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Nouveautés septembre avec THE ESSENTIAL HOWARD SHORE et LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT – LE COFFRET DES 50 ANS !
 

LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT,  LE COFFRET DES 50 ANS !

Vous pensez avoir tout entendu du classique de Jacques DEMY et Michel LEGRAND ? Eh bien non ! C'était sans compter sur la persévérance de l’incroyable Stéphane LEROUGE qui, à l'occasion des soirées anniversaire au Grand Rex (30 septembre / 1er octobre), et dans le cadre de la collection Ecoutez le cinéma !, a conçu cette impressionnante édition dite ultime, qui, mieux que de compléter les précédentes, ambitionne de réunir toutes les versions possibles et imaginables des musiques et chansons de cette bande originale devenue intemporelle. Il faut dire que l'occasion est belle puisque 2017 marque les 50 ans du film sans doute le plus iconique de la fraternité quasi enfantine -ils allaient jusqu'à jouer avec un petit train électrique entre deux séances de travail !- entre Jacques DEMY et Michel LEGRAND ; deux frères artistiques au service de l’image, de la joie et de la musique. Et qui ont construit un succès qui ne cesse de perdurer, comme la chaine de la vie. Bien évidemment, le coffret contient d’abord la version française originale et intégrale du film, également rééditée en double disque vinyle. Mais il reprend aussi la version anglaise, pour un film qui ne s’est finalement jamais fait, et qui figurait déjà dans l’intégrale Jacques DEMY/Michel LEGRAND en 11 cds. On retrouve aussi, les versions instrumentales qui permettent de mettre en avant les belles orchestrations de Michel LEGRAND qui apparaissent souvent classiques avec des flûtes, des solos de violon. Mais aussi qui mélangent habilement des harmonies jazzy, comme la Chanson de Simon avec ses belles parties de piano, La Femme Coupée En Marceaux avec de l’orgue et de la trompette par-dessus les cordes et le piano, à des sections plus symphoniques (Toujours, Jamais). Le quatrième cd comporte plusieurs séances de travail, miraculeusement conservées, enregistrées par Jacques DEMY grâce au magnétophone à cassette posé sur le piano de Michel LEGRAND ; des documents rares, étonnants, qui dévoilent quelques différentes des nombteuses étapes de la création de certaines chansons. Puis on entend des maquettes, complètement inédites des chansons de Gene KELLY, enregistrées en trio et chantées par Michel LEGRAND : des documents surprenants, et d’une grande qualité sonore, enregistrés dans une configuration jazzy dans les studios DAVOUT qui ont récemment fermés (Chanson d'Andy, Amoureux). Enfin, on retrouve l’intégralité des play-backs des chansons ; là encore des documents précieux qui permettent de retrouver, parfois dans des versions méconnaissables tant les parties chantées prennent le dessus, les grands moments de la partition de Michel LEGRAND. Le cinquième et dernier cd regroupe des Reprises et Relectures, parfois par Michel LEGRAND (Chanson de Maxence), d'autres fois par des artistes de la version originale (Maris, amis, amants ou maris et la Chanson de SIMON par  José BARTEL, la Chanson d'Andy par Claude PARENT). Mais surtout des versions jouées par des musiciens, jazzmen et chanteurs d’horizons et de générations différentes : la Chanson des jumelles est ainsi reprise dans une version latin jazz forcément  ensoleillée par le colombien Yuri BUENAVENTURA, puis dans une déclinaison chantante par le duo des Brigitte ; De Delphine A Lancien se voit revisité par Nathalie DESSAY puis par  les Superets, groupe vainqueur des InRocks Lab 2013 et enfin  Bud SHANK qui reprend aussi la Chanson de Solange ; To Love (Chanson d'un jour d'été) par The Trotter Trio. Sans oublier You Must Believe In Spring, en fait La Chanson de Maxence, mais aussi le thème qu’aimait le moins Michel LEGRAND ! Et  pourtant, avec des paroles revisitées par Alan et Marylin BERGMAN, cette musique deviendra un standard international. Pour preuves : ces somptueuses versions jazzy par Bill EVANS, Phil WOODS et Johnny GRIFFIN ! Plus anecdotique mais respectueux : Nous Voyageons De Ville En Ville par Chico et the Gypsies. On notera encore l'exceptionnelle, et inédite, version du Thème du Concerto par Catherine MICHEL à la harpe, accompagnée de Michel LEGRAND au piano. Du coté de l’emballage, comme toujours soigné, on se délecte d’un luxueux livret de 40 pages, avec un entretien inédit et passionnant de Michel LEGRAND, dans lequel il avoue, entre autres succulentes anecdotes que, lui compositeur plutôt de musiques romantiques et dramatiques, a souffert pour créer des thèmes bondissants et entrainants. Le livret comporte également nombre de photos d'archives inédites, des clichés du compositeur et du cinéaste en tournage,  en réunions de travail mais aussi de moments de vie privée, sous l’œil bienveillant d’Agnès VARDA. On le dit mais cela reste vrai : cet incroyable coffret  représente incontestablement un objet de collection indispensable à tous les nostalgiques d'un film qui se transmet qui raconte si bien les choses de la vie, qu’il se transmet naturellement de génération en génération. C’est définitivement un bel objet, un émouvant hommage à Michel LEGRAND et Jacques DEMY !

LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT – Un film de Jacques DEMY, musiques originales de Michel LEGRAND. Le coffret des 50 ans ! Disponible chez Decca/Universal music.

Collector!

“LOUIS DE FUNÈS” et  “NOUVELLE VAGUE” LES 33 TOURS ÉVÉNEMENTS !

 

Après le coffret 4 CDs paru en 2014 -et toujours disponible-, le plus grand acteur comique français revient en disque vinyle ! Pour la première fois dans la collection Ecoutez le cinéma !, un 33 tours nouvelle génération propose en effet une promenade musicale dans le cinéma du grand Louis de FUNÈS. Entre rythmes yé-yé et déferlante pop, Stéphane LEROUGE a concocté un voyage en équilibre entre standards (LE GENDARME DE SAINT-TROPEZ et la Marche des Gendarmes ainsi que le Générique par Raymond LEFEVRE et son orchestre, LE CORNIAUD et les douces mélodies nostalgiques de Georges DELERUE, L’HOMME ORCHESTRE et l’incroyable partition colorée de François de ROUBAIX, LA FOLIE DES GRANDEURS et la célèbre musique de Michel POLNAREFF, RABBI JACOB et ses thèmes flamboyants signés Vladimir COSMA, FANTÔMAS et la musique de Michel MAGNE reconstituée à l’identique par Raymond ALESSANDRINI) et plusieurs bandes originales defunesiennes inédites en vinyle : LES GRANDES VACANCES du populaire Raymond LEFEVRE, HIBERNATUS, une autre musique de Georges DELERUE, FANTÔMAS CONTRE SCOTLAND YARD toujours de Michel MAGNE et le ballet du GRAND RESTAURANT composé par Jean MARION et revisité par Jean-Michel BERNARD au piano. Si dans LA GRANDE VADROUILLE, Louis de FUNÈS ne voulait être accompagné que d’Hector BERLIOZ, ce disque en forme de morceaux choisis nous rappelle combien ses personnages ont inspiré les compositeurs de musiques de films de l’époque ! Résultat : beaucoup de musiques devenues aussi célèbres que les films interprétés par Louis de FUNES. Enfin, s'agissant d’une pièce de collection, le tirage de ce fort bel objet, en vinyle 180 grammes illustré d'une magnifique photo noir et blanc de Stanislas LEFORT, est limité à 1 000 exemplaires. Et c’est forcément indispensable à tous les aficionados d'une icône intemporelle de la comédie française.

COLLECTION ECOUTEZ LE CINÉMA !, “LOUIS DE FUNÈS – MUSIQUES DE FILMS – 1964-1973”. Disponible en vinyle chez Universal Music France.

Egalement disponible : NOUVELLE VAGUE : MUSIQUES ET CHANSONS DE FILMS ; un vinyle exceptionnel, pour raconter avec des notes dix ans qui ont changé à jamais le cinéma français. Entre jazz be bop et valses du souvenir, le programme réunit instrumentaux incontournables (Ascenseur pour l'échafaud, A bout de souffle, Le Mépris, Les Quatre-cent coups, Pierrot le fou) et chansons interprétées par des figures iconiques (Le Tourbillon par Jeanne MOREAU, Jamais je t'ai dit que je t'aimerai toujours par Anna KARINA, L'Eau à la bouche par Serge GAINSBOURG)... et, au détour du chemin, un titre orchestral de CLEO DE 5 A 7 inédit en disque... et signé Michel LEGRAND.

 

LE CINÉMA DE QUINCY JONES

Cette excellente anthologie explore la relation entre Quincy JONES et le cinéma. Dès 1965, avec THE PAWNBROKER (LE PRÊTEUR SUR GAGES), première collaboration Sidney LUMET, Géraldine FITZGERALD et avec Rod STEIGER en rescapé des camps de concentration se trouvant confronté à ses  cauchemars, Quincy JONES fait preuve d’audace, d’inventivité. D’abord par une chanson transpercée par la voix de Marc ALLEN, puis par musique à la fois mystérieuse, avec beaucoup de claviers, notamment du clavecin (Main Title), et jazzy (Harlem Drive, Otez's Night Off). Leurs autres collaborations, c’est THE DEADLY AFFAIR / M.15 DEMANDE PROTECTION (1966), avec James MASON et Simone SIGNORET où Quincy JONES introduit un Main Thème de thriller à la mélodie chantante. Et The Anderson Tapes (Le Dossier Anderson-1971) et sa musique étonnante, alliage de synthétiseur et de batterie notamment. Suit THE SLENDER THREAD / TRENTE MINUTES DE SURSIS, de Sydney POLLACK (1965) où, sur la relation entre une femme dépendantes aux barbituriques et un étudiant, Quincy JONES introduit un thème de jazz urbain. Avant un mouvement plus romantique (Preludium-Main Title-part II, Funny farm). Arrive la musique de MIRAGE, un film d’Edward DMYTRYK (1965), avec Gregory PECK, Diane BAKER et Walter MATTHAU ; là encore, Quincy JONES commence par une chanson titre comme sortie d'une comédie musicale, continue par un joli thème de jazz (Boobie Baby). Avant un thème sur vitaminé (Shoot to Kill) et un excellent motif de suspense, avec un piano obsessionnel, des cuivres violents, et de la clarinette (Dead Duck). Enfin, il propose une suite étonnante, sorte de jeux de pistes musical contenant même des parties orientales, (Turtle's Last Lap,  A shot in the park). Le troisième disque commence par la voix de Ray CHARLES « DANS LA CHALEUR DE LA NUIT »/ IN THE HEAT OF THE NIGHT /, chanson du classique de Norman JEWISON (1967). Suit un thème à l'introduction étrange, repris par un piano qui distille plusieurs thèmes de blues   (Peep-freak Patrol Car, Mama caleba's blues); et de flûte, que l’on retrouve  intégrée (Cotton Curtain) ou non (Where whitey ain't around) dans des musiques pop psychédéliques. Sur TRUMAN CAPOTE’S IN COLD BLOOD / DE SANG FROID, première collaboration (ils se retrouveront en 1971 sur DOLLARS) avec Richard BROOKS (1967), Quincy JONES amène un thème d’action contenant certaines sonorités baroques (In Cold Blood). Il poursuit par un thème mélodieux, idéal sur des séquences familiales (Clutter Family Thème). Avant de revenir à une musique qui, en utilisant des vocalises, rappelle les racines du jazz (Hangin' Paper). Sur WALK DON’T RUN / RIEN NE SERT DE COURIR, un film de Charles WALTERS (1966), Quincy JONES commence dans la légèreté par un thème mâtiné de jazz avec, en bonus, une mélodie largement sifflée (Happy Feet) que l’on entend aussi chantée par Don ELLIOTT et en instrumental plutôt délicat (Stay With Me). Puis il revient à des sonorités sixties avec des cuivres et de l’harmonica utilisés de manière décalée (Copy Cat-Wack A Do).  Pour THE ITALIAN JOB (L’OR SE BARRE), réalisé par Peter COLLINSON (1969), Quincy JONES a basé sa partition sur un thème central qu’on entend d’abord sous la forme d’une chanson d’amour élégante (On Days Like These) ; puis dans un esprit pop (Something's Cookin') ou jazz avec l'intervention du saxophone (Trouble For Charlie). Sur THE LOST MAN / L’HOMME PERDU, film de Robert Alan AURTHUR, il introduit un incroyable générique qui mélange astucieusement rythmes sud-américains, sonorités jazzy et même vaudous (The Lost Man-Main Title). On remarque aussi une sorte de gospel jazzy (Sweet Soul Sister) ou acoustique (End Title). Pour JOHN & MARY, un film réalisé par Peter YATES, Quincy JONES propose un Générique orchestral et vocal (Maybe Tomorrow) ; puis un blues aux accents psychédéliques (Bump In The Night). Il poursuit par une sorte de pastiche de musique de cinéma muet pour piano (Silent Movies). De THE GETAWAY / GUET-APENS, film célèbre de Sam PECKINPAH (1972), on entend deux versions de l’émouvant Love thème (Faraway Forever) porté, surtout, par l’harmonica magique de Toots THIELEMANS qui intervient dans le livret et sur le thème d’amour Are Go (Eyes of Love), dans le dernier disque, sobrement intitulé Q's Highlights, qui  s’apparente a un best of, avec d’abord un hit : le Soul Bossa Nova de 1962 avec ses gimmicks de cuivres et de flûtes. Puis un thème détonnant écrit pour CALL ME MISTER TIBBS, film de Gordon DOUGLAS (1970). Et encore des chansons The Time For Love Is Anytime par Sarah VAUGHAN; It's Just A Game, Love par Brenton WOOD; Is This What Feeling Gets? (Dorothy's Theme – THE WIZ) par Diana ROSS ; The Spell You Spin-The Web You Weave par Shirley HORN et Quincy Jones et, en final, la chanson d’un people Many rains ago (Oluwa). Ainsi que quelques musiques : celle, portée par un chœur et une orchestration légère, parfois symphonique de The Out of Towners, le Main Title d’ESCAPADE A NEY-YORK ; celui de THE SPLIT /LE CRIME C'EST NOTRE BUSINESS, d’allure hollywoodienne avant un développement jazzy et chanté. On n’oubliera pas les musiques des séries Sanford & Son. Et, surtout, celle de L'HOMME DE FER (IRONSIDE), avec Raymond BURR, véritable concentré énergique -avec des solos de  trompettes-et rythmique de Quincy JONES et que l’on retrouve dans une version décalée (Hikky Burr). Et aussi, au piano, par Jean-Michel BERNARD dans The Q Cinéma Suite, sorte de relecture des musiques d’un compositeur dont il se sent proche ! Le pari de mettre en lumière la face cinématographique de Quincy JONES est ici largement réussi, tant ces musiques montrent l’accomplissement d’un arrangeur devenu compositeur de jazz qui, comme le remarque Alexandre DESPLAT, a touché à des territoires infiniment plus vastes que le jazz. Entre swing, pop des années 1960 et 1970 et musiques orchestrales élaborées et matinées d’ambiances sud-américaines ou blues, WE ARE QUINCY JONES !

LE CINÉMA DE QUINCY JONES. Musiques de films originales de Quincy JONES. Coffret 6 Cds disponible chez Decca/Universal music.

THE SOUND OF LALO SCHIFRIN

Alors qu’on le célèbre en France, où il avait étudié avec Olivier MESSIAN et fréquenté les clubs de jazz dans les années 1950, voici la première anthologie dédiée à Lalo SCHIFRIN ! Pas moins que cinq disques pour refléter le génie de ce grand musicien, qui considère le metteur en scène comme le cerveau d’un film, tandis que, lui, en incarne plutôt les oreilles ; un créateur qui sait s’ouvrir à l'agencement général du film : le suivre ou, au contraire, parfois, travailler à l'inverse. Comme le rappelle Stéphane LEROUGE dans le livret, avec ses confrères Henry MANCINI, Quincy JONES et le français Michel LEGRAND, le compositeur a contribué à réinventer le son du cinéma américain dans les années soixante. Cela ne se révèle d'ailleurs pas étonnant pour un compositeur qui ne cesse de répéter qu’il a grandi dans la musique classique mais a choisi le cinéma et le jazz ! Les deux premiers disques s’intéressent au cinéma et à la télévision, qui ont permis à Lalo SCHIFRIN de dépasser le jazz et la bossa pour les intégrer dans un nouveau langage musical. En témoigne la bande originale de la série MISSION : IMPOSSIBLE (1967) dont le premier disque regroupe les premiers enregistrements originaux avec, évidemment, la présence de l'incroyable générique ; un modèle inusable de mélodie et de montage sur un rythme en 5/4, imprégné des sonorités des années 1960. L'album continue par plusieurs thèmes d’épisodes : Jim On The Move, morceau dédié au chef de l'équipe dirigée par Jim alias Peter GRAVES, avec une boucle de percussions répétitive et un contrepoint coloré de sonorités sud-américaines ; plusieurs morceaux, entre jazz sentimental autour du piano au premier plan (Operation Charm), valse délirante (Rollin Hand) ou complètement romantiques avec de larges parties de saxophone (Cinnamon, The Lady Was Made Love). On entend aussi de véritables musiques de films, comme cet excellent thème d'action, prélude à des partitions comme OPÉRATION DRAGON (The Sniper). Ou encore des thèmes de suspense, dont le plus célèbre se situe entre une marche martiale de caisses claires et un mouvement pop électrique agrémenté de percussions (The Plot). Le programme continue par MORE MISSION: IMPOSSIBLE (1968) avec, d'abord un excellent Mission Blues à la fois mélodique et jazzy. On y retrouve d'autres thèmes de suspense comme un Self-Destruct porté par le saxophone, puis un alliage, étonnant, de contrebasse, de batterie légère et de cloches; un Midnight Courier davantage pour piano et  The Getaway pour orgue (que l’on entend aussi dans The Chelsea Memorandum). Le compositeur renoue aussi avec des sonorités pop, comme un tango original (Affair in Madrid), ou chantantes comme Foul Play. En bonus, on profite du thème Mission: Impossible, où l’orgue, de Jimmy SMITH remplace le piano. Le deuxième disque reprend les thèmes originaux -inédits en cd- de l'autre série culte mise en musique par Lalo SCHIFRIN: MANNIX (1967), incarné par Mike CONNORS. On y retrouve donc la version originale du thème principal (Mannix), qui accompagne le héros sur des images kaléidoscopiques ; un thème lancé par la batterie et dont la mélodie se trouve développée par les cuivres, tandis que le piano et l'orchestre embrayent des cellules plus jazzy. Puis on retrouve l'excellente musique du film THE CINCINNATI KID (1965) avec Steve Mc QUEEN, et son thème titre, très rythmique, percussif, en version instrumentale, avec sa mélodie légère et séduisante, pour piano et batterie (Theme from The Cincinnati Kid). Plus rare, on l'entend interprété par l'immense Ray CHARLES. En bonus, on trouve deux thèmes du premier INSPECTEUR HARRY (DIRTY HARRY) (1971) : d'abord le Main Title, soutenu par le piano, et au développement profond, aérien, sur le long plan séquence d’ouverture. Plus étonnant, vif, avec des voix inquiétantes, suit le thème du bus scolaire (The School Bus). A partir du troisième disque, on s'intéresse à  des œuvres personnelles faites de combinaisons sonores, de matières mixées, souvent conçues comme des bandes originales imaginaires à redécouvrir. A commencer par Once a Thief and Other Themes (1965) : un croisement des formes d’expression où un Blues A Go-Go énergique, porté par de belles lignes de piano mélodique rencontre des chansons servies par la voix chaude d'Iréne REID (Once A Thief, The Right to Love-Reflections) ; des instrumentaux doucement urbains comme Insinuations, ou plus exotiques, comme une bien nommée Roulette Rhumba. Puis on remarque The Man From Thrush, un thème aux cuivres qui se lèvent doucement, tandis que le piano développe la partie mélodique, annonciatrice des musiques de séries télévisées. Arrive la reprise –l’album avait déjà été réédité dans la même collection- de There’s A Whole Lalo Schifrin Goin’ On (en référence a une chanson de Jerry LEE LEWIS) enregistré en 1968 ; un album qui, par ses flûtes aériennes, ses bois percussifs et le piano sur un excellent Secret Code qui en s’accélérant, et malgré ses guitares et percussions sud américaines, annonce la vague Mission : Impossible. En bonus: on retrouve Jimmy SMITH, sur Joy House extrait du film LES FELINS et The Cat, de l'album Verve du même nom (1964). Puis Just Call Me Love Bird, par la chanteuse de jazz Peggy LEE, de l’album In The Name of Love. Le quatrième disque reprend SCHIFRIN / SADE (1966) ; sorte de résurgence du passé, entre le jazz californien, la musique médiévale, en hommage au Marquis de Sade. Pour preuves : Old Laces, un élégant morceau, porté d'abord par des flûtes et de la batterie, suivi d’un développement où se rajoutent l’orgue et le piano ; puis le mystique The Wig, truffé de larges échappées de piano contrebalancées par des cuivres, les flamboyants The Blues For Johann Sebastian, où la flûte apporte la touche baroque, et Renaissance, avec sa patte ibérique dû à la guitare, et une jolie pointe vocale. Puis encore : Beneath A Weeping Willow Shade et  Versailles Promenade, des thèmes, parfois vocaux, sur des orchestrations mêlant le clavecin à des sonorités modernes. Vient ROCK REQUIEM, une pièce religieuse de 1971 tournée en rock -pour coller à l'époque- en hommage aux disparus dans la guerre de l'Asie du Sud-Est et qui constitue la grande surprise, l'élément incontournable de cette anthologie ! D’où le choix du groupe vocal The Mike Curb Congregation, rencontré sur le film DE L’OR POUR LES BRAVES, un orchestre de cuivres et bois, sans cordes mais avec une rythmique d’acier. L’album contient plusieurs morceaux de style contemporain comme l'opératique The Procession. Mais aussi plusieurs sortes de cantates profanes tournant à la pop seventies dont Gradual et Offertory Verse. Tout le long, notamment sur le mélancolique Kyrie Eleison, également sur Tract et le religieux Final Prayer, on remarque la voix grave d’Alexander SAINT-CHARLES. En Bonus, on trouve deux raretés : une version pop jazz du thème de DIRTY HARRY et un Latin Soul, chantant et coloré. Le dernier disque constitue une belle conclusion, en plus qu’un document sinon inédit (il a déjà été édité en disque promotionnel) en tout cas très rare : The Jules Verne Concert, enregistré Live à Paris, en 2007. À la tête d’une formation symphonique, complétée d'une rythmique de jazz, Lalo SCHIFRIN y revisitait, avec panache, ses classiques, de MANNIX à MISSION : IMPOSSIBLE (en final), en passant par BULLITT, THE FOX (dont le thème a été popularisé par DIM, AIRPORT 79 : CONCORDE (avec Alain DELON), une suite incroyable d’OPERATION DRAGON, LES FELINS, le compositeur virevoltant de la direction d’orchestre au piano ! On relèvera qu’un des grands moments du concert, de plus particulièrement émouvant, reste cette formidable Dirty Harry Suite, avec, en soliste invité, à la guitare, Kyle EASTWOOD, le fils de Clint. On le voit, ce coffret ne se limite pas, loin de là, aux musiques de films de Lalo SCHIFRIN mais ouvre véritablement l'horizon sur les sonorités diverses du compositeur argentin, et plus particulièrement le jazz dont il a toujours été, et reste, un chantre. Au final, ce concentré -forcément incomplet tant sa carrière est pléthorique et passionnante- de six heures de musique, comprenant quelques grands classiques (les meilleurs !), versions inédites et raretés, permet de mesurer à quel point Lalo SCHIFRIN a construit, depuis la fin des années 1960, une œuvre de révolution, dans le jazz comme dans la musique de films ! Un concentré mais d’or pur, de véritable Sound of Lalo SCHIFRIN !

THE SOUND OF LALO SCHIFRIN. Coffret 5 Cds disponible chez Decca/Universal.

 

VOYAGE A TRAVERS LE CINEMA FRANÇAIS

Voici la bande originale du documentaire fleuve (3 heures pour le cinéma, bien plus pour la version télévisée) de Bertrand TAVERNIER ; l’aboutissement de ses années d’activisme en faveur de la connaissance et reconnaissance des compositeurs du cinéma français, notamment les musiciens mis en retraite anticipée par la Nouvelle Vague ; un travail qui se conjugue également au présent grâce à Bruno COULAIS, qui signe une partition respectueuse comme jamais d’un patrimoine musical qu’il fait sien. Il commence par un thème titre en forme de valse nostalgique, avec pas mal de percussions au début et des cuivres en contrepoint (Voyage A Travers Le Cinéma), que l’on retrouve parcimonieusement, notamment sur une emblématique Gueule d'amour (La Douceur de Jean Gabin). Bruno COULAIS continue  par un Jardin Du Passé profond dans les cordes, doucement mélancolique, qui rappelle, dans son style, un cinéma d'après guerre. Pour évoquer Maurice JAUBERT, il enchaîne par une sorte de marche à l'italienne (L'Atalante) tandis que, sur les petits cinémas, il introduit une musique dans les graves, contenant du xylophone, également de la harpe. Celle-ci amène une dimension aérienne qui rappelle les films de Jacques PERRIN (Salles De Quartier, Voyage En 5/8). Sur l'ombre de Jean COCTEAU, Bruno COULAIS lance une fugue enjouée (Les Enfants Terribles) tandis que, sur Jean RENOIR, il joue un mystère (Une image de jean RENOIR), ponctué d'une rythmique de cloches sur la période de la seconde guerre mondiale (Jean Renoir, 1940). Sur le souvenir de Simone SIGNORET, Bruno COULAIS surfe sur le patrimoine musical, ici la mélodie du standard Le Temps Des Cerises (Souvenir De Casque D’or). Il revient ensuite dans un tempo rythmé par des tambourins et des cuivres très présents sur un mouvement aux accents jazzy (Arrivée Aux Studios Jenner). Et il le reste, dans des sonorités qui rappellent forcément les années 1960 sur l'évocation de Melville, L'homme Au Stetson, mais aussi les Grands Boulevards. Puis il développe un thème majestueux, délicatement mélodique, mélange de cordes, de xylophone et de cuivres légers (Lyon, Un Printemps 44). Sur l'autre thème titre, Bruno COULAIS développe un thème léger, d'inspiration jazzy, avec une cellule mélodique qui se répète en boucle tout en multipliant les ambiances, les parties concertantes (Voyage A Travers Le Cinéma Français). On entend ensuite deux réinterprétations, au piano, de thèmes par Jean-Michel BERNARD : une belle Ouverture, délicatement mélodique, sur un tempo relativement lent, idéal pour évoquer a la fois un lointain passé et le cinéma d’autrefois. Ensuite, sur le Final, et cette sorte de concerto cinématique, assez rythmé au début, nostalgique et même romantique. La partition se termine par une généreuse suite de près de 10 minutes (Voyage A Travers Le Cinéma Français). En complément, le deuxième disque représente une véritable ballade dans l'histoire de la musique de film française. Elle s’ouvre par la superbe valse de Georges VAN PARYS écrite pour le générique de French-cancan, dans une version dirigée par Laurent PETITGIRARD. Celui-ci reprend aussi le très sensuel Cœur de diamant du MADAME DE… de Max OPHULS. Du même compositeur, on entend aussi le célèbre Comme de bien entendu écrit par  ANDREX. Également La Complainte Des Infidèles par MOULOUDJI dans le film LA MAISON BONNADIEU. De Maurice JAUBERT, on entend d'abord le thème étonnant, en partie répétitif et porté par sa mélodie dans les cuivres et orchestre, du Départ de la péniche composé par pour L'ATALANTE. Puis le Moderato & largo vibrant et mélancolique du QUAI DES BRUMES de Marcel CARNE. Arrive la grande Introduction Et Valse (les feuilles mortes), classique de Joseph KOSMA dirigé ici par Michel PLASSON. Un autre incontournable reste le thème magnifique pour piano et harmonica de TOUCHEZ PAS AU GRISBI composé par Jean WETZEL. Moins connu que le film, c’est le thème du SALAIRE DE LA PEUR d’Henri-Georges CLOUZOT, pour percussions et guitare, par ADRIANO, de même que celle, émouvante et d'écriture moderne, avec de belles volées de trompettes, d’Arthur HONEGGER pour le REGAIN de Marcel PAGNOL. Ou encore la complainte titre, pour limonaire et orchestre, de l’excellent thriller de Julien DUVIVIER VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS, composée par Jean WIENER et interprétée par Germaine MONTERO. Une autre chanson, une rareté jazzy : Ca bardait ! par Eddie CONSTANTINE, écrit par Jeff DAVIS et Bernard MICHEL. Indissociable des chefs d’œuvres de Jacques TATI : la musique très swing, à l'américaine de JOUR DE FETE signée Jean YATOVE. Et celle d’Alain ROMANS pour LES VACANCES DE M HULOT (Quel temps fait-il à paris). Suit le sensuel Thème d'amour d'EN CAS DE MALHEUR composé par René CLOEREC, mais aussi l’incontournable Générique d’ASCENSEUR POUR L’ÉCHAFAUD signé Miles DAVIS. Du grand Paul MISRAKI, on entend le Je t'aime, Jeanne du MONTPARNASSE de Jacques BECKER, puis Ca Ne Sert A Rien par Paule DESJARDINS pour le MAIGRET TEND UN PIÈGE de Jean DELANNOY. Des films de Jean-Pierre MELVILLE, on retrouve d’abord le très sixties, jazzy, Street In Manhattan écrit par Christian CHEVALLLIER et interprété par Glenda LEIGH. Puis le Thème de Gerbier, de L'ARMÉE DES OMBRES, composé par Éric DEMARSAN. De l’immense Georges DELERUE, on entend le thème de CLASSES TOUS RISQUES, puis, surtout, celui de Camille, composé pour LE MÉPRIS de Jean-Luc GODARD dont on retrouve aussi, d’Antoine DUHAMEL, pour PIERROT LE FOU, un formidable thème de Ferdinand. De Michel LEGRAND, on retrouve deux titres mélancoliques du CLEO DE 5 A 7 d'Agnès VARDA interprétés par Corinne MARCHAND (Sans Toi & La Joueuse). Puis Toujours, Jamais, un extrait des DEMOISELLES DE ROCHEFORT. De François de ROUBAIX, on retrouve l’illustre thème de DERNIER DOMICILE CONNU. Avant de terminer par le final, sur la mélodie de la Chanson d’Hélène, des CHOSES DE LA VIE composé par Philippe SARDE. À la fois lyrique et moderne, d'une grande virtuosité rythmique, la partition de Bruno COULAIS conforte l'idée d'un regard d'aujourd'hui sur le passé. En glissant ses propres notes entre celles d'Henri DUTILLEUX ou Jacques IBERT, Bruno COULAIS fait ressurgir des fantômes de prestiges de la musique de films. De Maurice JAUBERT à Georges DELERUE, en passant par tant d’autres au générique du second disque, Bruno COULAIS participe, comme Bertrand TAVERNIER, au dessin d’une chaîne reliant le cinéma à la musique ! Et on aime beaucoup !

VOYAGE A TRAVERS LE CINEMA FRANÇAIS. Un film de Bertrand TAVERNIER. Bande originale composée par Bruno COULAIS et complétée par une compilation de musiques de films français disponible chez Universal/Emarcy dans la collection Ecoutez Le Cinéma !

THE CINEMA OF MARTIN SCORSESE

Profitant de l’exposition à la Cinémathèque française, et comme il l'a fait précédemment avec François TRUFFAUT, Stéphane LEROUGE a concocté cette première anthologie réunissant, chronologiquement, lesbandes, originales ou non, des films de Martin SCORSESE. Et c'est peu dire que la musique tient une place prépondérante dans l’existence du cinéaste, qui avoue en  introduction du livret que c'était comme si sa vie était mise en musique par une bande originale permanente ! THE CINEMA OF MARTIN SCORSESE, propose donc une écoute des musiques de ses films, entre compositions originales, standards rock, pop ou jazz, ouvrages baroques ou contemporains. Le premier disque commence par TAXI DRIVER (1976), l'ultime bande originale composée  par le grand Bernard HERRMANN alors très hésitant ; une musique plutôt urbaine colorée de saxophone, de batterie, qui contient une part d'angoisse (Sport And Iris, The $20Dollars Bill). A noter qu'on trouve, parmi les bonus, un étonnant Diary Of A Taxi Driver avec la voix de Robert De NIRO. On continue avec la comédie musicale NEW YORK NEW YORK, où Robert de NIRO et surtout Liza MINNELLI interprètent des standards comme Blue Moon (en duo), The Man I Love, Just You Just Me et, surtout, la célèbre chanson titre, écrite par John KANDER & Fred EBB  (en solo); La supervision musicale  ayant été confiée à  Ralph BURNS qui signe aussi quelques thèmes comme le très hollywoodien Bobby's Dream. Puis RAGING BULL qui contient des classiques comme  Cavalleria Rusticana de Pietro MASCAGNI, du jazz rythmique (Big Noise From Winnetka par Bob CROSBY) ou plus mélodique (Frenesi par Artie SHAW et son orchestre) et également une musique originale (non incluse ici) de Robbie ROBERTSON (connu pour sa collaboration avec Bob DYLAN, notamment sur THE LAST WALTZ), qui signe une partition très Américaine pour LA COULEUR DE L'ARGENT qui, à l'image du Main Title, se trouve très rythmée, et surtout emprunte de blues. On poursuit avec KING OF COMEDY, illuminé par Ray CHARLES sur  Come Rain Or Come Shine et l'instrumental Sweet Sixteen Bars. Arrive le tournant AFTER HOURS, qui alterne classiques (Wolfgang Amadeus MOZART et Jean-Sébastien BACH) et surtout, pour la première fois, des thèmes étranges, parfois à la limite du psychédélisme, d'Howard SHORE, construits sur des rythmiques d'horloge accompagnées de mouvements obsessionnels mais néanmoins mélodiques. Le deuxième disque s'ouvre par LA  DERNIÈRE TENTATION DU  CHRIST (1988), resté célèbre aussi pour la  musique de Peter GABRIEL, portée par des thèmes  arabisant, rythmés crescendo par des sortes de tambours (The Feeling Begins), également des percussions sur des lignes plus atmosphériques, notamment de flûtes (Of These, Hope) ou de voix célestes (With This Love/Choir). Changement de registre avec LES AFFRANCHIS et sa succession de chansons : Rags To Riches, titre populaire des années 1950 par Tony BENNETT, la soul Baby I Love You (1967) par Aretha FRANKLIN, un instrumental de Layla, du début des années 1970 (Derek and The Dominos), écrite par Eric CLAPTON et Jim GORDON et, enfin, Beyond The Sea de Charles TRENET, par Bobby DARIN. Retour à de véritables musiques de films avec LES NERFS A VIF, en fait une reprise de Bernard HERRMANN adaptée, arrangée et dirigée par Elmer BERNSTEIN; une partition où règne les côtés tournant, diabolique et fantastique (Max, The End), également mystérieux (Houseboat), sur des orchestrations qui utilisent notamment  des ondes Martenot jouées par Cynthia MILLAR, également présentes la bande originale inédite en disque d'A TOMBEAU OUVERT, composée par Elmer BERNSTEIN. Elles interviennent d'abord un thème répétitif, grave, suivi d'un mouvement aérien (Introduction/Rose Appears Again Larry And Franck's Nap, Closing Titles). Puis sur un thème presque fantastique (Returning Mrs Burke). Toujours d’Elmer BERNSTEIN, suit LE TEMPS DE L'INNOCENCE et son thème romantique principal (Pick Up Ellen, End Credits), sa musique profonde, délicatement tournante, dans un esprit début du 20ème siècle (Farewell Dinner) et un motif puissant, presque opératique avant de tourner à la valse (Van Der Luydens). On trouve plus de mélange dans CASINO, avec seschansons, I'll Take You There par The Staple Singers, Night In The White Satin par The Moody Blues et Walk On The Wild Side par Jimmy SMITH (musique d'Elmer BERNSTEIN). Grand cinéphile, Martin SCORSESE surprend aussi en donnant, comme, le souligne Stéphane LEROUGE, une dimension totalement dépaysante au thème de Camille écrit par Georges DELERUE pour LE MEPRIS. Le troisième disque s’ouvre par KUNDUN (1997) et la splendide musique de Philip GLASS, idéale pour ce film spirituel. Arrive GANGS OF NEW YORK, qui contient d'abord The Hands That Built American, une superbe balade du groupe U2. On trouve ensuite, extrait de la partition d'Howard SHORE, un thème sombre, vrombissant, puis plus émouvant, tout en restant inquiétant(Brooklyn Heights). On remarque aussi la présence des chœurs, en particulier sur une musique plus répétitive, planante assez étonnante de Jocelyn POOK (Dionysus). A noter que l'on entend dans le disque 4 des extraits de la partition inédite d’Elmer BERNSTEIN : d'abord un lento très sombre, accompagné d'un aria en contrepoint (Doctor), qui revient dans un motif plus percussif, "peplumesque". Vient ensuite la musique d'Howard SHORE pour THE AVIATOR et ses thèmes d'aventures, enlevés et colorés (Hi Racer Plane) ou plus ample et émouvants (America Aviation Héro) ou tragique (Icarus). On y entend aussi les vieux morceaux jazzy Mooglow, par Benny GOODMAN et I Can't Give You Anything But Love par Django REINHARDT. L'ultime disque commence par LES INFILTRÉS où Howard SHORE propose une partition d'inspiration hispanique, souvent à base de guitare (Cops Or Criminals, The Departed Tango). Puis de ce long Billy's Theme (et  aussi de The Last Rites en plus mélodique, tragique)  plus intimiste, profond, à la manière d'un adagio. Retour à la musique classique dans SHUTTER ISLAND et la Symphonie n°5 Passaglia, à la fois froide, crescendo et violente, de Krysztof PENDERECKI. Dans une énergie similaire, on entend ensuite, portée par de longues lignes de violoncelle, This Better Earth, deux morceaux qui en un un, par Dinah WASHINGTON/On The Nature Of Daylight Clyde OTIS/Max RICHTER. Arrivent ensuite plusieurs extraits d'HUGO CABRET, accompagné d'une musique d'Howard SHORE qui propose un thème ample, délicatement pianissimo, avec un esprit lunaire , en mettant souvent en avant de l'accordéon (The Thief, The Chase). D'où un esprit français qui se retrouve dans la chanson Cœur Volant, interprétée par ZAZ. Tiré du film LE LOUP DE WALL STREET, on entend un dynamique Mercy, Mercy, Mercy, par Cannonball ADDERLEY; une reprise de C'est Si Bon par Eartha KITT (musique du français André HORNEZ); l'instrumental jazzy Moonlight In Vermont par Ahmad JAMAL, Israël CROSBY & Vernel FOURNIER. Parmi les bonus, on découvre la musique, plutôt nostalgique, du court-métrage Made In Milan, composée par Howard SHORE, à base de bandonéon et de synthétiseurs. Et enfin, The Marty Suite, une relecture inédite et originale au piano par le talentueux Jean-Michel BERNARD de plusieurs thèmes célèbres.Au final, ces cinq heures de musique réussissent le pari de prolonger les films de Martin SCORSESE par une  vaste promenade musicale; la présente compilation représentant un concentré particulièrement éclectique de ses goûts musicaux, puisqu'on passe constamment du classique à la grande musique de films en passant par le jazz, le rock et la variété américaine. On note aussi, et ce n'est pas rien, à travers des choix judicieux, un goût prononcé du cinéaste pour la culture hexagonale.

THE CINEMA OF MARTIN SCORSESE - Coffret 4 cds, incluant un livret 48 pages, des textes, des interviews ainsi que des photos célèbres et rares, disponible chez Universal music (Collection Écoutez Le Cinéma!).

LE CINEMA DE SERGE GAINSBOURG – Version 2015

Encore une publication exceptionnelle dans la collection Écoutez le cinéma ! Cette fois, c’est Le Cinéma de Serge Gainsbourg version 2015, c’est-à-dire une édition revue et augmentée en coffret capbox 5Cds soit 2cds additionnels et un total de 6h de musique ! Plus complet, plus précis, il offre un panorama élargi, renouvelé des rapports entre Serge GAINSBOURG et l'écriture pour le cinéma en collaboration avec plusieurs grands compositeurs, et en intégrant, notamment ; des extraits des bandes masters exhumées dans l'intervalle. Le Cd 1 couvre la période 1959-1967, soit d’abord les années de collaboration avec Alain GORAGUER (LA PLANETE SAUVAGE), à commencer par DE L’EAU A LA BOUCHE, un film de Jacques DONIOL-VALCROZE (1959) dont on se rappelle évidemment sa célébrissime chanson titre. Suit la musique des LOUPS DANS LA BERGERIE d’Hervé BROMBERGER (1960), avec plusieurs ajouts comme l'instrumental titre, tout en finesse, presque jazzy avec sa batterie légère et sa mélodie au saxophone, puis, dans la même lignée, en plus chantant, La Fuite Du Rouquin. Premier détour charnel dans le parcours GAINSBOURG : STRIP-TEASE de Jacques POITRENAUD (1963) et la chanson titre interprétée par  Juliette GRECO et l'inédit Effeuillage, un thème rythmé puis plus jazzy. Arrive ensuite la prolifique période de création avec Michel COLOMBIER, débutant avec COMMENT TROUVEZ-VOUS MA SOEUR ? (Michel BOISROND -1964), introduit par l’amusante chanson titre par Serge GAINSBOURG (également présente en instrumentale) et agrémenté de quelques bonus comme un slow romantique et nocturne (Quart D'heure Américain)  et un motif plus coloré, dans l'air yéyé (Rendez-vous A l'Église. On trouve aussi, du film à sketchs  LES  PLUS BELLES  ESCROQUERIES DU  MONDE, la chanson L’Escroc, une rareté interprétée par Serge GAINSBOURG. Plus connue : la musique de VIDOCQ, la série  de Claude LOURSAIS et Marcel BLUWAL (1966) avec la Chanson Du Forçat, par Serge GAINSBOURG et, en bonus, un thème empli de souffle romanesque et d'humour (Le Mariage De Vidocq) et une belle marche introduisant un mouvement émouvant (A Vous De Jouer, Monsieur Vidocq). Du film TOUTES FOLLES DE LUI (Norbert CARBONNAUX - 1967), on entend une version inédite de Wouaou !, un thème  très renaissance et pop précédé d’un dialogue entre Serge GAINSBOURG (dans la cabine) et Michel COLOMBIER (au célesta). Le CD 2 poursuit la période Michel COLOMBIER, à commencer par la comédie musicale ANNA. Moins connue, LE JARDINIER D'ARGENTEUIL de Jean-Paul Le CHANOIS (1966) constitue également une belle partition agrémentée de plusieurs thèmes ajoutés comme le poétique, mélodique et vibrant Les Voyages Du Père La Tulipe, un French Riviera très pianissimo et un Dénouement Et Final sur une variante du thème principal valsant, lancé par un solo de violon. Tout comme L’UNE ET L’AUTRE, de René ALLIO (1967) et son thème principal, étrange avec un piano dissonant, inédit en disque. Arrive ensuite le mythique MANON 70, de Jean AUREL (1968), avec sa chanson titre par Serge GAINSBOURG  et plusieurs thèmes ajoutés comme New Délire  Again à l'orgue et aux développements aux accents rock psychédélique mais aussi sensuels voir religieux, classiques de l'ère Serge GAINSBOURG/Michel COLOMBIER (New Délire Again, Auto-stop). On retrouve aussi des extraits CE SACRE GRAND-PERE de Jacques POITRENAUD (1968) avec, en bonus, le morceau symphonique, bouleversant et pianissimo, L'adieu (générique fin).  Le CD 3 termine la période Michel COLOMBIER par LE PACHA, son inoubliable Requiem Pour Un Con et quelques nouveautés : Un Noël 67, un morceau très rythmique oscillant entre modernité années 1960 et boite à musique, puis Joss A La Calavados, un thème plutôt mélancolique, pianissimo sur un mode bluesy. On attaque l’époque Jean-Claude VANNIER avec SLOGAN et la chanson titre par Serge GAINSBOURG et Jane BIRKIN, puis un inspiré Paris-Bombay mélangeant le thème principal et deux thèmes indiens, avec sitars et tablas. Les choses sérieuses arrivent avec un des Everest de ce coffret : la partition inédite du film LES CHEMINS DE KATMANDOU d’André CAYATTE (1969) et son Générique, très GAINSBOURG, à la fois vif,  rythmé, fort en guitares et en violons en contrepoint ; puis Jane et Olivier, un mouvement profond, étrangement médiéval, comportant des quartes successives, une interruption d’un piano doucement dissonant ; un Transe party des Haschichiens de forme rock psychédélique et une Carte Postale Du Népal  qui vire vers la musique classique; superbe ! On enchaîne avec l'incontournable LA HORSE de Pierre GRANIER-DEFERRE (1970) et ses thèmes remasterisés aux accords de western moderne, entre country et baroque, dont l'inédit, jouant sur un tempo variable et des vibratos. Encore un classique que le CANNABIS de Pierre KORALNIK (1970), avec sa chanson titre par Serge GAINSBOURG et quelques raretés ajoutées comme 19) Danger, thème rythmé et ses  variantes (Dernière Blessure,  Cannabis-bis/final). On passe à SEX-SHOP de Claude BERRI (1972), avec la chanson titre par Serge GAINSBOURG et, en bonus, Fontaine Des Innocents,  un  Générique inédit profond, orchestral et aux accents légèrement baroques. Suit une curiosité : TROP JOLIES POUR ETRE HONNETES de Richard BALDUCCI (1972) et le morceau Close Combat ; une sorte de pastiche mécanique de musique de majorettes. Le CD 4 commence par PROJECTION PRIVEE film de François LETERRIER (1973), avec la chanson L’Amour En Privé, par Françoise HARDY et quelques inédits en disque comme l'instrumental de la chanson et le thème titre, rythmé, avec des flûtes. Vient ensuite la musique de JE T’AIME MOI NON PLUS, célèbre film de Serge GAINSBOURG (1976) qui compose en solo son thème titre, véritable orgasme mélodique,  qui ne figurait pas dans le premier coffret, et en duo avec Jean-Pierre SABAR le reste de la partition, dont Banjo Au Bord Du Styx, sur le thème de Johnny Jane. On reste dans la période Jean-Pierre SABAR avec LE CHOC EST TERRIBLE (Jean-Henri MEUNIER -1977) introduit par  la chanson Zanzibar, par Serge GAINSBOURG puis l'inédit thème titre, assez inattendu,  obsessionnel au piano et au saxophone. On entre ensuite dans une série de films érotiques : MADAME CLAUDE de Just JAECKIN (1977) lancé par la superbe chanson Yesterday, Yes A Day, par Jane BIRKIN, puis  l'inédit Mi Corasong, un tango qui bénéficie du bandonéon Marcel AZZOLA et, en bonus, le plus étrange, aux riffs rocks, Passage A Tobacco ; GOODBYE EMMANUELLE de François LETERRIER (1978) et ses versions inédites du thème sensuel et coloré Emmanuelle And The Sea et la chanson titre, par Serge GAINSBOURG ; MELANCOLY BABY (Clarisse GABUS -1979), et la belle Melancoly suite dont un des thèmes sera repris dans TENUE DE SOIREE de Bertrand BLIER (1986) représenté sur le dernier disque par plusieurs thèmes cultes et  quelques bonus (Trave et Travaux). On en arrive à un autre incontournable : JE VOUS AIME de Claude BERRI (1980) et Dieu Fumeur De Havanes, un duo magique par Catherine DENEUVE et Serge GAINSBOURG et également présent en version instrumentale. En bonus, on entend La Fautive, une ritournelle amusante, vivace, par Serge GAINSBOURG, reprise en version Générique Début et Je Pense Queue, par Serge GAINSBOURG. On notera ici l'apport   de Don RAY aux cuivres, aux cordes et aux claviers. Le dernier disque commence  par la musique inédite en disque d'EQUATEUR(Serge GAINSBOURG -1983) et son Générique, assez répétitif et essentiellement à base de guitare et de percussions tribales façon thème de voyage  puis, toujours rythmé par des instruments en bois et un court gimmick de l'auteur compositeur, Un Cargo Vers L'Afrique. On continue par LE PHYSIQUE ET  LE FIGURE, un court-métrage de Serge GAINSBOURG (1981) et son thème titre très électronique. Suit, du documentaire MODE IN FRANCE, de William KLEIN (1985), les inédits en disque Dorothée (D'après Fuir Le Bonheur De Peur Qu'il Ne  Sauve écrit pour Jane BIRKIN), le très rythmé   Accéléré historique   (Dépression Au-dessus Du Jardin) et. En Souvenir De Fred A., un joli Exercice en forme de Z surtout pianissimo  et claviers par Serge GAINSBOURG et Dominique PERRIER. Vient ensuite les thèmes des  derniers films : CHARLOTTE FOR EVER (1986) et le duo basé sur  des notes d'Aram KHATCHATURIAN, et STAN THE FLASHER. On boucle  le coffret avec quelques titres bonus : de WEEKEND EN MER (François REICHENBACH -1962), la Valse De L'au-revoir, par Juliette GRECO, cosignée avec  Robert VIGER), Strip-tease, par Nico  en version inédite hors-film, d'UNE VEUVE EN OR de Michel AUDIARD (1969),  La Fille Qui Fait Tchic-ti-tchic, par  Michèle "Angelique" MERCIER sur des arrangements de Jean-Claude VANNIER (et reprise depuis par Elodie FREGE) sur des arrangements de Jean-Claude VANNIER. On entend aussi la Ballade De Johnny-Jane, par Jane BIRKIN, GOODBYE EMMANUELLE   par Serge GAINSBOURG, LES CHEMINS DE KATMANDOU  par  Fred PALLEM, version respectueusement renouvelée et modernisée  pour le coffret, LA  HORSE Disco Remix Inédit en CD par  Marathon Men’s et un Requiem Pour Un Con, revu et corrigé par Philippe LERICHOMME et Dominique BLANC-FRANCARD. Comme toujours dans la collection, le coffret contient un épais livret contenant texte de Stéphane LEROUGE et des interviews de Jane BIRKIN, Bertrand BLIER, Georges LAUTNER et Pierre GRANIER-DEFERRE. Indispensable à tout amateur de Serge GAINSBOURG et de cinéma !

 

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LE MONDE MUSICAL DE FRANCOIS TRUFFAUT

Après avoir célébré Louis De FUNES, la collection Ecoutez Le Cinéma rend hommage à François TRUFFAUT ! En effet, pour commémorer le 30ème anniversaire de sa disparition, elle s’associe à l’exposition qui lui est consacré à la Cinémathèque Française en éditant ce coffret de 5CD, qui regroupe, pour la première fois, la chronologie musicale de tous les longs-métrages de François TRUFFAUT, l'un des cinéastes français les plus célèbres au monde. L'occasion d'un vaste voyage musical dans l'univers d'un cinéaste qui a travaillé d’abord, et tout au long de sa carrière avec l’immense Georges DELERUE. Donc, sans surprise, on retrouve de larges extraits de toutes les partitions de Georges DELERUE pour François TRUFFAUT, à commencer par celle, plutôt jazzy et pianissimo de TIREZ SUR LE PIANISTE dont on apprécie aussi un thème d'amour profond, et noir, sublimé par le saxophone solo, JULES ET JIM et ses thèmes légers, colorés, délicatement mélodiques avec de belles envolées et de petites parties populaires, très françaises (Vacances) ou encore son élégance baroque dans les cordes et les flûtes Jules Et Thérèse). On y retrouve aussi avec des compositeurs autres que Georges DELERUE car, entre deux films, François TRUFFAUT aimait faire appel à d’autres compositeurs. On y croise ainsi l’emblématique Bernard HERRMANN, d’abord sur FAHRENHEIT 451 avec son prélude entêtant, doucement crescendo mais aussi son thème romantique profond, mélancolique, triste et passionnel (The Bedroom). Puis sur LA MARIEE ETAIT EN NOIR, dont la partition est dirigée par André GIRARD ; une musique sombre, dramatique qui entretient le suspense, la tension, avec par dessus des cordes des motifs tournants, très Hitchcockiens ; également des mouvements de valse funeste, tragique (Arrestation DeDelvauxEtFuiteDeJulie) et aussi des détournements de la la Marche Nuptiale de Félix MENDELSOHN où comment une musique de film s'inspire et se nourrit du classique pour devenir un thème propre (Mariage DeJulie, André GIRARD). On retrouve encore le regretté Antoine DUHAMEL, récemment disparu, sur BAISERS VOLES et son superbe thème orchestral et vocal à la fois aérien, romantique et fragile, agrémenté de contrebasse (Fabienne) mais aussi des motifs plus contemporains,  répétitifs, obsessionnels, avec une ligne de violoncelle qui apporte une gravité (Il ADit "monsieur"), LA SIRENE DU MISSISSIPI, DOMICILE CONJUGAL. Jean CONSTANTIN. On y retrouve enfin plusieurs musiques, plus surprenant, de Maurice JAUBERT, en fait des reprises de partitions (dirigées par Patrice MESTRAL) de ce compositeur illustres, sur L’HISTOIRE D’ADELE H., L’ARGENT DE POCHE, L’HOMME QUI AIMAIT LES FEMMES et LA CHAMBRE VERTE. A travers toutes ces musiques, on y retrouve un cinéaste également épris de musique baroque (BACH, VIVALDI) et de chansons, qui jalonnent cette promenade sentimentale : Jeanne MOREAU et son éternel Tourbillon, Boby LAPOINTE et ses titres plein d’humour et de poésie (Framboise, la chanson délicieusement amusante et érotique Marcelle), Charles TRENET et ses mélodies lumineuses (Que Reste T-Il De Nos Amours ?), Alain SOUCHON et sa très belle création pour le générique de L'AMOUR EN FUTE. Bien évidemment, le coffret renferme sa part de bonus et curiosités, que l’on retrouve principalement dans le cinquième cd, consacré à des reprises et relectures par des artistes d'aujourd'hui : Alexandre DESPLAT et le Traffic Quintet (La Peau Douce, Jules Et Jim), Helena NOGUERRA (Le Tourbillon), Juliette GRECO (Comment Voulez-Vous), Vincent DELERM (Nous imitons François Truffaut, titre touchant autant que nostalgique), Hugo WOLFF (La –splendide- Valse De François T. composée par Georges DELERUE), Stéphane KERRECKI Quartet (La Mariée Etait En noir), Raymond ALESSANDRINI (superbe Suite Antoine Doinel au piano, La Femme D'à-côté), Jean CONSTANTIN (Le très original Truffaut Cha Cha par le compositeur du film LES 400 COUPS, évidemment aussi représentée dans cette anthologie), Estelle VILLOTTE (Fahrenheit 451), Laurent PETITGIRARD (Belle Époque -suite, Grand Choral), Mario CLÉMENS (La Petite Voleuse -suite) et, le formidable Hommage A François Truffaut de Georges DELERUE, enregistré lors de ses London Sessions. Plus que jamais, et avec l’exposition plus la sortie en dvd de l’intégrale du cinéaste, François TRUFFAUT reste toujours vivant dans nos mémoires, dans nos cœurs. Alors, au-delà des inévitables redondances avec les différents CDs déjà consacrés au cinéaste, ce coffret constitue l’édition musicale définitive d’un icône du cinéma français.

LE MONDE MUSICAL DE FRANCOIS TRUFFAUT. Coffret 5 cds disponible chez Universal Music dans la collection Ecoutez Le Cinéma !

Pas de réelle nouveauté dans la Collection Ecoutez Le Cinéma mais un superbe coffret hommage au plus populaire acteur de comédie, Louis de FUNES qui, en juillet 2014, aurait eu cent ans. Pour cet anniversaire, différents évènements sont annoncés (exposition, rétrospective, soirées thématiques) et donc ce coffret de 4 CD. Conçu par Stéphane LEROUGE, il réunit, chronologiquement, dans une même anthologie et cinq heures de programme, les partitions « defunesiennes » emblématiques. Le premier disque déroule les années 1963 à 1966 et commence par la partition plutôt jazzy et cuivrée de POUIC-POUIC par Jean Michel DEFAYE et Son Orchestre, qui a peu écrit pour le cinéma, davantage pour la télévision (COLARGOL). Vient ensuite la rencontre avec Raymond LEFEVRE, le génial chef d’orchestre du Palmarès des chansons. C’était sur FAITES SAUTER LA BANQUE réalisé par Jean GIRAULT et une partition plutôt yéyé, même dansante mais qui ne néglige pas les motifs d’ambiance (Galipettes), coécrite avec Paul MAURIAT. On continue avec Raymond LEFEVRE, sur LE GENDARME DE SAINT TROPEZ et sa marche pour laquelle il avait reçu comme instruction de s’inspirer de celle du PONT DE LA RIVIERE KWAI ; un classique qui ne doit pas faire oublier les autres motifs comme le plus sentimental Thème de Nicole. On change radicalement de compositeur et de genre avec quelques extraits de la partition mémorable de Michel MAGNE pour le premier FANTÔMAS réalisé par André HUNEBELLE, dont la partition disparue avait été reconstituée et réenregistrée par Raymond ALESSANDRINI. Ce qui n’a pas été le cas des partitions des autres films de la série, à commencer par FANTOMAS SE DECHAINE et son thème mélancolique, à la fois doux et sonnant (Ma Chère Hélène).  C’est ensuite les pages de la période Georges DELERUE qui s’égrènent, en particulier LE CORNIAUD et sa jolie valse du Générique et d’autres extraits d’une partition émouvante. On retrouve Raymond LEFEVRE et son orchestre sur LE GENDARME A NEW YORK et, notamment, la chanson Les Garçons Sont Gentils. On fait ensuite un détour par LE GRAND RESTAURANT et la partition, inédite en cd, et reprise à l’identique du 45 tours d’époque, d’un compositeur rarement édité, à savoir Jean MARION. On redécouvre alors une partition à la fois pleine d’entrain, de couleurs (Générique, Hymne Du Président Novales), de suspense au trombone et de poésie pour flûte (Le Voyage En Avion), piano (Le déjeuner) ou accordéon (La neige - ballet) et, enfin, le fameux Thème du ballet, à la fois dans sa version originale très acoustique et, en bonus, celle, pianissimo et respectueuse, de Jean-Michel BERNARD. Enfin, on retrouve avec émotion plusieurs extraits de la partition lumineuse, nostalgique avec son air de java à l’accordéon, de Georges AURIC (arrangée par Jacques METEHEN) pour LA GRANDE VADROUILLE et la reprise de La Damnation De Faust d’Hector BERLIOZ, dirigée à l’écran par Louis de FUNES dans une séquence d’anthologie. Le deuxième disque couvre les années 1967 à 1970, et commence fort avec LES GRANDES VACANCES et son thème principal, particulièrement mélodique et festif, signé Raymond LEFEVRE. Embraye la partition française mais aux accents écossais, avec de la cornemuse, de FANTOMAS CONTRE SCOTLAND YARD signée Michel MAGNE. Puis, celle d’OSCAR, dont la partition, relativement classique, a été composée, à quatre mains par Jean MARION et Georges DELERUE.  Et celle, plus rythmée, animée, du film LE PETIT BAIGNEUR, composé par Gérard CALVI, compositeur connu surtout pour ses musiques des films de Pierre TCHERNIA. On apprécie aussi de réentendre la musique de Georges GARVARENTZ pour LE TATOUE avant un retour à St TROPEZ pour LE GENDARME SE MARIE et son superbe thème principal puis, le fanfaresque GENDARME EN BALADE. C’est une bonne surprise qui arrive avec, en apéritif d’une future édition intégrale, la musique de Georges DELERUE pour HIBERNATUS, réalisé par Edouard MOLINARO : on y retrouve d’abord le thème, plutôt nostalgique, de L'Hiberné Au Piano, puis un thème qui joue d’avantage sur les ambiances, le suspense, sur une structure qui hésite entre le classique et le contemporain (Retour En 1900) et l’opéra bouffe, que l’on retrouve aussi dans le Final, précédé de la Valse, très Georges DELERUE, De L'hiberné. Le troisième disque, qui couvre les années 1970 à 1979, commence par de larges extraits de la partition étonnante, à la fois orchestrale, pop et chantante de François de ROUBAIX pour L’HOMME ORCHESTRE, sans doute le film le plus curieux mais très ambitieux rôle de Louis de FUNES ; un must ! Viennent ensuite deux thèmes composés par le plutôt rare Alain GORAGUER pour SUR UN ARBRE PERCHE ; un film inattendu et original accompagné par une musique surprenante, à la fois orchestrale et vivace, avec bruits et effets. On retrouve la musique pétaradante composée par Raymond LEFEVRE pour JO, une comédie policière de Jean GIRAULT. Arrive ensuite l’un des sommets des musiques « defunesiennes », en l’occurrence l’incontournable partition de Michel POLNAREFF, orchestrée par Hervé ROY, pour LA FOLIE DES GRANDEURS, avec son générique qui donne la grandeur d’un western aux images de Gérard OURY mais aussi son bouleversant thème d’amour. Egalement incontournable reste, encore aujourd’hui, la partition de Vladimir COSMA pour LES AVENTURES DE RABBI JACOB ; une musique mélodique, rythmée et bourrée de thèmes brillants, à l’image du Générique et La Danse Des Jeunes Hassidiques. Le disque se termine par la musique du GENDARME ET LES EXTRATERRESTRES, toujours colorée mais avec une dimension fantastique, parfois même électronique, qui fait référence à Steven SPIELBERG (Rencontre du quatrième type) et annonce la partition de LA SOUPE AUX CHOUX dont la mélodie principale, signée Raymond LEFEVRE, est devenue culte. En plus de cette partition, et dans la même lignée, le quatrième disque comprend la musique du GENDARME ET LES GENDARMETTES, toujours de Raymond LEFEVRE. Suivent 45 minutes de bonus qui, il faut le faut le savoir, ne sont pas forcément des inédits. On entend d’abord Le Coucou, chanté par Louis de FUNES au théâtre dans LE JOURNAL DE JULES RENARD. On enchaine avec plusieurs titres composés par Gérard CALVI et interprétés par son orchestre : un Bell Bell Boogie, les thèmes yéyé de LA BELLE AMERICAINE et rythmiques de CARAMBOLAGES, quelques morceaux de la comédie musicale LA GROSSE VALSE, notamment Dans Mes Godasses, une curiosité chanté par Louis de FUNES et Robert DHERY. On entend ensuite le Générique doux, mélodique et poétique DES PISSENLITS PAR LA RACINE, composé par Georges DELERUE pour le film de Georges LAUTNER. Moins connue est la musique, à base d’harmonica, de guitare et de percussions fines, d’UNE SOURIS CHEZ LES HOMMES composée par Guy BEART et Michel COLOMBIER. Raymond LEFEVRE apparait aussi dans ces bonus, au travers, notamment, d’un Cauchemar Pop tiré des GRANDES VACANCES, également d’une version disque de JO, tandis qu’Hubert ROSTAING et revisite le RABBI JACOB de Vladimir COSMA et Raymond ALESSANDRINI  signe une belle Suite Fantômas. Signalons encore une surprise avec cette relecture, avec piano, orgue Hammond et le violoncelle de Jean-Philippe AUDIN, de L'HOMME ORCHESTRE par Jean Michel BERNARD. On retrouve enfin quelques thèmes remixés comme Fantômas Se Remixe par Nicolas ERRERA et Les Poupons (L'HOMME ORCHESTRE) par Rubin STEINER. Au final, si cette énorme compilation n’est pas la première consacrée à Louis de FUNES, c’est en tout cas la plus complète, la plus aboutie. A ce titre, elle risque d’attirer un très large public, amateur de musique mais aussi, et surtout, nostalgique de Louis de FUNES. Alors, certes, on peut déplorer les inévitables redites par rapport à des albums divers mais on apprécie aussi, au détour du programme, quelques bandes originales jamais publiées en disque, également des musiques de films du vedettariat naissant comme UNE SOURIS CHEZ LES HOMMES, des raretés absolues (les maquettes de tournage des GRANDES VACANCES) et des relectures inédites par des compositeurs de la nouvelle génération. Le tout est accompagné d’un livret abondamment documenté et illustré pour un objet qui rend justement hommage à la carrière musicale de Louis de FUNES. Et tout cela pour le prix d’un seul cd !

LOUIS DE FUNES – MUSIQUES DE FILMS 1963-1982

Anthologie des musiques de films avec Louis de FUNES. Coffret 4 cds disponible chez Universal Music.

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JACQUES BREL & FRANCOIS RAUBERT : CHANSONS ET MUSIQUES DE FILMSLa collection ECOUTEZ LE CINEMA ! nous gâte avec ces bandes très originales composées par le duo Jacques BREL et François RAUBER dans les années 1960 et 1970. Le programme commence par LE FAR WEST, film réalisé par Jacques BREL lui-même en 1973 et qui, logiquement, en signe la musique avec François RAUBER qui s’occupe également de la direction. Tout commence par une chanson (J'arrive) où Jacques BREL déclame des paroles très sombres, voire morbides, sur une musique de Gérard JOUANNEST (le compositeur de Juliette GRECO) et une orchestration à base de cordes plutôt obsessionnelles et de cuivres perçants. Suit un premier thème léger, mélancolique, à base de piano (La Rue, la rencontre), puis un amusant détournement des musiques d’opéra (Tournedos Rossini) avant une autre chanson à l’orchestration dépouillée à base de flûte (L'enfance, par Jacques BREL), mais aussi des thèmes décalés comme Veillée Sioux ou l’amusant psychédélique Pop Mod 1973. Pour UN ROI SANS DIVERTISSEMENT, un film de François LETERRIER (1963), Jacques BREL a écrit et interprète la très belle chanson Pourquoi faut-il que les hommes s'ennuient ?, accompagné simplement à la guitare par Barthélémy ROSSO ; une chanson dans l’esprit de Georges BRASSENS, lequel avait été d’abord pressenti pour cette musique. Suivent des extrait du PANIER A CRABES, un film de Joseph LISBONA (1960), également le premier dont les musiques sont signées par Jacques BREL et arrangées par François RAUBER, en fait des brillantes relectures des premiers succès du chanteur. Après le Générique, un thème crescendo à base de percussions plutôt inquiétant, on trouve, entre autres, un Thème Ondes qui correspond à une relecture jazzy de Ne me quitte pas, pour piano, saxophone et violon, tout comme le Slow des sentiments (Isabelle) ; puis un thème basson-hautbois, étonnant revisite de La course au succès et une Intro / Quand on n'a que l'amour lunaire à base de harpe et de saxophone, également de trompette sur Passion et violence (La Colombe) avant un Final sur La Valse A Mille Temps). Du film LES SOURIS MENENT LA DANSE, réalisé par Roland PERAULT (1956), on entend S'Il Te Faut ; une pure chanson de variété écrite et interprétée par Jacques BREL, sur des arrangements rythmés à base de caisses claires, de cuivres et même de grosse caisse signés Michel LEGRAND. Le deuxième cd commence par la musique, lumineuse, d’un film populaire : MON ONCLE BENJAMIN, réalisé par Edouard MOLINARO (1969).  Dès le Générique, Jacques BREL et François RAUBER proposent d’abord une fugue puis des précipités et des thèmes galants façon 19ème siècle (L'Adieu à Minxit). On trouve aussi la chansonnette Mourir Pour Mourir, par Jacques BREL, accompagné de flûte et de percussions. Suit LA BANDE A BONNOT, un film de Philippe FOURASTIE (1968), on trouve un thème principal décliné sur plusieurs modes : d’abord joyeusement enlevé pour piano bastringue (Au restaurant). Puis, sur La Mort De Raymond La Science, avec une orchestration marquée par des caisses claires et des trompettes. On retrouve la voix de Jacques BREL sur Les Cœurs Tendres, la chanson d’UN IDIOT A PARIS, le film de Serge KORBER (1967) avec Jean LEFEVRE ; un titre émouvant, nostalgique, dont on retient aussi l’orchestration à la fois parisienne et classique de François RAUBER. Suit une bonne surprise, avec la musique du film d’animation TINTIN ET LE TEMPLE DU SOLEIL, réalisé par Raymond LEBLANC (1969) signée François RAUBER. On découvre d’abord, pour le Générique, un motif enlevé et en majeur porté par la trompette, qui lui donne un côté chevaleresque, accompagnée de cordes et même de harpe. Puis vient, dans une deuxième partie, un développement plus doux, plus mélancolique avant un retour sur le thème principal. On reste dans cet esprit joyeux, chantant, moyenâgeux même, avec la Danse de Jauga. Sur ce film, Jacques BREL s’est réservé les chansons, interprétées, avec beaucoup de finesse, par Lucie DOLENE, sur des arrangements de François RAUBER, d’abord l’Ode A La Nuit, jolie mélopée nocturne, puis la tendre Chanson de Zorrino. On trouve ensuite une Suite du BAR DE LA FOURCHE, un film d'Alain LEVENT (1972) dont la musique à été composée, en trio, par Jacques BREL, Gérard JOUANNEST et François RAUBER. Elle commence par un thème lumineux, généreux, avec cordes et cuivres, se poursuit par un thème plus émotionnel, profond, avant un motif plus enjoué, coloré par la trompette. On retrouve encore la musique de L'EMMERDEUR, le classique d'Edouard MOLINARO (1973) avec Lino VENTURA. Pour le thème principal, Jacques BREL et François RAUBER ont écrit une valse à la fois douce, nonchalante et très parisienne, portée par la guitare et surtout l’accordéon de Marcel AZZOLA ; un motif repris de manière plus rythmée, plus moderne aussi sur Knokke-le-Zoute. Vient enfin la musique de FRANZ, un film réalisé par Jacques BREL lui-même (1971), qui en signe aussi la musique avec François RAUBER. En guise de thème principal, on entend une valse (Franz valse), d’abord en version limonaire Hooghuis, ce qui lui donne un côté fête foraine. Et surtout dans une déclinaison orchestrale, superbe et romantique. N’oublions pas, pour finir, De Radelozen, une touchante chanson écrite par Gérard JOUANNEST pour la musique, Jacques BREL et Ernst van ALTENA pour  les paroles, et interprétée en allemand par Liesbeth LIST. A travers ce double cd, on a plaisir à découvrir ou redécouvrir les mélodies du grand Jacques BREL, ici magnifiées par les orchestrations de haute volée de François RAUBER. Alors que l’on célèbre les 35 ans de la disparition du chanteur, on prend un immense plaisir à redécouvrir son travail à quatre mains avec le trop peu connu François RAUBER… Une édition de grande qualité et hautement recommandable.JACQUES BREL & FRANCOIS RAUBERT : CHANSONS ET MUSIQUES DE FILMS; double cd disponible chez Universal jazz

 

MON ONCLE BENJAMIN !

En même temps que ce double cd consacré à Jacques BREL et François RAUBER, voici de retour en vidéo un des films les plus populaires (avec L’EMMERDEUR du même Edouard MOLINARO), les plus joyeux et même des plus autobiographiques avec Jacques BREL. L’acteur et chanteur incarne ici  Benjamin RATHERY, un libertin du XVIIIème siècle, également médecin de campagne et grand amateur de bons vins. Son anticonformisme et son insouciance scandalisent sa famille et la bourgeoisie mais enthousiasment les paysans et les bergères. D'aventures galantes en péripéties rocambolesques, Benjamin trouvera enfin le bonheur avec la divine Mamette. Il s’agit en fait d’une adaptation très libre, très joyeuse (notamment à la fin, bien moins sombre que le film, du roman de Claude TILLIER dont le réalisateur à fait une adaptation très amusante, par certains côtés coquine et rythmée par les combats de cape et d’épée, les poursuites et les cavalcades. Si on délecte et on ne se lasse pas de voir, et de revoir, ce film jubilatoire post soixante-huitarde, on apprécie également les bonus, dont le documentaire inédit L’HOMME A L’HABIT ROUGE : Edouard MOLINARO à l’appel de la liberté, réalisé par Pierre-Henri GIBERT. Dabs ce documentaire, Edouard MOLINARO, son assistant réalisateur Philippe MONNIER et Bernard ALANE se rappellent des souvenirs de tournage et de collaboration avec Jacques BREL. On apprend d’ailleurs que l’implication de Jacques BREL a été déterminante dans la concrétisation de ce film car, même si Edouard MOLINARO sortait de deux succès avec Louis De FUNES (OSCAR et HIBERNATUS), il a eu un certain mal à convaincre la Gaumont de l’intérêt d’un projet qui se révèlera un des ses films les plus populaires, les plus personnels et dont il est le plus fier encore aujourd’hui. Edouard MOLINARO nous parle donc de la préparation, avec Jacques BREL qui, très impliqué, a voulu revoir le découpage de son film. Il revient aussi sur l’esprit du film qui, plus libertaire que libertin mais également d’une certaine manière révolutionnaire, faisait peu à la Gaumont. Très émouvantes sont les minutes consacrées à la mémoire des comédiens disparus et des autres tragédies qui ont entouré ce film, et plus particulièrement le décès de la femme du réalisateur à laquelle le film est dédié Quand a Bernard ALANE, qui joue le vicomte Hector de Pont-Cassé, se rappelle des rapports avec Jacques BREL et les autres comédiens et surtout comédiennes du film. Il évoque ainsi le jeu de la très jeune, très belle et surtout très pudique Claude JADE (Manette, la fille de l’aubergiste) qui, refusant de montrer ses seins à l’écran, se révèle d’une sensualité extrêmement touchante. Egalement celui de Lyne CHARDONNET (Arabelle Minxit, la fille du docteur), également très gracieuse et donc on apprend le triste destin puisqu’elle décédée au début des années 1980 d’un cancer du foie. Dans l’autre documentaire, A GENOUX, CHRETIENS, réalisé en 2007, on retrouve, autour du réalisateur et de deux bonnes bouteilles du vin, deux fans inconditionnels du film et du roman dont il est adapté : Alexandre JARDIN et François BUSNEL revisitent ainsi avec Edouard MOLINARO les grandes caractéristiques du film, les meilleurs moments et ce qui en fait une œuvre qu’on regarde toujours avec un grand plaisir ; ce qui est le signe d’un film intemporel. Enfin, on retrouve plusieurs documentaires d’époque : le premier est un reportage sur le tournage tandis que le second nous montre une rencontre entre Edouard MOLINARO et Jacques BREL ; le second intitulé « Bibliothèque de poche : Mon oncle Benjamin » met en scène René FALLET et Georges BRASSENS qui témoignent de leur passion pour l’ouvrage de Claude TILLIER.

MON ONCLE BENJAMIN, Film en 1969 avec Jacques BREL, Claude JADE, Rosy VARTE, Lyne CHARDONNET, Bernard BLIER. Disponible en dvd et Blu-ray chez Gaumont vidéo.

L’ESSENTIEL DE JEAN-CLAUDE PETIT

Alors que le film de Charles NEMES HOTEL NORMANDY marque le retour au cinéma de Jean-Claude PETIT, nous voici donnée l’occasion de réviser l’essentiel du compositeur ; un album conçu comme une promenade libre et sentimentale, courant sur trente ans de cinéma. On y trouve bien sûr les grands classiques : JEAN DE FLORETTE d’abord, et son thème grandiose, puissant et tragique, porté par quelques notes de Giuseppe VERDI et une mélodie à l’harmonica. CYRANO DE BERGERAC ensuite et son somptueux générique de fin avec Thierry CAENS à la trompette et LE HUSSARD SUR LE TOIT ; des musiques, auxquelles on rajoutera le thème joyeusement extravagant de BEAUMARCHAIS L’INSOLENT, le générique de la série LES MISERABLES réalisée par Josée DAYAN et LE RETOUR DES MOUSQUETAIRES de Richard LESTER, qui, comme le rappelle Stéphane LEROUGE, ont fabriqué l'image d’un compositeur particulièrement doué pour réinventer les musiques du passé. D’ailleurs, la musique de MAYRIG (Henri VERNEUIL), avec son thème profond, romanesque et typée avec ses quelques notes de doudouk, en représente encore un bel exemple. Maintenant, et c’est tout l’intérêt de ce disque, le compositeur s’est illustré dans beaucoup de styles, autant cinématographiques que musicaux. Le compositeur s’est ainsi immiscé dans la comédie contemporaine avec LE ZEBRE de Jean POIRET dont on retrouve la superbe chanson titre interprétée par Alain SOUCHON, également le joli thème de SEXES TRES OPPOSES d’Eric ASSOUS et LE PROF d’Alexandre JARDIN. On lui doit aussi la musique du DESIRE interprété par Jean-Paul BELMONDO ; un thème doucement mélodique et délicat pour clarinette et orchestre, édité pour la première fois ; DANSE AVEC LUI, le film de Valérie GUIGNABODET dont le beau thème, très vibrant, avec un superbe développement de cordes, se retrouve pour la première fois en cd. Il a aussi composé plusieurs bandes originales de séries télévisées comme LE CHATEAU DES OLIVIERS, dont le thème, splendide, est interprété par l’Orchestre Symphonique d’Europe. Et les inédits LADY CHATTERLEY et TOUCH AND DIE, dont on apprécie la musique grave, tragique, parfois jazzy avec le solo d’harmonica de l’immense Toots THIELEMANS. On retrouve aussi les thèmes de films plus difficiles, comme LUMUMBA de Raoul PECK, et son motif du discours très lyrique, avec des paroles de Lokua KANZA ; LE CAVIAR ROUGE de Robert HOSSEIN et son thème pour flûte de pan par Georges ZHAMFIR, TRISTESSE ET BEAUTE de Joy FLEURY et son motif pour percussions et saxophone ténor joué par Philippe MATHE, la chanson de SAVANNAH de Marco PICO interprétée par Jacques HIGELIN, MESSIEURS LES ENFANTS de Pierre BOUTRON et encore LE PASSAGER DE L’ETE de Florence MONCORGE-GABIN, et enfin le générique aux accents celtiques de THE PLAYBOYS de Gilles Mac KINNON. Actualité oblige, on retrouve évidemment le thème principal d’HOTEL NORMANDY ; un motif léger, doucement mélodique et coloré, rythmé avec parfois un peu de guitare électrique, dont on relève également une mélodie pianissimo avec un contrepoint de cordes douces. Comme le rappelle si bien Stéphane LEROUGE, entre la flûte de pan de Gheorghe ZAMFIR et les sonorités irlandaises de The Playboys, le destin des Misérables ou celui de Lumumba, cet album raconte à la fois le passé et le présent d'un symphoniste épris de jazz. Il en découle un album anthologique de haut niveau, qui dresse le portrait musical d’un musicien qui aime faire la synthèse entre les différentes cultures, les différentes formes d’expressions. L'Essentiel de Jean-Claude Petit : un album indispensable !

L’ESSENTIEL DE JEAN-CLAUDE PETIT – Universal Music Jazz

THERE'S A WHOLE LALO SCHIFRIN GOIN' ON

Stéphane LEROUGE nous a encore réservé une belle surprise avec cette édition, la première en CD, de la BO imaginaire que Lalo SCHIFRIN aurait pu écrire pour Luis BUNUEL. Nous sommes en 1968, une année décisive pour le grand Lalo SCHIFRIN : il vient d’enregistrer la musique de The Fox (et son thème immortalisé par Dim) puis celle, fameuse, de BULLITT. Dans l'intervalle, il concocte un album très personnel, « There's a whole Lalo SCHIFRIN goin' on », un clin d'œil à une expression popularisée par la chanson de Jerry Lee LEWIS : Whole lotta shakin' goin' on ». Son idée consiste, comme le dit le livret, à pervertir de l'intérieur et détourner les rythmes de danse à la mode, entre pop music et bossa nova. L’album s’ouvre par un Secret Code, rythmé par des sortes de gouttes d’eau, des tambourins et des nuées de bois ; un thème très léger, légèrement vibrant, parfois jazzy avec ses batteries et son synthétiseur pour un mouvement urbain, annonciateur de partitions pour des films policiers; un style de musique que le compositeur détourne et transforme dans Wheat Germ Landscapes, en y rajoutant des rythmes de voix, des percussions et des poussées de cuivres qui lui donnent une couleur plus chaude, plus sud américaine. Lalo SCHIFRIN continue avec Dissolving, un mouvement plus mélancolique, porté par de l’accordéon puis des notes de piano avec un contrepoint étrange, mystérieux ; un thème moins jazzy, plus mélodique voir élégant avec des parties de saxophone sortis d’une bossa nova. Dans Machinations, mais aussi Two Petals, A Flower And A Young Girl le compositeur revient à une musique aérienne, plus jazzy, avec beaucoup de bois, de la batterie et des parties pianissimo, également quelques voix lointaines ; un morceau étonnant qui fusionne les genres comme les instruments. Ce qu’il fait encore avec Life Insurance, qui hésite entre la chanson, avec ses voix, son tempo et la tension, avec son rythme, ses notes d’orgue. Il poursuit avec un thème léger, coloré, mélodique et brillant, qui surfe sur les sonorités voir la variété des sixties (Bride of the wind). Avec How To Open At Will The Most Beautiful Window, Lalo SCHIFRIN revient à une musique douce, mélodique et généreuse, portée par la guitare et les voix. Avec Vaccinated Mushrooms, il propose une musique plutôt entrainante, rapide, colorée, et qui rebondit sur les notes de piano. Il continue avec une suite plutôt pianissimo intitulée Gentle Earthquake avant de finir sur un mouvement amusant, qui hésite entre la farce anglaise et la bossa brésilienne (Hawks vs. Doves). En bonus, le disque contient des extraits de partitions célèbres de Lalo SCHIFRIN : d’abord le thème doux, sensible, pour saxophone, guitare et piano, de Lucille tiré de LUKE LA MAIN FROIDE; puis un thème de base doucement jazzy mais avec pas mal de percussions, tiré de la série MISSION : IMPOSSIBLE (Self Destruct) ; un thème assez sombre pour saxophone, piano et contrebasse tiré de ROLLERCOASTER et, enfin, un Blues a-go-go tiré de l’album Music From Once A Thief And Other Themes. Comme l’avoue aujourd’hui le compositeur dans le livret, ce disque représentait un pari d'écriture à la fois absurde et provocant envers lui-même. Il ne faut donc pas l’écouter sérieusement mais plûtot le déguster comme un bonbon qui valse entre le jazz et la bossa, entre Luis BUNUEL et Clint EASTWOOD. Il en découle un album étonnant, hors norme, où la patte du compositeur argentin éclate par son talent, son inventivité.

THERE'S A WHOLE LALO SCHIFRIN GOIN' ON, musiques originales de Lalo SCHIFRIN – Universal Music Jazz

UNE CHAMBRE EN VILLE

25 ans après sa sortie, et 5 ans après une première réédition venue des Etats-Unis, retour en France, à l'occasion de l'Exposition "Le Monde enchanté de Jacques Demy" à la Cinémathèque Française, de la bande originale d’un de ses derniers rêves. Avec ce film, il espérait renouait avec le succès de la comédie musicale " en chantée " LES PARAPLUIES DE CHERBOURG, créée en 1964. Mais avec une nouvelle équipe car ni Michel LEGRAND, ni Catherine DENEUVE, ne l’ont suivi. C’est donc avec Michel COLOMBIER qu’il a conçu ce drame musical sur fonds de grèves aux chantiers navals nantais en 1955, réussi mais boudé par le public. La partition de Michel COLOMBIER privilégie souvent le piano, idéal pour les séquences chantées et un orchestre à cordes pour l’aspect romanesque. Dès le Générique, un superbe instrumental, il déploie les deux motifs principaux, l’un intimiste au piano, l’autre pour orchestre, et annonce, par un thème grandiose la couleur qu’il développera dès le titre La Rencontre. L’ouvrage multiplie les duos dont l’alliance rythmique et la touche de variété en font des moments de grâce (Violette Amoureuse). Dans les orchestrations, on note un parallèle entre le piano et l’orchestre dans les thèmes d’Edith avec ou son mari (Edmond Et Edith) ou son amant (La Chambre D’Hôtel) ; Egalement un mauvais présage dans les cordes et l’entrée des cuivres, principalement les trombones (La Cartomancienne). Au niveau des parties vocales, on entend l’intégralité des dialogues chantés et des affrontements dont la violence rappelle les récitatifs d’un opéra. Tandis que la guitare électrique, le toucher de piano et l’omniprésence rythmique amènent parfois un côté rock (La Première Grève, Chez La Baronne, La Deuxième Grève). Egalement des parties chorales gravissimes (Le Café Des Chantiers, introduction Violette Et Dambiel). Dans le deuxième acte, la partition multiplie les crescendos (L’Amour D’Edith) pour un propos dont la dimension tragique culmine lors du Suicide D’Edmond : Un duo avec Edith, porté par l’omniprésence du piano, qui commence doucement pour mieux exploser dans la cruauté des mots et l’ascension orchestrale. On relèvera sur les deux amants une touche nostalgique (La Poupée) avant un final poignant et symphonique (La Mort Des Amants). Michel COLOMBIER a composé une partition dont les thèmes évoquent la passion, le combat, la vie et la mort ; Un opéra cinématographique dont les couleurs nuancent la noirceur du scénario ; accompagné d’un livret de 20 pages et, en En bonus, on pourra savourer une délicate suite pour piano de treize minutes, spécialement élaborée et interprétée par un jeune héritier de Colombier, Grégoire Caux.bonus, d’une délicate suite pour piano de treize minutes, spécialement élaborée et interprétée par un jeune héritier de Michel COLOMBIER, Grégoire CAUX, cette belle édition est l’instrument idéal pour (re)découvrir une œuvre magnifique, injustement méconnue.

UNE CHAMBRE EN VILLE – Bande originale du film de Jacques DEMY ; Musique originale composée par Michel COLOMBIER -Universal Music Jazz

CENT MILLE DOLLARS AU SOLEIL/LES MORFALOUS

Après le dytique UN SINGE EN HIVER/MELODIE EN SOUS-SOL "Mélodie en sous-sol", la collection Ecoutez le cinéma ! propose un nouvel album hommage au réalisateur Henri VERNEUIL. En l'occurrence, il s'agit des musiques de Georges DELERUE pour deux films d'action virile, sur fond de sable chaud et des dialogues de Michel AUDIARD. Pour CENT MILLE DOLLARS AU SOLEIL, course poursuite tournée dans le nord saharien, Henri VERNEUIL indique à Georges DELERUE que son film est un western où les cow-boys sont remplacés par des camionneurs et les chevaux par des camions. Porté par le sujet, Georges DELERUE construit un thème titre grandiose, soutenu par des accords de cuivres répétitifs et des percussions. Il installe tout de suite une inquiétude par quelques notes obsessionnelles puis déploie un thème épique et mélodique ; un modèle du genre ! (Cent mille dollars au soleil). Georges DELERUE continue avec un thème plus lent, plus grave, qui joue d’avantage le suspense ; les notes fortes, et le rythme certain évoquent superbement le poids des camions qui avancent dans le désert ; un thème repris en variation avec beaucoup de percussions et des cordes répétitives avant une partie qui joue plus sur le mystère, la tension (Tombée de la nuit). Dans un deuxième temps, le compositeur rajoute un côté nostalgique (L'enlisement) ; un thème que le compositeur mélange à une variation de la mélodie principal avec un côté doux amer, et une générosité orchestrale qui force l’émotion (Dans la poussière des camions). On note que, pour le personnage de Mitch-mitch (Bernard BLIER), on trouve un petit thème, joyeux et chantant. Pour le Quartier arabe, Georges DELERUE a aussi écrit un petit thème pour percussions et flûte, que l’on retrouve dans le final avant que, fort fort logiquement, le compositeur conclue sur son thème principal (L'appel du desert - final). On note enfin ce thème aérien, avec des vibratos, un léger crescendo, puis reprise du thème des camions, assez obsessionnel, et une partie plus nostalgique , plus douce (Une Nuit Marocaine). Au final, voici une partition en couleurs pour un film un noir et blanc ! Henri VERNEUIL et Georges DELERUE se retrouvent vingt ans plus tard pour LES MORFALOUS dont le thème du Générique,  apparait chantant, épique et en même temps très militaire pour le lieutenant Augagneur ; un thème qui brille autant par sa mélodie que par ses orchestrations, à la fois symphoniques et cuivrées, grâce à l’utilisation de cinq trompettes. L’autre dimension du film et de sa musique, c’est les paysages de désolation que traversent les soldats. Ainsi, pour souligner le Nocturne après la bataille, Georges DELERUE revient à une musique plus profonde et aérienne, jouée par un filet d’accordéon, que l’on retrouve aussi sur un motif nostalgique (Piège Au Cimetière) ; une sorte de tango très lent, légèrement rythmé. Il reste dans cette tonalité quasi silencieuse, dont les cuivres lointains, les glissements de violon apportent de la tension, du suspense ; un morceau construit sur le suspense avec la force de vibratos (Objectif g m c). On reste dans cette couleur mais avec un soupçon de romantisme et mystère le motif d’Hélène, le personnage jouée par Marie LAFORET ; une mélodie raffinée que l’on retrouve sur Augagneur Fait Sa Cour ; également mélangée à une musique de suspense et d’aventure atmosphérique avec l’alliage entre la harpe et la trompette (Le mariage de l'or). Au final, voilà deux partitions de Georges DELERUE pour deux grands films d’Henri VERNEUIL. 100 000 DOLLARS AU SOLEIL, a marqué les esprits par son thème généreux, la force et la lumière qu’il a rajoutés aux images. Au contraire, la partition écrite pour LES MORFALOUS apparait à redécouvrir, tellement le thème principal représente l’arbre (un thème vraiment très réussi, populaire) qui cache une forêt beaucoup plus mélancolique, comme si les héros étaient fatigués et recherchaient plus le repos au soleil l’amour que l’aventure ; il en ressort un disque dans lequel on prend beaucoup de plaisir à se plonger !

CENT MILLE DOLLARS AU SOLEIL ; bandes originales des films d’Henri VERNEUIL, musiques originales de Georges DELERUE disponible chez Universal jazzL’AINE DES FERCHAUX/UN FLIC

Comme souvent dans la collection ECOUTEZ LE CINEMA, ce disque raconte de passionnantes histoires de musique, ici celles de deux films de Jean-Pierre MELVLLE. D’abord L’AINE DES FERCHAUX ; l’unique collaboration de Georges DELERUE avec le cinéaste au stetson. Le disque débute par le thème le plus connu, un mouvement en majeur, à la fois lyrique et nostalgique, avec une partie d’harmonie, un instrument imposé par le réalisateur (Les Appalaches) ; une brillante mélodie qui fait office de thème principal et que le compositeur reprend de manière lyrique avec de la trompette (A La Dimitri, La Route – en introduction) ou mélangé à d’autres thèmes, plus profonds, moins mélodiques (L’Affrontement). Pour le générique, Georges DELERUE présente un thème énergique, intense, obsessionnel ; déjà un combat, un vrai thème noir (Sur Le Ring). On trouve encore un thème délicat, avec une tension contenue (Je M’Appelle Michel Maudet). Pour illustrer les Etats-Unis, le compositeur propose une musique très colorée, parsemée de longues notes et une écriture qui rappelle certaines grandes partitions américaines des années 1950-1960 (Manhattan, Deux Hommes). Parmi les autres morceaux, on note un langoureux Slow Du Désespoir aux accents jazzy, également un mouvement pianissimo (Un Bar A La Nouvelle-Orléans). Tout comme le thème de Lina, mais avec des accents français apportés par l’accordéon, un instrument là encore très cher à Georges DELERUE ; un thème que l’on retrouve en deuxième partie de La Poursuite Américaine où le compositeur revient à un style dynamique, rythmique. Pour marquer la rencontre entre deux générations (Charles VANEL et le jeune Jean-Paul BELMONDO), Georges DELERUE a imaginé un thème pianissimo doublé par un contrepoint de cordes ; un mouvement à la fois nostalgique et empli d’une certaine gravité (Maudet Et Ferchaux). Il est encore question de nostalgie mais avec une couleur plus werstern apportée par le banjo pour une ballade délicate, fraiche (Vers Le Sud). Enfin, Georges DELERUE boucle sa partition avec une variation du thème des Appalaches. Au final, voici une partition magnifique de douceur et d’élégance qu’on a plaisir à réentendre dans un son totalement nouveau. La deuxième partition présente est celle d’UN FLIC, le dernier film de Jean-Pierre MELVILLE. Elle a été composée par Michel COLOMBIER, un compositeur révélé par ses musiques audacieuses (CAPOT POINTU) et ses collaborations avec Serge GAINSBOURG et Pierre HENRY notamment. Pour ce film, Michel COLOMBIER a imaginé une partition à la couleur bleu nuit, comme le film. La partition commence par une chanson interprétée par Isabelle AUBRET (C’est Ainsi Que Les Choses Arrivent). Pour la musique originale, on trouve d’abord un thème d’introduction jazzy qui devient vite assez étrange, atonal, avec davantage des notes, pas vraiment de mélodie. Michel COLOMBIER installe une ambiance sombre, froide. On trouve ensuite un thème étonnant à base de clarinette et de cordes, une texture intemporelle qui servira d’ailleurs pour l’habillage de la deuxième chaine de télévision dans les années 1970. Michel COLOMBIER continue à développer une musique aux accents jazzy, avec ici du saxophone (notamment pour une partie sensuelle) et de la contrebasse (Chaussée D’Antin). Il se sert aussi du piano, pour amener du rythme tout en maintenant une atmosphère enfumée (Quatre Hommes En Voiture), également pour des séquences de club (Night Club, Trois Heures Du Matin). Il propose encore une musique froide pour une scène de nuit, avec des percussions qui rajoutent un côté inquiétant (Pour Un Autre Terrain Vague). Au final, Michel COLOMBIER propose une musique aux antipodes de celle de Georges DELERUE. Davantage basée sur les parfums, elle enveloppe magnifiquement la prestance du flic incarné par Alain DELON. En deux films et deux compositeurs, ce disque patrimonial nous remémore deux facettes musicales d’un immense cinéaste.

 

L’AINE DES FERCHAUX/UN FLIC ; bandes originales des films de Jean-Pierre MELVILLE, musiques originales de Georges DELERUE et Michel COLOMBIER disponible chez Universal jazz

 

Egalement disponible

LA FLUTE A 6 SCHTROUMFS / LES FABULEUSES AVENTURES DU LEGENDAIRE BARON DE MUNCHAUSEN

Très attendu, ce disque regroupe deux partitions emblématiques de Michel LEGRAND pour le cinéma d’animation. On trouve d’abord celle, complètement inédite, des FABULEUSES AVENTURES DU LEGENDAIRE BARON DE MUNCHAUSEN, un des derniers films de Jean IMAGE (ALADDIN ET LA LAMPE MERVEILLEUSE). Elle commence par une chanson qui présente le thème du Baron, très mélodique et à l’orchestration significative du style de Michel LEGRAND (Chanson Du Baron). On la retrouve plusieurs fois, d’abord en variation sur un tempo lent et une orchestration à la façon du moyen âge (Thème De L’Aventure). Suit un thème orchestral plutôt pastoral avec des cors (A Cheval Sur Un Boulet De Canon). Pour une sorte de bossa nova à la mélodie recherchée (Chanson De La Sirène), on retrouve Danielle LICARI, l’interprète des PARAPLUIES DE CHERBOURG mais aussi du générique de la série animé HEIDI. Sans oublier une chanson à texte qui narre les pouvoirs extraordinaires des compagnons du Baron (Chanson Des Compagnons). On retrouve le thème principal dans une une ambiance militaire et amusante suivie d’une variation en forme de valse (Sur La Route De Trukesban). On note également un thème pour plusieurs trompettes qui se répondent avant une musique plus mystérieuse (Péripéties En Cascade). Et encore un motif qui rappelle, dans sa couleur, des musiques pour les films de Jean-Paul  RAPPENAU (Réception A La Cour). Les aventures du Baron nécessitaient une musique mi héroïque mi aristocratique ; Michel LEGRAND y répond par un panache de joie et de notes. Suit la partition de LA FLUTE A SIX SCHTROUMPS réalisé en 1975 par PEYO et jamais éditée en cd. En ouverture, Michel LEGRAND introduit un thème mélodique pour les schtroumpfs (décliné également en chanson - L’Hymne Au Travail), dont on retient aussi l’orchestration très colorée (La Flûte A Six Schtroumpfs). Il enchaine avec plusieurs chansons : une sur un motif pianissimo (La Leçon De Schtroumpfs), une autre avec davantage de cuivres et de percussions (Présentation Des Schtroumpfs) et deux à la façon d’un ménestrel (La Ballade De La Gente Dame, Ode Au Vainqueur). Au niveau des thèmes purement orchestraux, l’Arrivée Au Pays Des Schtroumpfs apparait pleine de douceur et le thème de la flûte se décline dans différentes variations : sautillante, enjouée avec des cors qui rappellent le moyen âge (Le Ballet De Torchesac, Le Duel Des Flûtes, Pirlouit Et La Flûte). Enfin, dans la tradition de ses musiques pour Jacques DEMY, Michel LEGRAND introduit un thème virevoltant, brillant et swinguant (La Fête). Comme le dit le livret, ces deux partitions racontent (magnifiquement) le lien unissant Michel LEGRAND au cinéma d’animation ; un vrai régal !

TOPAZ (L’ETAU)

Grâce à l’obstination de Stéphane LEROUGE, voici enfin éditée cette partition, sans thème marquant, de Maurice JARRE pour le film d’Alfred HITCHCOCK, qui venait juste, sur LE RIDEAU DECHIRE, de congédier Bernard HERRMAN. Pour L’ETAU, il préféra se tourner vers le jeune Maurice JARRE, déjà récompensé de plusieurs Oscars. Pour ce récit d’espionnage entre les Etats-Unis et l’union soviétique, le maître du suspense lui avait donné comme unique consigne d’écrire une véritable marche militaire. Maurice JARRE avait alors répondu par un mouvement rythmé et aux cuivres fanfaronnant (Russian March – Opening Credits). Sur le générique, il introduit une mélodie assez simple, entêtante, qui rappelle ses contributions au cinéma français des années 50, et qu’il développe à la façon d’une marche cassée (Main Title From Topaz). Il continue en déroulant une musique aux notes longues, accentuant ainsi le suspense, avec également un zest de piano (French Embassy). Il enchaîne avec un thème mélodique plutôt romantique, dans la tradition des musiques pour les films d’Alfred HITCHCOCK ; un motif qu’il mélange à un rythme de bossa (The Farewell To Juanta), comme dans le morceau Welcome To Cuba et du plus étrange, avec des percussions comme des jouets, Suspicion. On reste dans la tradition avec une musique grave, qui utilise beaucoup les vibratos et les ondes Martenot, pour une ambiance lourde (Deadly Appointment). Pour le thème d’amour, Maurice JARRE débute par une mélodie légère, des cordes pincées et des percussions qui donnent de l’étrangeté, des vibratos qui évoquent les cauchemars. La suite comporte beaucoup de guitare sur une mélodie douce, avec un contrepoint cuivré typique de Maurice JARRE. On note aussi la conjugaison entre la douceur et la tortuosité des sentiments (Love Thème For Juanita De Cordoba), ainsi qu’un développement avec toujours cette touche exotique qui accentue les frayeurs des personnages (The Hidden Microfilm). La partition se termine dans la musique aérienne, avec un retour au thème principal agrémenté de trompette et d’un crescendo évoquant la folie. Avant un dernier détour à la guitare par l’Amérique latine (Topaz). Au final, Maurice JARRE se faufile dans les fêlures des personnages en se servant sonorités latines pour apporter de la chaleur, du trouble. Loin d’être indispensable, cette partition montre la capacité d’un compositeur dont l’univers musical, empreint d’exotisme et d’instruments insolites (comme les ondes Martenot), pouvait s’adapter à tous les maitres du cinéma… même celui du suspense !

L’AFRICAIN

Nous sommes en 1980, en attendant de trouver le financement de CHOUANS, Philippe de BROCA accepte de mettre en scène L’AFRICAIN, une comédie d’aventures se déroulant dans des paysages d’Afrique. Pour la musique, il reste plus que jamais fidèle à Georges DELERUE qui compose, pour (dixit Stéphane LEROUGE dans le livret) cette bande dessinée grandeur nature et au charme naïf une grande partition symphonique.           Ce qui surprend, mais aussi séduit, immédiatement dans cette partition, c’est sa couleur, son ampleur que l’on doit à la grandeur d’un orchestre symphonique. Ce qui correspondait certainement à une volonté du réalisateur, qui avait demandé à son compositeur « une ouverture qui coule comme un grand fleuve africain, vaste, boueux, irrémédiable ». D’emblée, Georges DELERUE gratifie l’entrée des images par des vibratos de cordes et une envolée majestueuse, d’où un thème grandiose, ample et porté par une mélodie puissante. Dans un deuxième temps, il introduit un contrepoint lyrique avec des cuivres, ce qui donne une musique d’aventure que l’on retrouve jouée par les cors dans le thème final (Hydravion) avant qu’il ne reprenne la mélodie principale. Il n’en oublie pas une certaine gravité avec davantage de vibratos, de cordes pincées, pour une musique plus discrète avec quelques envolées de cordes et de la harpe en contrepoint (L'africain – ouverture). En guise de thème d’amour, Georges DELERUE a écrit un joli thème romantique, qu’il avait transformé en chanson sur le thème de Victor avec une orchestration symphonique et un solo de saxophone (Face to face – Vivian REED). On retrouve ce thème, d’où ressort la patte douce, sensible de G DELERUE retrouve ce même thème sur le personnage de Victor (Philippe NOIRET), avec une douceur, une mélancolie et une nostalgie qu’apportent la flûte et cordes légères (Nostalgie De Victor). On notera également une reprise au version piano solo par Raymond ALESSANDRINI, qui fait ressortir la tristesse du personnage (Charlotte Abandonnee) ainsi qu’une déclinaison pour flûtes et cordes et développement (Victor et charlotte). Georges DELERUE introduit également des thèmes décalés pour ce film d’aventures romantiques se déroulant en Afrique. On pense notamment à ce thème très musique de cours avec une écriture soignée, une instrumentation douce et fine (Soirée Chez Patterson). Mais aussi à ces grandes valses très classiques, très Georges DELERUE (Valse De Boston, Voltige Aérienne). Pour évoquer les braconniers, le compositeur introduit également des thèmes de suspense, des mouvements profonds, lents et mystérieux, avec du cor et un contrepoint de cordes (Poulakis Et Sa Bande, Victor Sauve Les Eléphants). Dans la même lignée, on trouve un thème grave, parfois chantant avec des vibratos, un peu de trompette, des percussions qui évoquent les colonies africaines (Sur La Piste Des Eléphants). En complément de L’AFRICAIN, le disque contient une superbe Suite Symphonique De Broca qui regroupe, sur 17 minutes des extraits des grands moments de la collaboration du cinéaste avec Georges DELERUE (CARTOUCHE, CHERE LOUISE, LE DIABLE PAR LA QUEUE et CHOUANS). Au final, voici un disque magnifique, qui permet de redécouvrir, avec un son d’une grande qualité une superbe partition de Georges DELERUE ; un disque immanquable, même pour un Africain !

L’AFRICAIN, un film de Philippe de BROCA, avec Philippe NOIRET et Catherine DENEUVE, musique originale de Georges DELERUE disponible chez Universal jazz

NOUVELLE VAGUE

Après l’édition, depuis une dizaine d’années, de nombre de partitions intégrales de films français des années 1960, la collection ECOUTEZ LE CINEMA ! propose une première synthèse. Au programme de ce coffret 3 Cds : les compositeurs marquants de cette période de révolution artistique ! A commencer par Michel LEGRAND, qui l’a traversée et a composé bon nombre de musiques et chansons pour des films français. On relève donc, sans surprise, des extraits des classiques de Jacques DEMY (LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT) et de ses chansons interprétées par Danielle LICARI (LES PARAPLUIES DE CHERBOURG), Anna KARINA (Angela - UNE FEMME EST UNE FEMME de Jean-Luc GODARD), Jacqueline DANNO (LA CHANSON DE LOLA), Corinne MARCHAND (CLEO DE 5 A 7). Parmi les raretés, on remarque Michel LEGRAND orchestrateur sur JOLI MAI, le film de Chris MARKER, et son thème, à la fois sérieux et élégant, pour piano et orgue, également Christiane LEGRAND sur la chanson titre LE DEPART composée par Krysztof KOMEDA. On note la présence de quelques inédits pour des documentaires comme LES AMOUREUX DU France de François REICHENBACH et Pierre GRIMBLAT (Thème de Dorante et Finale). Georges DELERUE appartient aux compositeurs incontournables de cette décennie. On lui doit une seule (mais emblématique) partition pour Jean-Luc GODARD (LE MEPRIS – en version originale et en reprise par le Traffic Quintet d’Alexandre DESPLAT et Dominique LEMONNIER), plusieurs pour Philippe de BROCA (LES JEUX DE L’AMOUR, L’AMANT DE CINQ JOURS, UN MONSIEUR DE COMPAGNIE) et François TRUFFAUT (TIREZ SUR LE PIANISTE, JULES ET JIM et son Tourbillon De La Vie immortalisé par Jeanne MOREAU, LA PEAU DOUCE), mais également pour Alain CAVALIER (L’INSOUMIS - La Fête Triste), Claude de GIVRAY (L’AMOUR A LA CHAINE), Jacques DONIOL-VALCROZE (LA DENONCIATION), Alain RESNAIS (valse d’HIROSHIMA MON AMOUR). Autre compositeur prestigieux : Maurice JARRE qui avait commencé sa carrière avec Georges FRANJU (LA TETE CONTRE LES MURS) puis signé la balade du film de Jean-Pierre MOCKY LES DRAGUEURS. On retrouve aussi Pierre JANSEN sur les films de Claude CHABROL : LANDRU et son générique martial, dramatique et presque opératique, LE SCANDALE et MARIE-CHANTAL CONTRE LE DOCTEUR KHA avec son thème à la fois mystérieux, crescendo et valsant, à l’orchestration très technique pour harpe et cordes flamboyantes. N’oublions-pas aussi les musiques du grand Paul MISRAKI, toujours pour Claude CHABROL (Les BONNES FEMMES) et Jean-Pierre MELVILLE (LE DOULOS), Jean-Luc GODARD ((La Valse d’ALPHAVILLE) et Charles BITSCH (l’étonnante Chanson En Langue Inconnue par Danielle LICARI). Egalement d’Antoine DUHAMEL, et ses collaborations avec Jean-Daniel POLLET (la superbe musique de MEDITERRANEE), Jean-Luc GODARD et Anna KARINA (Mic Et Mac) et François TRUFFAUT (BAISERS VOLES) et, bien sûr, de Michel MAGNE (UN MARI A PRIX FIXE de Claude de GIVRAY). On croise aussi des compositeurs ayant peu composé pour le cinéma et dont les partitions restent mémorables : c’est le cas de l’immense Miles DAVIS dont la musique pour ASCENSEUR POUR L’ECHAFAUD demeure une référence incontournable. Mais aussi de Martial SOLAL, pour toujours associé au succès d’A BOUT DE SOUFFLE de Jean-Luc GODARD. Côté chansons, parmi les auteurs de la nouvelle vague, Serge REZVANI occupe une place de choix avec PEAU DE BANANE (Embrasse-moi par Jeanne MOREAU), DRAGEES AU POIVRE (La Vie S’Envole par Anna KARINA et Claude BRASSEUR). Cette compilation constitue encore une bonne occasion d’entendre des musiques de compositeurs moins connus ou oubliés : Alain ROMANS sur UN COUPLE de Jean-Pierre MOCKY (Leitmotiv Pour Pierre), une musique de comédie plutôt jazzy ; Jean CONSTANTIN sur LES 400 COUPS de François TRUFFAUT ; Fiorenzo CARPI sur VIE PRIVEE dont la chanson Sidonie est interprétée par Brigitte BARDOT sur une musique de Yani SPANOS et Anton DIABELLI sur l’Andantino de la Sonatine n° 8 du film MODERATO CANTABILE de Peter BROOK. Sans oublier Sacha DISTEL et son instrumental jazzy de sa Belle Vie sur le sketch L’Orgueil du film LES 7 PECHES CAPITAUX (Marina), Bobby LAPOINTE sur TIREZ SUR LE PIANISTE (Framboise). Mais surtout Serge GAINSBOURG qui, avec l’aide de grands orchestrateurs comme Alain GORAGUER (L’EAU A LA BOUCHE), a signé des musiques et chansons qui sont restées dans les mémoires. Et également quelques compositeurs classiques comme Erick SATIE sur LE FEU FOLLET (Troisième gnossienne), Wolfgang Amadeus MOZART sur LE BONHEUR (Fugue en ut mineur k546) et Jean-Sébastien BACH (Sinfonia par les Swingle Sisters – DRAGEES AU POIVRE). Enfin, on notera quelques surprises : la musique sombre et romantique de l’immense Bernard HERRMANN pour LA MARIEE ETAIT EN NOIR de François TRUFFAUT, et un remix de PIERROT LE FOU très respectueux des notes d’Antoine DUHAMEL par Sporto Kantes. Très bien construite, ce coffret mérite vraiment le détour pour qui a envie de pénétrer une décennie de création musicale au service du septième art. Surtout que la présence de trois disques permet de proposer une palette complète de compositeurs et souvent plusieurs morceaux et chansons. On se délecte donc des sonorités et des refrains plus ou moins connus de cette époque, des rythmes et des couleurs variés et souvent très jazzy. Au final, pas besoin de tirez sur le pianiste ni de faire l’amour à la chaine et encore moins de se retrouver à bout de souffle pour apprécier les meilleures musiques et chansons de la nouvelle vague !NOUVELLE VAGUE – Musiques et chansons de films – coffret 3 cds – Universal Jazz

 

LE CINEMA DE POLNAREFF

Très attendue, cette compilation permet de (re)découvrir les compositions de Michel POLNAREFF pour le cinéma, un art pour lequel il a dû ajuster sa personnalité à celle d’un autre créateur. Commençons par un des bonus avec sa toute première partition hors chanson, celle du spectacle RABELAIS, qui débute à la façon d’une parade de cirque puis continue dans un registre plus classique, plus populaire. Puis, venons-en à ses travaux pour Gérard OURY, dont le classique LA FOLIE DES GRANDEURS (1971 avec Louis de FUNES), certainement sa partition la plus réussie ; Une musique audacieuse avec son générique façon western mais aussi au flamenco Blaze (Yves MONTAND), et son thème d’amour (pour Alice SAPRITCH) aux accents baroques et pianissimo. Gérard OURY et Michel POLNAREFF se retrouveront 23 ans plus tard sur LA VENGEANCE DU SERPENT A PLUMES, une partition planante et légère (La Belle Veut Sa Revanche), qui essaye par moments de renouer avec le style western (La Poursuite Du Serpent A Plumes) mais dont on retient surtout une belle chanson (La Belle Veut Sa Revanche – Encore Et Encore). Maintenant, ce serait réducteur de s’arrêter à ces films et c’est aussi l’intérêt de cet album. La même année que LA FOLIE DES GRANDEURS, il signe la bande originale de CA N’ARRIVE QU’AUX AUTRES de Nadine TRINTIGNANT, dont la très connue chanson sur un thème qu’il reprend dans diverses orchestrations dont une pianissimo d’une grande pureté (Jardin Public) et qu’il mélange même à de la valse (Un Couple Heureux). Le collectionneur se ruera aussi sur celle du très british D’ARTAGNAN L’INTREPIDE, un dessin animé réalisé par John HALAS en 1974. On se repassera en boucle la chanson principale (Et Hop, On Va Tout Changer) ; une balade pop, à la mélodie implacable, présentée ici dans sa version originale par Paul NICHOLAS, une vedette de comédies musicales (Wake Up, It’s A Lovely Day), que l’on retrouve aussi dans l’hymne choral Freedom And Liberty.Parmi les autres extraits, on note des développements avec des vibratos façon renaissance (Thème Des Mousquetaires Et De La Reine); des chevauchées de percussions accompagnées de sonorités électroniques (Les Méchants, La Chevauchée Et Le Combat), des thèmes plutôt psychédéliques et électriques très années 1970 (La Chouette / Cavalcade de D’Artagnan) et des motifs façon intrigue du 18ème siècle (Thème Du Roi / La Valse). Une autre partition à réviser reste celle de LIPSTICK, le film de Lamont JOHNSON (1976), qui débute par un thème très rythmé,presque disco (Lipstick), se poursuit par un ballet atmosphérique très seventies (The Rapist). Mais ce que l’on retiendra, c’est une excellente suite de plus de 12 minutes basée sur un thème pure, particulièrement émouvante, que Michel POLNAREFF ne cesse de développer en l’entrecoupant de passages plus tendus, plus rapides. On n’oubliera pas, enfin, la chanson plutôt inattendue, d’EROTISSIMO de Gérard PIRES (1968) interprétée par Annie GIRARDOT (La Femme Faux Cils) et une musique planante et jazzy (Voyages). Comme le souligne si bien le livret, comme Maurice JARRE, c’est la musique de scène qui a permis à Michel POLNAREFF de côtoyer le cinéma. Au final, plus qu’une immense voix, un retrouve un immense mélodiste et orchestrateur dont la « folie des grandeurs » n’a d’égale que son génie !

LE CINEMA DE MICHEL POLNAREFF, musiques de films composées par Michel POLNAREFF – Universal Jazz

VILLA RIDES / EL CONDOR

Après son coffret consacré au compositeur de LAWRENCE D’ARABIE, Stéphane LEROUGE propose deux partitions rares ou inédites, pour des westerns. D’abord EL CONDOR, réalisé en 1970 par John GUILLERMIN avec Jim BROWN et Lee Van CLEEF et la partition restait inédite. L’action se situait au Mexique où, deux desperados tentent, avec le concours d’Apaches, de subtiliser des lingots d’or à un général. Comme souvent, Maurice JARRE avait basé sa partition sur un thème mélodique, que l’on découvre dès un Main Title dans lequel les percussions jouent crescendo, accompagnées d’un léger piano, d’harmonica et de cordes. Ce thème revient dans différentes orchestrations et tonalités, en particulier pour accentuer les moments de suspense (Pure Gold). On note des couleurs propres à Maurice JARRE, comme cette ambiance où les cordes tournantes et les cuivres évoquent les grands espaces (Before The Attack, The Ride). Mais aussi une part de fantastique à travers des motifs plus lents (Luke And Jaroo, The Fortress) ou aériens, dans la lignée de ses musiques pour Georges FRANJU (High Tension And Broken Waltz). Souvent soutenue, la musique apparait parfois plus intimiste avec des guitares, comme lorsque Lee Van CLEEF s’attache à un petit garçon (Ballad For Two Guitars). Maurice JARRE part donc d’un thème mélodique et d’une couleur typiquement latine pour construire une partition pleine de caractère. Il n’en oublie pas une dimension européenne en utilisant les cassures d’une valse. Bien que Maurice JARRE en ait souvent dirigé le thème principal en concert, la partition de VILLA RIDES (PANCHO VILLA), le film réalisé par Buzz KULIK en 1968, restait inédite en cd. Sans surprise, le thème principal, omniprésent, dresse le portrait du révolutionnaire campé par Yul BRYNNER, symbolisé par une mélodie sifflée accompagnée de cymbales, timbales et du souffle du vent. L’orchestre rentre dans un second temps pour le développer romanesque et épique. On y relève un crescendo qui évoque la colère d’un peuple (Main Title). Maurice JARRE s’était beaucoup inspiré des folklores mexicains, notamment des musiques mariachis, d’où des motifs rythmés que le compositeur enchaine en boucle tout en variant les orchestrations (Much More Money). Le compositeur n’en délaisse pas les rythmes européens, en particulier la valse qu’il enrobe de guitares (Waltz In The Clouds) mais aussi de castagnettes et de piano (Love Theme). Si la partition multiplie les musiques de bravoure (Pancho On The Move, The Battle), elle emprunte des contours plus graves (After The Battle). Rempli de lyrisme et d’ampleur, cette partition joue à merveille des codes des films d’action et du folklore mexicain. Ces deux partitions, lyriques et amples, présentées en versions intégrales, méritent vraiment de clamer haut et fort, Villa Maurice JARRE !

VILLA RIDES / EL CONDOR, musiques de Maurice JARRE - Universal Music Jazz

SUITES CINEMATOGRAPHIQUES: PRET-A-PORTER, THE LEGEND OF SIMON CONJURER, DON QUICHOTTE, ICE STATION ZEBRA

Toujours à la recherche d’œuvres inédites ou rares du compositeur des PARAPLUIES DE CHERBOURG, Stéphane LEROUGE a sorti cette délicieuse série de suites cinématographiques. On commence par PRET-A-PORTER, le film de Robert ALTMAN réalisé en 1995 pour lequel Michel LEGRAND avait composé deux musiques pour le générique : l’une jazzy (conservé dans le film), l’autre plus classique, que l’on entend ici pour la première fois. Il s’agit d’un allegro répétitif, pianissimo et enlevé comme pour un film d’action (Moscow-Paris). On poursuit par THE LEGEND OF SIMON CONJURER, un film de Stuart PAUL réalisé en 2006 avec Jon VOIGHT qui l’avait proposé à Michel LEGRAND. Pour cette histoire d’un professeur qui transforme des jeunes désespérés, on découvre une partition lumineuse, portée par la harpe de Catherine MICHEL, qui amène le côté poignant d’une musique où les thèmes se succèdent, passant de mouvements vivaces à une sorte de marche majestueuse aux accents rythmiques asiatiques. On enchaîne avec la suite, superbe, de LA ROSE ET LA FLECHE, dédiée à Sean (CONNERY) et Audrey (HEPBURN) dont les thèmes majestueux, puissants et lyriques n’avaient pas réussi à convaincre le réalisateur Richard LESTER. Il en découle une musique majeure, souvent religieuse, parfois grave avec des doublés de violons, et qui dépeint, par des jeux de cordes hautes, les subtilités des amours vieillissants de Robin et Marianne. Suit le joli thème de la série télévisée SINS ; un motif mélancolique avec beaucoup de cuivres et de percussions précédant un développement pianissimo et orchestral (Howland Concerto). Pour une autre série, LES AVENTURES DE DON QUICHOTTE, Michel LEGRAND avait basé sa partition sur le violon d’Ivry GITLIS qui, jouant légèrement au-dessus des notes, ajoute une tension. Souvent étrange, la musiqueévoque le pas lent du héros espagnol, repris par la ligne de violon et le contrepoint de cordes. Le programme se termine par ICE STATION ZEBRA, le film de John STURGES, dont Michel LEGRAND retient, d’une partition omniprésente à l’écran, les moments de suspense et d’aventures. Grand compositeur, mélodiste d’exception et orchestrateur de talent, Michel LEGRAND a toujours multiplié ces trois qualités ; ce disque formidable en apporte encore une fois la preuve ! Quel plaisir immense alors d’entendre des partitions connues ou souvent inédites sous forme de suites symphonique. On en ressort les oreilles frissonnantes, heureux de retrouver un Michel LEGRAND jamais aussi à l’aise qu’à la direction d’un orchestre symphonique.