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ERIC NEVEUX : UNE MUSIQUE COMPOSITE POUR LA CHAIR ET LE SANG DES BORGIA !

 

La première saison de la série BORGIA avait marqué les esprits par sa violence, ses scènes de sexe et de luttes de pouvoir au sein de l’Eglise catholique. Mais aussi par sa musique, riche, précise et céleste, composée par Cyril MORIN. Ce dernier étant occupé à la réalisation de son premier long métrage (THE ACTIVIST), il ne pouvait rempiler sur la saison deux. Tom FONTANA et son équipe se sont alors tournés, coproduction oblige, vers un autre compositeur français, en l’occurrence Eric NEVEUX, pour mettre en musique les nouvelles aventures des Borgia. Fidèle à son habitude le compositeur de plusieurs films de Patrice CHEREAU (PERSECUTIONS) mais aussi de la série UN VILLAGE FRANÇAIS, a complètement renouvelé la musique de la série, la faisant partir dès le générique, dans de nouvelles directions. Eric NEVEUX a donc posé ses couleurs musicales sur les personnages principaux que constituent Rodrigo, Lucrezia et Cesare, sachant qu’il était dès le départ prévu que ces deux derniers allaient monter en puissance. Eric NEVEUX a élaboré alors une musique complexe, doucement mélodique, parfois sensuelle et féminine, et surtout complètement composite. Profitant à la fois de l’ampleur de l’orchestre anglais Philharmonia et de son expérience de mélanges sonores, le compositeur multiplie les pistes et les couleurs pour apporter une véritable densité aux personnages. Il en a profité pour introduire des couleurs inattendues, comme la guitare espagnole pour relier les membres de la famille BORGIA, mais aussi apporter une fraicheur, une émotion en même temps qu’une tension. Eric NEVEUX nous raconte comment il a abordé cette aventure, de quelle manière il a réussi à rassembler, par la musique, de manière très forte, très puissante, des sentiments exacerbés, extrêmes. Il nous explique aussi les spécificités du travail sur une série, de surcroit d’une dimension internationale, et pour quelle raison il a composé deux versions de la musique du générique. Au passage, il nous parle des particularités de sa musique, de l’impact sur son travail de sa jeunesse de choristes et, en bonus, revient sur ses récentes musiques pour les téléfilms LE VOL DES CIGOGNES et LES PIROGUES DES HAUTES TERRES.

 
 

Un Nouveau Compositeur Pour Une Nouvelle Direction Musicale

 

Comment êtes-vous arrivé sur la saison 2 de la série BORGIA ?

Eric NEVEUX : lorsqu’il a été décidé de chercher un compositeur, j’ai été contacté par Denis FURNE, le producteur musical (Editions François 1er). Maintenant, je crois que mon nom avait déjà été évoqué par la production pour mettre en musique la première saison qui, finalement, a été composée par Cyril MORIN.  Il faut préciser qu’en fonction des spécificités de la coproduction, le choix du compositeur revenait à la France. Denis FURNE m’a donc demandé l’année dernière si j’étais intéressé pour faire des propositions musicales destinées à la seconde saison de BORGIA. Avant de me lancer dans l’élaboration de propositions de thèmes, j’ai demandé à rencontrer Tom FONTANA Il me semblait intéressant d’avoir une discussion, même rapide, avec lui avant de commencer à écrire des thèmes, en l’occurrence sur trois séquences de la première saison. Notre rencontre fut courte mais positive. Tom FONTANA m’a dit qu’il souhaitait que, pour la musique, on réfléchisse par rapport aux personnages. J’ai donc travaillé sur des séquences choisies par Tom FONTANA ; des images qui me permettaient de poser mes thèmes et mes couleurs musicales sur les personnages principaux que constituent Rodrigo, Lucrezia et Cesare, sachant que l’on savait que ces deux derniers allaient monter en puissance dans la saison 2. D’ailleurs, cette saison apparait très axée sur le personnage de Cesare, qui décide de quitter la religion, commence à fabriquer une nouvelle destinée : celle d’un homme de conquête, d’un chef de guerre.

 

Etait-il difficile d’arriver sur une série après un autre compositeur ?

EN : je connais bien Cyril MORIN mais j’avais vu la première saison de BORGIA comme un simple spectateur.Ce que Tom FONTANA m’a demandé pour la saison deux, c’est de lui amener des propositions musicales alternatives. En fait, il m’a encouragé à partir sur une nouvelle direction musicale, sans reprendre les thèmes écrits par Cyril MORIN. Du coup, j’ai abordé cette deuxième saison comme si j’écrivais la musique d’une série en cours de création.

 

Cesare, Lucrezia Et Rodrigo

 

Avez-vous commencé par écrire des thèmes pour les personnages de Cesare, Lucrezia et Rodrigo ?

EN : j’ai envie de vous répondre oui et non. Non car, que ce soit pour cette série ou la plupart des films que je mets en musique, je ne raisonne pas uniquement en matière de thèmes mais aussi en termes de textures sonores. Et oui car j’ai travaillé d’une manière thématique parce que je ressentais une vraie demande de motifs liés à des personnages. Maintenant, j’ai écrit des thèmes mais en emmenant avec moi mes textures musicales. En plus, pour moi qui n’est pas considéré comme un comme un compositeur très thématique, cela représentait un vrai défi. J’ai donc élaboré, pour chaque personnage, un mélange entre des lignes mélodiques, des couleurs et des instruments soigneusement choisis pour coexister avec d’autres matières sonores.

 

Pour quelle raison avez-vous écrit deux génériques différents pour les versions françaises et internationales ?

EN : la version internationale du générique a pour particularité d’apparaitre plus épique. Elle est construite sur une sorte d’ostinato joué de manière puissante par les violons. Ce qui correspondait là aussi à une demande de Tom FONTANA qui souhaitait disposer d’un générique totalement distinct pour l’international. Maintenant, en ce qui concerne le générique français, il faut savoir qu’il complètement géré par Canal Plus, qui attache beaucoup d’importance à l’image de la chaine. C’est donc eux qui ont géré le générique français, magnifique d’ailleurs. Pour la musique, il s’agissait de ne pas tomber dans une partition de série historique. Il s’agissait plutôt d’introduire une musique qui joue davantage sur l’étrange. Le générique français se caractérise, de mon point de vue, par son côté plus abstrait que l’international, qui apparait plus guerrier. D’ailleurs, dès que l’on parlait de la série et de la musique avec Tom FONTANA, on se trouvait toujours dans la puissance, l’influence de la trajectoire de Cesare ; cet homme qui veut devenir un chef de guerre. Et je pense que cela se ressent fortement dans le générique de la version internationale. Maintenant, quand on connait bien la musique de la série, on retrouve dans ce générique des éléments sonores des épisodes : des couleurs, des éléments thématiques des personnages. On retrouve par exemple des éléments constitutifs de la couleur musicale du personnage de Rodrigo mais aussi de la viole de gambe ; c'est-à-dire des instruments qui m’ont servi à caractériser les personnages.

 

Pour quelle raison utilisez-vous souvent la guitare espagnole ?

EN : spontanément, je me suis dit que la guitare espagnole serait parfaite pour représenter le lien qui unit les membres de la famille BORGIA ; elle constitue donc l’instrument du sang des BORGIA. J’ai l’impression que c’est un instrument qui me permettait à la fois de me trouver dans une forme de dramatisation et, en même temps, une certaine sensualité. Je dois d’ailleurs dire que, pour moi, l’un des aspects les plus passionnants de la série, c’est ce rapport au corps extrêmement entier, violent et qui a du mal à aller ailleurs que dans les extrêmes. Et je pense qu’avec l’utilisation par exemple de la guitare, j’ai sans doute eu envie d’aller dans cette direction.

 

De quelle manière avez-vous traité le personnage de Lucrezia ?

EN : pour moi, l’évolution du personnage de Lucrezia au fil de ces nouveaux épisodes me parait très intéressante. Alors qu’on la découvrait catastrophée par ses premières règles dans la première saison, on la retrouve ici prête à mettre un bébé au monde. En une saison, elle est passée du statut de femme enfant à celui de mère. Cela me rappelle une autre particularité de la série qui consiste à faire jouer les personnages par des acteurs du même âge qu’eux. Ce que je trouve à la fois touchant et inspirant musicalement. Du coup, j’ai trouvé intéressant de faire cohabiter chez Lucrezia ce croisement entre la pureté de l’enfance et la féminité d’une jeune mère. J’ai aussi voulu tenir compte du fait que, lorsqu’on a vu la saison une, on se dit que, à cet âge là, elle a déjà commis des actes absolument insensés, notamment par rapport à son frère Erwan. Je crois que le thème de Lucrezia est représentatif de mon travail sur BORGIA, c’est-à-dire faire cohabiter, de manière très forte, très puissante, des sentiments exacerbés, extrêmes. D’ailleurs, du point de vue de la musique, cela a toujours été notre intention avec Tom FONTANA et cela, comme il me l’a écrit pour le livret, presque sur un mode opératique. Parmi les choses qui m’ont marqué sur BORGIA, c’est vraiment de pouvoir construire les musiques sur des personnalités sinon monstrueuses, en tout cas d’une densité folle.

 

 

Etait-il important de travailler avec un grand orchestre anglais pour introduire des thèmes à la fois enlevés et élégants ?

?

EN : je ne sais pas si c’est lié à l’enregistrement en Angleterre mais, en découvrant cette partition hybride, je voulais vraiment que l’orchestre représente un élément central. Maintenant, je dois dire que l’orchestre représente certes un élément énorme, central, de la musique mais, si vous écoutiez uniquement ces parties, vous ne retrouveriez pas le son du score de BORGIA. Ce qui s’explique par le fait que j’ai élaboré un son très composite. Pour en revenir à l’orchestre Philharmonia, c’est un magnifique orchestre londonien, bien connu pour le répertoire classique. Ce n’est donc pas tellement un orchestre de musiques de cinéma. Ils en enregistrent de temps en temps, certaines de mes partitions et d’autres, mais finalement pas tant qu’on pourrait le penser. Je dois avouer que c’est cette particularité de l’orchestre qui m’a intéressée pour BORGIA. Je veux dire par là que, quand on emmène ces musiciens sur des thèmes qui s’apparentent surtout à des marches, des motifs de guerre, on sent le corps de l’orchestre. J’ai aussi voulu utiliser des solistes assez flamboyants : Caroline DALE au violoncelle et Suzanne HEINRICH qui a joué une grande partie des thèmes de viole de gambe. Il faut préciser que Suzanne HEINRICH n’avait même jamais enregistré de musique de films ; c’était pour elle une première et je crois que cela a rendu sa contribution au score d’autant plus magnifique.

 

Avez-vous l’habitude d’enregistrer en Angleterre ?

EN : j’ai toujours travaillé avec des musiciens anglais, et ce même dans d’autres domaines que la musique de films, par exemple la musique pop. En ce qui concerne la musique de films, j’ai souvent enregistré à Air Studios, une ancienne église reconvertie et qui bénéficie d’une acoustique exceptionnelle. Ce qui donne des résultats absolument saisissants sur les corps de musiciens incroyables, qui donnent le meilleur en une lecture et en deux ou trois prises. Ce sont des musiciens formidables qui jouent toujours dans le sens du compositeur, même s’ils ne comprennent pas forcément sa démarche, même s’il manque des éléments de la partition, même s’ils n’entendent qu’un bout de musique car celle-ci est composite. Ils possèdent une attitude qui fait qu’ils portent complètement les musiques et cela me plait particulièrement. J’ai donc énormément de respect et une affinité toute particulière pour les musiciens anglais même si, bien sûr, il m’arrive aussi de travailler avec des solistes français ou d’autres pays.

 

Revendiquez-vous le fait que, dans votre musique, l’orchestre constitue un élément parmi d’autres ?

EN : je le revendique complètement ! Cela peut paraitre un luxe de dire une chose pareille quand on dispose d’un orchestre comme le  Philharmonia. Au contraire, pour moi, cela représente véritablement ma façon de concevoir de la musique pour le cinéma ou la télévision.

 

D’où cela vient-il d’après vous ?

EN : probablement de mon parcours. Déjà, il faut savoir que je ne possède pas une formation classique très poussée. Je suis venu à la musique, en particulier pour des films, par la fusion entre des machines et des éléments acoustiques. Du coup, j’utilise l’orchestre d’une façon personnelle qui consiste à aller chercher dans cette matière uniquement ce qui m’intéresse. Je laisse ensuite à d’autres instruments la charge de jouer certains éléments du spectre sonore. Par exemple, dans BORGIA, comme cela se fait beaucoup au cinéma, je n’ai pas hésité à utiliser des basses électriques ou électroniques sous l’orchestre ; des sonorités qui interviennent en soutien dans le grave qui se situe en dessous de la fréquence de l’orchestre. Vous savez, c’est cette dimension composite qui me passionne dans la musique de films.

 

 

Justement, pouvez-vous nous en dire davantage sur ces basses que vous rajoutez à l’orchestre ?

EN :Je pense que lorsque l’on descend dans les registres fréquentiels qui sont plus bas que ceux de l’acoustique naturelle, en l’occurrence de l’orchestre, on teste le spectre sonore. Par exemple, sur BORGIA, on a utilisé un orchestre contenant jusqu’à six contrebasses pour obtenir une fréquence plutôt mordante, assez grave. Je tenais absolument à ces parties assez dures dans le grave et l’orchestrateur  anglais James Mc WILLIAM était dans le même esprit. En revanche, tout ce qui est en dessous de l’orchestre, c’est travaillé avec d’autres instruments, surtout électroniques, qui fabriquent des sons de basses très profondes. Des sons que l’on a ensuite raccordés avec la fréquence de l’orchestre. Sur BORGIA, aller chercher des sonorités dans les basses, mais aussi les médiums, me semblait assez logique.

 

Une Musique Plus Lyrique Et Italienne

 

Aviez-vous comme intention d’écrire une musique plus italienne avec Villa Catanei ?

EN :plus italienne et féminine !Ce thème a été écrit surtout autour du personnage de Giulia qui, dans cette saison, fait tout pour revenir à la Cour auprès de Rodrigo. C’est un personnage que j’aime beaucoup, que je trouve très attachant.  Maintenant, que ce soit dans une série ou un film, on commence à écrire des thèmes inspirés par une scène qui, après, sont utilisés dans plein de séquences ; c’est la logique de la série qui, ainsi, se forge son identité musicale. Pour en revenir à ce thème, à l’origine, il m’a été naturellement inspiré par ce personnage de Giulia. C’est pour cette raison que je dis que c’est un thème qui porte quelque chose de très féminin et aussi d’italien. Ce qui s’explique également par le fait que cette saison a été davantage été filmée en décors naturels, dans de véritables églises romaines avec des lumières originales, en Italie. Il y a donc eu moins de tournage en studio et je crois que c’est une force, un des éléments de la réussite de cette nouvelle saison. Je pense que ces décors naturels somptueux ont contribué à me donner envie d’apporter, parfois, une dimension plus lyrique à la musique.

 

Que pouvez-vous nous dire de votre utilisation des percussions ?

EN : d’abord, comme je mélange beaucoup de sources sonores, je n’ai pas enregistré de véritables percussions. J’ai été plutôt prendre des percussions dans des banques sonores. Comme avec la musique orchestrale, je voulais que les sonorités des percussions apparaissent assez hybrides, de manière à pouvoir faire toutes sortes de mariages. Vous savez, je ne suis pas un grand fan de l’approche des percussions, assez uniforme, que l’on voit souvent dans les films américains. Moi, je préfère aller chercher des percussions plus étranges, comme ces  cloches que l’on entend notamment pour tout ce qui concerne Rodrigo mais aussi des tambours ethniques. Je dois ici souligner le travail de mon programmeur Jean-Pierre ENSUQUE, qui a mélangé ces percussions que j’avais posé sur les morceaux pour créer une sorte de son inédit.

 

Avez-vous aussi voulu, par ces percussions, mais aussi parfois le jeu des cordes, donner un rythme à la musique ?

EN :le fait que certaines musiques apparaissent rythmées, cela vient du fait que Tom FONTANA n’aime pas tellement ni les nappes, ni l’obédience en musique. Au contraire, il adore les thèmes qui claquent, qui s’affirment assez fortement. Du coup, il m’a encouragé pour que j’écrive une musique assez expressive. Il s’agit aussi d’une musique où, spontanément, le jeu des percussions m’a permis de souvent me positionner en contrepoint de l’action. Maintenant, l’évolution de la série a aussi joué un rôle dans la progression de la musique. Je veux dire par là, qu’à un moment donné, dans l’évolution de la saison, de sa narration et des personnages nous nous sommes rendu compte que l’on pouvait s’éloigner de cette musique assez affirmée, assez violente. Nous sommes alors allés vers des motifs plus intérieurs, plus politiques.

 

Peut-on dire que dans votre musique vous mélangez la tension avec une écriture d’inspiration classique, d’où une forme de double lecture ?

EN :je ne saurais pas vous le dire. Par contre, ce que je sais, c’est que je ne possède pas un background musical classique. D’ailleurs, j’ai arrêté le Conservatoire assez tôt. En revanche, quand j’étais gamin, j’ai pratiqué le chant dans un chœur d’enfant où j’étais soliste. Il s’est donc passé beaucoup de choses à cette époque là pour moi car, avec ce chœur, j’ai participé à énormément de tournées, des polyphonies vocales. Il y a donc certaines choses que je n’ai pas apprises au Conservatoire mais qui se sont profondément ancrées dans mon approche de la musique. Je m’en suis bien rendu compte car j’ai mis des années à me lancer et à enregistrer de vrais chœurs. Aujourd’hui, je suis heureux d’avoir pu le faire à la fois sur le générique de BORGIA et sur la musique du nouveau film de Luc JACQUET que je viens de finir et qui s’intitule IL ETAIT UNE FORET. Pour en revenir à BORGIA, dans le contexte de la série, dont la fabrication est très spécifique, il me paraissait difficile d’utiliser des vrais chœurs car on écrit en permanence. Dans une série, il y a une flexibilité qui me parait difficile à obtenir avec les chœurs car cela nécessite de les faire venir. C’est donc très compliqué. Au contraire, il me semble plus facile d’obtenir cette flexibilité avec d’autres instruments. C’est pour cette raison que, dans de telles situations, j’utilise plutôt des chœurs dont je dispose dans des banques. Maintenant, je dois avouer que, sur BORGIA, j’ai bénéficié de moyens relativement exceptionnels, même par rapport à des séries américaines

 

Pensez-vous mettre en musique les prochaines saisons de BORGIA et, ainsi, comme dans UN VILLAGE FRANÇAIS, creuser un univers ?

EN :je pense qu’il ne s’agit pas d’un secret que de dire que je vais continuer à composer les musiques de BORGIA.En effet, que ce soit la production ou Tom FONTANA, tous ont été très contents de ma contribution à la saison deux. Et quant à moi, je suis disponible pour travailler sur la prochaine saison et cela me ravi à l’avance. En plus, tout va aller très vite car cette série est tournée à un rythme à l’américaine, c'est-à-dire une saison par année. Ils vont donc repartir en tournage dès le mois de mai et, moi, pour la musique, je pense que je vais m’appuyer sur le travail que j’ai déjà effectué sur cette saison. Je pense d’ailleurs qu’il s’agit d’une chance et d’une bonne chose de pouvoir développer une cohérence sonore sur une série. Je crois que cela fait partie, comme les acteurs pour l’environnement visuel, des éléments qui participent au fait que les gens apprécient de retrouver leur série. Maintenant, on voit bien l’importance de la musique dans les génériques des séries ; les gens les connaissent parfaitement, ce qui prouve bien qu’ils appartiennent à l’identité de la série. D’ailleurs, en plaisantant, nous les compositeurs, on surnomme ces génériques des « sirènes » car ils indiquent très précisément le départ de la série. Je pense donc qu’avec notre monteur musique américain à New-York, nous allons redémarrer en mettant sur le premier montage des musiques de la saison deux. A partir de là, mais rien n’est décidé aujourd’hui, je pense que je vais ouvrir la musique en fonction des axes narratifs qui seront développées dans la nouvelle saison. Je pense notamment aux nouveaux personnages que Tom FONTANA va introduire. Comme ils bénéficieront de rôles parfois très importants sur deux ou trois épisodes, j’aurais évidemment envie et besoin de leur consacrer des thèmes. Il peut s’agir de thèmes qui peuvent d’abord apparaitre éphémères mais qui, ensuite, peuvent revenir sous d’autres formes et donc être déclinés dans la série. Vous savez, je crois que l’arrivée d’un nouveau personnage renouvelle l’inspiration. En effet, il me parait intéressant pour le compositeur de pouvoir s’appuyer sur de nouveaux personnages pour introduire de nouveaux thèmes et même des ruptures de couleur par rapport à la saison précédente. Voilà donc comme je vois l’évolution, logique par rapport une série, de la musique mais, encore une fois, comme je n’ai encore rien vu, tout dépendra des indications qui me seront données par Tom FONTANA.

 
 

Le Vol Des Cigognes

 

Comment définissez-vous votre musique pour le téléfilm LE VOL DES CIGOGNES réalisé par Jan KOUNEN ?

EN :je dirais qu’il s’agit d’abord d’une musique qui accompagne un jeune homme dans une sorte de voyage, une quête identitaire. C’est une musique qui évoque, par de grandes envolées, des grands espaces car ce jeune homme va, pour reconstituer les trous de son histoire, traverser beaucoup de pays. De cette manière, il espère retrouver ce qui lui est arrivé quand il était enfant. A coté de cela, comme il arrive à reconstituer certains des éléments de son passé quand il se trouve sous l’emprise de la drogue, j’ai construit une dimension plus abstraite. Et je dois dire que cela m’a beaucoup intéressé de composer cette musique qui représente le délire, le subconscient du personnage. Pour ce film, j’ai également enregistré les parties d’orchestre avec le Philharmonia auxquelles j’ai rajouté des guitares électriques mélangées avec des programmations électroniques. Je dirais donc que c’est une musique très contemporaine, parfois même expérimentale. C’est une musique que j’aime beaucoup. 

 
 
 

Les Pirogues Des Hautes Terres

 

Vous avez aussi composé la musique des PIROGUES DES HAUTES TERRES (DIGNITY) réalisé par Olivier LANGLOIS ?

EN : il s’agit d’un superbe téléfilm, une sorte de western anticolonialiste,  qui a pour toile de fond la grève des cheminots sénégalais qui, en 1947, se sont révoltés contre les conditions de travail imposés par les français. Il faut savoir que cette grève avait paralysé pendant cinq mois l'activité économique de l'Afrique-Occidentale française. Il a été réalisé par Olivier LANGLOIS, un cinéaste que j’apprécie beaucoup et avec lequel j’ai déjà collaboré plusieurs fois. Au niveau de la musique, j’ai écrit une partition qui représente une sorte de passerelle entre l’Afrique et les colons, dont certains soutiennent le mouvement. J’ai enregistré la musique la Macédoine en y insérant, évidemment, des couleurs africaines.  C’est là aussi un score qui me tient à cœur ; cela me réjouit d’autant plus qu’il soit édité !

 

Entretien réalisé le 8 avril 2013.

Plus d’informations sur Eric NEVEUX sur http://www.ericneveux.com/

BORGIA SAISON 2. Musique originale d’Eric NEVEUX. Disponible chez Cristal / Sony Music.

DIGNITY et FLIGHT OF THE STORKS disponibles chez http://moviescoremedia.com/