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FRANCIS LAI ANTHOLOGY : 50 ANS DE

MUSIQUE ET DE CINEMA !

Après avoir retracé ses souvenirs en compagnie de Claude LELOUCH, nous continuons de dérouler, en compagnie de Francis LAI, d’autres grands moments de sa carrière présents dans le coffret ANTHOLOGY mais pas seulement. Loin de s’arrêter aux films de Claude LELOUCH, qui reste en filigrane de ce nouvel entretien, le coffret met en avant d’autres films emblématiques, comme BILITIS dont la partition se trouve enrichie de deux thèmes supplémentaires ; une musique célèbre et indissociable de Francis LAI qui nous permet, au passage, de rendre hommage à ses grands orchestrateurs : Jean MUSY d'abord, Roland ROMANELLI (LES RIPOUX) et, bien sûr, le plus célèbre : Christian GAUBERT. Francis LAI continue donc, pour nous, de tourner les pages des souvenirs de ses 50 ans de carrière, de BILITIS à UN+UNE, en passant par L'AVENTURE C'EST L'AVENTURE, un film de copains qu'il adore. Il revient aussi sur sa fructueuse collaboration sur  les trois derniers films de René CLÉMENT, le célèbre réalisateur de PARIS BRÛLE T-IL ? Il nous raconte aussi comment la musique de LA COURSE DU LIEVRE A TRAVERS LES CHAMPS est devenue celle, emblématique de FR3, à moins que ce soit l’inverse… Au passage, il évoque la plus jeune génération de compositeurs qu'il soutient et de sa complicité avec son Jean-Michel « RACHMANINOFF » BERNARD ! Enfin, en bon niçois d'origine, et même si cela n'a pas grand chose à voir avec la musique de films, il nous parle aussi d'huile d'olive; Qu'importe, entre étoiles du cinéma et de la cuisine, il s'agit toujours des meilleurs! Et en bonus: Bruno COULAIS lui rend un touchant hommage !

 
 

Comment est né ce coffret ANTHOLOGY qui a la particularité de regrouper, par thématiques, des bandes originales intégrales et parfois rares ou inédites ?

FL : avec Stéphane LEROUGE, on avait envie dans ce coffret de rassembler des bandes originales intégrales ainsi que des raretés. Nous avons donc repris des partitions complètes et célèbres, en y ajoutant, parfois, des thèmes inédits comme c’est le cas sur BILITIS. Nous l'avons conçu comme s'il  s'agissait d’un cadeau original pour ceux qui aiment à la fois le cinéma et la musique de films.

Comme souvent, Stéphane LEROUGE a relié les musiques par des thématiques ?

FL :  effectivement et cela me convenait dans la mesure où ces thématiques nous ont parues évidentes. Je veux par là qu'il nous a semblé naturel, facile même, de relier les bandes originales à travers, d'abord, les  acteurs qui ont tourné plusieurs fois avec mon ami Claude LELOUCH, c'est-à-dire Johnny HALLYDAY et Jean-Paul BELMONDO. Mais aussi les réalisateurs comme René CLÉMENT, avec lequel j'ai collaboré trois fois. Cette organisation par thématiques nous a également permis  d'inclure, en intégralité, des partitions recherchées comme LE CORPS DE MON ENNEMI d'Henri VERNEUIL.

Avez-vous effectué des recherches particulières pour aboutir à un équilibre entre des classiques et des curiosités comme la musique de ce film japonais ?

FL : ce sont des curiosités car il s’agit de musiques de films qui ne sont parfois pas sortis en France. C'est le cas de film japonais qui s’intitule SAGA D’UNE FEMME SACREE ; un très beau film pour lequel j’ai pris un énorme plaisir de travailler avec le réalisateur Tohru MURAKAWA et l’orchestrateur Roland ROMANELLI.

Cela n'a pas dû être simple de collaborer sur une production japonaise ?

FL: comme je vous le disais, cette expérience a représenté pour moi du plaisir. Il faut dire que le  réalisateur japonais appréciait mes musiques et, qu'en plus, quelque part, il connaissait le processus créatif que nous avions développé avec Claude LELOUCH. Je veux dire par là que, comme lui, il m’a d'abord envoyé le scénario afin que je commence à travailler les thèmes. Ensuite, j'ai voulu le rencontrer car le film contient certaines scènes assez violentes, assez dures, qui nécessitaient des musiques de tension.  Il faut dire qu’il existe dans le cinéma japonais une certaine violence inhérente alors même que le film raconte surtout une histoire d’amour.

De quelle manière avez-vous traité ces séquences de violence ?

FL :  en fait, j'ai essayé de ne pas aller à l'extrême, de ne pas trop souligner la violence. Je me suis davantage efforcé par ma musique, avec Roland ROMANELLI pour les arrangements, d'adoucir les séquences difficiles. Ce qui permettait aussi de mettre plus à l'aise le spectateur par rapport à ces scènes difficiles. C'était un travail très intéressant.

Qu'avez-vous ressenti en réécoutant des musiques que vous n'aviez peut-être jamais réentendues depuis leur enregistrement comme les chansons du film ALASKA ?

FL : j'ai réagi d'une façon tout à fait traditionnelle. Par exemple, en les réécoutant, je me suis aperçu que les chansons du film ALASKA, que l'on avaient imaginées, de nouveau avec Roland ROMANELLI, pour la sublime voix de Jeane MANSON, ne portent pas l'ombre d'une ride. Pour moi, il s'agit de chansons intemporelles.

Avec  Roland ROMANELLI, vous avez aussi collaboré sur la trilogie des RIPOUX ?

FL : absolument. Sur ces films célèbres de Claude ZIDI, je recherchais des couleurs qui évoquent Paris et le quartier de Montmartre. Évidemment, et cela s'est très vite imposé,  j'ai utilisé beaucoup d'accordéon. Vous savez, j'ai toujours été ravi de travailler avec des musiciens qui s'investissaient, comme Roland ROMANELLI, dans le jeu sur les instruments. Moi, j'ai toujours travaillé essentiellement sur des maquettes sur lesquelles je prépare tous les instruments: les cordes, les cors, les trompettes... Ensuite, quand je suis satisfait de ma musique et qu'elle convient au réalisateur, en l'occurrence quand c'est Claude LELOUCH, c'est lui le chef d'orchestre, je travaille avec les arrangeurs qui s'inspirent plus ou moins de mon travail, de mes maquettes. Vous savez, que ce soit LES RIPOUX ou ALASKA, il existe certaines musiques qui vieillissent par rapport à des sons qu'on n'utilisent plus aujourd'hui. Quoique de nos jours, on a tendance à revenir vers des sonorités qu'on avaient beaucoup utilisées dans les années 1970. Du coup, ces sonorités représentent un sang nouveau dans la musique actuelle. Vous savez, comme dans la mode, la musique représente un éternel recommencement !

Un recommencement comme dans les histoires d'amour qu'a toujours raconté Claude LELOUCH ?

FL : absolument et,  d'ailleurs, il l'a montré de façon à la fois personnelle et formidable, avec sa grande roue, dans LA BELLE HISTOIRE.

Est-ce aussi pour ce recommencement que vous n'avez jamais suivi les modes musicales ?

FL : Je pense que c'est là,  peut-être, la chance que nous avons avec la musique : quand on ne suit pas la mode, on réalise des musiques qui, comme celle d'UN HOMME QUI ME PLAIT, restent intemporelles. Maintenant, cela ne relève pas non plus du hasard ou d'un choix car, déjà au départ, j'étais passé au travers de la mode de toute la période des yéyés dans les années 1960.

Vous voulez dire que vous venez plutôt du jazz ?

FL : à la base, c'est vrai que j'étais un féru de jazz et je le suis toujours ! Au début de ma carrière, j'essayais, avec mon accordéon, de refaire les chorus des grands thèmes de jazz de, entre autres, Dizzy GILLESPIE, Charlie PARKER et John COLTRANE. Mais, quand le yéyé a commencé à arriver avec ses harmonies très simples, je me suis retrouvé catastrophé.

Pour quelle raison ?

FL : cela peut paraître étonnant maisje ne trouvais aucun intérêt dans la musique yéyé;  je ne m'y reconnaissais pas du tout. Moi,  j'avais appris à composer en utilisant toutes les harmonies et, là, je me retrouvais à entendre des musiques construites à partir d'un simple accord de trois notes. Et le plus incroyable, c'est que cette musique sans aucun intérêt pour moi a amené avec elle énormément de monde ! Mais c'est surtout grâce aux chansons des Beatles qui, eux, ne se sont pas arrêtés à ces trois harmonies; c'étaient de vrais musiciens !

Un Concerto... Un Demi Siècle D'amour!

Comment avez-vous réagi lorsque Claude LELOUCH vous a demandé de reprendre le Concerto Pour La Fin D'un Amour dans UN+UNE ?

FL : j'ai accepté tout de suite car, à travers le rôle de Jean DUJARDIN, il existait un vrai lien, une vraie passion pour  Jean-Paul BELMONDO et le film UN HOMME QUI ME PLAIT pour lequel ce concerto avait été initialement composé.

Qu'est-ce que, selon vous, les a ramenés vers cette pièce ?

FL : Je pense que Jean DUJARDIN et Elsa ZYLBERSTEIN se sont rappelés de cette magnifique séquence de fin avec uniquement la musique et le regard d'Annie GIRARDOT qui attend Jean-Paul BELMONDO.  Moi, je l'aime beaucoup cette séquence car je trouve que Claude LELOUCH a réalisé un beau mariage entre la musique et les images, qui nous font passer par tous les sentiments de l'émotion au sourire. Et je crois que c'est cette formidable alliance entre la musique et les images qui a incité Jean DUJARDIN et Elsa ZYLBERSTEIN à demander à Claude LELOUCH de tourner ensemble. Ils ne souhaitaient pas jouer un remake d'UN HOMME QUI ME PLAIT.  Ils préféraient s'en inspirer pour raconter, même si le personnage principal reste un compositeur, une autre histoire.

Une autre histoire d'amour ?

FL: évidemment ! Dans UN+UNE, il se trouve que Claude LELOUCH a imaginé ce metteur en scène indien qui recherche absolument un compositeur européen car, sur sa version de ROMEO ET JULIETTE, il ne veut pas d'une  musique locale;  il préfère engager un compositeur qui amène une couleur différente, moins locale, plus intemporelle sans doute. D'où cette idée originale de Claude LELOUCH d'organiser cette rencontre entre le cinéma indien et la musique d'UN HOMME QUI ME PLAÎT.

Et, à presque 50 ans d'intervalle,  de vous faire comme une déclaration d'amour en vous mettant en scènequelque part ?

FL: effectivement et je dois dire que cette attention, ce grand clin d'œil, m'a beaucoup touché. J'ai vraiment énormément de chance qu'un réalisateur fasse preuve d'une telle complicité à mon égard et me rende un si bel hommage. Surtout cela montre, une nouvelle fois, combien nous partageons, Claude LELOUCH et moi, la même vision du cinéma, de la musique et de la vie depuis 50 ans.

Si vous aviez été réalisateur, auriez-vous mis en scène les mêmes films ?

FL: complètement ! Moi je lui ai toujours dit à Claude LELOUCH que, si j'avais été réalisateur,  j'aurais mis en scène les mêmes films que lui.  Vous savez, dès que je vois trois images de Claude LELOUCH, je suis tout de suite inspiré car je sais qu'il va m'amener dans des univers que j'aime énormément. Je sais également qu'il va me surprendre et c'est justement sa grande force que de vous emmener dans un endroit où vous ne l'attendez jamais. Et de ce point vue, dans UN+UNE, je trouve que c'est très fort comme idée de raconter cette histoire d'amour et de cinéma en mélangeant la France, le pays d'origine du metteur en scène joué par Jean DUJARDIN, et l'Inde.

Bilitis

Que représente BILITIS par rapport à votre collaboration avec Jean MUSY ?

FL : j'adore Jean MUSY et je suis très heureux de sa contribution à ce film, bien sûr, mais aussi à d'autres comme LES RINGARDS réalisé en 1978 par Roger POURET, avec Mireille DARC et Aldo MACCIONE.

Vous avez travaillé avec plusieurs arrangeurs emblématiques et souvent indissociables de vos musiques ?

FL: effectivement, que ce soit Christian GAUBERT sur MAYERLING et LOVE STORY, ou Jean MUSY sur BILITIS,  je dois reconnaître que, comme avec les cinéastes, j'ai finalement eu énormément de chance.  Je veux dire par là que j'ai travaillé avec des arrangeurs qui m'ont toujours suivis en allant dans le sens que je voulais; c'est-à-dire en tenant compte des nouvelles technologies.  A l'époque de BILITIS, je me rappelle que, dès qu'un nouveau clavier synthétiseur arrivait, je le faisais transformer tout de suite pour disposer de ces nouvelles sonorités sur mon accordéon électronique.

Accordéon, Claviers Et Électronique!

Vous en avez possédé beaucoup de claviers électroniques ?

FL : j'en ai acquis toute une série ! Et je dois dire qu'ils donnaient tous des sons superbes. D'ailleurs, je vais vous raconter ma première histoire de claviers. Elle remonte jusqu'à mon premier accordéon électronique ! Il s'agissait en fait d'un accordéon traditionnel mais qui possédait la particularité d'être sans soufflet; ce dernier se voyant remplacé par une pédale d'expression. C'est-à-dire  un système qui permet de faire varier le volume sonore produit par l'instrument. Et ce que je  trouve formidable, c'est que j'ai obtenu, avec cet accordéon, un son véritablement unique, que l'on n'avait jamais entendu. Et le plus incroyable, c'est avec ce son  que l'on a enregistré toute la musique d'UN HOMME ET UNE FEMME !

Pensez-vous qu'une part du succès de cette musique vient de ce son inédit ?

FL : probablement car les gens, qui n'étaient pas habitués à ce genre de sons, ont quand même accroché parce qu'il s'agissait d'une musique qui venait d'ailleurs.

Vous n'avez jamais envisagé de l'enregistrer de manière classique avec un orchestre ?

FL: au départ, on avait effectivement prévu de l'enregistrer avec un grand orchestre. Mais c'était dans compter sur l'avis de Claude LELOUCH qui, au final, a refusé. Il nous a dit non car, son film, il le voulait intimiste. Ce qui impliquait l'absence d'une musique jouée par un grand orchestre. Nous avons alors rassemblé seulement quatre musiciens dont Maurice VANDER et Ivan JULIEN ! Et bien sûr les voix de Nicole CROISILLE et de Pierre BAROUH, tous ces éléments ont fait que la musique avait une couleur particulière.

Le succès de BILITIS peut-il s'expliquer par le mélange entre les sonorités synthétiques et orchestrales ?

FL : il est vrai que, sur la musique du film de David  HAMILTON,  nous avions réalisés, Jean MUSY et moi,   une des premières tentatives de mélange d'orchestre symphonique et de sons synthétiques. Mais je tiens à vous rappeler qu'il ne s'agissait pas de sons agressifs. D'ailleurs, ces nouveaux synthétiseurs de l'époque permettaient de créer des sonorités particulièrement sensuelles. Ce qui a contribué au succès du film et de la musique.  Je dois salué ici le travail formidable de Jean MUSY  que j'avais chargé d'écrire toute l'orchestration de cordes.

Étrangement, vous avez peu retravaillé avec Jean MUSY ?

FL : nous n'avons, effectivement, pas collaboré sur énormément de films après BILITIS. Nous nous sommes néanmoins retrouvés, plus tard, sur LES UNS ET LES AUTRES de Claude LELOUCH, pour lequel il avait arrangé le thème du Ballet Russe ainsi que la chanson Paris Des Autres interprétée par Liliane DAVIS. Je comprends que cela puisse vous étonner que n'ayons pas travaillé davantage ensemble avec Jean MUSY mais cela correspond à une certaine exigence. Je veux dire par là que j'ai travaillé avec Jean MUSY  lorsque je trouvais que la couleur  de la musique correspondait à son écriture, sa façon de jouer du piano, son toucher très délicat qui m'émeut énormément. D'ailleurs, quand une partition contenait des solos de piano, je les réservais toujours à Jean MUSY.

Discutez-vous des couleurs  avec Claude LELOUCH ?

FL : au départ, quand on va enregistrer, on sait toujours vers quelles couleurs on doit aller. Je prends pour exemple ITINÉRAIRE D'UN ENFANT GÂTÉ car cette collaboration a été marquante pour l'importance de la musique dans le film. Claude LELOUCH m'avait demandé d'écrire une musique de cirque symphonique. Ce qui nécessitait d'écrire une partition où les univers du cirque et de la musique symphonique se rejoignent; c'est-à-dire une musique sans choc et qui donne le relief à ces scènes magnifiques.  Ce qui ne constituait une tâche évidente du tout. Pour moi, ITINÉRAIRE D'UN ENFANT GÂTÉ constitue un des très grands films de Claude LELOUCH, avec un Jean-Paul BELMONDO magnifique. D'ailleurs, avec ce grand comédien, j'ai fait aussi LES MISÉRABLES DU 20eme SIÈCLE, toujours de Claude LELOUCH,

De Henri A Verneuil En Passant Par Morricone !

Avez-vous utilisé les nouvelles technologies pour la musique du film d'Henri VERNEUIL LE CORPS DE MON ENNEMI, de nouveau avec Jean-Paul BELMONDO, et présenté  dans le coffret en version intégrale ?

FL : vous savez, en fin de compte, je pense que les  technologies m'ont toujours amené de nouvelles idées. Ici, dans le film d'Henri VERNEUIL, au moment où je devais choisir l'instrument soliste, je venais juste de recevoir le synthétiseur, que je joue moi même, et qui me permet d'obtenir ce son particulier, cette couleur assez originale. La musique de ce film a donné lieu à un album mythique et je suis très heureux de le rendre de nouveau disponible par l'intermédiaire de ce coffret. En ce qui concerne Henri VERNEUIL, je dois dire  que j'ai ressenti énormément de fierté de travailler avec lui. D'ailleurs, d'une manière plus générale, j'ai vraiment bénéficié de beaucoup de chance dans tous les domaines.

Avant LE CORPS DE MON ENNEMIS, vous aviez peu composé pour des polars bien que le film contient aussi un thème lumineux qui apparaît romantique sans l'être vraiment ?

FL : c'est vrai qu'avec cette musique de polar, je me suis immiscé dans un style qui sortait de mon créneau habituel; c'est-à-dire davantage des musiques pour des histoires d'amour. Ceci dit, j'ai trouvé cette collaboration  très intéressante car Henri VERNEUIL figurait parmi les très grands réalisateurs de l'époque.

Même si vous étiez déjà célèbre, n'a t-il pas été gênant de passer après Ennio MORRICONE, qui a composé plusieurs partitions pour Henri VERNEUIL ?

FL : honnêtement, cela ne m'a pas gêné car, si Henri VERNEUIL m'a demandé d'écrire la musique de son film, je pense qu'il possédait déjà une idée sur ce que je pouvais lui apporter. Par conséquent, je ne me suis pas mis de pression car, de toute manière, je n'aurais jamais envisagé de passer derrière Ennio MORRICONE; un très grand compositeur pour lequel j'éprouve un immense respect. Ennio MORRICONE constitue pour moi une personnalité, une véritable signature qui fait que sa musique apparaît reconnaissable dès les premières notes. Et, à partir de là, je crois qu'il peut composer dans tous les styles.

Henri VERNEUIL vous a t-il laissé assez libre pour l'écriture de cette musique ?

FL : il a choisi le thème principal mais, ensuite, il m'a accordé une grande liberté. Je me rappelle que je lui avais proposé quatre ou cinq thèmes. Mais quand je lui ai joué celui qui allait devenir le principal, il m'a tout de suite dit que c'était son thème, celui dont il avait besoin.

Sur le même disque, on entend la bande originale du film de Claude LELOUCH LE VOYOU; une musique complètement différente et même osée, presque de comédie musicale, pour un  polar réalisé en 1970 ?

FL : vous savez, depuis toujours, Claude LELOUCH revendique une grande passion pour les comédies musicales. Et sur LE VOYOU, son souhait consistait justement à réaliser une comédie musicale. Ce n'en n'est pas complètement une mais, de films en films, de séquences musicales en scènes de ballets, peut-être qu'un jour nous arriverons à concrétiser ce rêve d'une comédie musicale. D'ailleurs, vous remarquerez que pratiquement tous les films de Claude LELOUCH contiennent au moins une séquence avec un ballet. L'exemple le plus célèbre reste la séquence magnifique du Boléro de Maurice RAVEL dans LES UNS ET LES AUTRES. 

Au passage, on vous retrouve interprète des chansons des chansons de certains films notamment LE VOYOU ?

FL : je dois dire que cela n'a jamais vraiment représenté mon fort d'interpréter des chansons, que ce soit pour le disque ou pour venir dans des émissions de variétés à la télévision. Étant de nature timide et discrète, il fallait donc que l'on me force la main; ce qui avait commencé avec Pierre BAROUH. En effet, comme déjà sur UN HOMME ET UNE FEMME, je chantais moi-même les maquettes des chansons, Pierre BAROUH me disait qu'il faudrait que l'on enregistre un disque ensemble. Il trouvait que je possédais une voix qui passe bien alors que, moi, j'avais tendance à penser le contraire. Vous savez, en chanson, ce qui me paraît  intéressant, c'est justement de posséder un timbre particulier; ce qui n'est justement pas mon cas. Ensuite, le deuxième élément, c'est que Pierre BAROUH avait insisté pour que je chante en duo avec Edith PIAF dans une  émission télévisée présentée par Denise GLASER.  Il s'agissait d'une chanson dont l'immense Bernard DIMEY, avec lequel j'avais écrit ma première chanson, avait écrit les paroles.

On retrouve aussi la musique de SALAUD ON T'AIME dans un disque consacré à des films de Claude LELOUCH et interprétés par Johnny HALLYDAY, qu'il a fait tourner, lui aussi, à 40 ans d'intervalle? FL : en fin de compte, ces musiques, SALAUD ON T'AIME  pour Johnny HALLYDAY et UN +UNE pour Jean-Paul BELMONDO, représentent des anniversaires et bouclent, 40 ans plus tard, des rencontres entre Claude LELOUCH et ces comédiens.

On retrouve aussi l'incontournable partition de L'AVENTURE C'EST L'AVENTURE présentée ici en intégralité ?

FL : comme vous le dîtes, c'est une partition incontournable! Et c'est normal dans la mesure où, pour moi, L'AVENTURE C'EST L'AVENTURE constitue un chef d'œuvre de drôlerie et de bonheur cinématographique, mettant en scène quatre personnages mythiques. 

Qui a eu l'idée de faire chanter Johnny HALLYDAY dans le film ?

FL : c'est Claude LELOUCH qui a eu cette idée qui figurait dans le scénario. Il faut rappeler que le personnage interprété par Johnny HALLYDAY, qui se fait enlever, chantait au Palais des sports. Il semblait donc facile d'inclure cette chanson, celle du film, tandis que Claude LELOUCH filmait la séquence au Palais des Sports. Vous savez, chaque musique, chaque film, possède sa histoire propre.

Pouvez-vous nous parler de Laurent COUSON qui, depuis quelques films, vous seconde, notamment lorsqu'il compose quelques thèmes, comme dans SALAUD ON T’AIME et, sur un titre, dans UN+UNE ?

FL : dans UN+UNE, Laurent COUSON dirige l’orchestre en Inde. Effectivement, la bande originale contient une de ses compositions personnelles mais je n’y suis pour rien.

Parmi les nouvelles signatures,  on remarque aussi Nicolas GIRAUD ?

FL : absolument. Il s'agit d'un jeune compositeur qui possède une grande culture musicale et qui, surtout, et cela m'importe, aime les grands orchestres. Ce que j'apprécie aussi, c'est son  écriture relativement claire et directe. Je veux dire par là qu'il ne s'agit pas d'une écriture de recherche. C’est pour cette raison d’ailleurs que nous lui avons confié la direction du concert Claude LELOUCH En Musique en 2014  dans la Cour d'honneur dei Invalides. Cela a d’ailleurs constitué une belle réussite car il avait effectué un travail formidable et, surtout, parfaitement synchrone par rapport aux images.

Ce ciné concert en plein air a dû être, d'un point de vue technique, difficile à organiser ?

FL : il s’agissait d’une véritable gageure que de jouer en direct les musiques en même temps que la projection des plus belles séquences des films de Claude LELOUCH. On ne sait jamais ce qui peut se passer comme incident lors de tels évènements en direct. Mais au final, ce concert s’est tellement bien passé que je lui avais promis qu’il travaillerait avec moi, comme arrangeur, sur le prochain film de Claude LELOUCH, en l'occurrence UN+UNE.

Vous aimez aider de jeunes compositeurs ?

FL : tout à fait et, surtout, je trouve cela complètement normal ! Avec Laurent COUSON, c’est différent car il se suffit à lui-même. Il dispose déjà de beaucoup de travail comme, actuellement, en Corée. Donc, pour lui, il n’y a pas de problèmes : sa carrière est vraiment lancée ! Alors que pour Nicolas GIRAUD, c’est tout récent, tout nouveau et j’espère que nous aurons l’occasion de collaborer sur d’autres films. Laurent COUSON m’avait été présenté par Claude LELOUCH qui, comme moi, est un fou de jazz. Il avait connu Laurent COUSON alors que celui-ci donnait un concert de jazz. Et comme Claude LELOUCH recherchait pour une séquence un musicien de jazz, il l’a invité à jouer dans un de ses films. A partir de là, j’ai confié à Laurent COUSON l’écriture d’arrangements. Comme vous pouvez le remarquer, que ce  avec les jeunes et les moins jeunes arrangeurs, j’ai toujours bénéficié de la chance d’être aussi bien servi.

 

Vous avez aussi parfois partagé l'affiche avec d'autres compositeurs prestigieux comme  Claude BOLLING sur HASARDS OU COÏNCIDENCES, encore de Claude LELOUCH ?

FL :  absolument et je suis qu'on lui ait rendu hommage lors de la soirée de remise des Prix de l'U.C.M.F. Sinon, parmi mes grands souvenirs, j’ai partagé l’affiche parfois avec des musiciens magnifiques, comme Michel LEGRAND qui a composé toute la musique américaine dans LES UNS ET LES AUTRES, tandis que moi j’ai écrit la partition de la partie européenne et française. Je crois que cette bande originale a été très importante pour nou deux autant que pour Claude LELOUCH.

De René Clément A FR3… Ou Bien L’Inverse !

Que pouvez-vous nous dire de votre rencontre avec le légendaire René CLEMENT,  avec lequel vous avez fait trois films : LE PASSAGER DE LA PLUIE, LA COURSE DU LIEVRE A TRAVERS LES CHAMPS et LA BABY SITTER ?

FL : je le dis pour beaucoup de cinéastes avec lesquels j’ai collaboré mais, encore plus pour René CLÉMENT: j’ai vraiment eu beaucoup de chance de travailler plusieurs fois avec lui ! J'ai utilisé avec René CLÉMENT la même méthode que j’avais  développée avec Claude LELOUCH et qui me convenait. Le premier point consistait à ce que les bases du film, notamment le scénario, important, me plaisent et m’incitent à écrire les musiques. Le deuxième point, peut-être plus important encore, consistait à pouvoir disposer de cette liberté de création, de ne pas me retrouver à la merci des musiques de quinze ou trente secondes qui ne suffisent pas au compositeur pour s’exprimer. Bien sur que, parfois, quand une séquence l'exige car elle n'évolue pas, je compose des thèmes très courts. Mais, en général, je préfère cette formule de créativité musicale qui fait qu’on me laisse m’exprimer sur un thème de plusieurs minutes. Des musiques qui s’associent aux images sans souligner certaines choses. René CLEMENT, comme Claude LELOUCH, me laissait une grande liberté de créativité. Lui s’est surtout accroché au thème. Je me rappelle qu’il me disait qu’il lui fallait des thèmes mélodiques.

LA COURSE DU LIEVRE A TRAVERS LES CHAMPS dont le thème, formidable avec les ondes  Martenot, a ensuite servi d’habillage pour les programmes de FR3 ?

FL : c'était la première fois où j'ai utilisé les ondes Martenot qui étaient jouées sublimement bien par la femme d'Olivier MESSIAEN. Là encore, on avait tenté une expérience car on ne savait pas ce qu'allait donner le mariage entre les ondes Martenot et le grand orchestre. Donc nous y sommes allés sur la pointe des pieds. Mais en fin de compte, le mariage s'est fait extraordinairement bien. Concernant FR3, comme j'avais déjà composé tous les autres génériques de la chaîne, avant le film de René CLÉMENT, c'était l'éditeur M TAQUET qui possédait l'exclusivité des génériques de FR3. Ce que je ne savais pas, c'est je me trouvais en compétition avec  plusieurs autres compositeurs auxquels il avait également demandé de lui faire des propositions de génériques.

Et donc, parmi les raretés que contient ce coffret, on peut entendre tous les génériques de FR3, notamment Les Étoiles Du Cinéma ?

FL : pour ce générique, à partir du moment où on voit défiler les yeux de célèbres comédiens, les idées pour écrire la musique étaient là. Et j'espère que c'est un thème qui n'a pas vieilli.

Encore aujourd'hui, vous continuez à écrire pour la télévision ?

FL : le hasard du calendrier fait que, au jour où je vous parle, je suis en train de réfléchir à la création d'un générique pour la télévision. Mais, pour être honnête, je dois vous dire que cela faisait très longtemps que je n'avais plus composé pour la télévision. Là, j'ai accepté d'y revenir exceptionnellement car il s'agissait d'une demande d'un ami musicien. Comme nous avions travaillé plusieurs fois ensemble, et que cela m'amuse, je lui ai répondu que j'allais essayer de lui écrire son générique. Ceci dit, je ne me pas mis la pression; je veux dire que, si je n'arrive pas à trouver un générique qui convient, cela ne sera pas trop grave.

Toujours de René CLÉMENT, on entend la musique douce et mystérieuse de son dernier film, la BABY SITTER?

FL : le film apparaissant assez dur, la musique était moins évidente que pour les deux films précédents. Autant l'écriture des film LE PASSAGER DE LA PLUIE, avec le jeu magnifique de Marlène JOBERT et de Charles BRONSON, et LA COURSE DU LIÈVRE A TRAVERS LES CHAMPS avec Jean-Louis TRINTIGNANT m'ont parues évidentes, autant cela a été plus compliqué avec la BABY SITTER dont le rôle principal était interprété par Maria SCHNEIDER, la fille de Daniel GELIN.

Dans le disque consacré aux PORTRAITS DE FEMMES, on entend la musique du film UN AMOUR DE PLUIE de Jean-Claude BRIALY,

FL : Jean-Claude BRIALY avait pensé à moi car, d'une part, il venait de tourner un film avec Claude LELOUCH. D'autre par, il m'avait expliqué qu'il aimerait bien que je compose les musiques du film et notamment quelques séquences dans lesquelles il rendait hommage à Edith PIAF.  J'ai accepté car l'idée d'écrire un hommage musical à cette grande chanteuse m'intéressait. Je trouvais aussi très valorisant  d'écrire la musique d'un film avec Romy SCHNEIDER comme interprète principale. Même si on ne s'en rend pas compte, même si on les côtoie pas, je trouve que les compositeurs trouvent quand même l'inspiration dans les visages, les regards de ces grands comédiens.

Surtout Romy SCHNEIDER qui était une femme très mystérieuse, étrange. Ce qui se retrouve quelque part dans le thème de Élisabeth et Giovanni Et Élise ?

FL : pour ce thème particulièrement, nous avons effectué des recherches pour faire tous les sentiments de cette femme qui se retrouve isolée  en province. Ce qui permettait de jouer notamment sur   l'étrangeté. 

Comment avez-vous été amené à devenir le premier compositeur à travailler avec Claude PINOTEAU sur deux courts métrages ?

FL : là encore, je dois cette rencontre à Claude LELOUCH. En effet, il faut se rappeler que le tout jeune Claude PINOTEAU était l'assistant du réalisateur d'UN HOMME ET UNE FEMME, comme l'a été Elie CHOURAQUI. Maintenant, pour être honnête, même si je suis heureux d'avoir composé ces musiques, ces collaborations remontent tellement moins que je ne m'en rappelle plus vraiment. Après, nous sommes toujours restés amis, bien que nous n'ayons pas retravaillé ensemble lorsqu'il a réalisé ses grands films. Je crois que, par pudeur, Claude PINOTEAU n'a pas osé travailler par la suite avec moi du fait que j'étais très lié avec Claude LELOUCH. Ce que je comprenais parfaitement. 

Vous souvenez-vous davantage de votre rencontre avec Dino RISI pour le film AMES PERDUES ?

FL : oui car, pour moi, cela constituait une vraie surprise que ce grand metteur en scène italien me demande de composer la musique d'un de ses films. Et cela m'a fait d'autant plus plaisir que j'étais un mordu des films italiens de l'époque et de ses acteurs monstrueux comme Vittorio GASSMAN, qui jouait dans ce film au côté de Catherine DENEUVE, mais aussi Renato SALVATORI. D'ailleurs, je dois dire que la partition d'ÂMES PERDUES figurera certainement dans un autre coffret de mes musiques.

Vous avez aussi composé la musique de MON AMI MON AMOUR de Nadine TRINTIGNANT ?

FL : je dois cette collaboration à Pierre BAROUH. Comme il avait voulu écrire la chanson de ce film, il m'avait conseillé auprès de Nadine TRINTIGNANT pour que compose toute la musique orchestrale. Ce film a représenté pour moi, comme d'autres, une expérience inattendue. Il faut dire qu'à l'époque, je ne  maitrisais pas trop le choix des films. Je veux dire par là que je ne savais pas sur quels genre de films, hormis les œuvres romantiques, je serais le plus à l'aise comme compositeur. Je savais ce que je pouvais faire où pas mais cela n'allait guère plus loin. C'est pour cette raison que je considérais à l'époque  certaines partitions, notamment pour des thrillers, comme des expériences. Alors que je me sentais parfaitement à l'aise dans, pour citer un de mes films les plus célèbres, les Love Story!

 
 
 
 
 
Jean-Michel BERNARD et Francis LAI
 
 

De Jean-Michel BERNARD A L’huile D’olive !

Pouvez-vous nous parler de Jean-Michel BERNARD, qui a enregistré une nouvelle version des Étoiles Du Cinéma?

FL : vous savez, Jean-Michel BERNARD je l'adore! En plus, je trouve que c'est un grand musicien, qui plus est capable de jouer dans tous les styles. Alors notre grand gag, entre nous, c'est que nous sommes tous les deux des passionnés d'huile d'olive.

Justement, pensez-vous, comme  Jean-Michel BERNARD, que l'huile d'olive niçoise tombe en désuétude?

FL : j'en pense qu'il s'agit d'une totale erreur, tout simplement parce que l'huile d'olive est une des plus cotées ! L'huile d'olive se trouve même au dessus des marques italiennes ! Le seul problème avec les produits niçois, c'est qu'il faut connaitre les quelques artisans qui fabriquent encore l'huile avec la meule donc la pierre. Mais au final, pour moi, la véritable huile d'olive de Nice constitue une merveille ! Mais vous savez c'est un jeu entre nous : Jean-Michel BERNARD m'envoie d'Italie des photos de bouteilles d'huile d'olive de marques complètement inconnues.

Quelle est pour vous la meilleure marque d'huile d'olive?

FL : je ne donne pas de marque. Je ne donne que la provenance et je pense que l'huile d'olive a été inventée par les niçois !

Aimeriez-vous que dans un prochain coffret soient inclus des musiques de films pour les enfants comme LE PETIT POUCET?

FL : ce film apparaissait incroyable parce que l'ogre joué par Jean-Pierre MARIELLE, de par son agressivité, sa méchanceté, faisait terriblement peur aux enfants ! Et moi, pour la musique, je voulais justement l'adoucir, trouver un thème qui le rende sympathique. Mais je dois dire que, malgré plusieurs essais, je n'y suis pas parvenu! En fait, le réalisateur  Michel BOISROND avait créé un ogre qui  apparaissait tellement méchant qu'aucune musique ne pouvait l'adoucir, le rendre sympathique.  A tel point que même mes enfants en avaient peur! Mais cela reste là encore un excellent souvenir, en particulier grâce au jeu très réussi de Jean-Pierre MARIELLE mais aussi Marie LAFORET. Et pour la musique, il fallait jouer à la fois sur l'image de l'ogre effrayant et du conte de fée avec l'histoire de cette charmante jeune princesse.

Parmi les raretés, vous pouvez aussi sortir LA MAISON DE TOUTOU dont Jean-Michel BERNARD aimerait d'ailleurs faire une version à la Serge RACHMANINOFF ?

FL : je dois dire que cela fait rire tout le monde quand on sait que j'ai composé la musique de cette série animée qui a compté beaucoup d'épisodes. Concernant la proposition de Jean-Michel BERNARD, pour moi, et je le dis comme un compliment, elle relève de sa folie furieuse !

Vous pouvez aussi ressortir la bande originale de la série de science fiction ASTROLAB 22 ?

FL : vous savez, cette série m'intéressait beaucoup car, pour moi, il s'agissait de tenter  une expérience musicale.

Vous voulez dire que c'était complètement nouveau pour vous ?

FL: En effet, et j'en rêvais depuis longtemps,  je pouvais pour la première fois composer une musique de science fiction. Je dois dire que je trouvais excitant  excitant de me confronter à l'écriture de thèmes futuristes. J'en garde aussi un souvenir particulier et émouvant car, sur cette série, nous avons travaillé avec FOLON. Mais d'un point de vue musical, cette série contenait vraiment des choses amusantes et intéressantes finalement parce que, là aussi, on n'avait aucun frein à la création. Comme il s'agissait de science fiction, nous avons va aller jusqu'au bout, où on a essayé justement d'aller jusqu'au bout de cette démarche d'écrire une musique de science fiction. Tout en restant assez mélodique, il y a quand même des mélodies.

Qu'avez-vous ressenti en recevant le Prix U.C.M.F. de la meilleure musique de film pour UN+UNE ?

FL: une grande émotion. Surtout, je trouve que cela a été vraiment bien que Claude LELOUCH et moi, on se retrouve lors de la cérémonie des prix de l'UCMF.

Bonus : Bruno COULAIS rend hommage à Francis LAI

Bruno COULAIS, que représente  pour vous Francis LAI ?

BC : c'est d'abord un bonhomme que j'adore, un ami donc.  Ensuite, en tant que musicien, je ressens de l'admiration pour lui. Vous savez, sa personnalité et sa ma musique me touchent depuis toujours ! De plus, je dirais qu'il appartient pleinement à notre passé cinématographique. Ce que j'aime aussi chez Francis LAI, c'est qu'il a su, malgré le temps qui passe, garder la même fraicheur, ainsi que la sincérité et l'innocence, dans sa vie comme dans sa musique.

Qu'Est-ce qui vous touche particulièrement dans ses musiques?

BC : ses mélodies évidemment! Il réussit ce qu'il y a de plus difficile. C'est-à-dire composer des thèmes qui, en quelques notes, nous touchent et restent accrochés dans nos mémoires.

Que vous inspire sa relation de 50 ans avec un cinéaste comme Claude LELOUCH ?

BC : je trouve que cela représente un magnifique exemple de collaboration cinématographique qui perdure. Je pense qu'ils ressentent réellement un besoin réciproque l'un de l'autre et, qu'en plus, ils travaillent ensemble dans le plaisir, l'amitié. Vous savez, parfois, les réalisateurs apparaissent mouvementés, difficiles. Là, entre Francis LAI et Claude LELOUCH, on sent un tel respect de chaque côté que l'on comprend pourquoi leur collaboration dure depuis si longtemps et avec autant de grâce.

Pour finir, êtes-vous, comme Francis LAI, un amateur d'huile d'olive?

BC : complètement! Et pour conclure, j'ai envie de lui dire que je suis vraiment fier de faire partie de ses amis.

Entretiens réalisés à Paris en avril 2016.