessionnel au piano accompagné de cordes en contrepoint (La Discussion Avec Louise). Ce qui reste le cas avec un thème sérieux, à base de cordes, de piano insistant et d’accordéon, qui se développe dans un mouvement enlevé (A La Recherche De Louise). Pour le thème d'amour, François STAAL installe un motif pianissimo, agrémenté de mandolines  et de violons. Il s’agit d’un thème qu’il développe plus loin de manière colorée, généreuse, avec un piano appuyé, et dont la mélodie arrive tardivement puis s'envole délicatement (Le Baiser De Louise, Le Baiser Sous Le Cerisier, Sur Le Toit).  A l’image d’un certain voyage dans le temps, François STAAL propose également des étranges, rythmés par les percussions de Elvis PONCE RAMOS, avec de la harpe, qui réveille les souvenirs (Nos Vœux Dans Les Automates). Comme souvent dans ses bandes originales, François STAAL aime immiscer quelques : un titre en anglais, coloré, bluesy et romantique  avec une voix black soutenue par le piano (Générique Début Mon Prince) et plusieurs chansons aux sonorités sud-américaines : Oye Amor avec ses paroles de rap en espagnol, Dans Tes Yeux et Vers Le Soleil avec leurs paroles et des voix chaudes, colorées par des guitares, des trompettes, du piano et des flûtes. Au final, François STAAL signe une bien jolie partition, superbement interprétée par l’Orchestre symphonique de Macédoine dirigée par Oleg KONDRALENKO pour la partie des cordes. Mais loin de s’arrêter à une partition traditionnelle, François STAAL propose, sur ce téléfilm plutôt réussie également d’excellents thèmes d’esprit jazz manouche et quelques chansons bien senties. Il n’en faut pas plus pour se laisser emporter par cette bande originale.

CENT PAGES BLANCHES. Un film de Laurent JAOUI, Marius COLUCCI (Sacha),

Armelle DEUTSCH (Louise), Caroline BOURG (Julia), Lamine LEZGHAD (Malik). Musique originale de François STAAL disponible en téléchargement chez Idol Music/Endemol Fiction.