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Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

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MONEY MONSTER

Dans ce thriller mené en temps réel, Lee GATES (George CLOONEY), animateur d’une émission financière, et sa productrice Patty (Julia ROBERTS) se retrouvent pris en otage dans leur studio de télévision par un spectateur (Jack O’CONNELL) furieux d’avoir tout perdu après avoir suivi leurs conseils d’investissement. Dès lors, Lee et Patty vont tenter d’élucider l’énigmatique conspiration qui semble se cacher au cœur des marchés mondiaux… Sur ce film, c'est Dominic LEWIS, un proche d'Henry JACKMAN, qui a composé la musique; en fait il a  davantage élaboré des ambiances sonores que des véritables thèmes. Il commence d'ailleurs par une ambiance moderne, urbaine sous la forme d'une musique électronique et rythmique, qui évoque l'univers de la télévision. Mais aussi la vitesse de mouvements financiers (Opening Bell). Il continue par un autre thème rythmique et atmosphérique à la fois, composé de nappes synthétiques et d'une cellule de quelques notes de piano en guise de thème (Bear Market), que l'on retrouve, accompagnée de quelques percussions et de mouvements synthétiques qui amènent de la tension (Initial Claims). Dominic LEWIS poursuit par un thème lointain, notamment dans le piano en arrière et une légère mais omniprésente rythmique électronique qui joue la tension, le tout sous une ambiance étrange faites de nappes électroniques. D'où une atmosphère lourde, où le piano revient par touches dans un mouvement qui joue plus les machines que la véritable musique, malgré l'amorce d'une cellule mélodique (Triple Buy). Arrive un thème qui se veut plus intimiste,à base de claviers et de notes électroniques plus discrètes, intimes. Mais sans lâcher l'ambiance de thriller (Molly) qui résiste dans des thèmes pulsatifs, profonds et rythmés  avec un fond grave et synthétique et des notes de piano répétitives qui maintiennent la tension (Human Error, Hostile Takeover). Egalement un motif froid, quasi  silencieux, avec des sonorités montantes, une sorte de rythmique  de bruits de pièces (Outside World). Dominic LEWIS revient à des sonorités atmosphériques, qui jouent l'émotion tout en utilisant des vibratos et des notes synthétiques qui maintiennent l'ambiance inquiétante (Rallying Market), aérienne et doucement rythmée, avec  une tentative pour introduire un thème plus mélodique, plus marquant (High Frequency Fraud), recourant parfois à une ligne de violoncelle qui amène une couleur étrange, orientale, puis plus mélancolique, pianissimo (Market Crash). Avant de conclure par un thème qui mélange du piano, des cordes lointaines et de l'électronique. D'ouvrir une musique entre ambiance émotionnelle et de thriller, aidé par un thème plus ample, dans la vague hollywoodienne des années 2000 (Global Players). Au final, voici une bande originale qui convient au film mais qui franchit mal le passage du disque. En effet, si Dominic LEWIS réussit à amener des ambiances de thriller efficaces, il le fait sans originalité, utilisant abondamment des sonorités électroniques déjà entendues. Certes, il introduit parfois des notes de piano et même de violoncelle, plus rarement des sections entières de cordes mais cela ne suffit pas à faire une partition qui se tienne. Et ce n'est malheureusement pas les rares moments d'émotion qui réussissent à sauver la partition du naufrage, en tout cas pour le disque.

MONEY MONSTER. Un film réalisé par Jodie FOSTER.  Avec George CLOONEY, Julia ROBERTS, Jack O'CONNELL. Musique originale de Dominic LEWIS disponible chez Sony classical.

 

 

LA DREAM TEAM

Cette comédie raconte l’histoire de Maxime BELLOC (Medi SADOUN), un grand joueur de football qui, après s’être brisé la jambe dans un geste de colère est devenu une star déchue. Son agent (Chantal LAUBY) le contraint de partir en convalescence chez son père (Gérard DEPARDIEU) à qui il ne parle plus depuis 15 ans. Dans le Berry, Maxime va redécouvrir le sens des valeurs, notamment en relevant un nouveau challenge : faire gagner un championnat à l’équipe de sa ville natale. Pour la musique, on retrouve Alexandre AZARIA, contacté avant le tournage par le réalisateur Thomas SORRIAUX, qui souhaitait disposer de l’hymne du club avant le tournage; une idée qui a servie à l’écriture du thème principal, la mélodie pouvant alors devenir une solide base musicale. En effet, le réalisateur et le compositeur ont choisi de placer le score à l’échelle des ados membres de l’équipe de foot. Pour eux, ce sera un long chemin vers la victoire. Elle apporte une dimension quasi épique à cette histoire d’un petit club du Berry, pour qui cette coupe régionale représente l'équivalent d'un titre mondial ! Il n'en fallait pas plus à Alexandre AZARIA pour ancrer une large partie de sa partition dans la tradition des musiques de films américains de super héros ! Dans la première partie, la musique d’Alexandre AZARIA représente l’univers musical de Maxime BELLOC, apparaissant plutôt urbaine, Hip Hop même, à l’image de ce footballer urbain et superficiel. Mais, lorsqu’il débarque en province, elle devient plus acoustique, plus pop ; un univers bien connu d’Alexandre AZARIA qui, avant d’écrire des musiques de films (LE TRANSPORTEUR 2 & 3, PEAU D'ANGE, OMAR M'A TUÉ…), exerçait comme guitariste du groupe Indochine. Ainsi, on entend une sorte de balade folk d'inspiration années 1970, interprétée par la voix rauque de Gregg MICHEL (A little shining Star), qui,revient sur une chanson acidulée, à la couleur pop britannique (The Guy With The Mic And The Guitar). On entend aussi un thème coloré d’électronique, presque une chanson psychédélique matinée de pop (Les Cadets). La partition entame aussi un parcours orchestral, par un grand thème d'aventures sur une base rythmique avec une mélodie forte (En route pour les colzas) qui rejoint un hymne vaillant, dont l’arrangement varie en fonction des séquences. Alexandre AZARIA annonce ainsi la couleur, par un ample thème orchestral, rythmé par des percussions, des cuivres (Logos). A mesure que Maxime BELLOC commence à entrainer l’équipe, le score prend de plus en plus de place ; chaque match représentant un combat, une bataille, chaque défaite une catastrophe et chaque victoire un acte héroïque. Ce qui permet d’amener de grandes musiques d’aventures introduites par une sorte de sonnerie de trompette et de caisses claires (Un zéro, 8ème De Finale). Mais aussi parfois des musiques musclées, qui jouent le décalage, le suspense, sur un tempo tendu, et qui semble même parfois décoller (Les colzas). Jusque La Finale ; une musique grandiose, généreuse, qui façonne un parcours valeureux mais semé d'embûches. D'où les percussions, les rythmiques électroniques, au travers d’une couleur générale hollywoodienne, sur un tempo parfois assez lent, rythmé par du piano (A la Régulière) ou plus crescendo (Victoire). Alexandre AZARIA amène enfin, parfois, des thèmes intimistes et nostalgiques, tenus mélodiquement par le piano, accompagnés de cordes en nappes répétitives (Finalement, Le Cimetière, Les Foins). Au final, composer un score de « super héros » pour une comédie représentait une démarche assez singulière, voire risquée. A condition que l'on prenne un certain recul par rapport à ses références, On découvre une partition assez incroyable qui, d’un côté, contient des thèmes pop bien troussés et, de l'autre, et ce n'est pas une surprise tant le compositeur aime se nourrir des partitions de films, un exercice de style très réussi. Hollywood ne répond plus ? On vous passe un Alexandre AZARIA très en forme!

LA DREAM TEAM. Un film de Thomas SORRIAUX. Avec Medi SADOU, Gérard DEPARDIEU, Chantal LAUBY, Patrick TIMSIT,… Musique originale d'Alexandre AZARIA, disponible chez BOriginal/Cristal records.LA VACHE

Cette comédie sent bon le rapprochement cocasse entre l'Algérie et la France ! Elle met en scène Fatah, un paysan Algérien qui décide de se rendre, à pied et avec sa vache Jacqueline, au Salon de l'Agriculture de Paris. Après son   débarquement sur le port de Marseille, il entame, pas à pas, un périple parsemé de rencontres déterminantes. Pour la musique, le réalisateur Mohamed HAMIDI a engagé Ibrahim MAALOUF, dont  il connaissait les albums et ses aventures cinématographiques  jusqu'à YVES SAINT-LAURENT. Il faut préciser qu'Ibrahim MAALOUF faisait partie musiciens qu’Armand AMAR avait engagés pour jouer la musique de NE QUELQUE PART, son premier film ; le son de sa trompette apportait le brin de nostalgie que recherchait alors le réalisateur. Pour ce deuxième film, Mohamed HAMIDI souhaitait reprendre la même        équipe mais Armand AMAR n'était pas disponible. Il a alors proposé à Ibrahim MAALOUF de s'occuper de cette musique, qui tourne autour du personnage principal; une musique qui positionne parfaitement l'humeur général du film et apparaît déterminante car elle permet de souligner une atmosphère, tout en intervenant toujours de manière intelligente et en parfaite harmonie avec l'image. Le réalisateur a aussi souhaité que l'on retrouve dans la musique le ton du film, qui joue sur la rencontre de Fatsah avec des personnes de milieu et  de cultures différents. Ce qu'Ibrahim MAALOUF a traduit en travaillant avec l'orchestre gitan oriental Haidouti, dont les musiques habituelles se situent à la croisée de plusieurs cultures. Pour illustrer l'incroyable parcours de Farsah, Ibrahim MAALOUF commence par un thème joyeux, forcément dépaysant grâce à la couleur particulier de l'orchestre gypsy. Une musique qui reflète le caractère  entier du personnage, en mettant en avant une base d'accordéon, puis de trompette (évidemment jouée par Ibrahim MAALOUF) et de cuivres. Alors, à la manière d'une fanfare, Ibrahim MAALOUF  introduit une sorte de rumba grandiose, enlevée, délicatement colorée dans laquelle on ressent des relents orientaux (Le Grand Voyage) et mélancoliques que l'on retrouve plusieurs fois dans la partition (Back To Baskinta, La Balade De Fatah-Part 2). Pendant une grande partie de la partition, Ibrahim MAALOUF continue dans le même esprit, à commencer par cette autre rumba, plus mélancolique, et  amusante sur la fin (La balade De Fatah); également des thèmes décalés, comme cette sorte de marche, dans un esprit latin, presque italien; un thème écrit mais qui parait aussi parfois improvisé, comme voyageant par la trompette et l'orchestre qui sortent des sonorités métissées (Marseille). Toujours porté par le dynamisme des personnages, Ibrahim MAALOUF passe aussi par des thèmes enlevés, hauts en couleur, à la fois jazzy et dansant, à base de trompette bien sûr, à l'exemple de cette  pseudo danse qui hésite entre plusieurs cultures (Paris A Tout Prix) ; également des mouvements qui rappellent presque des musiques de cirque et qui collent parfaitement à la dimension ludique du film (Le Fanfaron). Il amène aussi des motifs  empreints de nostalgie, comme un lento à base d'accordéon, qui joue de longues notes, et de trompette, qui développe la partie mélodique; un thème qui reflète l'éloignement, le manque d'une personne chère (Lettre A Naïma). Et de mélancolie comme ce final en forme de lento à base d'accordéon et de trompette, qui devient grandiose dans sa reprise orchestrale toi en conservant une certaine simplicité grâce à un solo de clarinette (L'Incompris). Au final, en choisissant des mélodies orientales mais jouées de manière gypsy, Ibrahim MAALOUF épouse musicalement et parfaitement le personnage de Fatsah dans sa traversée francilienne. Alors, la musique d'Ibrahim MAALOUF constitue une vraie réussite tant elle colle à ce villageois attachant, totalement ouvert aux rencontres. Elle paraît aussi découler naturellement du processus narratif  et s'intègre naturellement dans l'esthétique du film. On aime autant que le film !

LA VACHE. Un film de Mohamed HAMIDI, avec Fatsah BOUYAMED, Lambert WILSON, Jamel DEBBOUZE. Musique originale d'Ibrahim MAALOUF disponible chez Quad/Mi’ster productions.

 
 
 

BELLE ET SEBASTIEN: L'AVENTURE CONTINUE

Dans ce deuxième volet, réalisé par Christian DUGUAY (JAPPELOUP en 2011), qui se déroule à la sortie de la guerre,  Sébastien attend avec impatience Angélina, qu'il n'a pas revue depuis deux ans. Malheureusement, l'avion qui la ramène s'écrase en montagne.  Convaincu qu'Angélina est toujours en vie, et accompagné de sa fidèle Belle, Sébastien s'engage dans l'aventure la plus périlleuse de sa vie… Comme pour le premier film, c'est Armand AMAR qui a composé une musique dont la palette sonore, et son ampleur romanesque, accompagne les personnages dans leur parcours. Quand aux mélodies, discrètes mais bien plus présente que d'habitude chez le compositeur, elles apportent un vrai souffle ainsi que du panache au film. D'ailleurs, pour le réalisateur,  la grande force d'Armand AMAR  réside dans son sens inné de l'harmonie musicale, de créer des émotions sans surligner les scènes. Ce qui permet au public de s'attacher aux personnages et de s'investir dans les lieux. L'album s'ouvre par la reprise, par Zaz,, de Belle, la célèbre chanson de la série télévisée écrite par David WHITE et  Cécile AUBRY. Armand AMAR commence ensuite par une Ouverture étincelante et planante, légèrement obsessionnelle dans son contrepoint. Comme dans le premier film, le compositeur introduit tout de suite une musique généreuse, sensible, à base de pas de guitare, de flûtes par Henri TOURNIER et de cordes. Restant dans cet esprit, il continue par un thème de La Luge enlevé, vivace, et mélodique dans son contrepoint. Il n'en oublie pas l'innocence au travers d'un court motif pianissimo. Il s'agit d'un thème qu'il développe délicatement, mélodiquement accompagné de cordes larges sur des séquences intimistes comme Départ pour les Retrouvailles et L'attente. Armand AMAR revient à un thème davantage dans la couleur générale des cordes, agrémentées de guitares et de flûtes qui dépeignent joliment les montagnes. D'abord en introduisant un joli solo de violon par Sarah NEMTANU et des vibratos, idéaux pour amener de la Tristesse. Puis en liant des notes de piano jouées par Julien CARTON à des accords de guitare, accompagnés de cordes en groupe et en solo sur A La Rencontre De Père. Armand AMAR s'inspire aussi parfois de la chanson (également reprise par l'actrice Thylane BLONDEAU) notamment sur le thème, pianissimo, de La médaille). Armand AMAR continue par un thème ample,  enjoué, qu'il développe dans la lignée du prologue; un morceau qui se déploie autour d'une mélodie généreuse, qui maintient le suspense et la tendresse (A la Recherche d'Angelina). Puis il enchaine aussi plusieurs thèmes rythmés,   développant là une musique d'action et de danger, efficace mais très classique, assez loin de son style habituel bien plus moderne (Bagarre Dans L'Avion, Belle Contre L'Ours, Poursuivis Par Le Feu). Il amène ensuite un thème presque silencieux, parfois obsessionnel dans son contrepoint;  une musique qui évoque, par les bois et surtout les flûtes, un mystère en même temps qu'une tristesse (Seul Dans La Forêt). Cette couleur,  on la retrouve dans une tonalité  plus étincelante, mélodique sur le thème évoquant le rapport  Père Et fils et, encore plus, dans un joli thème quasi enfantin, mélodiquement distillé au piano et qui cite de nouveau la chanson historique (Tu Es Mon Père (L'oiseau). Armand AMAR installe là une dimension poétique qu'il exploiter encore par un thème relativement calme, mélodique et étincelant, généreux et vibrant dans les cordes, et même parfois lyrique dans son contrepoint, ce qui lui donne une émotion appuyée par une cellule op de piano et de flûte (Arrivée Au Camp), également par un motif très doux, caressant de piano et violon solo, chantant (Déception). Après plusieurs thèmes emplis  d'un souffle inquiétant et de piano, dans une couleur pure, lyrique et vibrante  (Fuite Des Animaux, L'arbre), Armand AMAR revient à une musique aérienne; un thème de danger légèrement vibrant, avec du rythme dans les cordes et des choeurs omniprésent bien qu'en arrière (Suspendu Dans Le Vide). Puis, sur de douloureuses retrouvailles, il revient à des sonorités aériennes, à la fois poétiques, douces et larges, mélange d'aventures et d'émotion (Sébastien Sauve Angelina). Au final, et comme sur l'opus précédent, Armand AMAR ravit nos oreilles avec cette partition assez classique mais surtout très belle. Bien évidemment, il ne peut pas complètement oublier le thème original mais il sait aussi s'en affranchir. Profitant d'un orchestre symphonique et de chœurs, il introduit des thèmes amples et généreux quo magnifient les paysages,  les émotions tout en renforçant les scènes d'aventures. A défaut de surprendre, le résultat apparaît d'une grande fluidité, d'une belle humanité!

BELLE ET SEBASTIEN: L'AVENTURE CONTINUE. Un film de Christian DUGUAY, d'après  la série écrite et réalisée par Cécile AUBRY, avec Thylane BLONDEAU, Margaux CHATELIER, Thierry NEUVIC,  Tchéky KARYO, Félix BOSSUET. Musique originale d'Armand AMAR disponible chez Gaumont/Idol music.

 

THE MONKEY KING

Voici une sortie inattendue pour le label américain, en l'occurrence la bande originale, composée par Christopher YOUNG, pour  un film chinois d'aventures à gros budget,  tiré des légendes des dynasties MING. Ici, Sun WUKONG, le légendaire "Monkey King" de la Chine, défie les dieux dans des batailles épiques sur terre et dans le ciel ; un terrain idéal pour Christopher YOUNG qui développe une musique   épique,  écrite pour le grand orchestre symphonique national slovaque sous la baguette de Nic RAINE et un chœur dirigé par Allan WILSON. D'emblée, Christopher YOUNG commence par un long thème guerrier, enlevé, rythmé dans les caisses claires et avec des cuivres par derrière; un schéma grandiose sauf qu'il a déjà été utilisé, et en mieux, par des compositeurs prestigieux. Le compositeur essaye aussi d'amener de courts gimmicks comme des sonneries introduisant des mouvements de percussions, de flûtes mais les mélodies, en plus brèves, tardent à venir (Yu Huang Da Di, The Jade Emperor). Ce qui également le cas dans le thème de Ao Kuang,  une sorte de marche macabre rythmée par des tambours et des percussions orientales, entrecoupée de choeurs qui apportent de l'émotion et l'orchestre du romanesque (Ao Kuang, The Dragon King Of The East Sea). Christopher YOUNG continue par un morceau plus simple, poétique, pour flûtes et harpe, dans un schéma de musique d'inspiration traditionnelle chinoise. Les cordes apparaissent en retrait pour apporter de l'émotion et introduisent des mouvements plus intimistes et délicatement mélodiques (Tieshan Gongzhu, The Princess Iron Fan). Puis, pour Nüwa, Christopher YOUNG revient à une sorte de marche guerrière, qui alterne passages en majeur, soutenus par les percussions, des cuivres puissants et surtout les choeurs; et des moments plus en mineur, dans les vibratos, aboutissant à  une musique qui dégage à la fois du mystère  et de la poésie, sur des harmonies parfois contemporaines (Nüwa, The Goddess Of Works). Il passe ensuite, pour Ruxue, à un thème qui mélange les sonorités orientales et occidentales, avec des cordes répétitives, des violons orientaux et des flûtes qui amènent un côté dépaysant ainsi que la dimension mélodique locale qui devient même romantique dans la seconde partie du thème (Ruxue, The Silver Fox).  Christopher YOUNG introduit ensuite un thème inquiétant, incluant une cellule grave répétitive. Dans un deuxième temps, toujours sur un lento, il introduit un solo vocal très pur, simplement accompagné de petites percussions puis de cordes de plus en plus généreuses, parfois vibrantes (Guan Yin, The Goddess Of Mercy). Pour la longue suite du taureau Roi Démon, Christopher YOUNG démarre de manière quasi guerrière dans ses cordes obsessionnelles, également un zeste de guitares. Puis il introduit un thème riche en cuivres, avant une partie plus lente, à la mélodie qui se développe avec les choeurs en contrepoint. Christopher YOUNG développe là une grande musique d'action et de tragédie, tantôt puissante, parfois aérienne, efficace mais en dessous des classiques du genre. Sauf dans  le troisième tiers du morceau, qui démarre doucement, puis  devient plus intense, triste,  jusqu'à un final plus calme, porté par un solo de violon asiatique doucement mélodique (Niu Mo Wang, The Bull Demon King). Christopher YOUNG termine par un long thème de guerre, incluant une partie orchestrale colorée d'abord en retrait puis qui prend le dessus sur les percussions. Dans un deuxième temps, le schéma du thème est repris par l'orchestre et surtout les choeurs qui amènent une ampleur (Sun Wukong, The Monkey King). En bonus l'album contient une bonne chanson pop (Just Dreams). Au final, voici une musique ambitieuse de Christopher YOUNG, peut-être trop d'ailleurs car tout n'apparaît pas séduisant. D'un côté, le compositeur tente d'insuffler un véritable souffle romanesque et purement américain on a envie de dire. Et il y parvient grâce à des thèmes correctement écrits mais qui tirent trop leur force de la puissance de l'orchestre et de la fougue des choeurs. Ce qui, malheureusement, ne suffit pas à faire de thèmes certes efficaces de grandes musiques,  plus bruyantes que véritablement inspirées; le compositeur se réfugiant souvent, avec plus ou moins de réussite, dans des schémas harmoniques et des pulsations  rythmiques, notamment sur les séquences d'action,  derrière les grands compositeurs hollywoodiens des années 1980 et 1990, Jerry GOLDSMITH en thème. Il n'en reste pas moins une partition agréable à l'écoute et superbement dirigée; merci Nic RAINE !

MONKEY KING, THE

Un film réalisé par Poi Soi CHEANG, avec Donnie YEN, Chow Yun FAT, Aaron KWOK,Musique originale de Christopher YOUNG dirigée par Nic RAINE, disponible chez Intrada records.

 
 

SPECTRE

Après SKYFALL, un excellent film qui doit beaucoup à l'interprétation de Daniel CRAIG, on attendait plutôt le retour de David ARNOLD à la musique.   Revoilà pourtant Thomas NEWMAN qui, par sa musique tres atmosphérique, n'avait pas vraiment convaincu, sauf les producteurs et le réalisateur. Dans ce nouvel opus, James BOND (Daniel CRAIG) passe par Mexico City et Rome où il rencontre Lucia SCIARRA (Monica BELLUCCI), la veuve d’un célèbre criminel et réussit à infiltrer SPECTRE ; une redoutable organisation qu'il va  tenter de détruire, avec l'aide de Money PENNY (Naomie HARRIS), Q (Ben WHISHAW) et surtout Madeleine SWANN (Léa SEYDOUX), la fille de son vieil ennemi, le tueur Mr White (Jesper CHRISTENSEN). Thomas NEWMAN reprend le schéma musical assez sombre et peu mélodique du film précédent. Il commence ainsi par une lente introduction, qui inclue évidemment  le thème de Monty NORMAN, de la guitare et surtout le groupe de percussions Tambuco. D’où un thème très classique de la franchise, qui se distingue par son orchestration plus sud-américaine qu’accoutumée (Los Muertos Vivos Estan). Thomas NEWMAN continue par une musique délicatement rythmée par la guitare électrique jouée par Georges DOERING, accompagnée d’un fond orchestral pour une musique moderne, incorporant une cellule rythmique qui se développe sur un mouvement proche du thème de Monty NORMAN (Vauxhall Bridge). On le retrouve d'ailleurs sur le thème suivant, empli de passages pianissimo, de cordes inquiétantes et de chœurs froids. Ces derniers amenant une ambiance tendue, bousculée par quelques cuivres montant au loin ; également des bois qui déploient une musique étrange, qui se caractérise surtout par des couleurs, pas ou trop peu de mélodies (The Eternal City). Pour le personnage joué par Monica BELLUCCI, Thomas NEWMAN amène d'abord une musique atmosphérique, qui utilise pas mal de flûte, puis  plus mélodique, séduisante et c'est une des bonnes surprises de la partition (Donna Lucia). Arrivent ensuite quelques thèmes d'action qui se distinguent la encore par leurs couleurs particulières qui, mélangées à des sonorités électroniques, des guitares et des percussions, donne des musiques plutôt inattendues (Backfire) incluant quelques notes de violon électrique joué par Sonia SLANY (Safe House), également des parties qui rappellent, dans le style, la période John BARRY (Detonation) ou le thème de Monty NORMAN teinté de jazz. On remarque aussi certaines musiques plus sensuelles et vénéneuses (Crows Klinik) ou incluant un motif pianissimo qui se répète sur la longueur (Secret Room). Thomas NEWMAN enchaine par  un vrai thème d’espionnage, composé de courtes cellules pianissimo graves avant une partie parfois grinçante (The Pale King). Pour l'autre personnage féminin, joué par Léa SEYDOUX, il amène d’abord une musique mystérieuse et sombre. Puis plus légère, montante dans les cordes, qui se développe de manière romantique mais aussi dangereuse, avec de la harpe (Madeleine). Puis il revient à l'action, d’abord par une certaine froideur  crescendo (Kite In A Hurricane), puis par des boucles de percussions ethniques, notamment des tambours, et électroniques. On y entend également des mouvements tournants de cordes et de cuivres jouant le suspense danger (Snow Plane). Thomas NEWMAN  revient ensuite à des thèmes qui avancent par touches jusqu’à des parties rythmées, synthétiques et même électriques, parsemées de courtes cellules montantes (Silver Wraith, A Reunion). Pour le générique de fin, Thomas NEWMAN reprend une musique profonde, saupoudrée d’une sorte de voix magique au fond, des flûtes sur un rythme arabisant et des sortes de boucles électroniques. Il continue par une sorte de gimmick électronique accompagné d'une couleur orientale, puis revient aux thèmes féminins de la partition, à base de cordes, typiquement les moments les plus accessibles, même quand ils se transforment en thèmes d'espionnage (SPECTRE-End Title). L'album contient également l'instrumental (mais, malheureusement pas, et cela devient une mauvaise habitude) la version chantée de Writing’s On The Wall par Sam SMITH. Finalement, sans renier des ambiances installées dans SKYFALL, Thomas NEWMAN utilise davantage les codes musicaux de la franchise. D’où des thèmes davantage rythmés, notamment sur les séquences d'action et bien plus séduisants, tout en gardant une part de trouble, pour des personnages féminins toujours aussi importants. Il en ressort alors une partition moins contemporaine mais bien plus accessible, même si on reste éloigné des maîtres du genre!

SPECTRE. Un film de Sam MENDES, avec Daniel CRAIG, Léa SEYDOUX, Andrew SCOTT, Ralph FIENNES. Musique originale de Thomas NEWMAN disponible chez Decca/Universal

PAN

Pour cette relecture de la légende de PETER PAN, on retrouve le compositeur John POWELL. Très inspiré, il signe  une excellente partition aux thèmes nombreux et souvent étincelants mais qui souffrent parfois d'une comparaison avec  des visions d'autres compositeurs, en particulier John WILLIAMS (HOOK bien sûr mais aussi INDIANA JONES ET LE TEMPLE MAUDIT). A la différence de ce dernier, on regrette aussi, mais cela n'étonne guère aujourd'hui, la présence d'un véritable grand thème mélodique, celui de John POWELL apparaissant déjà tardivement et plus discrètement John POWELL commence par un thème léger, mélodique, à base de piano puis entame un mouvement aérien, qui introduit un univers de rêve, exprimé notamment par les flûtes, les percussions et un lent crescendo coloré (Opening Overture). Il continue par une sorte de marche (il y en a plusieurs dans cette bande originale), avant un motif plus dans les cuivres et un thème enfantin, pour flûtes et orchestre  (Air Raid / Office Raid). Il étonne ensuite avec une musique enjouée, entre samba et rythmes mexicains, contenant beaucoup de cuivres, qui mélange habilement aventures et couleurs sud américaines et que l'on retrouve plusieurs fois  (Kidnapped / Galleon Dog Fight,  Fetching The Boys). John POWELL continue par un thème lento de harpe pour un côté magique, que l'on ressent aussi dans une danse   (Floating / Neverland Ahoy!). La harpe que l'on retrouve dans un thème intimiste, qui se développe de manière lyrique,    quasi religieuse, simplement accompagné de piano et de guitare sur un lit de cordes (Origin Story). Il revient à une sorte de marche mais plus rock, sur un rythme rappelant les années 1980, en utilisant de la guitare électrique et beaucoup de percussions (Smells Like Teen Spirit Cast Of Pan); une tonalité annonciatrice de thèmes  d'aventures crescendo, aux  cordes dynamiques et aux percussions rapides, à l'asiatique (Pirates Vs Natives Vs Heroes Vs Chickens); des thèmes qui, parfois, s'élèvent grâce notamment à une large partie de choeur classique sur une musique largement obsessionnelle et symphonique avant que ne se joigne le thème principal (Flying Ship Fight). Cela donne aussi des motifs     plutôt martiaux, mélangeant des caisses claires et des percussions; les cordes semblant ici plus lointaines  (Tramp Stamp). John POWELL n'en oublie pas le lyrisme, en s'appuyant sur un solo de cordes et un rythme  inquiétant  (Murmurs Of Love And Death).   Ce qui annonce un thème frais, par l'introduction de  guitare, et virevoltant, à la manière d'une musique de pirates (Mine Escape, Inverted Galleon) même s'il lui donne parfois, de la légèreté grâce à une orchestration plus populaire (Neverbirds). John POWELL n'en oublie pas un thème principal, qu'il déploie d'abord complètement à base de guitare; les vibratos des cordes entrant furtivement dans un deuxième temps,   servant de rampe à une musique de suspense (Crocodiles And Mermaids). Il le reprend ensuite de manière aérienne, chantante avec les choeurs et ronflant sur une musique d'action et en même temps, douce et  enfantine (A Warrior’s Fate). John POWELL revient à son thème principal dans une couleur plus calme, pianissimo, puis dans les cordes répétitives, scintillantes mais aussi inquiétantes. Puis, très vite, le compositeur repart dans le développement d'une musique d'action virevoltante et  lyrique, recourant beaucoup aux cuivres, notamment les trompettes (A Boy Who Could Fly). L'album contient également deux chansons : d'abord la généreuse et délicate Something’s Not Right Lily,  interprétée, avec volupté.  Puis, en guise de final, un Little Soldier à la dynamique et au rythme enfantin bien que légèrement martial, en particulier dans le refrain.Au final, John POWELL signe une partition vraiment  réjouissante, qui perpétue l'esprit musical de PAN. On apprécie ses thèmes, nombreux et efficaces, aux orchestrations sur-vitaminées et lyriques, qui savent s'ouvrir à des formations plus intimistes, et même, par moments, complètement délirantes.

PAN. Un film de Joe WRIGHT, avec Levi MILLER, Hugh JACKMAN. Musique originale de John POWELL disponible chez Sony music

 

MAZE  RUNNER : SCORCHTRIALS (LELABYRINTHE : TERREBRULEE)

Dans ce second volet de la saga épique LE LABYRINTHE, Thomas et les autres Blocards vont devoir faire face à leur plus grand défi, rechercher des indices à propos de la mystérieuse et puissante organisation connue sous le nom de WICKED. Leur périple les amène à la Terre Brûlée, un paysage de désolation rempli d'obstacles. Comme pour le premier film, c'est John PAESANO (DAREDEVIL pour Netflix)  qui a composé une partition très complète, qui passe constamment d'éléments sentimentaux, couverts essentiellement par  des cordes, à des plages entretenant le thriller, régis par nombre d'éléments synthétiques et de percussions. D'ailleurs, John PAESANO ouvre son score  par une large musique synthétique, rehaussée d'un mouvement mélodique plutôt réussi au piano. Il installe aussi une rythmique légère qui sonne comme un   retour, accompagné d'une voix solo. Très vite, il introduit aussi un puissant crescendo, énergique, muscle, coloré  (Opening). Pour évoquer le monde extérieur, John PAESANO privilégie les vibratos et un lointain phrasé de piano, avant l'entrée d'un grand thème rythmé, presque guerrier, annonçant une vie en dehors du labyrinthe qui ne va pas être de tout repos (Your New Lives). John PAESANO  développe ensuite un univers étrange, en mêlant  l'orchestre à cordes, qui amène du suspense, du dérangement et, parfois,  de l'émotion,  nappes et rythmiques électroniques qui accentuent un milieu dangereux (Follow Me), entrecoupée de flashs jouant sur la peur, notamment avec l'utilisation d'un orgue qui amène une dimension maléfique (The Farm). Comme souvent dans le film, John PAESANO enchaine par une musique assez classique d'action, à l'américaine; c'est le cas de cette musique très orchestrale, crescendo, qui joue la violence, le danger. Constituée de pizzicato, associés à des percussions, parfois des trompettes et des volées de flûtes, elle amène du danger alors que  des sonorités électroniques soulignent le côté futuriste (You're Not Getting Out Of Here). Également de ce thème qui joue plutôt le cauchemar, au travers d'un rythme presque martial, de  cuivres omniprésents, et d'un schéma mélodique tournant   très efficace, peu originale mais parfaitement (Cranks!). John PAESANO propose aussi des thèmes intimistes comme ces motifs mélancolique, doux, bercés par une mélodie discrète mais marquée, tout en maintenant la tension, via une ligne de violoncelle (The Mall, Friends). Le violoncelle que l'on retrouve dans un thème simple au piano, accompagné d'un contrepoint  délicat, essentiellement dans les synthétiseurs et aussi de choeurs (Goodbye). Entre les deux, John PAESANO installe des musique lentes, profondes et rythmées, au contrepoint grave, électronique,   qui, de manière un peu grinçante (The Scorch). Il amène aussi, par des sonorités aériennes, une ambiance mystérieuse, là encore accentué par un lento de piano puis un mouvement, grondant, qui reprend un thème frémissant, d'action, avec de lourdes percussions. Lights); les sonorités électroniques soutenant davantage le suspense, l'attente tout en ajoutant une dimension fantastique (Uninvited Guest) et même horrifique, froide, correspondant à des séquences de poursuite, de danger (Leaning Tower Of Scorch). Sur la fin, John PAESANO reste dans la nostalgie, notamment  par un thème sensible à la fois pour violon lointain, piano et sonorités synthétiques, avec également des flûtes qui lui donnent un côté frais, exotique intéressant (Chat With Brenda). Puis un thème orchestral et triste, qui approche un retour des personnages sur les événements passés, agrémenté quelques percussions étincelantes et également une tension, quand reviennent à la mémoire des souvenirs douloureux (Memories). John PAESANO revient ensuite à de l'action dans des musiques aérienne et grave, déployant un motif lent et lourd. Puis il  introduit une musique de base électronique accompagnée de cordes dans les vibratos. Ce qui ramène à un danger, accentue le suspense. (Hello Thomas) tout en incluant une dimension lyrique (Tired Of Running). John PAESANO conclut par un thème assez lent, atmosphérique, mélangeant rythmique électronique, piano et ligne de violon sur un mouvement mélodique plutôt émouvant bien que apparaissant répétitif (What's Next). Au final, John PAESANO livre une bonne partition, idéalement calibrée pour un film d'aventures américain. Mélangeant continuellement sonorités orchestrales et électroniques, mais sans vrai thème principal (c'est décidément une mauvaise mode !), la musique accompagne efficacement les scènes d'aventures comme celles plus sentimentales. Il en ressort une partition certes efficace, techniquement impeccable mais sans originalité!

MAZE  RUNNER : SCORCH TRIALS (LE LABYRINTHE : TERRE BRULEE). Un film réalisé par Wes BALL. Avec  Dylan O'BRIEN, Aidan GILLEN, Kaya SCODELARIO, Ki HONG LEE. Musique originale de John PAESANO disponible chez Sony music.AGENTS TRES SPECIAUX CODE U.N.C.L.E. (THE MAN FROM U.N.C.L.E.

Voici enfin la relecture au cinéma l'adaptation de la célèbre série des années 1960 réalisée par Guy RITCHIE, qui avait déjà tenté de rajeunir, sans convaincre, Sherlock Holmes. Retour donc au début des années 1960, en pleine guerre froide, où les agents du CIA Solo et du KGB KURYAKIN se voient chargés d’éliminer une organisation criminelle internationale.  Pour la musique, qui constitue un élément essentiel, les producteurs ont fait appel à Daniel PEMBERTON, qui a plutôt choisi de s’éloigner du thème original de Jerry GOLDSMITH. Ce qui ne l'empêche pas de signer une musique riche en références et rythmée car, comme le précise le réalisateur, parfois, dans certaines scènes, c’est la musique qui doit mener la danse et l'action est censée s'y adapter. Plutôt qu’un grand thème principal, Daniel PEMBERTON a préféré amener des ambiances musicales diverses, notamment de jazz et de salsa, sans forcément s’attacher aux années 1960 mais sans s'en éloigner complètement. Daniel PEMBERTON commence par un thème de couleur jazzy, porté par la contrebasse, le saxophone, dans une couleur qui fait penser, notamment, à Henry MANCINI. On pense aussi, de par la présence d'une ligne de clavecin et sa rythmique solide, jouant le suspense puis l'action avec pas mal de flûtes, de percussions et même de la guitare à John BARRY période Amicalement Votre associée à une touche de swing (Out of the Garage); un thème   déployé dans une couleur élégante, anglaise, mais dont le rythme devient électrique avec des guitares et une rythmique renforcée (Laced Drinks (Betrayal, Pt. 2); également au centre d'un thème plus lent, caractérisé par une rythmique mystérieuse de claviers et des percussions humaines (claquements de doigts),   agrémenté toujours d' une large ligne de flûte de pan et d'un contrepoint discret de corde (Mission: Rome). Le compositeur confirme ses choix référentiels sur le personnage de Napoleon Solo),  dont les guitares, le rythme, font inévitablement penser aux musiques de westerns d'Ennio  MORRICONE; les voix étant ici  remplacées par un contrepoint orchestral (His Name Is Napoleon Solo); un thème qui revient plusieurs fois, introduisant un mouvement particulièrement rythmé, percussif, qui semble inspiré de combats martiaux (The Drums of War, Take You Down). Profitant de la carte du thriller, Daniel PEMBERTON continue par des thèmes enlevés, de suspense, à base de flûtes de pan, d'orgue et de percussions, notamment  des tambours, qui donnent une musique énergique, qui se situe entre le jazz et un univers urbain (Escape from East Berlin, Searching the Factory). Daniel PEMBERTON continue en développant un motif qu clavecin élégant, presque baroque secondé par un mouvement plus classique avec des guitares et un thème plus jazzy, à l'orgue. D'ou un thème qui jongle entre différentes influences, plusieurs époques (Bugs, Beats And Bowties,   Circular Story). Daniel PEMBERTON propose également une partition qui voyage. Il instille ainsi, sur un thème élégant de thriller, un rythme sud américain, des sonorités urbaines, à base de guitares, de lignes de piano ou de clavecin et de quelques cordes gracieuses, et de claquements de doigts  (The Vinciguerra Affair). Dans le même esprit, on note  cette amusante musique à l'italienne saupoudrée de mandoline, de guitares et de bandonéon (Signori Toileto Italiano) et ce rythme espagnol de castagnettes,  coloré de guitares et de trompettes qui donne une sorte de thème de western urbain  (Breaking Out/The Cowboy Escapes).  Daniel PEMBERTON termine par un thème au clavecin, très dans l’esprit BARRY et le développe avec de la mandoline qui lui donne une couleur séduisante, tout en étant rythmé, avec des cordes larges qui apportent de la profondeur (The Unfinished Kiss).  L'album contient en complément plusieurs chansons : Jimmy Renda-se écrite et interprétée en 1971 par les brésiliens Tom ZE & VALDEZ; un titre coloré qui s'intègre parfaitement dans la partition de  Daniel PEMBERTON. On trouve aussi plusieurs titres de blues: Cry to Me interprétée par le séduisant Solomon BURKE, également surnommé King of Rock n' Soul et créateur du standard Everybody Needs Somebody To Love (reprise par  les Blues Brothers); Five Months, Two Weeks, Two Days par Louis PRIMA ; Take Care of Business par Nina SIMONE ; des  classiques de la variété italienne (Il Mio Regno par Luigi TENCO, Che Vuole Questa Musica Stasera par Peppino GAGLIARDI. Au final, même s'il ne convainc pas totalement, Daniel PEMBERTON a relevé haut la main le défi de cette partition en signant une musique coloré, parfois jazzy, baignant dans des sonorités qui mêlent la sophistication actuelle à la singularité des années 60. Parfois, il étonne, notamment dans l'utilisation de percussions chaotiques, presque polyrythmiques, qui répondent à l'intensité des combats. D'où une musique qui semble basculer vers le chaos, avant de reprendre en suivant des mouvements oscillatoires en fonction de l'action. Il en découle  une partition difficile à classer mais efficace!

THE MAN FROM U.N.C.L.E. Un film de Guy RITCHIE, avec Henry CAVILL, Armie HAMMER, Alicia VIKANDER, Elizabeth DEBICKI, Jared HARRIS et Hugh GRANT. Musique originale de Daniel PEMBERTON disponible chez Sony music.

 
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POLTERGEIST

Voici la musique du remake du célèbre film de Tobe HOOPER et surtout de l'intouchable partition de Jerry GOLDSMITH. Sauf peut-être pour Marc STREITENFELD qui a tenté de s’y frotter mais qui, à l’arrivée, n’a pas été trop piqué ! Celui-ci commence par un thème assez lent, mélodique, d'une ambiance quasi enfantine mais, évidemment, rien de comparable avec le thème original de Carol Ann,  même si on sent une lointaine ressemblance, au moins dans la couleur. Il s'agit d'un thème porté par du piano et des cordes, également des flûtes aériennes. C'est d'ailleurs un premier bon point pour Marc STREITENFELD qui a choisi de conserver une approche mélodique (1. Poltergeist Opening, Home Free), que l'on retrouve parfois, notamment au piano accompagné d'un contrepoint profond, installant une ambiance à la fois  étrange et dramatique (They're Not Pretend, Mommy, You Have to Get My Sister Back), également de manière à la fois grinçante, mélodique, atmosphérique et inquiétante (Into The Closet) ou faussement douce, crescendo,  accentuant le malaise (Take A Peek). Le compositeur continue par un thème plus aérien, qui installe un malaise, à  l'aide de sonorités électroniques mais aussi des mouvements de cordes violents (They're Here), de bruits qui passent même si, parfois, les cordes, accompagnées de percussions, se déchaînent (12. Home Improvements). Il reste dans le même esprit avec une musique profonde, grave et rythmée qui  soutient la tension, comme dans certaines partitions de films d'horreur des années 1980/1990 – justement l’époque du premier film (Angry Spirits, Let Her Go); également sur la séquence de l'attaque du clown, avec des cordes obsessionnelles, les cuivres puissants et les accélérations brutales (Clown Attack). On note encore ces musiques sombres, atmosphériques, qui dégagent un véritable mystère, avec ces bruits, semblant parfois issus d'un téléviseur, des grondements et des cordes tremblantes qui entretiennent le suspense (A Poltergeist Intrusion, 4. Electronics Awakening, The Storm is Coming). On relève encore ces notes, dans les vibratos, les graves, notamment dans les cuivres, et un piano dissonant, (Let Her Go). Le compositeur reste donc dans une musique inquiétante, très éloignée de ce que l'on entend sur les films d'horreur aujourd'hui, avant de développer une émouvante (9. Maddy IsOn TV) autant que dramatique, tragique quand elle devient répétitive, rytmique, utilisant beaucoup de percussions, de bruits et de cuivres (Into the Portal, The Other Side). Alors qu’on pouvait craindre le pire, Marc STREITENFELD s’illustre avec une partition très honorable ; une composition qui se caractérise d’abord par un thème principal plutôt simple mais mélodique. Puis, le compositeur multiplie les thèmes, souvent orchestraux mais aussi agrémentés de bruits, d’éléments synthétiques, qui maintiennent la tension, les peurs et les évènements paranormaux. Il en ressort alors une partition très équilibrée entre mélodie émouvante et mouvements d’orchestres puissants.

POLTERGEIST. Un film de Gil KENAN, avec Sam RAIMI, Robert TAPERT, Roy LEE, Nathan KAHANE. Musique originale de Marc STREITENFELD disponible chez Sony Music.

 

 

MAD MAX: FURY ROAD

Trente ans après Mad Max Au-delà Du Dôme Du Tonnerre, revoilà le vieux survivant solitaire joué ici par Tom HARDY (remplaçant Mel GIBSON). On le retrouveentraîné par une bande de rebelles emmenés par l'Impératrice Furiosa (Charlize THERON), poursuivispar le terrible Seigneur de guerre Immortan Joe (Hugh KEAYS-BYRNE) qui s'est fait voler un objet irremplaçable. C'est à Tom HOLKENBORG alias Junkie XL (300 Naissance D'un Empire) qu'est revenu  la tâche de succéder au regretté Maurice JARRE. Il signe une composition que l'on peut qualifier d'opéra rock tant elle mélange la musique symphonique àl'électrique. Le score commence par une musique d'atmosphère crescendo où les cordes apparaissent inquiétantes (Survive). Elle continue  par un mouvement  rugissant, électrique dans les guitares, marqué par une cellule plutôt sourde, répétitive et une sorte de rythme chronométrique (Escape). Ce qui annonce une musique glissante comme un virage dangereux, accompagnée de bruits furieux, de grincements ; l'orchestre intervenant en contrepoint, se dégageant ensuite avec les chœurs pour amener une émotion (Spikey Cars). Plus étonnant, suit un thème profond, grave et surtout vecteur émotionnel, notamment dans l'orchestre présent de manière lointaine. Mais on note aussi une large partie mélodique et, par ses contrepoints quasi obsessionnels et crescendo,  forte, tendue, souvent vrombissante (Immortan's Citadel, Chapter Doof - Extended Version). Ce qui fait le lien avec des mouvements rapides, violents,  accentués par les  percussions, et dans une moindre mesure, l'orchestre et les chœurs. D'où une sorte de mouvement tribal, métallique, avec des guitares électriques(Blood Bag), que l'on retrouvent, après une musique moins pesante, sur un mouvement  mélodique jouant l'aventure (Storm Is Coming), mais aussi la violence par une musique obsessionnelle, avec du souffle, mêlant action et tragédie (Claw Trucks). On retrouve également les guitares accompagnées de sonorités électroniques, puis  de notes qui avancent à la manière d'une marche martiale, sur  une musique qui déploie sa partie aventures (Brothers In Arms); Une couleur dont le compositeur n'abuse pas, en  continuant par un lento  entrecoupé de parties orchestrales, d'espaces quasi silencieux, de souffles qui évoquent autant le désert que le danger mais aussi de moments  de percussions, de caisses métalliques et claires. Là encore, après un mouvement atmosphérique, le compositeur une musique bruyante, métallique  (Water). Il va même plus loin avec une courte cellule orchestrale qui se répète. avance à espace régulier,  adoptant un style très américain, entendu dans nombre de films depuis les années 1980. (The Rig,  The Bog). Dans la lignée émotionnelle, on remarque un thème très doux, porté par le violon et les cordes dans leur ensemble en contrepoint, également le piano qui intervient légèrement, délicatement, lentement, en complément d'un violoncelle qui insiste sur l'émotion. D'où une musique surprenante, profonde, inspirée, qui respire l'émotion, la tristesse et un des grands moments de la partition (Many Mothers). Au final, Tom HOLKENBORG/  Junkie XL signe une partition intelligente qui ne se contente pas, comme ou pouvait le craindre, de faire du bruit. Au contraire, il tire pleinement bénéfice de l'orchestre et des éléments ajoutés comme les guitares électriques, les sonorités électroniques et les percussions diverses, pour déverser une musique qui, tout en soutenant l'action, n'oublie pas les dimensions émotionnelles, spectaculaire. D'où aussi une bande originale (peut-être un peu trop longue) qui comporte une vraie ligne conductrice, à la fois très actuelle et respectueuse d'une saga qui a marquée les années 1980.

MAD MAX: FURY ROAD. Un film de George MILLER, avec Tom HARDY, Charlize THERON, Hugh KEAYS-BYRNE. Musique originale de Tom HOLKENBORG/  Junkie XL disponible chez Sony music.

 

FAR FROM THE MADDING CROWD (LOIN DE LA FOULE DÉCHAINÉE)

Craig ARMSTRONG (Love Actually de Richard CURTIS – 2003, Moulin Rouge et Gatsby le Magnifique de Baz LUHRMANN – 2013) donne de suite le ton d'une partition résolument colorée, mélodique et belle, à l'image de cette femme, Bathsheba EVERDONE, qui dirige seule une ferme à la fin du XIXème siècle. Craig ARMSTRONG amène d'emblée, sur elle, une couleur romantique, qui évoque le nord, les grands paysages, ainsi qu'un joli thème mélodique, porté par le violon et le piano; un thème qui évoque autant une époque que, comme sur d’autres thèmes, une fresque romanesque (Opening, Oak Leaves, Bathsheba And Oak Unite) Il continue par un thème orchestral généreux, légèrement mélodique, dont les cordes répétitives apparaissent en contrepoint.(Corn Exchange), puis un motif plus intimiste, fait de cordes hésitantes à l'avant et d'un mouvement  grave, profond, à l’arrière. D'où une musique qui évoque les sentiments complexes d'une femme triplement convoitée (The Great Misunderstanding). On note que le violon, sur  un lento solennel, traduit un effleurement des sentiments, également un mystère (Never Been Kissed) tandis que, accompagné de harpe, il donne une musique légère, planante (Hollow in the Ferns). Sur des images printanières, Craig ARMSTRONG introduit encore un thème, sensuel, qui  tourne autour de cordes obsessionnelles et d'un mouvement mélodique large (Spring Sheep Dip). Indépendante, Bathsheba se trouve convoitée par trois hommes auxquels le compositeur a réservé des thèmes: un berger (Gabriel OAK), pour qui on entend un thème mélancolique, qui avance délicatement, intimement, par de courtes cellules allongées, donnant une musique élégante, séduisante (Oak Returns) ; un riche propriétaire (William BOLDWOOD) qui se distingue par un thème doucement chantant, pour violon, qui semble pleurer, ce qui lui donne une couleur particulière et plutôt en mineur (Boldwood Variation) et le séduisant et effronté Sergent TROY (Tom STURRIDGE) accompagné par un thème certes mélodique mais plus répétitif, doucement chantant, notamment dans les bois, puis montant dans une sorte de musique triste, ondulante, avec de la clarinette qui donne des accents quasi juifs (Bathsheba And Troy Wedding). Toujours sur Troy, qui est en fait épris de deux femmes, le compositeur propose un thème profond, lent, qui dégage une ambiance dramatique pesante avec cette alternance de hauts et de bas puis un thème plus intimiste, long, toujours répétitif. En même temps, le compositeur développe par dessus  une partie plus mélodique, amenant une musique proche des préoccupations des personnages (Fanny And Troy). Le générique de fin commence par un solo de violon style celtique puis entrée du thème principal pour piano et orchestre. Un mouvement puissant, majestueux qui se développe largement avec toujours le piano et le violon qui se fait plus discret (End Credits). Au final, Craig ARMSTRONG signe une partition, aux nombreux thèmes qui répondent à autant de personnages. D’où une musique riche, touchante, aux orchestrations soignées, dans lesquelles pointent parfois une touche d’inspiration traditionnelle mais qui semble parfois nous perdre mélodiquement. Elle est complétée par des thèmes traditionnels interprétés par Yeovil Chamber Choir et les Dorset Singers (Jerusalem the Golden et O Come, o come, Emmanuel) et le groupe de musique folk  Eliza CARTHY Band (Michael Turner's Waltz, Jenny Lind Polka, Michael Turner's Waltz …). On entend aussi Let No Man Steal Your Thyme, chanson interprétée par Carey MULLIGAN et Michael SHEEN. Toutes ces musiques forment une bande originale de qualité.FAR FROM THE MADDING CROWD (LOIN DE LA FOULE DÉCHAINÉE).  Un film de Thomas VINTERBERG, d’après le chef-d’œuvre de Thomas HARDY, avec Carey MULLIGAN, Matthias SCHOENAERTS, Michael SHEEN, Tom STURRIDGE, Juno TEMPLE, Jessica BARDEN. Musique originale de Craig ARMSTRONG disponible chez Sony classical 

 
 

INDIAN PALACE – SUITE ROYALE (THE SECOND BEST EXOTIC MARIGOLD HOTEL)Après un premier volet réussi, on retrouve la joyeuse de séniors britanniques, désormais très à l’aise dans leur cadre hôtelier, au Rajasthan ; Muriel (Maggie SMITH) s’est accordée au propriétaire Sonny (Dev PATEL), pour agrandir un  Marigold Hôtel qui reste toujours complet ou presque. C’est pour cette raison que le jeune homme, très occupé aux préparatifs de ses noces avec Sunaina, recherche un nouveau complexe qui pourrait recevoir de nouveaux retraités. C’est alors qu’arrive un nouveau couple : Guy CHAMBER (Richard GERE)  et Lavinia. Pendant ce temps, Evelyn (Judi DENCH) et Douglas (Bill NIGHY) travaillent désormais à Jaipur, et ils se demandent où vont les mener leurs rendez-vous réguliers autour des délices de la cuisine indienne. Norman et Carol essaient de maîtriser les méandres d'une relation exclusive, et Madge hésite entre deux prétendants. La seule qui pourrait peut-être détenir des réponses, c'est Muriel, devenue la nouvelle cogérante de l'hôtel... Pour ce deuxième opus, on retrouve de le compositeur Thomas NEWMAN qui, une nouvelle fois, propose une partition qui se ballade entre orient et occident, entre sonorités classiques et rythmes hindous. Après une introduction tournante, un peu folle et jazzy dans les violons (Discretion), Thomas NEWMAN introduit un thème profond à base de cordes, notamment de la harpe, et des flûtes qui amènent sinon une dimension indienne en tout cas un côté exotique. Les cordes  apportent quant à elles une douceur, que l'on ressent également dans les phrasés de piano (Second Best Exotic Thomas). On reste dans la légèreté avec un thème plus classique, qui avance doucement, apportant une ambiance détendue, toujours teintée d'une couleur orientale, toujours pour cordes, flûtes mais aussi des claviers (Knees Then Names), parfois amenée aussi par la flûte orientale et quelques accords de guitare, synonymes ici d’ambiance nostalgique (Chai, Mumbai). Pour évoquer l’effervescence régnant au Marigold Hôtel, le compositeur multiplie les thèmes trépidants mélangeant sonorités électroniques et vocalises indiennes, exécutées par les chanteurs HARIHARAN et SUSCHISMITA (Catrip) ; des voix que Thomas NEWMAN exploitent également sur des morceaux teintés d’instruments locaux comme les flûtes, le sarangi et les tablas sur des mouvements chantés à l'indienne, accompagnés d'un contrepoint de cordes élégantes (Nimish & Abhilash) et parfois même d’accordéon (Sagai) ; des thèmes jouant le mystère (Completely Lethal) avec souvent des vocalises qui se baladent (Roll Call). Le compositeur propose aussi des thèmes débutant de manière planante, mélancolique, puis plus rythmés, et recourant à des samples de voix indiennes (The Fun Never Starts). Pour la séquence du mariage, Thomas NEWMAN lance une musique atmosphérique avec, là encore, des vocalises indiennes. Puis, on retrouve une partie chantante, poétique, accompagnée de harpe et de tabla. Thomas NEWMAN développe là un mouvement doux, délicatement mélodique, chantant et empli d'une certaine spiritualité (Wedding). Im termine par un générique qui développe  une ambiance calme, décalée, doucement orientale. Puis, progressivement, le compositeur revient à une couleur plus typique, chantante, lyrique et colorée, renforcée par quelques cordes en contrepoint Map of the World (End Title). Au final, voici une partition originale qui, par ses orchestrations et ses harmonies variées, fait pont entre Orient et Occident. En complément, on trouve plusieurs chansons typiquement indiennes, interprétées par Shreya GHOSTAL en solo (Ye Ishq Hai) ou en duo avec SRIRAM (Balma), Kalpana PATOWARY (Aila Re Aila Daler Mehndi), Mahalaxmi IYER, Sukhwinder SiINGH, Shankar MAHADEVAN (Jhoom Barabar Jhoom KK).  Comme quoi, pareillement à Bollywood, tout se termine par un mariage !

INDIAN PALACE – SUITE ROYALE (THE SECOND BEST EXOTIC MARIGOLD HOTEL). Un film réalisé par John MADDEN, avec Maggie SMITH, Bill NIGHY, Judi DENCH, Richard GERE. Musique originale de Thomas NEWMAN disponible chez Sony classical.

SUITE FRANCAISE

La bande originale s'ouvre par plusieurs chansons rappelant l'époque tourmentée :  Musik Musik Musik par Scala Tanzorchester Berlin, l'inusable  Parlez-moi d'Amour  par Lucienne BOYER,  Das Ist Berlin par Oscar Joost Orchestra,  De Temps En Temps par Josephine BAKER et  Bel Ami par Rosita SERRANO. Vient ensuite la partition originale de Rael JONES, qui commence par une musique mélodieuse, parsemée d'un joli motif au piano et d'un développement grandiose (I Am Free), romanesque même, que l'on retrouve dans d'autres  passages colorés ( Getting Used To It) ou plus lunaires et toujours avec une partie pianissimo (Green Shoots) ou encore mariée à des cordes obsessionnelles, pour des mouvements profonds, rythmés, qui apportent de la tension, avant un  développement mystérieux (Enemies Forever,  Sunlit Kiss). Rael JONES enchaine par un thème plus sombre (Threat Of Occupation) puis, dans la même lignée, un motif intense, dont le  mouvement ample avance, devenant plus violent (Bleed You Dry). On trouve ensuite une musique assez lointaine, vibrante, qui évoque un danger, précédant la reprise du thème principal ( Like Tinnitus). Comme dans nombre de films de guerre, le compositeur n'a pas échappé au  thème des allemands : une sorte de marche martiale qui tourne  au tragique (The Germans Arrive). Une des surprises de cette bande originale  tient dans le thème pianissimo, superbe, délicatement mélodique, émouvant, composé par Alexandre DESPLAT qui apporte la touche française (Bruno's Theme). Rael JONES reprend par un thème plutôt nostalgique,   répétitif, qui appuit la dimension dramatique (Slanderous Letters), que l'on retrouve par la suite, sur une musique assez lente, triste, atmosphérique et  pianissimo (They Come for Benoit). Rael JONES conclut par une musique d'attente qui monte crescendo, alternant des instants d'action avec les cordes et des percussions violentes, presque ethniques (Raids). Au final, voici une partition très classique mais particulièrement plaisante de Rael JONES. Dans la  tradition des films à la fois romantiques et tragiques,  il propose des thèmes soignés  dans les harmonies comme les orchestrations; des thèmes qui, comme souvent chez Alexandre DESPLAT  dont l'ombre surgit jusque dans un court thème, jouent à la fois dans les registres de l'émotion et de la douleur.

SUITE FRANCAISE. Un film de Saul DIBB, avec Sam RILEY, Ruth WILSON, Margot ROBBIE, Lambert WILSON. Musique originale de Rael JONES disponible chez Sony classical.

  

UN HOMME IDEAL

Pour son deuxième film, le réalisateur Yann GOZLAN souhaitait brosser le portrait d’un jeune homme en quête d’identité et qui va finir par la perdre. Ce personnage, c’est Mathieu (Pierre NINEY), un écrivain qui n’arrive pas à être édité. Jusqu’au jour où il décide d’usurper l'identité d’un vieil auteur qui vient de décéder en s’emparant et en signant le texte de son dernier roman. Le succès arrive mais, pour préserver son secret, il va plonger dans une spirale mensongère, criminelle. Pour la musique, le réalisateur, qui avoue se passionner pour la musique de films orchestrale, a contacté Cyrille AUFORT (OMBLINE de Stéphane CAZES), très talentueux en tant que compositeur et surtout arrangeur. Ici, Cyrille AUFORT, qui avait déjà côtoyé d’une certaine manière le thriller avec SPLICE,  amène à la fois une forme de lyrisme et une étrangeté indispensable à l’atmosphère du film. Bien évidemment, et c’est un peu sa signature, Cyrille AUFORT a composé une partition symphonique pour orchestre à cordes mais aussi un ensemble à vents et percussions ; une partition débutant par un thème rythmé par les percussions et des cordes obsessionnelles. Par ce Prologue, il installe même une urgence, que l’on retrouve à d’autres moments, grave dans les cordes, et crescendo jusqu’à l’apparition d’un mouvement plus tragique, mais toujours tendu (Writer Training). Quand à la partie mélodique, elle n’est pas absente, apparaissant même assez forte mais arrive tardivement (Prologue). Il continue par un thème plus chantant, pour accompagner le quotidien du jeune écrivain, tandis que le contrepoint répétitif contient des éléments nostalgiques. On note aussi l’apparition d’un piano lointain qui, progressivement, égrène une mélodie (Vie Banale) ; un piano que l’on retrouve porteur d’un thème flamboyant, plutôt inhabituel chez le compositeur (Success Story) et surtout sur le thème titre, délicatement mélodique, et repris dans différentes versions dont une particulièrement poignante. Porté par le piano donc, et des cordes lointaines qui apportent une dimension dramatique, il décrit la situation dangereuse voire suicidaire dans laquelle s’enfonce inexorablement le jeune écrivain (Un Homme Idéal (version 1). Pour le personnage de Léon VAUBAN, Cyrille AUFORT introduit un motif profond, doucement mélodique avec de la harpe, et des cordes qui forment des lignes montantes ; un thème au tempo assez lent, mystérieux qui, progressivement, devient plus agité avec quelques percussions (Léon Vauban). On note aussi que, parfois, Cyrille AUFORT lorgne, à travers des thèmes flamboyants et surtout assez répétitif vers un esprit proche de certaines partitions contemporaines, notamment de Philip GLASS (Faux Semblants). Puis, bien sûr, Cyrille AUFORT propose de véritables musiques de thriller, parfois inquiétantes, lourdes, qui avancent à travers des vibratos, délivrant une tension parfois accentuée par un violoncelle dans les basses (Fausse Agression, Cambriolage, Incendie). Cyrille AUFORT propose encore des thèmes plein d’étrangeté mais surtout plus aérien, comme ce personnage flottant vers un destin dramatique (A La Nage, Je Ne Suis Pas De Ce Monde), parfois agrémenté d’une trompette qui rajoute de l'intensité (Voler La Mémoire D’un Mort). Pour le thème de Mathieu Et Alice (Ana GIRARDOT), il propose un motif délicat, doucement coloré, romantique, porté là aussi par le piano et renforcé par des cordes douces. Cyrille AUFORT termine par une musique atmosphérique qui précède un thème doucement mélodique au piano intimiste, à la fois retentissant émouvant, notamment dans son développement, quasi triste dans les cordes (Epilogue). Au final, fort de ses expériences sur des films précédents déjà troublants, Cyrille AUFORT signe une musique parfaitement maitrisée et superbement orchestrée, entre raffinement orchestral (belle interprétation de l’Orchestre de Budapest), un piano joué par le compositeur et utilisé dans des mouvements très variés et sonorités dégageant une ambiance de malaise. Il en ressort alors une partition suffisamment étrange et diabolique pour arriver à traduire, au travers de figures largement répétitives et d’ostinatos, l’aspect obsessionnel du personnage, et le destin tragique vers lequel il court inexorablement.

UN HOMME IDEAL. Un film de Yann GOZLAN, avec Pierre NINEY, Ana GIRARDOT, André MARCON et Valeria CAVALLI. Musique originale de Cyrille AUFORT disponible chez BOriginal/Cristal records.

EXODUS

Après GLADIATOR, Ridley SCOTT s’intéresse au mythe de Moïse qui défia Ramsès, entraînant avec lui 400 000 esclaves dans un périple pour fuir l’Egypte. Pour la musique, sachant toujours bien s’entourer, il a fait appel pour la première fois à l’espagnol Alberto IGLESIAS, dont la sensibilité fait frissonner de plaisir sur les films de Pedro ALMODOVAR mais aussi sur des productions comme LES CERFS-VOLANTS DE KABOUL. Comme on pouvait s’y attendre, Alberto IGLESIAS livre une partition très recherchée, à la fois profonde et lyrique. Pour la composition, certainement pour garder un lien avec les musiques des films précédents de Ridley SCOTT, le compositeur s’est adjoint l’aide d’Harry GREGSON-WILLIAMS (KINGDOM OF HEAVEN) et Federico JUSID pour les musiques additionnelles. D’emblée, le compositeur en impose avec une ouverture emplie de souffle, de flûtes qui nous transportent dans une dimension arabisante. A cela s’ajoute une voix splendide qui amène une touche religieuse, accompagnée d'un contrepoint annonciateur du combat entre les deux frères (Opening + War Room). Il continue avec un thème chantant dans les cuivres, qui précède un développement doucement rythmé (Leaving Memphis). Alberto IGLESIAS embraye par un thème plein de souffle qui avance au gré des notes d’un violoncelle dans les graves, que l’on retrouve aussi plus tard sur le passage dans la montagne (We Cross The Mountains) et la traversée de la mer de Judée porté par le thème principal mélodique (Into The Water). On entend ensuite le développement d'une musique rythmée, avec des percussions, des cordes et des instruments ethniques qui, tout en évoquant la chaleur des terres hébraïques, rappelle certaines musiques de films mêlant histoire et folie, idéale sur les séquences de guerre aux abords de Qadesh (Hittite Battle). Pour le retour de Moise à Memphis, le compositeur revient à un thème ample, assez lent, crescendo, avant une musique qui joue sur l'émotion, le souffle avec des flûtes qui reviennent vers le coté oriental (Returning To Memphis). Sur les séquences de Ramsès nouvellement Pharaon, Alberto IGLESIAS développe une musique qui se déploie doucement, créant une ambiance particulière avec des flûtes émouvantes, des parties lyriques, pharaoniques avec ses sonneries de cuivres et ses chœurs puissants (The Coronation, Ramses' Orders, The Chariots) ; une musique parfois inquiétante, nocturne et sournoise, pour guitare et flûtes,  accompagnée d’un rythme léger de percussions (Ramses' Insomnia). Pour la scène d’au revoir de Moise à sa femme, Alberto IGLESIAS un superbe thème d’amour, un des plus beaux de cette partition, doucement mélodique, porté, comme sur la séquence du village, par un violon caressant, accentué par des chœurs en contrepoint avant une partie qui rappelle, comme un hommage, les musiques de films bibliques (Goodbyes Journey To The Village) tout comme dans ce thème aérien, avec de la harpe et des flûtes qui interprètent une partie délicate (The Vows) ou encore sur l’ascension du Mont Sinai, avec cette musique orchestrale traditionnelle des épopées mais sans grande mélodie (Climbing Mount Sinaï). Sur l’exode, Alberto IGLESIAS sort son thème dédié et propose des lentos de guitare, développés de manière rythmée. Enfin, sur la fin, après plusieurs thèmes intenses (notamment sur le Tsunami), il lance un motif à base de flûte de pan et de cordes profondes, qui précède un développement dans l’émotion avec les chœurs, un solo de violon avant une partie plus orientale, presque juive (The Ten Commandments). On attendait beaucoup d’Alberto IGLESIAS qui, plus que sur les batailles ou les scènes pharaoniques, accentue les caractères humanistes, dramatiques et émouvants de l’histoire de Moise. D’abord atmosphérique, doucement lyrique, la partition devient progressivement mélodique, le thème de Moise apparaissant tardivement, dramatique autant qu’épique et forcément bouleversante. On peut certes regretter un certain gigantisme dans les orchestrations mais celui-ci est balayé par l’intimité et la pureté de certains thèmes mettant en avant des solos de violon ou de violoncelle. Maintenant, en nous transportant dans un immense élan d’émotion, Alberto IGLESIAS passe haut la main son permis de composer pour un blockbuster !

EXODUS. Un film réalisé par Ridley SCOTT, avec Christian BALE, Joël EDGERTON, John TURTURRO, Aaron PAUL, Ben MENDELSOHN, Ben KINGSLEY et Sigourney WEAVER. Musique originale d’Alberto IGLESIAS disponible chez Sony classical. 

PENGUINS OF MADAGASCAR

Seconds rôles dans la saga MADAGASCAR ; les pingouins les plus fous du monde du renseignement deviennent les héros d’une comédie animée ! On y retrouve le Commandant, Kowalski, Rico et Soldat, qui vont allier leurs forces pour combattre l’organisation secrète « Vent du Nord » dirigée par le très chic « Agent Confidentiel ». Ensemble, ils devront empêcher le Dr Octavius Baigne d’exercer son inépuisable soif de vengeance qui pourrait détruire notre monde. Pour la musique, après Hans ZIMMER sur les MADAGASCAR, c’est un de ses proches collaborateurs, Lorne BALFE (LE SANG DES TEMPLIERS – 2011, co-compositeur ou producteur sur de nombreuses bandes originales d’Hans ZIMMER dont SHERLOCK HOLMES et DA VINCI CODE) qui signe cette partition plutôt riche, parfois déjantée et qui lorgne souvent vers un swing qui rappelle Lalo SHIFRIN. D’où l’utilisation, en plus de l’orchestre symphonique dirigée par Gavin GREENAWAY ainsi que des chœurs, d’un bigband brass. La partition commence donc de manière rythmée, en véritable pastiche de musique de film d'espionnage, incluant de larges parties de piano renforcées par la fougue d’une batterie et de cuivres (The Penguins of Madagascar) ; un thème qui revient plusieurs fois, jouant toujours sur les registres pianissimos mais aussi des cuivres (Adelia, Schlegeli), parfois sur les vibratos, inspirant le danger, l'aventure et même le fantastique mais toujours dans des orchestrations mélangeant le jazz et l’instrumentale (Demersus, Mendiculus). On note aussi des variations incluant des mesures de guitare électrique en même temps que des flûtes aériennes tandis que le piano reste très présent et joue plutôt l'accélération (Patagonicus). Souvent en plein délire, le compositeur joue aussi avec des rythmes de rock mais à la sauce symphonique, grâce à des guitares électriques et un développement trépidant et rythmé (Forsteri). Plus rarement, on entend des motifs profonds, gracieux, doucement mélodiques, colorés par le hautbois avec néanmoins des sections plus légères, voire chantantes (Magellanicus, Private's Theme). Avant un retour vers un thème assez lent, qui monte doucement vers une partie plus colorée, davantage rythmée, crescendo et répétitive qui joue la peur, toujours dans un esprit référentiel (Robustus). Au final, Lorne BALFE propose une partition efficace mais pas très inventive. A son avantage, il joue sur plusieurs registres, naviguant vigoureusement entre la musique orchestrale classique et les développements plus jazzy. On peut néanmoins regretter une trop grande facilité à recourir à des artifices orchestraux souvent utilisés. Mais s’agissant d’une comédie et d’un hommage à un certain cinéma, on peut difficilement lui reprocher. En bonus, on trouve une déclinaison en chanson électro jazz du thème principal par Lorne BALFE et Antony GENN et, fin d’année oblige, un deuxième cd (BLACK WHITE CHRISTMAS) contenant des chansons de noël : quelques originaux comme Real Chill Christmas et des reprises comme Jingle Bells, interprétées par les Pingouins alias Tom Mc GRATH, Chris MILLER et Christopher KNIGHTS sur des musiques et paroles de Mike HIMELSTEIN et Alex GERINGAS et des sonorités très dans l’air du temps. De la musique classique à de la pop moderne ; ce disque contient toute la musique nécessaire pour passer un Christmas en Antarctique 

PENGUINS OF MADAGASCAR. Un film réalisé par Eric DARNELL & Simon J.SMITH, avec les voix en VO de Benedict CUMBERBATCH (Agent Confidentiel) & John MALKOVICH (Dr Octavius Baigne). Musique originale de Lorne BALFE disponible chez Sony classical

 

 

SECRETS OF WAR

Pendant la Seconde Guerre Mondiale aux Pays-Bas, retrace l'amitié́ de deux jeunes de 12 ans, Tuur et Lambert, est mise à rude épreuve par l’arrivée de mystérieuse Maartje dont ils vont tous les deux tomber amoureux. L’innocence des trois enfants va, involontairement, les faire basculer dans la triste réalité de l’occupation allemande, dont les dangers vont éloigner les deux garçons, fâché l’un envers l’autre. Pourtant, quand Lambert va apprendre que la famille de Tuur appartient à un groupe de résistants, il va tout faire pour les sauver... Voici la bande originale d’un film dont la musique, signée André DZIEZUK (UNE LIAISON PORNOGRAPHIQUE de Philippe FONTEYNE -1999, ARRETEZ-MOI LILIENFELD -2013), constitue un élément prépondérant. Ce qui n’est pas surprenant vu la quantité et surtout la qualité de sa partition, riche en thèmes et en couleurs. Sur le thème titre, André DZIEZUK débute par un motif charmant emporté par un piano léger, qui représente bien l’innocence de l’enfance ; il s’agit en fait du motif de l’amitié, qui devient plus tard dans le film celui du "trio d'amis". Il s’agit d’un motif repris accompagné de cordes généreuses, parfois de nappes électroniques, et de percussions, puis de manière plus grave, avec le cymbalum, l’instrument emblématique du film ; un instrument à la fois percussif et résonnant, métallique ou doux, nostalgique et évocateur, qui apporte un certain mystère, associé notamment au thème du secret. Mais aussi, de manière plus générale, à une période de guerre. On retrouve aussi des cordes, notamment dans les vibratos, sur des moments de tension tandis qu'une flûte grave évoque la tragédie juive (Secrets of War, The Forbidden Cave, Friendship). Pour le personnage de Maartje, André DZIEZUK introduit un thème grave qui alterne avec des parties de cordes dans les vibratos, du cymbalum et des percussions.(Maartje).Toujours sur les amis, on note aussi certains thèmes chantants d' abord au violon solo puis accompagnés de quelques cuivres et des cordes chaleureuses avant une section plus grave (Forever Friends). André DZIEZUK introduit le thème du secret (la guerre, la résistance cachée aux enfants) par un motif très noir, qui commence dans les cordes vibratos, accompagnées de cymbalum. Puis se poursuit dans de douces percussions et des cuivres très légèrement crescendo avant une précipitation finale aux harmonies plus violentes (To The Shelters, Sharing Secrets Part 1) ; des cordes sombres qu’on retrouve plus furtives lorsque le compositeur utilise le piano de manière très intimiste, mélancolique, comme le fait souvent James HORNER. C’est notamment le cas quand on le retrouve en solo (Sharing Secrets Part 2) ou accompagné d'une ligne de violoncelle puis de cordes qui lui donnent une couleur, une chaleur qui agit comme un contrepoint à la guerre (The Surprise Guest) et surtout comme une introduction au thème de l'amour naissant entre Tuur et Maarje ; un motif développé plus tard mais sur la même tonalité, avec des mouvements de piano, profond avec des parties d'espace, pour une musique lente, nostalgique, mélancolique (Bella) et un contrepoint vibrant tandis qu’une reprise répétitive au violoncelle (Falling In Love) sait aussi apporter du mystère (Damn War). Pour évoquer des personnages en lutte contre les nazis, le compositeur privilégie une musique épaisse, dans les cordes frottées, mais aussi doucement rythmique (Resistants). Une fois ces thèmes établis, le compositeur s’attache à construire une musique qui suit la narration du film et accompagner la noirceur qui s'installe progressivement. C’est notamment le cas lorsqu’il décline ce thème grave, dans les vibratos, qui installe une ambiance lourde (Teddy Bear), également lorsqu’il utilise un cymbalum répétitif, qui inspire la peur, accompagné de cordes obsessionnelles (Doubt Creeps) que l’on retrouve également sur le final, qui s'appuie davantage sur l'action (Run Away) ou encore lorsqu’il utilise le piano dans les graves pour un thème en mineur qui joue la tragédie (The Arrest). Enfin, le compositeur amène une dimension dramatique, par une cellule trépidante (The Fight) avant une conclusion plus légère pour piano et harpe, jusqu’à devenir, grâce aux cordes, chaleureuse, touchante (Epilogue). Au final, voilà une partition d’allure classique mais réussie dans la mesure où on y retrouve, de bout en bout, une force à la fois dans les thèmes et les couleurs. Comme le lui a demandé le réalisateur Dennis BOTS, il a commencé par élaborer des mélodies fortes, déclinées tout au long du film. Derrière, le compositeur multiplie les pistes, les ambiances, passant de l’amitié à la romance, et de l’angoisse à la terreur, avec un réel talent ; d’où un vrai beau moment de musique et de cinéma !

SECRETS OF WAR. Musique originale du film de Dennis BOTS, composée par Andrée DZIEZUK. Disponible en téléchargement – Label B Original by Cristal Records - Distribution Believe.

THE MAZE RUNNER (LE LABYRINTHE)

Dans cette adaptation du premier livre d’une série pour adultes de James DASHNER, Thomas (Dylan O’BRIEN) se retrouve pris au piège, sans souvenir du monde extérieur, comme d’autres garçons, dans un labyrinthe géant. En reliant certains fragments de son passé à des indices du labyrinthe, Thomas espère s'en échapper. Pour la musique, le réalisateur Wes BALL a appelé John PAESANO, connu, à la tévisision, pour les partitions de la série CRISIS, le court métrage L'AGE DE GLACE: UN NOEL DE MAMMOUTH et la série animée DRAGONS : CAVALIERS DE BEURK.  En 2014 pour le cinéma, il a signé celle de WHEN THE GAMES STANDS TALL réalisé par Thomas CARTER. Pour ce LABYRINTHE, Wes BALL, en tant que fan de Jerry GOLDSMITH, John WILLIAMS et John BARRY, a demandé à John PAESANO de composer une bande originale à la manière de JURASSIC PARK !; son idée étant que les murs à l’extérieur du labyrinthe remplacent les dinosaures. Message compris par John PAESANO avec cette vaste partition souvent orchestrale, parfois plus fusionnelle avec des éléments synthétiques, qui soutient constamment la tension tout en restant proche des personnages. La partition s’ouvre par un thème de cordes plutôt tournant, avec quelques notes qui s’élèvent. On y sent un souffle mais également un rythme puissant. L’aspect mélodique, assez léger, et qui évoque la dimension aventures, arrive dans un second temps et de manière contrapuntique. La musique devient alors plus ample, multipliant les couches ; un schéma peu innovent mais efficace (The Maze Runner) égrenant un suspense, à un rythme régulier, à la façon d’un film de guerre, avec de petits cuivres, et un chœur qui amène un souffle (Banishment, Into the Maze, Griever!) ; également une violence, directe dans les percussions et les cuivres ou plus sournoise à travers des crescendos, des notes inquiétantes, sans oublier une sorte de marche macabre, histoire de jouer sur la peur (Ben's Not Right). Sur Thomas, on trouve une musique souvent atmosphérique, qui joue sur l’émotion, avec de larges parties pianissimo, et des cordes douces, sur des mouvements assez mélodiques (My Name Is Thomas, Waiting in the Rain, Why are We Different?), des morceaux doucement mélodiques réservant des espaces à des sonorités emplies de sensibilité (Chat with Chuck), également des plages de nostalgie grâce à une musique proche du personnage, de son ressenti (Thomas Remembers). Une fois le schéma des lieux emplis d’une certaine terreur et de personnages terrifiés, à l’image de Thomas, John PAESANO peut se lancer dans une partition d’aventures qui jongle constamment entre action et émotion, justement à la manière d’un John WILLIAMS, avec toutefois moins de réussite. John PAESANO distille alors, par petites touches, une musique grave et en mineur, assez sombre, qui avance doucement, suggérant un monde mystérieux (Going Back In), souvent sur une base répétitive et rythmée, avec un mouvement lyrique léger mais crescendo qui amène de la puissance (Section 7), et puis nombre de morceaux d’action, à la fois colorés et rythmés, à la manière de JURASSIC PARK (Maze Rearrange, Griever Attack) ou de GHOST AND THE DARKNESS de Jerry GOLDSMITH (Goodbye). Pour le final, John PAESANO débute par une entame assez plaisante, calme, à base de piano et de chœurs, d'où une musique chaleureuse. Il continue par un développement au piano puis reprend avec de manière plus lyrique, rythmique avant un prolongement symphonique victorieux, en majeur(Finale). Au final, la partition de John PAESANO contient beaucoup de grands morceaux, des musiques qui enflamment souvent l’orchestre et surtout donnent vie à un univers fictionnel. Maintenant, si ces morceaux fonctionnent parfaitement dans le film, ils ont quelque peu du mal à sortir de l’écran. Elle contient également, et c’est une réelle qualité, des morceaux beaucoup plus intimistes, souvent à base de piano, qui amènent un indéniable contrepoint émotionnel qui permet de mieux comprendre ce que traverse Thomas. Il en résulte alors une réussite assez pleine à l’écran, plus nuancée sur disque !THE MAZE RUNNER (LE LABYRINTHE). Un film de Wes BALL, avec Dylan O’BRIEN, Kaya SCODELARIO, Ami AMEEN, Will POULTER. Musique originale de John PAESANO disponible chez Sony classical

ANGRY VIDEO GAMES NERD: THE MOVIE

ANGRY VIDEO GAMES NERD (AVGN en abrégé) est à la base une web série surréaliste et d’humour noire. Elle a été créée et interprétée par James ROLFE qui tient le rôle du Nerd ; une sorte de fou furieux passionné de jeux vidéo qui revient dans un long métrage au cinéma. Dans le film, le Nerd refuse de jouer à un vieux jeu vidéo de son enfance inspiré du film E.T., dont les copies ont mystérieusement disparues et, surtout, il refuse de parler. Jusqu’au jour où il monte un plan visant à démontrer que la disparition du jeu n’était qu’une énorme farce. Pour la musique de son film, le réalisateur James ROLFE a eu la bonne idée d’engager le compositeur très talentueux Bear Mc CREARY, remarqué notamment sur les séries GALACTICA et, plus récemment, DA VINCI DAEMONS. Il faut d’ailleurs noter que ce n’est pas la première fois que Bear Mc CREARY collabore sur ANGRY VIDEO GAMES NERD puisqu’il avait déjà composé et arrangé en 2010 la musique de l’épisode Comment Le Nerd A Volé Noël. L’album s’ouvre par le thème titre (Theme from Angry Video Game Nerd: The Movie); un motif immédiatement surprenant du fait qu’il nous replonge instantanément dans un univers électro futuriste tout droit sorti des années 80. Dans ce thème amusant,  Bear Mc CREARY détourne allègrement les Musiques de jeux video, tout en intégrant l’emblématique« Angry Jeu Vidéo Nerd Theme Song " de Kyle JUSTIN, que l’on retrouve d’ailleurs en version remixée à la fin de l’album, ainsi que d’autres titres :  En plus d'écrire la musique originale, Bear Mc CREARY a remixé deux chansons pour l'album, l’amusante Sacred Ground of the Golden Turd (Bear McCREARY Remix), une chanson qui mélange country et sonorités électriques du passé interprétée par le guitariste et chanteur américain Kyle JUSTIN. Puis Explicit.The Angry Video Game Nerd Theme Song (Bear McCreary Remix). Pour en revenir à la musique originale, Bear Mc CREARY base donc son thème sur des mélodies électroniques mais ne s’en contente pas puisqu’il greffe par-dessus des guitares électriques, des percussions, qui lui donnent une dimension rock’n roll assez délirante que l’on retrouve dans différentes variations et déclinaisons (Humvee Chase Bear) jusque dans une suite de plus de dix minutes (The Nerdy Hero). Plus étonnant, il s’inspire des musiques de western pour des thèmes colorés, rythmés par les caisses claires, avec de la guitare et de la trompette ; ce qui donne une sorte de couleur martiale qui correspond bien à la mission, la sorte de guerre engagée par le Nerd (Howard Scott Warshaw, General Dark Onward). Bear Mc CREARY propose aussi des mouvements qui jonglent entre la douceur et l’angoisse, entre l’orchestre et le synthétiseur qui reprend le thème principal. On reconnait là le talent de Bear Mc CREARY pour proposer une musique d’apparence gracieuse mais qui devient vite inquiétante, grâce à l’utilisation de la flute, de crescendos et de parties dans les vibratos, ainsi que quelques mesures pianissimo en contrepoint (The Story of Death, Save the Fans, Zandor's Tale, Death Mwauthzyx Rises). On note aussi le détournement synthétique de musiques de sources, parfois répétitives, parfois lyriques avec des chœurs et une rythmique à trois temps. On entend aussi des parties de percussions et de claviers, d'orgues avec parfois des citations comme la marche nuptiale de Félix Mendelssohn ; également des parties aériennes, des musiques plutôt inquiétantes mais toujours dans un esprit très années 80. (Source Music Medley).  L’album contient aussi quelques autre        chansons, en particulier Nerds Before Birds et Barcade ; deux morceaux de rock très électriques, énergiques, qui conviennent bien à la personnalité complexe et folle du Nerd. Ces chansons sont interprétées par le groupe Young Beautiful In A Hurry, un quatuor énergique créé en 2011 par le guitariste et chanteur Brendan Mc CREARY (le frère de Bear Mc CREARY) pour créer des morceaux de pop organiques, agrémentés d’un soupçon de glamour qui rappelle les années 1970.  Au final, tout en partant d’un sujet et d’un thème imposés, Bear Mc CREARY construit une partition imposante qui, tout en puisant allègrement dans les sonorités des années 80, dévoile un univers d’humour et d’aventures. Maitrisant à la fois l’électronique et l’orchestre, le compositeur multilplie les couleurs, les ambiances sans négliger les aspects mélodiques et chantants de sa partition  D’où une partition certes décalée, parfois très rock’n roll mais particulièrement inventive.

ANGRY VIDEO GAMES NERD: THE MOVIE. Un film écrit, réalisé et interprété par James ROLFE. Musique originale de Bear Mc CREARY disponible chez Sparks And Shadows. Plus d’informations surwww.sparksandshadows.net   et www.bearmccreary.com

 

 
  

THE BAYTOWN OUTLAWS (LES HORS-LA-LOI

Voici une bande originale inédite et étonnante à plus d’un titre, à commencer par le fait qu’elle est cosignée par l’américain Christopher YOUNG et le grec Kostas CHRISTIDES (connu surtout comme orchestrateur – SPIDERMAN 3 de Sam RAIMI, BANDITS de Barry LEVINSON). Ensuite le sujet qui commence de manière classique, trois frères aidant une femme à récupérer son fils des mains de son père. Mais devient vite fou lorsqu’interviennent des flics véreux, des mafieux ainsi que des motards en colère et d’autres personnages plutôt déglingués ! Ce qui explique cette partition surprenant de par son style, qui navigue entre rock et country. Pour le thème titre, Christopher YOUNG et Kostas CHRISTIDES lancent un thème rythmé par la batterie et des guitares électriques qui amènent une couleur très rock, qui se situe entre la variété américaine et la musique métal (Baytown Outlaws) avec parfois des éléments obsessionnels ainsi qu’une voix solo qui amène une gravité, une douleur.(Brthr Fckr); la guitare électrique que l’on retrouve souvent dans la partition, là accompagnée d'une rythmique électronique grave, qui donne un côté country mais plus urbain (Sugar Plum Scum) ; une ambiance donc typiquement américaine qui parsème l’album, comme sur morceau assez doux, doucement mélodique et acoustique (Longorioso). La partition ne trempe pas uniquement dans le rock puisque certains morceaux, à la aériens, profonds, dégagent de la mélancolie au travers de reprises du thème principal à base de guitare assez (When You Wish Upon A Guitar) et de mouvements à base de synthétiseurs qui apportent une ambiance plus grave, étrange, atmosphérique, tout en restant proches d’un rock brut, sanguin (Two Pistol Coffin), parfois même proche d’une musique psychédélique revisitée dans une couleur country, donc assez américaine avec des guitares, des orgues (She Is My Shining Island Nympho). Plus rarement, la musique de Christopher YOUNG et Kostas CHRISTIDES met en avant des cordes obsessionnelles façon orchestre classique avant un déchaînement de percussions variées dont certaines orientales pour une sorte de marche assez étonnante dans son orchestration où la guitare amène le rythme amplifié par des sonorités rocks, électriques ; ce qui fait penser à certaines de musiques de westerns d'Ennio MORRICONE, la dimension ct mélodique en moins (Ode To Billy Bob). L’album se conclut par un joli moment intimiste au piano solo, léger, développé de manière classique jusque dans son contrepoint ; un thème plaisant, qui tranche avec le reste plutôt rock de la partition.(Searley Insane). Au final, Christopher YOUNG et Kostas CHRISTIDES signent une partition inclassable qui mélange les styles. On passe ainsi des mouvements les plus classiques (motifs de cordes et parties de piano classiques jouées par Christopher YOUNG) aux plus modernes (du rock au métal - avec des guitares jouées par Tom ROTELLA, Andy ABAD, Nick STOUBIS - en passant par toutes sortes de textures synthétiques ou à base de percussions variées). Cependant, en filigrane, tous ces styles se rejoignent dans une ligne rouge finalement assez country, que l’on doit surtout à Christopher YOUNG qui donne ses racines américaines à cette partition. Kostas CHRISTIDES, quant à lui, apporte des harmonies qui lorgnent davantage vers l’orient, faisant ainsi de cette partition un étrange mariage entre le rock, la musique contemporaine et la country. Il en reste alors une bande originale définitivement peu commune !

THE BAYTOWN OUTLAWS. Un film réalisé par Barry BATTLES en 2012, avec Billy Bob THORNTON, Eva LONGORIA, André BRAUGHER. Musique originale de  Christopher YOUNG et Kostas CHRISTIDES disponible chez Intrada records.

 
 
 

HERCULES

Ame tourmentée à la force légendaire, Hercules (Dwayne JOHNSON) et quelques mercenaires, partent combattre la guerre civile afin de replacer le roi légitime sur le trône du royaume de Thrace. Cette nouvelle mouture cinématographique du mythe d’Hercules, basée sur le roman graphique The Thracian Wars de Steve MOORE et Admira WIJAYA (2008) a été réalisée par Brett RATNER (COMMENT TUER SON BOSS). Pour la musique, après une collaboration avec l’excellent Alan MENKEN sur une version moderne plutôt ratée de BLANCHE NEIGE (MIRROR MIRROR), il a appelé le jeune Fernando VELAZQUEZ, remarqué dès 2008 sur L’ORPHELINAT réalisé par J.A. BAYONA. Ici, il propose une partition qui verse dans le gigantisme, le symphonique, mais qui possède le mérite premier de contenir un véritable thème de héros : en effet, pour un personnage de l’ampleur d’HERCULES, il aurait semblé dommage, voir même suicidaire, de se passer d’un grand thème qui, peu présent au début, devient rapidement incontournable. Ce thème, il apparait d’abord discrètement, au détour de musiques qui jouent le mystère et la grâce (Athens). Fernando VELAZQUEZ démarre sa partition plutôt doucement par une boucle répétitive, avant de déployer un thème orchestral lyrique grâce à l’utilisation de chœurs, très présents tout le long de la partition. Très vite, il embraye sur une partie centrée sur l'action (Son Of Zeus) bien que comportant également des moments de gravité (Pirate’s Camp). Une autre caractéristique de la partition tient dans la présence régulière, derrière les thèmes colorés mis en avant, d’un contrepoint obsessionnel, parfois synthétique. C’est notamment frappant derrière le motif mélodique de l’arrivée à la ville de Coty, comme pour apporter une part d’ombre au mythe (Arrival At Lord Coty’s City) mais aussi une certaine élégance en même temps qu’un univers intrigant à travers des vibratos sur des harmonies contemporaines (Lord Coty’s Palace) ou encore de la nostalgie sur des images du passé ressurgissant (Flashback). Il reste alors peu de place pour l’émotion, hormis lorsque sonne un lento accompagné de chœurs et de cordes à l'ancienne ; d’où une musique douce, presque un thème d'amour (I Will Believe In You, The Lion’s Tooth). Pour les séquences se déroulant dans le village de la tribu des Besses, Fernando VELAZQUEZ revient à une musique répétitive pleine emplie d'emblée de cuivres ; également une partie rythmée, lyrique et sombre dans son développement qui contient aussi des sonorités étranges ; ce que l’on doit notamment à des percussions comme des sonneries, mais aussi des vibratos dans les cordes. D'où une musique qui joue la tension, l'étrange. Avant des parties plus violentes dans les cordes agrémentées d’éléments électroniques, mais aussi de rappels du thème principal (Bessi’s Valley). Pour les grandes scènes de bataille, le compositeur revient à une musique grandiose, omniprésente et orchestrale, parfois obsessionnelle, mais avec un fond synthétique et des percussions  puissantes appuyant l'action (Bessi-Battle, Centaurs, The Battle) mais aussi la violence, la force (Kill Eurystheus, Final Fight & Tydeus’ Death). Fernando VELAZQUEZ conclut par un générique basé sur le thème principal, naviguant entre lyrisme et tragique avant un développement rythmé qui s’envole en mode symphonique puis partie de cuivres et nouvelle partie symphonique, chevaleresque (End-Titles). Au final, Fernando VELAZQUER livre une partition de très bonne facture, dominée par un thème principal fort et des mouvements suffisamment profonds et rythmés pour soutenir l’action, l’aventures. En outre, on apprécie particulièrement des orchestrations généreuses qui, pour autant, laissent la place à un mystère apporté par les synthétiseurs, et un lyrisme dû aux chœurs. Il en ressort alors une partition au gigantisme aussi grand que la légende d’Hercules !

HERCULES. Un film réalisé par Brett RATNER, avec Dwayne JOHNSON, Ian McSHANE, Rufus SEWELL, Joseph FIENNES, Peter MULLAN, John HURT. Musique originale de Fernado VELAZQUEZ disponible chez  Sony Classical.

 
 
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X-MEN: DAYS OF FUTURE PAST

Ce nouvel opus des X-MEN, le septième de la série et le troisième réalisé par Bryan SINGER, est une double suite à X-MEN : L’AFFRONTEMENT FINAL (THE LAST STAND) et X-MEN: LE COMMENCEMENT (FIRST CLASS).  Ici, les X-Men s’engagent dans un combat pour changer le cour de l'histoire : Wolverine (Hugh JACKMAN) envoyé dans le passé afin de prévenir un événement la ruine des Humains comme des Mutants. Pour la musique, on retrouve le compositeur John OTTMAN, qui n'est pas étranger à cette série de films épiques et de genres consacrés à des supers-héros. Rappelons au passage que, à la fois compositeur et éditeur, John OTTMAN constitue en quelque sorte le bras droit musical de Bryan SINGER, avec qui il a collaboré sur THE USUAL SUSPECTS mais aussi, déjà, sur X-MEN 2. A l’image du scénario, John OTTMAN propose une partition qui navigue entre deux univers sonore, l’un très orchestral, l’autre beaucoup plus synthétique, l’un prenant parfois le pas sur l’autre qu’il écrase littéralement. John OTTMAN ouvre ainsi son score par un thème lointain, avant une partie plus lyrique, doucement crescendo, mêlant déjà des sonorités électroniques à l’orchestre (The Future - Main Titles). Il continue par un thème tournant, grondant, annonçant une partie plus rythmée, active, avec un  aria porté par un accompagnement, tendu, rythmé dans les cuivres, obsessionnel dans les cordes (Time's Up), ce que l’on retrouve dans des thèmes plus mélodiques dans les contrepoints mais aussi obsessionnel, et plus profonds avec du violoncelle (I Found Them, He Lost Everything). Logan/Wolverine, quant à lui, arrive sous une orchestration renouvelée, avec des flûtes et quelques notes de guitare annonciatrices d’une partie plus électrique, plus rock (Saigon - Logan Arrives) ; une orchestration aux essences multiples qui apporte du mystère, du suspense, de la tension que l’on doit notamment à des sortes de pulsations électroniques mélangées à des cordes, des flûtes (Pentagon Plan - Sneaky Mystique) mais aussi, plus surprenant, lorgne parfois vers le jazz (Springing Erik).  Ensuite, pour le personnage du Professeur X (Patrick STEWART), John OTTMAN propose un thème pianissimo qui, par sa couleur, son rythme, dégage un certain coté tragique, rendu à la fois par la douceur des cordes et les synthétiseurs aériens (Hope - Xavier's Theme, Do What You Were Made For). Au fur et à mesure de l’avancement, le compositeur propose des thèmes qui avancent méticuleusement, parfois avec un léger crescendo mais qui restent dans une tonalité à la fois sombre, aérienne et  synthétique, malgré quelques sursauts de violence de plus en plus développés (All Those Voices, Paris Pandemonium, The Attack Begins) ou de tristesse, de lyrisme avec certaines parties lyriques, doucement pianissimo (Contacting Raven, Join Me) avant un final plus orchestral, calme et coloré (Welcome Back - End Titles). Au final, John OTTMAN signe une partition qui accompagne efficacement le film mais qui, malgré de bonnes idées, a du mal à s’apprécier en dehors de l’écran. L’album contient également deux chansons : Time in a Bottle  par Jim CROCE et The First Time Ever I Saw Your Face par Roberta FLACK.

X-MEN: DAYS OF FUTURE PAST. Un film réalisé par Bryan SINGER, avec James Mc AVOY, Michael FASSBENDER, Hugh JACKMAN, Jennifer LAWRENCE, Patrick STEWART, Ian Mc KELLEN, Nicholas HOULT, Ellen PAGE, Anna PAQUIN, Halle BERRY.  Musique originale de John OTTMAN, disponible chez Sony Music.

ALBERT A L’OUEST (A MILLION WAYS TO DIE IN THE WEST)

Dans cette comédie, Albert STARK (Seth MACFARLANE) est un éleveur dont la couardise donne à sa ­fiancée Louise (Amanda SEYFRIED) une excuse pour s’acoquiner avec le moustachu Foy (Neil Patrick HARRIS). C’est alors qu’arrive la  mystérieuse Anna (Charlize THERON) et son frère le patibulaire Lewis (Evan JONES), qui insuffle à Albert une dose de courage et le séduit. Jusqu’au jour où le mari de la belle, Clinch (Liam NEESON), un hors-la-loi, s’en rend compte… Pour la musique de ce film, qui se déroule au Far West, mais dont tous les évènements sont appréhendés du point de vue de la réalité actuelle, le réalisateur a contacté Joël Mc NEELY, connu pour ses musiques qui font souvent références à des compositeurs de légende, John WILLIAMS notamment. Il a néanmoins réussi à se faire remarquer ces dernières années par ses musiques pour les films animés mettant en scène la fée Clochette (TINKERBELL). Joël Mc NEELY démarre fort en introduisant un thème splendide, coloré, enlevé, qui se situe dans la lignée des grands classiques du genre. Sa première qualité, c’est son côté mélodique marqué puis sa partie romantique, une amorce de thème d’amour. L’autre qualité de ce thème, c’est son orchestration, généreuse et symphonique, avec des cuivres retentissants et des cordes somptueuses (Main Title) ; un thème repris souvent, comme un fil rouge  (Clinch Hunts Albert, The Shooting Lesson, Racing the Train). Joël Mc NEELY reprend tout de suite dans la douceur avec le thème de Louise, doucement mélodique, repris à l’harmonica. Là encore, on apprécie le côté chantant, nostalgique et l’orchestration raffinée, suivi d’un développement dans la délicatesse (Missing Louise). Il continue avec une sorte de musique de saloon, à la fois colorée, rythmée, avec des guitares typiques et des cuivres qui sonnent musique de bagarre (Saloon Brawl, People Die At The Fair, Rattlesnake Ridge). Pour le thème d’Anna and Albert, Joël Mc NEELY sort le grand jeu avec un motif très délicat, sensuel, avec de belles courtes parties de guitare qui servent à lancer la mélodie pour bois par-dessus. Pas de doute, le compositeur lance là un superbe thème d’amour qu’il développe majestueusement, avec des vibratos, de la harpe. Féru de musique et ­fin vocaliste, Seth Mac FARLANE souhaitait aussi inclure un numéro chanté et dansé. Il s’agit ici d’une adaptation d’une chanson de Stephen FOSTER, qui date du 19ème siècle, avec des paroles additionnelles signées Seth Mac FARLANE, Alec SULKIN et Wellesley WILD (If You’ve Only Got a Moustache, interprétée par  Amick BYRAM). L’album contient également un titre country efficace, interprété par Alan JACKSON, qui se situe dans la grande tradition des westerns, accompagnée de quelques lignes de violon, de banjo, d’harmonica et de chœurs (A Million Ways to Die). Au final, pour Joël Mc NEELY, l’expérience a été très enrichissante et, même si sa musique ressemble à un catalogue de références, il possède indéniablement la sensibilité et la perspicacité d’un compositeur émérite. Il en ressort alors une bande originale certes inspirée de d’or du western mais suffisamment puissante, imposante pour convaincre un large public ; une réussite !

ALBERT A L’OUEST. Une comédie de Seth Mac FARLANE, avec Seth Mac FARLANE, Charlize THERON, Liam NEESON. Musique originale de Joël Mc NEELY disponible chez Back Lot Music.

  
  

BIRD PEOPLE

En bordure de Roissy, un ingénieur américain en transit, soumis à de lourdes pressions professionnelles et affectives, décide de changer le cours de sa vie. Quelques heures plus tard, la vie d’une femme de chambre bascule brusquement. Pour la musique de ce film, on retrouve Béatrice THIRIET qui, dès 1993, signe sa première musique originale pour le film PETITS ARRANGEMENTS AVEC LES MORT, déjà réalisé pas Pascale FERRAN, qu’elle retrouvera régulièrement, notamment sur L’AGE DES POSSIBLES et surtout LADY CHATTERLEY, pour lequel elle obtient le Fipa d’Or de la Musique Originale. Pour cette histoire où l’envie d’ailleurs donne des ailes, Béatrice THIRIET commence par un thème pour piano solo, profond, mélancolique, rejoint dans une seconde section par des glissés de violoncelle et de cordes. Il s’agit d’un thème léger, délicatement mélodique, relativement lent, repris par l’orchestre avec de la clarinette par-dessus. La musique de Béatrice THIRIET se caractérise donc d’emblée par la présence d’un joli thème mélodique et d’orchestrations raffinées, qui vont vers le jazz vers la fin, avec en particulier l’utilisation d’une rythmique avant de finir sur le piano en instrument principal  (Bird People). Ce thème principal, Béatrice THIRIET le développe avec un violoncelle dans les graves, développement du thème du premier vol pour cordes et trompettes, thème à la fois concertant et léger, planant, doucement concertant (L'oiseau). Le piano, on le retrouve régulièrement dans la partition, notamment dans des thèmes très brefs, accompagné de cordes atmosphériques, aussi passagère que ces personnages qui se croisent (Bulle Minimaliste). On l’entend également en solo, sur un thème intimiste, pure, qui se développe délicatement, lentement, avec des notes espacées, qui viennent en reflet du personnage joué par Josh CHARLES (Gary Prend Une Décision, Gary). On croise également le piano, dans des thèmes à l’allure presque de piano jazz chantant avec un rythme soutenu, un thème relativement simple mais très agréable (Piano Fantôme), également dans une sorte de thème piano bar, au développement très agréable, avec des notes insistantes (La Nuit). Autour de ces thèmes relativement classiques, presque concertants, Béatrice THIRIER propose d’autres thèmes plus modernes, comme ce motif électro, avec une boucle répétitive mais également des percussions, des cordes atmosphériques en contrepoint. Il est d’ailleurs important de souligner que Béatrice THIRIET ne se contente pas d’un simple thème techno ; au contraire, elle l’enveloppe d’une ambiance orchestrale, mystérieuse, dérangeante (Techno Choc). Elle présente aussi des thèmes plus étranges, qui ressemblent davantage à une exploration sonore, des bruits de gens qui circulent, des bruits lointains de machines (L'appel du Dehors) ou de la nature (La Forêt, La Campagne A L'Aube) ; des thèmes qui, parfois, mélangent sonorités électriques et acoustiques, comme un solo de violoncelle, un chant de bois, des bruits d’objets, qui forment  finalement une musique assez vivante (Airport, La Ville Nocturne). Et puis, histoire d’aéroport oblige, Béatrice THIRIET s’amuse avec des tantôt des musiques aériennes, comme ce thème orchestral voltigeant dans les cordes et la trompette (Premier Vol), tantôt plus proche des bruitages (Mach 2). L’album contient aussi plusieurs chansons sélectionnées par la réalisatrice qui, plus que sur tout autre film, avait envie de se faire plaisir en tant que spectatrice. En particulier en mettant la chanson Space Oddity de David BOWIE ; un titre jubilatoire, que l’on entend sur une séquence qui correspond à un envol. .On entend aussi le titre Anti Pioneer par Feist. On relève enfin une reprise de La Javanaise (Serge GAINSBOURG) arrangée pour piano solo à un rythme ralenti, très lent, presque scolaire. Au final, Béatrice THIRIET signe une superbe bande très originale, qui multiplie les idées, les sonorités, passant de la douceur mélancolique de l’orchestre à l’aspect très réel des éléments synthétiques et naturels. Plus qu’une musique, il en découle un disque à vivre…

BIRD PEOPLE. Un film de Pascale FERRAN, avec Anaïs DEMOUSTIER, Josh CHARLES, Roschdy ZEM, Camélia JORDANA, Geoffrey Cantor, Taklyt VONGDARA et Radha MITCHELL. Musique originale de Béatrice THIRIET disponible chez BOriginal / Cristal records.

 
 
 
 
 

CAPTAIN AMERICA : THE WINTER SOLDIER

Voici la bande originale de la deuxième tranche des aventures du très populaire héros Marvel, Après les événements cataclysmiques de New York racontés dans The Avengers, Steve ROGERS (Chris EVANS) alias le Captain America coule des jours tranquilles à Washington, tout en continuant de s'adapter au monde moderne. Mais quand un collègue du S.H.I.E.L.D. est attaqué, Steve se retrouve impliqué dans un réseau d'intrigues qui met le monde en danger. S'associant à Black Widow (Scarlett JOHANSSON), Captain America lutte pour dénoncer une conspiration grandissante, tout en repoussant des tueurs professionnels envoyés pour le faire taire. Quand l'étendue du plan maléfique est révélée, Captain America et Black Widow sollicitent l'aide d'un nouvel allié, le Faucon. Cependant, ils se retrouvent bientôt face à un inattendu et redoutable ennemi - le Soldat de l'Hiver (Sébastian STAN). Pour la musique et succéder à Alan SILVESTRI, les producteurs ont engagé le compositeur qui monte Henry JACKMAN (LES MONDES DE RALPH, TURBO). Henry JACMAN a abordé à la fois d’un côté traditionnel, orchestral, dans la continuité de la partition d’Alan SILVESTRI. De l’autre, il a énormément travaillé l’ambiance électronique qui parcoure le film. D’ailleurs, Henry JACKMAN commence par une musique doucement rythmique, forte en éléments électroniques, et une boucle qui se répète. Ce qui donne à la fois un côté militaire et film d’aventures. Dans un deuxième temps, à l’aide d’électronique, de trompette, le compositeur développe un thème puissant, avec des cordes qui s’élèvent en arrière. En même temps, l’électronique, la rapidité, le jeu des percussions figurent les déplacements des personnages. Ce n’est que tardivement qu’apparait brièvement le thème principal, sorte de combat électronique (Lemurian Star) ; un thème que l’on retrouve de façon atmosphérique, à la façon d’une voix dans l’espace, avant une partie plus mélodique, orchestrale, plus classique aussi (Fallen), également accompagné de quelques notes de piano (An Old Friend). Le compositeur continue avec une musique toujours très rythmée, avec des cuivres qui lancent une sorte de marche patriotique, et un thème soutenu mais plus mélodique, qu’il développe ensuite dans la profondeur  (Project Insight). Là où la musique se corse, c’est quand il propose des sonorités qui ressemble davantage à un bruit d’hélicoptère qui s’élève ; une sonorité avec beaucoup d’électronique, une rythmique sourde et des bruits à la façon de combats. Il s’agit donc de sonorités, très modernes, qui ressemblent plus un enchevêtrement de bruits électroniques qu’une véritable musique percussive, qu’une véritable intensité. Ce faisant, il mélange les sonorités électroniques, également rock voir lyrique, qui ressemble à une sorte de voix grinçante. Et, là encore, le compositeur utilise beaucoup l’électronique dans des sonorités profondes qui expriment un monde futuriste, en danger, et quelques cuivres mais pas ou peu de cordes (Fury, The Winter Soldier, The Causeway) jusqu’à des crescendos austères, annonçant l’affrontement avec le personnage joué par Robert REDFORD (Alexander Pierce). D’ailleurs, Henry JACKMAN revient à une musique obsessionnelle, à base d’orchestre, de cordes soutenues, de cuivres et de percussions mais aussi, par flash, de sonorités électroniques. Il s’agit là d’une musique plus intéressante, qui mélange l’aspect orchestrale aux thèmes de combats plus modernes (Taking A Stand). On note aussi des thèmes de couleur très américaine, pour cordes, trompette, en particulier au début de la séquence «Projet Insight" avec des cordes élégiaques, du basson. Plus rarement, on trouve des musiques orchestrales plus graves, avec une trompette au loin, également un solo de violon qui donne un côté nostalgique, émouvant (Time To Suit Up). On notera enfin la présence d’une belle suite de près de 10 minutes (Captain America). Au final, Henry JACKMAN signe une partition percutante mais déroutante. S’il conserve habilement un pied dans le passé et dans le présent avec des mouvements d’orchestre, il s’illustre surtout par des sonorités très modernes, très dynamiques mais pas forcément intéressantes en dehors des images. Il n’en reste pas moins un disque très complet de 75 minutes, accompagné d’un livret très illustré.

CAPTAIN AMERICA : LE SOLDAT DE L’HIVER. Un film réalisé par Anthony et Joe RUSSO, avec Chris EVANS, Scarlett JOHANSSO N, Samuel L. JACKSON, Robert REDFORD, Toby JONES. Musique originate d’Henry JACKMAN, disponible chez Intrada records 

 
 

RUN BOY RUN (COURS SANS TE RETOURNER)

RUN BOY RUN a été réalisé par Pepe DANQUART (SEMANA SANTA, HELL ON WHEELS, A LA LIMITE). Le scénario est basé sur l'histoire vraie d'un garçon juif de neuf ans, Srulik, se retrouve tout seul dans le ghetto de Varsovie, pendant la seconde guerre mondiale. Très malin, il s'échappe dans la campagne où, déguisé en chrétien orphelin, il passe les années qui ont suivi caché dans la forêt. Aidé par de généreux agriculteurs dans la région environnante, et surmontant les obstacles, les poursuites et même les exécutions, Srulik survit miraculeusement. Pour la musique de ce film prenant et émouvant, on a le plaisir de retrouver Stéphane MOUCHA, que l’on connait pour son travail avec Gabriel YARED sur LA VIE DES AUTRES mais aussi, en solo, sur la série télévisée NICOLAS LE FLOCH. Pour RUN BOY RUN, il a créé une belle partition, composée de mélodies déchirantes et d’une instrumentation délicate, solide, interprétée brillamment par l’Orchestre de la Radio macédonienne dirigée par Stéphane MOUCHA. Celui-ci entame sa partition par un thème porté par les violons, d’abord de manière assez triste par l’orchestre, avant  une partie plus pure et en solo (Snow Fields - Opening part1) ; une couleur que le compositeur enrichie d’un motif plus grave, ample avec davantage de bois sur le déploiement du thème mélodique principal (Storm - Opening part2) ; un thème qui correspond au personnage de Srulik et que l’on retrouve logiquement à plusieurs reprises dans la partition, par exemple sur un lento lorsqu’il est perdu en pleine forêt (Alone In The Forest). Stéphane MOUCHA propose ensuite un thème à la fois plus profond et violent, avec des parties qui s’élèvent, tandis que les différentes sections de cordes et les cuivres jouent l’agitation, l’action (Farm Attack). Bien sûr, la majeure partie de la partition met en avant des thèmes sombres, mélodramatiques. Ainsi, on entend des musiques souvent obsessionnelles, multipliant les vibratos et d’où sortent seulement des étincelles de lumière (Pee Competition). Egalement des motifs de tension souvent rythmées par les cordes (Hiding And Running, Hiding In Water). Maintenant, il est intéressant de trouver plusieurs motifs qui constituent de véritables respirations, comme ce thème plus mélodique, qui se situe quelque part hors du temps ou plutôt de la guerre ; un motif porté par les cordes d’où se détache un violon solo joué par Sarah NEMTANU (Children‘s Picnic). Encore une surprise avec la présence d’une valse qui se développe de manière à la fois très classique et plus surprenante avec des jeux de cordes, et encore un solo de violon (Winter At Wröbels). On note aussi de véritables notes autour de l’enfance, comme cette superbe berceuse, pour piano, interprété par Dominique PLANCADE, accordéon par Aurélien NOEL, flûte mélodique par Catherine CANTIN et claviers par Stéphane MOUCHA (Mrs Janczyk’s Lullaby). On trouve aussi, sans surprise, des motifs qui jouent sur la corde sensible comme cette musique d’adieu qui étonne par l’utilisation des bois dans les graves (Leaving Mrs J). Stéphane MOUCHA propose ensuite une musique presque sourde avant de s’élever progressivement vers une partie plus mélodique qui épouse les moments de dangers (Out Of The Ghetto). Le compositeur propose également de véritables danses juives hassidiques, en particulier lorsqu’il s’agit d’évoquer la communauté de Blonie, située dans le centre est de la Pologne, à quelques encablures de Varsovie (Vision Of Blonie) mais sait aussi s’en éloigner quand il s’agit d’évoquer la mort (Father’s Death). On relève aussi certaines danses d’inspiration plus européennes comme cette musique pleine de grâce, de volupté, avec du violoncelle en contrepoint (In The Fields With Pavel). La partition se termine avec un thème orchestral et lyrique, emplie d’émotion, avec des flûtes par-dessus et des cordes (Tel Aviv) avant le générique de fin qui, de manière assez classique, reprend les grands thèmes du film et notamment le motif principal: il commence par des cordes trépidantes et une mélodie profonde, grave avec des flûtes aériennes. Suit une partie plus chantante, avec un thème en contrepoint et un solo de violon qui intervient par intermittence. Au final, Stéphane MOUCHA nous présente une bien belle partition, d’abord riche en thèmes, à commencer par celui du jeune Srulik, subtil et intelligent qui accompagne superbement les aventures de ce juif à la fois apeuré et malin. Autour de lui, le compositeur propose d’excellents motifs secondaires, qui accompagnent les ambiances, les épreuves que traverse le gamin, des thèmes souvent tristes avec d’autres éléments plus colorés, fraternels, vivants. Et puis, au-delà des thèmes, on reste admiratifs des qualités d’orchestrateur de Stéphane MOUCHA qui, tout en privilégiant l’orchestre, met en avant des instruments solos, comme le violon et la flûte. Il en ressort une partition très maitrisée, parfaitement cohérente dans ses choix, ses couleurs ; une réussite !

RUN BOY RUN (COURS SANS TE RETOURNER). Un film réalisé par Pepe DANQUART, avec Andrzej TKACZ, Kamil TKACZ, Elisabeth DUDA, Itay TIRAN, Lukasz GAJDIS, Jochen HÂGELE. Musique originale de Stéphane MOUCHA disponible chez

COLOSSEUM Music Entertainment.

Plus d’informations sur http://www.colosseum.de/index.php/language/en

Dans ce deuxième volet, le perroquet Blu s’est installé à Rio de Janeiro. Jusqu’au jour où Perla insiste pour que la famille s'installe dans la forêt amazonienne. Alors que Blu essaie de s'habituer à ses nouveaux voisins, il s'inquiète de voir Perla et ses enfants beaucoup plus réceptifs à l'appel de la jungle. Pour la musique, comme pour le premier opus, on retrouve John POWELL qui, dès l’ouverture, nous plonge en pleine samba, en revisitant la célèbre 20th Century Fox Fanfare (Rio 2 Samba) composée par Alfred NEWMAN. Dès le deuxième morceau, les choses sérieuses commencent avec une autre musique de samba (Batucada Pagode), pour laquelle le compositeur a fait appel à Carlinhos BROWN (pseudonyme d’Antônio Carlos Santos de FREITAS), un chanteur, percussionniste, compositeur, et créateur du groupe Timbalada, qui apporte une véritable authenticité dans le rythme de la musique de John POWELL, qui s’envole véritablement en fin de morceau. C’est d’ailleurs une des particularités de cette bande originale de trouver des artistes sud américains qui amènent leur touche, voir leur couche, sur les notes de John POWELL. On retrouve donc, au gré des morceaux, les participations de plusieurs artistes ou groupes brésiliens : le chanteur, compositeur et guitariste Milton NASCIMENTO, le groupe instrumental UAKTI  qui utilise des instruments conçus par ses membres et qui a notamment enregistré un album avec Philip GLASS. Encore plus que sur le premier film, et avec l’aide de ces artistes brésiliens, John POWELL construit une partition colorée, trépidante, qui navigue entre samba, aventures et émotion. Ainsi, il commence par une musique emplie de percussions, de flûtes, ce qui donne un côté à la fois aérien, frais et léger ; un vrai sentiment de dépaysement en même temps qu’une douceur que l’on doit aussi à la guitare de Milton NASCIMENTO. Puis, histoire familiale oblige, le compositeur propose un développement orchestral très agréable, avec une musique qui bouge, donc très adaptée à un film d’animation. On note aussi l’utilisation judicieuse de chœurs qui surgissent avant une musique qui varie les tempos (Over the Falls). Maintenant, très vite, si on ne doute pas que John POWELL possède des qualités indéniables de mélodiste et d’orchestrateur, on relève qu’il garde le défaut de reprendre souvent les mêmes thèmes d’un film à l’autre ; ce qui peut apparaitre comme une signature mais aussi une redondance. Et RIO 2 n’y échappe pas puisqu’on y retrouve un thème mélodique déjà entendu, entre autres, dans L’AGE DE GLACE 4 mais aussi VOLT des studios DISNEY. Maintenant, il faut reconnaitre que le compositeur se sert de ce thème pour lancer  des développements profonds, amusants et colorés, notamment sur la séquence du déjeuner (Breakfast in Rio) ou de la famille sur le toit accompagné par l’éventail instrumental de UAKTI (Fireworks on the Roof). Plus intéressant se révèle le thème de déplacement de la famille, doucement mélodique, dans la lignée des comédies animées des années 1950-1960. Mais là encore, John POWELL se démarque avec une orchestration très sud-américaine, enrichie par l’orchestre (Traveling Family). Il étonne également en côtoyant le jazz à travers des alliances de cuivres mais aussi des marches européennes avec des flûtes et également de l’accordéon, ainsi que des chœurs qui contribuent à former une musique souvent grandiose, parfois plus aventureuse voir tragique (Sideshow Freaks, Stalking The Ferry).  John POWELL déploie aussi parfois une musique généreuse et nocturne, une sorte de slow coloré par la guitare et la trompette (Toungue-apult to Blu's Nightmare); une musique qu’il développe dans l’action, l’étonnement avec des notes sorties d’un clavecin (Up Carla's Monkey), et celles, fraiches, empreintes des sonorités du groupe UAKTI que l’on retrouve ensuite sur une musique plutôt en mineur, relativement douce pour une partie plus grave, plus ethnique, qui évoque l’aventure (Spider Invite) et aussi, justement l’AMAZONIE (Red Bulllies ,Tantrums Lead to Explosions) et dans laquelle on retrouve parfois le motif principal en forme de samba (Humans Are Longer Than They Told Me). Au final, John POWELL remplit largement le contrat avec une musique très métissée à la fois par les mélodies et surtout les orchestrations qui mélangent des sonorités classiques à des instruments purement brésiliens. Il en ressort une partition qui, tout en restant fidèle aux modèles du genre, s’en échappe pour mieux jouer des codes du genre, et même de la samba brésilienne !

RIO 2. Un film réalisé par Carlos SALDANHA, avec les voix de Jesse EISENBERG, Anne HATHAWAY, Jermaine CLEMENT en version originale.Musique originale de John POWELL, disponible chez Sony music.

300 : LA NAISSANCE D’UN EMPIRE (RISE OF AN EMPIRE

Tiré du roman graphique de Frank MILLER, "XERVES", ce nouveau chapitre de la saga 300 a été mis en scène dans le style époustouflant qui l'a fait connaître. Cette fois, l'aventure a lieu en mer : le général grec Thémistocle (Sullivan STAPLETON) tente de mobiliser toutes les forces de la Grèce pour mener contre les Perses, emmenés par Xerxès (Rodrigo SANTORO), homme devenu dieu, et Artémise (Eva GREEN, à la tête de la marine perse…Pour la musique de ce film, on découvre Junkie XL, alias Tom HOLKENBORG, ex-membre, dans les années 1990, De la formation de New Wave néerlandaise Weekend At Waikiki puis, avec Phil MILLS, le groupe de métal industrielNerve. Ce n’est qu’en 1996 qu’il commence à composer sous le pseudonyme de Junkie XL,  d’abord des remixes pour divers artistes internationaux puis, en 2007, la partition du film DOA: Dead or Alive. Depuis, il a travaillé avec Harry GREGSON-WILLIAMS sur  DOMINO et KINGDOM OF HEAVEN, Klaus BADELT sur CATWOMAN et Hans ZIMMER sur, entre autres, MAN OF STEEL. C’est certainement cette alliage entre sonorités électroniques, Pour le réalisateur Noam MURRO, la musique de Junkie XL a contribué à instaurer l'atmosphère de 300 : LA NAISSANCE D’UN EMPIRE. Pour assoir son choix, il a commencé par écouter différents compositeurs qui lui avaient été recommandés jusqu’à ce qu’il soit tout simplement bouleversé par les propositions musicales de Junkie XL. La partition est introduite par des bruits d’orages annonciateurs de la guerre qui va s’abattre. Très vite, sur le personnage d’Artémise, le compositeur lance d’abord une musique assez lente et d’inspiration orientale avec beaucoup de flûtes et des vibratos. Il en profite aussi pour amener une voix arabe dont le timbre apporte à la fois de l’émotion et du caractère. Dans un deuxième temps, la musique se fait plus violente, rythmée voir tribale en utilisant les percussions (History Of Artemisia) ; une tendance qui continue sur le morceau suivant, dont la musique ample et percussive s’avère plutôt bruyante, martiale avec un côté lourd en forme de marche (Marathon). Bien sûr, film historique moderne, le compositeur propose sa dose de musiques rythmées, fortes, avec de la guitare électrique, façon rock ; de vraies musiques de combat auxquelles il eu la bonne idée de rajouter des voix qui apportent un lyrisme, une gravité et un côté oriental (Fog Battle, End Title), que l’on retrouve sur des morceaux plus aériens, planants et même sensuels (A Beach of Bodies, Xerxès Thoughts). Là où la partition devient intéressante, c’est quand le compositeur propose un thème plus intime à base de harpe grave, plus doux aussi avec la reprise des cordes sur une mélodie légère mais émouvante. Il s’agit d’une musique délicate, joliment développée, avec un contrepoint orchestral qui gonfle, également une puissance intérieure. On note dans une deuxième partie plus de rythme, plus d’électronique pour une musique plus moderne, avec une violence contenue et un développement en une sorte de dance orientale (Artemisia's Childhood). Au final, comme le souligne Noam MURRO, la musique de Junkie XL constitue un mélange intéressant, et plutôt réussi, de modernité, d'énergie, de compassion et même d’intensité dramatique. En cela, sa musique qui mélange harmonies et couleurs plus traditionnelles, notamment vocales, incarne parfaitement le film, qui se tourne à la fois vers le passé et l’avenir.

300 : LA NAISSANCE D’UN EMPIRE (RISE OF AN EMPIRE). Un film réalisé par Noam MURRO, avec Sullivan STAPLETON, Eva GREEN, Rodrigo SANTORO. Disponible chez Sony Music.

UN ETE A OSAGE COUNTY (August: Osage County)

Adapté d’une pièce de Tracy LETTS, qui a remporté de très nombreux prix, ce drame s'inscrit dans une tradition littéraire américaine, qu'on retrouve à la fois au théâtre et au cinéma. Ici, Violet WESTON (Meryl STREEP) une mère toxicomane devenue veuve, se voit contrainte de reprendre les commandes de la famille. Au même moment, sa fille ainée Barbara (Julia ROBERTS) connait une grave crise conjugale puisque son mari la trompe avec ses étudiantes. Mais le décès du père, c’est aussi l’occasion de retrouvailles entre les trois filles WESTON, après plusieurs années de séparation, dans leur maison familiale. De nouveau réunies avec leur mère, des secrets et des rancœurs trop longtemps gardés vont brusquement refaire surface… On doit la musique originale de ce film choral à plusieurs compositeurs, d’abord le plusieurs fois récompensé Gustavo SANTAOLALLA ici accompagné d’Anibal, qui s’occupe des claviers au sein du groupe de rock CRUCIS. La partie du disque consacrée à leur partition se trouve limitée à trois morceaux très intenses. On entend d’abord le superbe générique de fin, à la fois profondément orchestral, profond, lent et nostalgique ; un thème marqué par une belle mélodie, puis une partie de guitare solo, très pure, rejointe par les cordes en contrepoint. Suit un développement de ce thème pour guitare et orchestre, assez répétitif, léger, qui dépeint assez joliment la vie, les problèmes de famille qui sont au centre de ce film (End Credits). On entend ensuite un thème aérien, lointain, plutôt grave dans lequel la guitare et les cordes en contrepoint apparaissent dans un deuxième temps, sur un mode mineur (And Then They're Here). Il s’enchaine avec un thème plus atmosphérique, porté par la guitare solo, très douce, mélancolique ; un thème développé dans les cordes dans un second temps avec toujours de la guitare, ce qui lui donne une chaleur avant un final plus jazzy, électronique, bref mais plutôt étonnant (Barb Balcony).Maintenant, la partie instrumentale du disque ne s’arrête pas. En effet, et plus étrangement, on trouve plusieurs thèmes instrumentaux composés par Adam TAYLOR, à commencer par le superbe Don't Let Go et ses belles parties de piano et de violon sur une base mélodique crescendo et entêtante, Adam TAYLOR continue et propose ensuite des thèmes plus mélodiques et toujours à base de piano (The Kiss, Forward).. Il passe ensuite à une musique plus profonde, et doucement crescendo, comme une plongée dans la tristesse d’une famille endeuillée (The Décision). Parmi les nombreuses chansons, on découvre d’abord HIMMON Tx par Bon IVER, le groupe du chanteur et musicien américain Justin VERNON, accompagné de Mike NOYCE et Sean CAREY ; une chanson qui commence de manière profonde, puis devient plus électrique, assez aérienne, répétitive, la partie vocale intervenant dans un second temps, portée par la voix de Justin VERNON accompagné de chœurs et de notes de trompettes. On entend ensuite la sympathique ballade, avec beaucoup de guitare, Last Mile Home par Kings of Léon, un groupe américain de rock alternatif formé en 1999 à Nashville, composé de trois frères et d'un cousin. Vient ensuite un excellent titre de rock californien, forcément très électrique dans ses guitares par l’excellent Eric CLAPTON (Lay Down Dally). On passe à un autre titre de rock, plus dur, plus rythmé avec davantage de riffs (The Stroke par Billy SQUIER). On entend aussi Gawd Above, un titre plus folk interprété par l’auteur compositeur américain John FULLBRIGHT. On apprécie l’excellente Violet's Song par JD and The Straight Shot,un groupe américain dirigé par James DOLAN, qui mélange le blues rock au folk classique. Ce qui donne une chanson très mélodique et agréable, une des meilleures de l’album dans laquelle on apprécie aussi les parties de violon. On entend encore Can't Keep It Inside par l’acteur Benedict CUMBERBATCH sur une musique du compositeur de pop folk américain Brett DENNEN. Au final, si l’album présente beaucoup de chansons, il ne néglige pas les musiques originales qui sont ici d’une belle qualité. Il en résulte alors une très bonne bande originale de film !

UN ETE A OSAGE COUNTY, un film réalisé par John WELLS, avec Julia ROBERTS, Meryl STREEP, Ewan McGREGOR, Julianne NICHOLSON, Chris COOPER. Musique originale de Gustavo SANTAOLALLA, Anibal KERPEL et Adam TAYLOR disponible chez Sony music.

ROBOCOP

La musique de ce remake du ROBOCOP de Paul VERHOEVEN a été composée par le jeune compositeur d’origine brésilienne Pedro BROMFMAN. Encore peu connu, il bénéficie d’une décennie d’expérience dans le domaine du cinéma. Ce qui l’a naturellement conduit en Californie à étudier la musique de films à l'UCLA. Depuis, Pedro BROMFMAN a composé une vingtaine de musiques de films ELITE SQUAD du même réalisateur que ROBOCOP José PADILHA, et qui a remporté l'Ours d'or au Festival de Berlin 2008, le documentaire ILS ONT TUE SŒUR DOROTHY réalisé par l'acteur oscarisé Daniel JUNGE, ainsi que la bande sonore du jeu vidéo MAX PAYNE 3. Pour ce ROBOCOP, Pedro BROMFMAN s’appuie sur des ambiances, des rythmes forts et, hormis dans quelques très courtes reprises, ne reprend pas le thème originel de Basil POLEDOURIS. Ici, Pedro BROMFMAN nous transporte immédiatement dans un univers futuriste, à base de rythmique électronique mais aussi de nombreuses parties de cordes dans les vibratos. Il en profite également pour introduire de courtes cellules répétitives accompagnées de percussions grinçantes qui donnent un ton spatial et violent (Mattox And Reporters). On retrouve la rythmique électronique et des cordes obsessionnelles et crescendo pour une musique qui soutient l’action sans véritable support mélodique. On note aussi l’utilisation de percussions et de cuivres dans les graves dans une musique qui se développe au rythme de l’action (First Day, Restaurant Shootout). Le compositeur continue mais avec davantage de parties orchestrales, bien que l’électronique reste omniprésente pour les séquences montrant la construction du Robocop (Omnicorp). Pedro BROMFMAN déploie alors une musique sans temps mort, sauf peut-être dans les morceaux Calling Home et Clara And David ; des thèmes qui contiennent aussi des parties de pianos, que l’on retrouve aussi dans une musique très lente, profonde, accompagné d’un rythme pareil à des pulsations (If I Had A Pulse). Le compositeur joue encore le suspense à travers des thèmes rythmés, soutenus par des percussions, des nuées de cuivres, et quelques guitares (Going After Jerry) et des parties plus dramatiques (Rooftop) ; également des thèmes d’orchestre ou crescendo (They're Going To Kill Him) ou puissants et en boucle (Murphy's Case Is Filed). Plus étonnant, il développe une sorte de marche grave sur un rythme électronique et des percussions (Vallon's Warehouse), également une musique où l’on remarque des percussions arabes et des cloches. (Iran Inspection). Pour la séquence de la bataille des robots, le compositeur revient à un rythme électronique façon musique de guerre avec une cellule répétitive. On entend également une partie plus mélodique, plus rock en fait avec le recours à la guitare électrique (Battling Robots). Au final, Peter BRONFMAN essaye, à la manière d’un Hans ZIMMER, d’amener, à travers des sonorités souvent électriques, rythmiques et percutantes ; de la noirceur et de l’ampleur à son ROBOCOP. Au passage, il balaye toute la force mélodique qu’avait amené le regretté Basil POLEDOURIS, déroulant une musique qui appuie l’action, l’aspect moderne du récit mais, hormis dans de rares passages pianissimo, manque cruellement d’idées nouvelles. Bref, si le slogan du film dit que, quand on n’a plus de héros, on les fabrique, cela ne s’applique pas aux compositeurs !

ROBOCOP. Un film réalisé par José PADILHA. Avec Joël KINNAMAN, Gary OLDMAN, Samuel L. JACKSON, Abbie CORNISH, Michael KEATON. Musique originale de Pedro BROMFMAN disponible chez Sony Music.

OUT OF THE FURNACE - LES BRASIERS DE LA COLÈRE

Suivant la tradition familiale, Russell BAZE (Christian BALE) pointe à l’usine. Au contraire, son jeune frère Rodney (Casey AFFLECK) a préféré s’engager dans l’armée mais, au retour d’Irak, c’est un homme. Lorsque Russell tombe en prison, son frère cadet espère s’en sortir en pariant aux courses et en participant à des combats de boxe ; ce qui ne lui rapporte que des dettes et des soucis avec le caïd local Harlan DeGROAT (Woody HARRELSON), que Russell va devoir affronter, par amour pour son frère Rodney qui vient de disparaitre. La musique de ce film est signée, en tant que compositeur et interprète, par Dickon HINCHLIFFE, d’abord connu pour son appartenance, en tant que chanteur, au groupe anglais des années 1990 Tindersticks. Au cinéma, on l’a déjà entendu sur plusieurs films, notamment SHADOW DANCER en 2012, LE PROJET NIM en 2011 et WINTER’S BONE en 2010. Pour cette plongée intense au cœur d’un rêve américain déclinant, Dickon HINCHLIFFE propose une musique qui baigne dans des sonorités de guitare qui expriment fort justement l’âme américaine et l’ambiance de la banlieue ouvrière de Braddock, Il commence par un morceau sombre, assez répétitif, contenant beaucoup de guitare, l’instrument de base de cette partition très bluesy (Barley Hanging On). Dickon HINCHLIFFE reste dans la gravité avec des thèmes marqués par un fond atmosphérique et des riffs de guitare qui sonnent assez rock et, en même temps, inspirent l’inquiétude (Let's Go Get Us a Buck, Blankets) mais aussi des thèmes assez grinçants, au fond inquiétant à base de cordes, de quelques percussions percutantes, et de sonorités électroniques (Rodney & The Jackson Whites, Our Slate Ain't Clean); ce qui se retrouve aussi sur les premières scènes de combats de Rodney, où on trouve un thème plus rythmique et en même temps assez lent et mouvant (Fixing Fights). Pour le thème de la prison, Dickon HINCHLIFFE propose encore un thème à base de guitare et de piano, un motif plus émotionnel, plus mélodique également avec un développement davantage orchestral, et profond dans un second temps (Prison Release) ; un thème qui devient central et que l’on retrouve dans différentes variations, comme pour évoquer des souvenirs (Acceptance) ou amener une émotion pareille à une repentance (Out Of The Furnace). Dickon HINCHLIFFE propose aussi des thèmes basés sur des accords de guitare acoustique et un fond d’harmonica ; d’où des thèmes très émotionnels avec, parfois, une ligne de violon en contrepoint et, sur la fin, un côté sombre et crescendo annonçant des jours plus dramatiques (Liquid Dinner The Money's Yours). En ce qui concerne les combats, Dickon HINCHLIFFE introduit des thèmes plus enfouis dans la tradition cajun, en mettant en avant le banjo et de violon, ce qui lui donne un côté presque familial et, en même temps, une gravité (Rodney Prepares For Fight). On note enfin que Dickon HINCHLIFFE utilise parfois, entre les passages pianissimo, quelques sifflements qui évoquent la nature (Hear Them Birds?). Au final, Dickon HINCHLIFFE livre une partition qui transcrit bien la noirceur de la banlieue de Braddock et les fêlures de personnages marqués par la vie. Au-delà des mélodies, rares mais bien senties, la partition vaut surtout par les ambiances et les couleurs qu’elle dégage et qui dépeignent superbement une histoire sensible et réaliste.

OUT OF THE FURNACE - LES BRASIERS DE LA COLÈRE. Un film réalisé par Scott COOPER, avec Christian BALE, Zoé SALDANA, Woody HARRELSON, Forest WHITAKER, Casey AFFLECK. Musique originale de Dickon HINCHLIFFE disponible chez Sony Music.

LA VIE REVEE DE WALTER MITTY

Quand Walter MITTY (Ben STILLER), enfermé dans ses rêves, se trouve confronté à une difficulté dans sa vie professionnelle, il doit trouver le courage de passer à l'action dans le monde réel. Il embarque alors dans une aventure bien plus riche que tout ce qu'il aurait pu imaginer. La musique de ce film est signée Théodore SHAPIRO, qui s’est fait un nom en composant les musiques de films tels que LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA et qui avait déjà collaboré avec Ben STILLER sur TONNERRE SOUS LES TROPIQUES en 2008. Ici, dès le début de leurs conversations, Ben STILLER et Théodore SHAPIRO ont parlé de l'incorporation d'un artiste chanteur dans la partition, en l’occurrence le suédois José GONZALEZ, également guitariste. L’idée, c’était que de représenter musicalement à la fois la propre voix de Walter MITTY et, en même temps, celle qui l’appelle depuis l’au-delà. En ce qui concerne l’approche thématique, Théodore SHAPIRO a voulu travailler sur l’idée d’un son très littéral, celui d’une montre de poche, pour évoquer la vie quotidienne très disciplinée de Walter MITTY. D’où une musique très structurée, qui se déforme quand il part dans un fantasme. Il en est ainsi du thème d’ouverture, qui démarre de manière légère sur ce rythme de montre accompagné de la voix susurrée de José GONZALEZ, avec un peu de guitare en contrepoint (Walter Time, I'm Right Here, Stationary Cycle). Pour la séquence qui suit, celle du sauvetage de la construction d’un immeuble, on entend toujours le tic-tac mais plus en arrière-plan. Ainsi, quand il saute sur le quai du métro et vole dans l'air, le son de cette montre se déplace vers la section de percussions qui prend alors le relais, d’où une musique à la fois plus grave et plus vivante, obtenue grâce aussi à la collaboration avec le designer sonore Mel WESSON qui, justement, a conçu tous ces sons de montres et fait la liaison avec les percussions de l’orchestre (Building Rescue, Ted vs Walter mais aussi Afghan Trek). D’où aussi des thèmes plus aériens, plus atmosphériques qui mélangent habilement bruits mécaniques, percussions et voix, apportant aux escapades de Walter MITTY une coloration particulière (Time & Life). Ce que l’on retrouve mélangé au motif de Walter MITTY, notamment avec ce thème léger, assez orchestral avec de la flute et l’intervention de José GONZALEZ, et toujours sur ce rythme de montre (Walter Sees Cheryl, Conan Cab). Théodore SHAPIRO propose aussi des thèmes d’ambiance assez lunaire, comme ce motif à base de percussions et d’électronique qui développe une petite mélodie (Sixth Avenue) ou encore cet autre avec pas mal de guitare et de gravité (You Finish His Work). On note aussi ce thème assez lyrique, qui se développe de manière sentimentale et élégante en majeur, avec des guitares, du piano et une petite trompette qui jouent l’émotion (Button). Il continue avec un thème agréable, urbain, rythmé, avec la guitare et la voix de José GONZALEZ en contrepoint (The Beckoning). Plus étrangement, pour la séquence de l’attaque de requin, le compositeur propose une musique plus classique, très rythmique, orchestrale et grave (Shark Attack). Pour le thème du mystère, Théodore SHAPIRO a écrit un motif très simple de quatre notes jouées sur des coupes de métal et repris à la fois par la voix et la guitare, que l’on entend dans la première partie d’Into The Harbor avant une partie plus enjouée, plus folk développée dans. Eyjafjallajökull. Ce thème du mystère est également au centre d’un thème atmosphérique, profond, assez lent, où le piano intervient comme apportant un rythme obsessionnel avec des notes qui se détachent (Cup Reminders). Sur la fin, la musique prend un visage folk, notamment avec la guitare de Jose GONZALEZ puis le piano en soutien rythmique et l’électronique en tempo de fond, pour un thème à la fois moderne et mélancolique,  qui s’élève dans les chœurs (Quintessence). Au final, Théodore SHAPIRO signe une musique qui exprime bien la transformation et le dépassement de soi qu’opère le personnage de Ben STILLER. En partant de deux thèmes simples, un pour Walter MITTY et un pour le mystère, et d’une orchestration inventive, mêlant à la fois l’orchestre, le mouvement d’une montre et la voix de José GONZALEZ, il synthétise parfaitement toute la poésie et la joie de vie qui émane de ce film. Il en ressort une partition très intéressante, bien plus complexe que d’apparence et qui mérite que l’on s’y arrête.

LA VIE REVEE DE WALTER MITTY. Un film réalisé par Ben STILLER, avec Ben STILLER, Kristen WIIG et Sean PENN. Musique originale de Theodore SHAPIRO avec la participation de José GONZALEZ, disponible chez Sony Music. 

 
 

 

EN SOLITAIRE

Yann KERMADEC (François CLUZET) voit son rêve se réaliser quand il remplace au pied levé son ami Franck DREVIL, un skipper vedette au départ du tour du monde à la voile en solitaire. Après quelques jours de course, Yann, alors en tête, est contraint de faire une halte forcée pour réparer son safran endommagé. Son tour du monde va en être bouleversé. Pour son premier film en tant que réalisateur, Christophe OFFENSTEIN a contacté le compositeur espagnol Victor REYES (BURIED en 2010), qui signe deux titres. D’abord le générique de fin (En Solitaire/End Credits), une douce ballade à la fois planante et émouvante, qui commence pianissimo et qui ensuite se développe dans la guitare et les guitares ; il s’agit d’un thème profond, qui tranche avec le reste de la partition de par son côté très peu mélodique. Puis la musique de la chanson Like A Wave, un titre pop écrit et interprété par Joanna RUBIO. Pour le reste de la musique, c’est-à-dire la partie la plus importance, elle est signée Patrice RENSON qui, s’il est connu pour sa collaboration avec M et Vanessa PARADIS (UN MONSTRE A PARIS), a composé, depuis 1997, plusieurs musiques de films dont COMMENT J’AI TUE MON PERE d’Anne FONTAINE. Pour le thème principal, il introduit une ligne délicate au piano suivi d’une vraie mélodie simple et touchante pour cordes gracieuses ; un thème que le compositeur répète, développe et amplifie avec du rythme, pour mieux symboliser l’aventure humaine (Wings) ; un thème qu’il reprend parfois de manière plus rythmée et avec davantage de guitare (Reach Out) ou en variante (The Mystic Wind et surtout A Day With You avec des cordes et même des choeurs).  Patrice RENSON continue avec un thème dans la même couleur mais beaucoup moins mélodique, plus répétitif et plus blues, en particulier dans l’utilisation des guitares (Listen, Sugar), qui se font plus intimes, plus caressantes pour exprimer la solitude du skipper (Somewhere, Lights). Des guitares qui se font plus rythmées, plus électriques également, dans un thème au parfum rock (Wild). Plus émotionnel apparait son Hommage No 3 Pour Piano Et Orchestre, un morceau qui démarre pianissimo comme une pièce classique et se développe dans l’émotion des cordes ; le piano que l’on retrouve en duo avec la guitare sur une amusette et toute intimité sur plusieurs morceaux très purs, très doux (Promenade, Les Ondes, Ombre Ou Lumière). Puis, Patrice RENSON revient à des parties plus plus solaires, avec à la fois des guitares mais aussi des cordes, ce qui donne une dimension humaine forte (Time) ; une sensation encore amplifiée dans la version pour orchestre. La première qualité de la partition de Patrice RENSON, c’est son thème principal et sa mélodie qui nous attrape ; ce qui a tendance à devenir rare dans les bandes originales actuelles. Ensuite, on tombe sous le charme d’orchestrations faisant la part belle à l’acoustique et notamment aux cordes. Ceci dit, la partition de Patrice RENSON atteint ses limites quand elle se rattache davantage aux ambiances et aux couleurs, notamment des guitares. Il reste cependant quelques jolis motifs qui donnent la part belle à l’émotion, symbolisée à la fois par le piano et la guitare acoustique. Pour ce qui est des thèmes de Victor REYES, hormis la chanson, on a du mal à comprendre ce qu’il apporte. Sans être exceptionnelle, cette bande originale se révèle très fraiche, très agréable et nous emporte comme le vent.

En solitaire, un film de Christophe OFFENSTEIN, avec notamment François CLUZET, Virginie EFIRA et Samy SEGHIR. Bande originale composée par Victor REYES et Patrice RENSON disponible chez BOriginal/Cristal records.

ATTILA MARCEL

La vie de Paul (Guillaume GOUIX) se résume à une routine quotidienne, entre le grand piano du salon et le cours de danse de ses tantes (Bernadette LAFONT et Hélène VINCENT), où il travaille en tant qu’accompagnateur. Jusqu’à sa rencontre avec Madame Proust (Anne LE NY), sa voisine qui lui sert une tisane qui, grâce à la musique, permet de faire ressurgir les souvenirs les plus profondément enfouis. Pour la musique de son premier film en images réelles, le réalisateur Sylvain CHOMET a changé les règles en la composant lui-même, avec l’aide de Franck MONBAYLET, comme déjà sur L’ILLUSIONNISTE. Comme le précise Sylvain CHOMET, sans être une comédie musicale – il n’y a que deux passages chantés dans le film, la scène du berceau et celle de la plage, ATTILA MARCEL s’apparente quand même à un film musical. Avec Franck MONBAYLET, qui a écrit toutes les pièces de piano, il a fait en sorte que chaque personnage possède son propre thème, et que chaque musique soit à trois temps. Franck MONBAYLET, qui a plus particulièrement écrit les parties de piano, et notamment le Concerto De Paul, une véritable pièce de concert qui, dans sa deuxième partie, lorgne sérieusement vers le jazz avec l’entrée de la contrebasse, du saxophone et du bandonéon. Il signe quelques autres thèmes pianissimo notables qui, sans en être des variantes du concerto, n’en sont pas moins dans le même style (A Travers Le Juda, Bravissimo maestro, Le Marronnier) ou s’en éloignent comme cette Java Bancale et un tango. Franck MONBAYLET propose aussi des thèmes plus élaborés et toujours portés par le piano, comme ce Fuck Le Menuet. Maintenant, il ne s’arrête pas là et prouve qu’il est plus qu’un musicien classique, grâce d’abord à Attila Disco ; un véritable morceau de danse, très coloré, notamment par des trompettes, très fiévreux, comme les meilleurs morceaux du samedi soir, dans la fin des années 1970.  Sylvain CHOMET lui, attaque d’emblée à l’ukulélé avec l’Air Du Moustique ; une mélodie relativement simple qui s’accorde bien au personnage d’Attila Marcel ; l’ukulélé que l’on retrouve à intervalle régulier, parfois accompagné d’une ligne de violon, ce qui lui donne davantage de sensibilité (Mon P’Tit Père). Il passe aussi par le piano mais plus rarement, et accompagné par la flûte (Chinoiserie). Mais lorgne surtout vers le jazz musette, par exemple sur ce Bœuf Des Frogs, à la fois vivace et nostalgique pour accordéon, saxophone et contrebasse, Dans la même veine, on notera la java de chanson titre portée par l’accordéon, interprétée à la façon « môme parisienne » par Nadia DJABELLA et en chinois (et avec les parties de piano de Franck MONBAYLET) par Chen LI QING. Mais aussi par la chanson, en solo quand il fait chanter, sur un air de java et à la façon d’une comédie musicale, ses comédiens sur Ni L'un Ni L'autre ; un vrai moment de joie et même d’émotion quand on entend la voix de Bernadette LAFONT. Et quand il s’associe avec Franck MONBAYLET, Sylvain CHOMET propose un titre très typé seventies Le Menuet Laisse Mon Corps Te Dire  par Les Chœurs Family One. Ils nous proposent aussi une samba très fraiche, très boisée ; une sorte de chanson détournée avec beaucoup de percussions et cuivres sud américains ainsi que des paroles très décalées (Cuba Coco) et passent par le tango (Un Pas En Avant, Deux pas en arrière) ou la java tendance Paname (Catch Amoureux). Voilà une bande originale d’abord déroutante par les choix d’instrumentation (l’ukulélé) mais aussi par le style, qui mélange le classique et le populaire. Puis, à mesure de la découverte des thèmes et de leur originalité (le mélange jazz et java), ainsi que cette dose d’humour et de variétés, on se découvre séduit par cet objet sonore pas complètement identifié mais fort réjouissant !

ATTILA MARCEL, un film de Sylvain CHOMET, avec Guillaume GOUIX, Anne Le NY, Bernadette LAFONT, Hélène VINCENT, Luis REGO. Musique originale composée par Sylvain CHOMET et Franck MONBAYLET disponible chez BORIGINAL-Cristal records.

 

 

POUR TON ANNIVERSAIRE (ZUM GEBURTSTAG)

L’action de ce film (qui sortira en janvier 2014 mais qui a déjà reçu le Prix du Public au Festival du cinéma allemand de Paris) se déroule en RDA au début des années 1980, Paul, le jour de ses 16 ans passe un pacte avec son ami Georg, qui doit quitter la ville : il pourra sortir avec sa petite amie Anna, à condition qu'il la lui rende à l'identique quand Georg le souhaitera. Trente ans plus tard, Paul vit heureux avec Anna et leurs deux enfants. Georg réapparaît soudain à la tête du service où travaille Paul. Est-il revenu pour reprendre Anna...? Ce film a été réalisé par Denis DERCOURT, déjà réalisateur en 2006 de LA TOURNEUSE DE PAGES (pour lequel il obtient une nomination aux Césars) et, plus récemment, LA CHAIR DE MA CHAIR ; des films qui ont en commun d’avoir été mis en musique par Jérôme LEMONNIER, que l’on retrouve donc sans surprise sur ce nouveau film. Ici, il propose une musique très émotionnelle, jouant sur des contrastes dramatiques, à base de piano et de cordes. Dès le Prologue, Jérôme LEMONNIER développe une musique d’abord pianissimo, puis plus orchestrale, plus sombre, en particulier avec l’utilisation du violoncelle associé à Paul, dont le thème est développé tardivement (Paul’s Dream); un instrument qui appuie bien l’ambigüité, le danger. Il continue avec une musique toujours pianissimo mais à deux couches, plus répétitive, profonde également, avec une base mélodique plus marquée et toujours un fonds grave (Bike Ride) ; un thème que le compositeur reprend dans l’épilogue (qui comprend aussi une piste cachée pianissimo et mélodique). Ce qui séduit d’abord dans cette bande originale, c’est son caractère mélodique bien trempé, d’abord pour le thème de George Is Back ; un superbe mouvement mélodique pour piano et violon, que le compositeur développe plus largement sur le personnage d’Anna (Anna's Theme) ; il s’agit d’un thème très agréable, très fluide porté par la simplicité du piano, et qui dégage à la fois de l’humeur et de la mélancolie. Ensuite, Jérôme LEMONNIER construit une véritable musique de film, c'est-à-dire une partition qui sert l’intrigue. On trouve ainsi un thème particulièrement grave, qui joue des codes de la musique contemporaine avec une instrumentation très pointue qui sert à la fois le tuba mais aussi des cordes très graves. Il en ressort une musique à la fois aérienne, mystérieuse et inquiétante, presque mystique ; une ambiance que l’on retrouve aussi dans le mouvement plutôt glacial, Beneath The Surface. Plus classique, Jérôme LEMONNIER lorgne vers la musique française à travers des morceaux très élégants mais également dramatiques, doucement obsessionnels (Game Hunting) ou cinématographiques (on pense aux musiques de Pierre JANSEN pour Claude CHABROL, en particulier avec le morceau Georges And Emilie). Il a parfois recours aux percussions pour appuyer le suspense (Memories). Il n’en oublie pas certaines références à des partitions américaines de thrillers, notamment quand il utilise des vibratos sur un motif doucement lancinant, obsessionnel, qui fait penser autant à Bernard HERRMANN (VERTIGO) qu’à Jerry GOLDSMITH (BASIC INSTINCT). Il passe aussi par le jazz et la musique d’ambiance, notamment à travers ce Lounge Time à la fois léger et sixties avec ses claviers un peu datés, et un saxophone qui fait toujours son effet. Il fait enfin un détour par la musique moderne, à la fois électronique et mélodique, en fait presque une partition de chanson mais sans partie vocale. Au final, voici une partition très intéressante de Jérôme LEMONNIER dont, outre ses talents de mélodiste et de pianiste, on découvre et on apprécie ici ses qualités d’écritures cinématographiques qui ouvre le film vers des mondes inconnus.

POUR TON ANNIVERSAIRE (ZUM GEBURTSTAG)
Un film de Denis DERCOURT. Musique originale de Jérôme LEMONNIER disponible chez Colosseum records.

TURBO

Turbo est un escargot dont le grand rêve est de devenir incroyablement rapide ; une obsession qui l’a rendu quelque peu impopulaire chez les siens, où lenteur et prudence sont de rigueur. C’est alors que se produit un étrange accident qui lui donne soudainement le pouvoir de foncer à toute vitesse, et ainsi de courir contre le plus grand champion de course automobile, Guy La Gagne. Avec l’aide d’une équipe d’escargots rusés et stylés, Turbo mettra tout son cœur et sa coquille pour prouver qu’aucun rêveur n’est trop petit. La bande originale du film se compose à la fois de chansons inédites et des standards ainsi que des thèmes originaux composés par Henry JACKMAN, à qui l’on doit déjà la partition du film LES MONDES DE RALPH pour les Studios DISNEY. Ici, la musique d’Henry JACKMAN emprunte deux directions différentes. D’abord, comme le dit le compositeur, il fallait, pour le personnage de l’escargot obsédé par la vitesse, un thème généreux, doucement mélodique, orchestral, qu’il développe pour orchestre. Il s’agit d’un thème léger, qui avance doucement avec de la clarinette, et beaucoup de cordes. On apprécie la douceur, la générosité de la mélodie. On trouve aussi dans ce thème un côté coloré, amusant, bref une ouverture à l’aventure. On note aussi du lyrisme avec la présence assez discrète de chœurs. Ce thème principal, Henry JACKMAN le reprend pour cordes et piano, avant de l’ouvrir à l’orchestre, ce qui lui donne de l’ampleur (Indianapolis). D’ailleurs, quand les rêves de vitesse prennent le dessus, le compositeur enfourche le piano, les guitares et les cuivres pour un thème plus fort, plus rythmé ;  le thème de la course (Another Day At The Plant).  Ensuite, cet animal nécessitait un motif d’outsider. D’où l’idée d’en faire un "Rocky" à coquille, c'est-à-dire quelqu'un qui rêve de quelque chose de complètement en dehors de sa capacité physique et psychologique, mais qui, surtout, ne veut rien lâcher. En cela, il fallait un thème ambitieux et de caractère. Ce thème, c’est celui aux allures de rock, qui privilégie les cuivres, les disques glissés à la manière d’un D.J. Il s’git là d’une musique très moderne, avec beaucoup de cuivres. Henry JACKMAN signe là un thème qui décoiffe, qui utilise une multitude de sonorités en plus de l’orchestre. En même temps, en mélangeant les couleurs, le compositeur situe sa musique entre James BOND, le space opéra et le western ; ce qui étonne et détonne (Supersnail, Meet The Compétition). Henry JACKMAN termine par un thème très rythmé, quelque peu électro avec, là encore, des effets de disques de DJ (Turbo). Pour les chansons, on relève trois titres originaux signés de Dee Town Entertainment, un collectif d'auteurs, producteurs, musiciens, artistes et ingénieurs du son à qui l'on doit des musiques de films à succès et qui a reçu l'American Music Award de la meilleure bande-originale pour ALVIN ET LES CHIPMUNKS. Parmi les chansons, on entend d’abord Let The Bass Go, un titre électro pop rap endiablé, puis Drop It Like It's Hot, deux titres produits et interprétés par Snoop-Dog, avec la participation de Pharrell WILLIAMS, It's Tricky par le groupe de rap américain Run-DMC. Dans la même verve moderne, on entend. Krazy par PITBUL et la participation de Lil JON, Jump around par HOUSE OF PAIN et Saturday night  par OZOMATLI. Plus amusantes mais moderne égale apparaissent les chansons The Snail Is Fast et Here We Come par V12 AND NOMADIK et CLASSIC, ce dernier groupe intervenant en solo sur Speedin'. Plus anciens mais tout autant, si ce n’est plus, appréciables, on retrouve un titre des JACKSON 5 (Goin' Back To Indiana),  What's New Pussycat ?, l’excellente chanson du film du même nom écrite par Burt BACHARACH et Hal DAVID, et interprété par Tom (SEX BOMB) JONES et, enfin, Eye Of The Tiger, la célèbre chanson du film ROCKY 3 interprétée  par SURVIVOR ; des classiques ! 

TURBO, un film réalisé par David SOREN, avec les voix de Ryan REYNOLDS/Laurent LAFITTE (Turbo), Snoop Dogg (Smoove Move), Michelle RODRIGUEZ (Paz), Samuel L. JACKSON (Whiplash), Paul GIAMATTI (Chet), Michael PENA (Tito), Luis GUZMAN (Angelo), Maya RUDOLPH (Burn). Musique originale d’Henry JACKMAN, disponible chez SONY Music.

 
 
 

 

PERCY JACKSON : SEA OF MONSTERS

Percy Jackson ne possède pas vraiment l’âme d’un héros, même s’il a déjà sauvé le monde ! Devant protéger la barrière de protection divine du Camp des Sang-mêlé, qui se voit attaquée par une horde de monstres, Percy et sa bande doivent alors se lancer à la recherche de la légendaire Toison d’Or. On doit la musique de ce film au canadien Andrew LOCKINGTON (VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE 3D, sa suite VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE 2 : L'ÎLE MYSTÉRIEUSE et LA CITE DE L’OMBRE, produit par Tom HANKS), qui propose une partition impressionnante mais sans grands thèmes, qui passe allègrement de la grande musique orchestrale à des motifs plus mystérieux, parfois intimistes. L’album s’ouvre avec une partie vocale aérienne lointaine et plutôt bien trouvée, bien que classique. Puis il enchaine avec un thème attendu, pour rythmes synthétiques et orchestre avec notamment beaucoup de cuivres ; un thème que le compositeur développe largement dans la partition et en utilisant la richesse de l’orchestre et des chœurs (Thalia's story). Puis, et c’est la mauvaise surprise, il a le mauvais goût d’utiliser de la guitare électrique, ce qui donne un thème lourd, qui mélange maladroitement musiques métallique et orchestrale (Colchis Bull). Il continue avec un thème mélodique, lyrique, puis une reprise avec davantage de cordes solo en contrepoint, ce qui apporte un côté triste (The Shield Is Gone). Le compositeur embraye avec un thème plutôt ample, coloré, généreux et une rythmique électronique ; un thème qui contient un côté magique, atmosphérique mais aussi une partie grinçante (The Oracle's Prophecy). Il introduit ensuite un thème d’humeur mélancolique qui contient aussi un contrepoint de harpe ; ce qui lui confère un côté ancien, traditionnel. On note aussi un côté épique dû à des cordes trépidantes, des flûtes et un orchestre qui joue la douceur, l’aventure (Cursed Blade Shall Reap). Bien sûr, la partition regorge de motifs d’aventures, plutôt réussis bien que manquant d’une ligne mélodique commune. C’est néanmoins l’occasion de balancer des cordes violentes pour une musique assez contemporaine (Wild Taxi Ride). Egalement des motifs de tension, de suspense, comme cette musique tendue qui inspire le cauchemar (Onboard The Yacht). Ou encore ce mouvement de harpe et de cordes, avec du violoncelle solo en contrepoint avant un développement plus abyssal (New Coordinates). Pour le personnage central d’Hermès, il lance une musique plus profonde, plus douce avec, en contrepoint, une petite marche martiale (Hermès). De marche il est encore question mais maléfique, étrange et crescendo; martelée par les cuivres et les percussions, avant une transformation en un thème d’action comme plusieurs autres de la partition (Belly Of The Beast).  Pour Kronos, le titan de la mythologie grecque, le compositeur privilégie la noirceur avec un thème sombre, vibrant, mystérieux avec des bruits qui viennent de loin et des chœurs qui viennent de loin (Kronos). Dans la lignée de l’ouverture, le compositeur propose plusieurs motifs doucement lyriques, intimistes, presque célestes, comme ce Resurrection très doux, féérique (Résurrection). C’est également le cas de ce thème délicat dans les vibratos de cordes  (Annabeth And The Fleece). Parfois, il mélange ses différents thèmes dans de longues suites, comme Wave Conjuring, d’où ressort un motif doucement dansant, avec des cordes, puis un autre plus fin, plus mystérieux dans les vibratos ; également Thank You Brother, une suite plus grave et en crescendo. En bonus, l’album contient To Feel Alive, la chanson du film écrite par Tiff RANDOL et Andrew LOCKINGTON et interprétée par IAMEVE,une chanteuse américaine électro-pop. Au final, on se trouve devant une partition certes appréciable, calibrée pour ce film familial mais trop inégale pour que ce soit une grande, une belle musique de film. Et c’est bien dommage !

PERCY JACKSON SEA OF MONSTERS, un film de Guillermo DEL TORO, avec Charlie HUNNAM, Idris ELBA, Rinko KIKUCHI, Charlie DAY, Rob KAZINSKY, musique originale de Ramin DJAWADI disponible chez Sony music.

 
 
 
 

VIKINGS

En Scandinavie à la fin du VIIIe siècle, un jeune guerrier viking, Ragnar LOTHBROK, se met en tête de s'aventurer vers l'ouest pour y conquérir de nouveaux territoires. Malgré la réprobation de son chef, Earl HARALDSON avec qui une rivalité à mort commence, Ragnar et ses hommes, et leur drakkar de conception nouvelle, accostent sur les côtes anglaises. La musique de cette série, diffusée en France ce printemps sur Canal +, a été composée par Trevor MORRIS (THE BORGIAS, LES IMMORTELS). Pour cette plongée dans les terres du Nord, il propose une musique à multiples facettes : d’abord rythmique voir électrique pour illustrer les épopées guerrières des vikings, ensuite plus profonde, orchestrale et émotionnelle pour marquer davantage les fêlures des personnages. Trevor MORRIS plante tout de suite le décor, par une ouverture plutôt froide et des rythmiques puissantes, parfois électriques, comme les guerriers Vikings. On note aussi la présence de chœurs, de voix pareilles à des cris, des douleurs (Battle Field) sur ce thème que l’on retrouve avec des guitares, un développement grinçant, crépusculaire avec son solo de cordes et ses voix lointaines (The Angel Of Death). C’est le premier aspect de la partition, directement associé à l’esprit viking, que l’on retrouve également dans un thème fort avec de l’électronique au début et un rythme intense qui évoque justement l’avancée, le mouvement, la horde des drakkars (North Sea Storm). Et encore dans un morceau assez violent, chahuté, avec du rythme électro et des percussions, surtout des bois qui appuient bien le côté guerrier (Vikings In Hexham). Le deuxième aspect de la partition, c’est son côté aérien, atmosphérique, toujours glacial, avec des bruits semblables à des hululements d’animaux (The Eye Of Odin), également des ambiances sans mélodie, sur des rythmes lents et des orchestrations privilégiant les flûtes, les bois, et des petites percussions. (The Sunstone, Floki's Fire), des rythmes légers, lointains, et un contrepoint d’orchestre en mineur (Madness Takes Hold). On trouve encore une musique planante, presque lunaire, avec une prépondérance de cuivres pour évoquer l’accession au trône (Ragnar Takes The Throne). Le troisième aspect est certainement le plus important, le plus abordable également, à savoir des mouvements plus mélodiques qui appellent l’orchestre et l’émotion (Of Fathers And Sons) ; également des morceaux d’orchestre qui respirent l’authenticité dans lesquels on regrette l’absence de mélodie marquante (Vikings Reach Land). Entre ces différents courants, Trevor MORRIS propose un thème aérien d’abord assez rythmé, avec une mélodie qui relève, toutes proportions gardées, de la tradition hollywoodienne des décennies 1980 & 1990 (Journey To Kattegat) ; un autre plus profond, touchant, avec des chœurs qui donnent de l’ampleur, tandis que  des nappes  et des boucles électroniques amènent du mystère, de la tension (Northern Lights / Entry To Kattegat, You Shall Not Enter Valhalla). Il n’en oublie pas aussi les développements intenses, violents, avec beaucoup de percussions (Vikings Attack Village), également les passages plus ténébreux, agrémentés de mélodies assez lentes (Vikings Sail Home). Sur la fin, Trevor MORRIS propose encore une musique profonde, légèrement mélodique, émouvante, dont le souffle joue l’aventure avant un développement profond plutôt tragique violent (Earl Accepts The Challenge)et une musique orchestrale de constat (Sending The Earl To Valhalla). Au final, porté par le sujet et l’ambition, pas complètement atteinte, de créer un langage musical nouveau, il signe une partition qui, même si elle ne convainc pas complètement, présente l’avantage d’un équilibre des sonorités. Il en résulte alors un melting-pot musical qui englobe l’orchestre, une chorale, des éléments électroniques subtilement intégrées et des percussions qui rendent bien l’âme tribâle des vikings. . Ce qui n’est déjà pas si mal ! Le disque comporte également la chanson principale de la série, If I Had A Heart, composée et interprétée par Fever RAY (qui se détache là du travail avec son groupe The Knife), extrait de son premier album en solo.

VIKINGS, un film de Créée par  Michael Hirst pour History Channel, avec Avec Travis FIMMEL, Katheryn WINNICK, Gabriel BYRNE, Jassalyn GILSI, Gustaf SKARSGARD, Clive STANDEN, George BLAGDEN... musique originale de Trevor MORRIS disponible chez Sony music.

 

PACIFIC RIM

Surgies des flots, des hordes de créatures monstrueuses déclenchent une guerre qui a fait des millions. Pour les combattre, même des robots contrôlés simultanément par deux pilotes semblent impuissants. Les forces armées qui protègent l’humanité n’ont alors d’autre choix que d’engager deux héros hors normes : un ancien pilote au bout du rouleau (Charlie HUNNAM) et une jeune femme en cours d’entraînement (Rinko KIKUCHI). C’est à Ramin DJAWADI (Game Of Thrones Saison Trois) qu’a été confiée la musique, plutôt bruyante, plus rarement émouvante, de ce film musclé. Pour le thème titre, le compositeur propose un thème sur les riffs de guitare rock de  Tom MORELLO, le guitariste du groupe Rage Against The Machine ; un mouvement qui, même avec le contrepoint d’orchestre, à du mal à passer par derrière l’écran. Bien sûr, le compositeur tente bien de faire passer, derrière les guitares quasi métal, un semblant de thème mélodique mais, celui-ci, trop répétitif, trop simpliste peine à  ressortir tant que ce qui est privilégié c’est la musique d’action, le bruit plus que la musique (Pacific Rim). Il s’agit d’un motif que Ramin DJAWADI s’emploie à reprendre de manière brute avec le guitariste (Jaeger Tech) ou à développer de manière militaire dans des variations plutôt longuettes et aux rythmique électroniques trop convenues (Gipsy Danger, Go Big Or Go Extinct). On préfère, et de loin, les variations plus profondes, plus intimes, davantage basées sur l’orchestre comme Canceling The Apocalypse, ainsi que les thèmes plus positifs, plus basés sur la chaleur comme We Need A New Weapon). Car, il faut bien le dire, le compositeur ne cesse de déployer des thèmes lourds, portés par les percussions et les cuivres comme 2500 Tons Of Awesome, également des motifs modernes à base d’électronique et de guitare qui ne réussissent pas à convaincre d’un point de vue purement musical (Call Me Newt).  Le compositeur propose également des motifs atmosphériques qui jouent de cellules de guitares, de flûtes avec des contrepoints graves, martial avec des cuivres (Pentecost), également des thèmes lyriques (avec des voix qui rappellent des partitions de l’âge d’or russe) et des rythmiques électronique comme The Shatterdome mais aussi For my family . En fait, la seule véritable et réjouissante bonne surprise de cette bande originale est le thème de Mako. Le morceau commence de manière planante, chantante avec la voix,  brillante et hors du temps, de la compositrice interprète et multi instrumentiste Priscilla AHN qui se balade sur un mouvement orchestral et sensuel à la fois léger et mystérieux. On apprécie également, dans un deuxième temps, la mise en avant d’un solo de violoncelle et le développement orchestral qui en suit avant le retour de la voix de Priscilla AHN. Il en ressort donc une musique plus rock qu’orchestrale, aux mélodies simplistes et aux rythmes rock abusifs. Hormis l’exception notable du thème de Mako et l’apport de Priscilla AHN, jamais la partition de Ramin DJAWADI  ne nous emporte pas et on ne peut que le regretter.

PACIFIC RIM, un film de Guillermo DEL TORO, avec Charlie HUNNAM, Idris ELBA, Rinko KIKUCHI, Charlie DAY, Rob KAZINSKY, musique originale de Ramin DJAWADI disponible chez Sony music.

 

AFTER EARTH

Dans ce film, Will SMITH et son fils Jason échouent sur une planète bleue déshumanisée. Son père Cypher (Will SMITH) blessé, Kitai Raige (Jason SMITH) se voit contraint de rechercher de l’aide. Mais pour ce faire, il va devoir traverser, voir combattre, des territoires et espèces inconnus. Depuis le très remarqué premier film de M. NIGHT SHYAMALAN (LE SIXIEME SENS), le cinéaste et James NEWTON-HOWARD ont toujours collaboré ensemble et cela a donné naissance à un univers musical apprécié. Il paraissait alors naturel de les retrouver de nouveau sur ce film produit par Will SMITH dans lequel on retrouve tout ce qui caractérise les musiques du tandem, à savoir des motifs peu mélodiques, des ambiances étranges et des orchestrations qui mélange sonorités planantes à des moments acoustiques. James NEWTON-HOWARD commence en passant de l’ombre à la lumière de l’humanité. Il évoque l’apparition de la vie par une musique assez tendue, plutôt percutante, notamment dans les crescendos. Dans un second temps, il introduit une mélodie d’inspiration épique, de tonalité grave, avant de dérouler un motif plus doux mais rythmé pour cordes (The History of Man, Leaving Nova Prime). Suit un développement qui appuie la dimension dramatique (I'm Not Advancing You) et, plus tard, l’émotion entre un fils et son père, sur des notes pianissimo simples et répétitives (Kitai Finds Cypher). On le voit, James NEWTON-HOWARD aborde cette histoire par le biais de l’étrange, d’où des thèmes souvent cadencés par les percussions, profonds et atmosphériques avec parfois de belles plages de cordes (Get Me Into The Cockpit). Ou encore par d’astucieux alliages entre les cordes et le piano, qui défile note par note, et des glissés inquiétants de violon (Abort Mission) ou des vibratos annonçant des scènes de tension, de violence (Bird Attack). Il salue également le courage du fils et du père à travers des thèmes de couleur grave qui avancent doucement avec, parfois, des cuivres en contrepoint (Pack Your Bags, Leech). En passant, il fait quelques incursions dans le domaine du cauchemardesque avec des musiques sombres, grinçantes, qui jouent avec les bruits, les sensations (Can You Ghost ?,  Dad, Are You There?), toujours des percussions mais aussi des voix aux accents ethniques. On note aussi, qu’à un moment, il utilise pas mal de flûtes ; ce qui donne une musique qui inspire l’aventure (Ship Tears Apart,  Kitai On Earth, The Tail), jette le trouble (Baboons) et finalement représente bien un certain cinéma hollywoodien. Toujours dans un style relativement couru, James NEWTON-HOWARD propose aussi des musiques de combat, à base de flûtes et de cordes pressantes (Nest Battle), sans négliger le piano presque solo, un instrument idéal pour associer la fragilité, la solitude de l’adolescent face à des éléments inconnus (Safety In The Hog Hole). Avec cette musique, James NEWTON-HOWARD tente donc de nous plonger dans un univers à la fois futuriste et classique. S’il parvient parfois à nous émouvoir, en particulier par des passages, superbes, pour piano et violon, il ne convainc pas complètement dans sa tentative d’introduire un nouveau monde sonore. En effet, à travers son utilisation des percussions, des flûtes et de motifs minimalistes, il n’arrive pas à se démarquer des partitions du moment et encore moins du passé ! Il n’en reste pas moins une partition globalement bien ficelée et qui accompagne de manière efficace les aventures fantastiques spatiotemporelles des Smith !

AFTER EARTH. Un film réalisé par M. NIGHT SHYAMALAN, avec Jaden SMITH & Will SMITH. Musique originale de James NEWTON-HOWARD disponible chez Sony music.

 

YELLOW ROCK

Encore une fois, le label nous propose une première mondiale avec l’édition de la bande originale de ce western se déroulant en Californie à la fin du 19ème siècle où une bande de cowboys pénètre la ville fantôme de Yellow Rock. A leur tête, Max Dietrich, vient demander l’aide du trappeur Tom Hanner afin de les guider en territoire indien. La musique, signée de Randy MILLER (SPARTACUS), mérite d’emblée le détour, d’abord parce qu’elle est jouée par un grand orchestre, ensuite et surtout parce qu’elle mélange et des thèmes mélodiques (mais jamais de manière exagérée) et multiplie les couleurs, souvent amérindiennes mais pas seulement. Dès le Main Titles, Randy MILLER introduit une ambiance sombre, puis un thème principal plutôt obsessionnel avec, par-dessus, une belle mélodie pour cordes, flûtes et cuivres ; un mouvement relativement classique pour un western. Dans un deuxième temps, Randy MILLER développe son thème de manière symphonique. Il introduit aussi un second thème, pour guitare acoustique et orchestre, avec également des roulements de percussions. Là encore, on se situe dans un schéma relativement convenu qui mélange à la fois l’esprit de l’ouest et une ambiance plutôt romantique, sensuelle avant de revenir à plus de gravité (Yellow Rock Main Titles). Randy MILLER continue avec les claques de percussions, des cordes dans les vibratos pour une musique crescendo, doucement rythmée, dans l’attente d’un évènement. Mais aussi une musique tragique (Saloon Gunfight, Ambush, Hanner Returns). Là encore, le compositeur associe les percussions, les guitares country et les cordes, et reprend le thème principal, dont ce mouvement constitue une première variation (Dr. Sarah and the Raven), d’autres suivants notamment en forme de chevauchée (The Gold Mine) ou de souffle d’aventures (Fever for Yellow Rock). Les flûtes justement, qui évoquent les indiens, accompagnées de vibratos qui sonnent le danger, surtout quand Randy MILLER développe une vraie musique de western moderne. Il laisse alors le côté mélodique pour dérouler un mouvement soutenu par les percussions, notamment les caisses claires et les cymbales, une musique qui gronde, avec le thème principal qui ne revient que par de brèves bribes (Sacred Burial Grounds, Wolf Woods). Pour Hanner and Dietrich, Randy MILLER a composé un thème pour guitare acoustique, parfois avec des riffs country et des pointes de percussions qui amènent de la tension. Plus rarement, la partition prend des chemins sensibles ; c’est le cas de ce thème  d’une exquise douceur porté par la flûtes et les cordes (Dr. Sarah and the Children) mais aussi de moments plus nostalgiques (Broken Wing’s). Au final, Randy MILLER signe une partition de qualité pour un western primé dans plusieurs festivals. On apprécie d’abord la présence d’un vrai thème principal, ce qui reste important dans un film d’aventures mais devient très rare par les temps qui courent. Ensuite, on aime que le compositeur apporte sa patte par des orchestrations, des rythmes aussi vivaces que variées. Si l’emploi de la flûte shakuhachi n’est pas une idée nouvelle (cela fait longtemps que James HORNER l’utilise et même sur des westerns comme THE MISSING – LES DISPARUES), c’est en revanche une excellente idée pour amener à la fois une couleur, une ambiance très particulière, qui convient parfaitement à ce genre de films. Il découle une partition enlevée, parfois mélodique, parfois mélancolique mais surtout souvent riche en mouvements amples, crescendos, vifs, plein de vibratos. Laissez-vous embarquez avec Randy MILLER vers YELLOW ROCK !

YELLOW ROCK, un film de Nick VALLELONGA, avec Michael BIEHN, James RUSSO, Michael SPEARS, James LOGAN ; musique originale de Randy MILLER, disponible chez INTRADA.

 

 

TRANCE

Commissaire-priseur, Simon (James Mac AVOY) s’associe à Franck (Vincent CASSEL) pour voler un tableau de grande valeur. Mais, après reçu un violent coup sur la tête, et malgré les menaces de Franck, Simon ne se rappelle plus où il a caché le tableau. Franck engage alors une spécialiste de l’hypnose pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon… La musique originale de ce nouveau film de Danny BOYLE a été signée par Rick SMITH, qui avait déjà collaboré avec le réalisateur sur la bande originale de TRAINSPOTTING en 1996. A l’époque, Rick SMITH formait, avec Karl HYDE et Darren EMERSON le groupe trance et techno Underworld, qui a participé à de nombreuses bandes originales de film, notamment BREAKING THE ENTERING de Anthony MINGHELLA avec la complicité de Gabriel YARED.  Pour TRANCE, Rick TRANCE a imaginé une partition parfois mélodieuse, magnifiquement atmosphérique et à d'autres moments plus frénétique, claustrophobe ; des musiques qui ont été conçues comme autant de pièces originales qui viennent séquencer les moments clés du film. Rick SMITH propose une musique essentiellement synthétique, parfois orchestrale, rythmique, avec des sonorités qui hésitent entre le rock et le contemporain. On note ainsi des thèmes assez répétitifs avec des notes qui donnent une sonorité sombre. Il s’agit d’une musique grave, qui avance doucement, et se développe de manière diabolique, inéluctable (Bullet Cut). Rick SMITH propose aussi des musiques plus profonde, plus émotionnelles, composées de nappes assez larges, amples dans lesquelles on remarque aussi un certain lyrisme (Solomon, Bring In To Me). Proche de l’électro, Rick SMITH développe des musiques de techno qui inspirent forcément un certain délire psychédélique, avec des boucles, également des percussions, des guitares (.Santiago (101 Greatest Goals). On trouve aussi des musiques pénétrantes, vibrantes, qui inspirent le suspense, le danger (You Knew). Parfois Rick SMITH donne de la voix en chantant quelques phrases d’un motif obsessionnel, avec pas mal de guitares avant une partie plus noire, techno avec de longues notes électroniques (Cannon Fall, The Heist). Rick SMITH s’amuse aussi à mélanger les sonorités électroniques avec de l’orchestre, surtout des cordes, et des voix sorties d’ailleurs. C’est ainsi le cas de cette musique profonde, rythmique, mais accompagnée de cordes larges en contrepoint, et de piano. Il s’agit d’une musique à la fois grave et atmosphérique, à mi chemin entre l’électro et l’acoustique (Raw Umber), tout comme il mélange l’électro et la guitare acoustique (Soho Dim Sum). Rick SMITH cosigne également une chanson interprétée par Emelie SANDE, avec laquelle il avait déjà collaboré sur la musique de la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques de Londres. Le titre s’intitule Here It Comes ; une balade électro rythmique plutôt réussie, doucement mélodique, parfois percutante avec le jeu des percussions et surtout joliment chantée par la voix soul d’Emili SANDE. Rick SMITH interprète également en duo avec Rosario DAWSON la courte chanson Sandman (I'll be There). En bonus, on trouve quelques chansons qui jouent un rôle important dans le film : Chanson D'Amour interprétée en 1958 par Art & Dotty TODD ; l’excellent The Day par  Moby, dont la mélodie avait donnée la chanson Bleu Noir par Mylène FARMER, le très rock Hold My Hand par le groupe de Trip hop anglais UNKLE ; le tube Movin' On Up  par M People et Sandman par Kirsty McGEE. Au même titre que le film de Danny BOYLE, la musique de Rick SMITH, très dynamique, dansante et délirante, nous entraine dans les pénombres d’une jeunesse en pleine trance.

TRANCE, un film réalisé parDanny BOYLE, avec James Mac AVOY, Rosario DAWSON, Tuppence MIDDLETON. Musique originale de Rick SMITH. Disponible chez Universal music.  

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L’ECUME DES JOURS

Colin (Romain DURIS) se marie avec Chloé (Audrey TAUTOU), une jeune femme ressemblant à un blues de Duke ELLINGTON. Mais l’idylle tourne à l’amertume quand Chloé tombe malade d’un nénuphar qui envahit un de ses poumons. Pour payer ses soins, Colin doit travailler dans des conditions souvent absurdes, pendant que leur environnement, et leurs amis, dont le talentueux Nicolas (Omar SY), et Chick (Gad ELMALEH), fanatique du philosophe Jean-Sol Partre (Philippe TORRETON), se délitent. Après Jean-Michel BERNARD sur LA SCIENCE DES REVES et SOYEZ-SYMPAS REMBOBINEZ, le réalisateur a confié la musique de son nouveau film à son complice Etienne CHARRY, le co-fondateur du groupe Oui Oui. Etienne CHARRY n’est pas encore un habitué des musiques de films, sauf quelques indicatifs pour la télévision (LE DESSOUS DES CARTES pour Arte) ; il s’illustre plutôt en composant des collections de musiques (Trous d'eau, Salon Cerveau...) ; des pièces uniques aux mélodies singulières qui ont donné lieu à de nombreux développements dans des lieux d'art ou des festivals. Pour ce film, Etienne CHARRY a élaboré une musique aux multiples facettes, souvent atmosphérique, parfois chantante mais toujours émouvante. Il nous entraine d’abord dans un monde fantastique, avec une ballade étrange, à base de harpe (Souris Blessée) Vient ensuite la chanson pop The Rest Of My Life dont on apprécie la mélodie sucrée et sensuelle. Etienne CHARRY enchaine avec un thème pianissimo accompagné d’une guitare acoustique, en quelque sorte le thème de Zoé, délicat avec, en contrepoint, un motif obsessionnel, trépidant (Nenufin). Sinon, Etienne CHARRY multiplie les thèmes surréalistes comme celui, coloré, alerte et nocturne, avec de la clarinette (Chick voleur) ; Souris Pilule, joué plutôt au piano, que l’on retrouve légèrement désaccordé, en référence au passé (Mangemanche Usine, Aquatisation) ou encore celui plus inquiétant, accompagné d’une sorte de sonnerie, et au développement crescendo (Recherche travail). Le piano que l’on retrouve accompagné de percussions sur une sorte de musique des rêves (Chaussures Fête). La partition regorge également de thèmes aériens, comme celui, doucement mélodique mais aux développements en forme d’emballements cauchemardesque (Preparation) ou ce thème à base de chœur, répétitif comme un message téléphonique (Télégramme Forum) ; des chœurs que l’on retrouve accompagné d’orgue sur une sorte de chant d’église (Chloé colin ave) ou, plus en apesanteur, chantant des prénoms sur une mélodie plutôt simpliste et une orchestration électronique (Chloé colin). Etienne CHARRY propose aussi des musiques plus graves composé de longues notes (Funeraires). Mais aussi quand il utilise le piano de manière rétro, en miroir à Duke ELLINGTON, la musique devenant même dansante, sixties même chantante donc forcément nostalgique (Tunnel Déclaration, On a l'adresse mais pas le bonhomme - Murtin Pascale) ou alors assez désuète, décalée (Chamallow patinoire). Il collectionne aussi les musiques des années Boris VIAN, c'est-à-dire marquées par les influences des années 1950 voire 1960. Il en est ainsi de ce thème coloré, doucement mélodique, qui lorgne également vers la parade de cirque avec des voix lointaines (Conférence) ; des motifs parfois très romantiques, avec de la guitare et des cordes très légères en contrepoint (Adieux). Il en est aussi de ce thème au clavier et à la guitare, assez romantique, mélancolique, très dans l’esprit sixties (Fleuriste). Etienne CHARRY lorgne aussi vers la pop quand il propose une sorte de thème à l’Anglaise, comme un détournement des BEATLES à base de cloches, de guitares et de percussions, un motif plus rock que cloche (Courses cloches). Il revient au fantastique avec un thème plutôt violent composé de nappes de piano, de cordes sombres pour une musique typée mais efficace, assez rapide (Ombre). Plus rarement, Etienne CHARRY lorgne vers la bossa nova, comme avec ce thème très sensuel, léger à base de guitare et de percussions (Nenudis) ; vers le jazz improvisé, les années 1940 et les années folles du Charleston (Jazz party). Egalement vers la pure comédie. Ainsi, pour la séquence de la Patinoire, Etienne CHARRY a composé un thème assez rapide, rythmé, chevaleresque, se situant entre comédie et western ; un motif un peu fou, là encore assez désuet dans les années 2000 (Surf patinoire). Il termine avec quelques variations de son thème du nénuphar, d’abord assez sombre, aérien, avec de la flûte et quelques voix (Nenu 3), puis amusant, simpliste, et assez poétique grâce à la guitare (Nenu 4 prehistorique). En complément, on trouve un second disque qui reprend des thèmes et chansons sélectionnés soit par Boris VIAN soit par Michel GONDRY. Fort logiquement, on trouve des musiques de jazz et forcément des morceaux célèbres de Duke ELLINGTON, de l’incontournable Take the 'a' train à African Flowers en passant par Chlo-e - song of the swamp et, The mood to be wooed. On trouve ensuite Lowdown par le chanteur, compositeur et guitariste américain Scaggs BOZ ; un morceau plutôt soul ; le Caravan chanté piano voix par Gad  ELMALEH. Puis d’autres musiques de jazz : le Bertha's theme, composé par Ray SHANKLIN, connu pour sa participation à la bande originale du dessin animé FRITZ THE CAT ;  Sophisticated Lady par le pianiste et chanteur Bobby FEW mais aussi Romain DURIS et Audrey TAUTOU. On trouve également des chansons aériennes, comme la ballade Mia Doi Todd par Spring, le superbe Kyrie de Misa flamenca par le Grupo Huancara, sans oublier Mais, Aime Là, la belle chanson du générique de fin interprétée par Loane. Et enfin d’autres thèmes solaires d’Etienne CHARRY comme Ave amour et Chlo-e. On notera aussi la presence des chansons ayant servi à la promotion du film (Ho hey par The Lumineers et Ghost surfer par Cascadeur. Au final, à l’image de l’univers de Michel GONDRY, particulièrement inventif, drôle et tendre, Etienne CHARRY propose une musique pleine de surprise qui, parfois, déroute, mais le plus souvent amuse, émeut. On se trouve certes loin de la réussite de Jean-Michel BERNARD mais Etienne CHARRY peut espérer, pour son avenir musical, à une heureuse « écume des jours » !

L’ECUME DES JOURS, un film de Michel GONDRY, avec Romain DURIS, Audrey TAUTOU, Gad ELMALEH et Omar SY. Musique originale d’Etienne CHARRY disponible chez Mercury/Universal.

 
 
 

CLOUD ATLAS

Sur cinq siècles, en alternant entre scènes d’action et moments plus intimistes, le film déroule la quête de quelques mortels à travers leurs cheminements personnel à travers les âges, les transformations, les réincarnations. Ce film aussi passionnant qu’extravagant a été réalisé mais aussi mis en musique par Lana et Andy WACHOWSKI (réalisateur avec son frère LARRY de MATRIX) et mis en par Tom TYKWER ; ce dernier ayant déjà réalisé et mis en musique son film THE PRINCESS AND THE WARRIOR en 2000. Pour ce CLOUD ATLAS, Tom TYKWER s’est adjoint l’aide de l’australien Johnny KLIMEK (COURS LOLA COURS en 1998), Reinhold HEIL(LAND OF THE DEAD «en 2005). Ensemble, ils signent une partition qui étonne par sa profondeur, sa puissance, mais dont on a du mal à cerner l’essence. Après un prélude au piano et des cordes qui s’élèvent dans les vibratos (Prelude: The Atlas March), ils développent une musique plutôt rythmique, orchestrale et crescendo. On entend déjà une partie mélodique, pour des guitares et des cordes qui font très saga en contrepoint. (Cloud Atlas Opening Title). Film fantastique oblige, la partition comporte sont lot de thèmes étranges, aériens voir d’épouvante (Chasing Luisa Rey). On pense d’abord au thème de Luisa, qui joue beaucoup des bruits et des sonorités de l’orchestre (Luisa's Birthmark). Egalement à la Papa Song, froide, métallique, avec des flutes lointaines, des cordes qui montent doucement et beaucoup de sonorités électroniques. Pour le personnage de Cavendish, on trouve un thème rapide, joué par les cordes pincées et de la clarinette qui lui donne un côté populaire, très européen (Cavendish In Distress). Pour certains morceaux, Tom TYKWER, Johnny KLIMEK et Reinhold HEIL se sont fait aides par d’autres compositeurs, comme Gabriel MOUNSEY sur Sloosha's Hollow, un morceau plutôt d’action crépusculaire et lyrique, donc avec une partie de chœurs assez froids.        Les compositeurs proposent des thèmes où les chœurs et l’orchestre grondent, comme ce mouvement de vibrato avec des cordes plutôt obsessionnelles (Death Is Only A Door) ; la partition marquant un virage vers une musique plus répétitive, contemporaine (on pense beaucoup à Philip GLASS, par exemple dans Won’t Let Go mais aussi All Boundaries Are Conventions et Sonmi's Discovery) mais également plus mélodique, presque mélancolique grâce à une partie de piano solo (Sonmi-451 Meets Chang) ou encore des sonorités électronique avec des chœurs en contrepoint (New Direction).. Le piano qui est très présent et parfois de manière classique, avec des cordes douces (Temple Of Sacrifice).  Enfin, pour tenter de donner une teinte plus classique, les compositeurs ont appelé Gene PRISTKER, connu pour avoir écrit de nombreuses pièces pour orchestre et des opéras de chambre. Dans cette version pour orchestre et sextet du thème principal, la mélodie ressort d’une armée de cordes, sur un mouvement que n’aurait pas renié Tomaso ALBINONI. Ce qui donne une musique de dimension à la fois romantique et mystique qui fait également penser à Gustav HOLST (THE PLANETS) (Cloud Atlas Sextet for Orchestra). Dans la foulée, Gene PRISTKER intervient sur le générique de fin qui, après une ouverture au piano solo, très doux, avec un contrepoint d’orchestre très lointain rythmé par un mouvement de cordes, s’engouffre dans un mouvement obsessionnel forcément « GLASS-ien ». Il en découle un générique de fin très beau, coloré, ample et romantique (Cloud Atlas End Title).        Au final, avec cette partition d’apparence splendide, très agréable à écouter, on ne sait pas trop si on doit applaudir (pour la beauté du résultat). Ou si plutôt on doit crier au pugilat tant les références à des styles marquants (les mouvements tellement particuliers de Philip GLASS et la couleur des chœurs) ou encore à des références classiques qui vont du romantisme à la musique solaire. Il reste malgré tout une partition qui se tient, qui accompagne fort justement les images de WACHOWKI et TYKWER. Alors, entre références qui débordent l’écran et efficacité, pas de doute, on prend les deux ! Et même si le disque est long (peut-être un peu trop), nos oreilles se régaleront !

CLOUD ATLAS, un film réalisé par Lana  WACHOWSKI, Tom TYKWER, et Andy WACHOWSKI, avec Tom Hanks, Halle Berry, Jim Broadbent, Hugo Weaving, Jim Sturgess, Doona Bae, Ben Whishaw, James D’arcy, Zhou Xun, Keith David, David Gyasi,  avec Susan Sarandon et Hugh Grant. Musique originale de Tom TYKWER, Johnny KLIMEK, Reinhold HEIL. Disponible chez Sony Classical.DJANGO UNCHAINED

Dans son dernier film, Quentin TARANTINO s’intéresse à l’esclavage dans le sud des États-Unis, peu avant la guerre de Sécession. Il nous raconte l’histoire d’un chasseur de primes allemand King Schultz (Christoph WALTZ) qui propose, contre sa liberté, à un esclave, Django (Jamie FOXX), de rechercher deux meurtriers. Mais Django s’intéresse davantage au sort de Broomhilda, sa femme, détenue par Calvin Candie (Léonardo DICAPRIO), le puissant propriétaire d’une immense plantation, surveillée par Stephen (Samuel L. JACKSON), son esclave en qui il a toute confiance. Et, comme toujours, le réalisateur de PULP FICTION a lui-même confectionné une bande sonore à son image, c’est-à-dire éclectique et brillante. Western oblige, il a puisé dans les musiques des classiques du genre. On n’est donc pas vraiment surpris de retrouver des compositeurs aussi connus qu’Ennio MORRICONE et Luis BACALOV. Au programme, on trouve d’abord le thème du générique (Django), une chanson flamboyante, très colorée écrite par Luis BACALOV, qui l’interprète avec Rocky ROBERTS. On le retrouve d’ailleurs sur plusieurs autres titres, comme l’excellente chanson Lo Chiamavano King His Name Is King. Toujours de Luis BACALOV, on entend l’instrumental, profond et percutant, La corsa 2nd Version, une vraie musique de western dont le lyrisme, la couleur donnent une intensité aux images. On note en particulier l’importance des cuivres, notamment les trompettes, qui accentuent l’action, la tension. Parmi les autres compositeurs très représentés, il y a l’incontournable Ennio MORRICONE, d’abord sur The Braying Mule, un titre pour guitare, percussions et flûte dans la lignée de certaines musiques pour Sergio LEONE. On le retrouve aussi sur le très émouvant Sister Sara's Thème (tiré du film SIERRA TORRIDE), un motif léger pour guitare solo et quelques notes vagabondes de flûtes. Ennio MORRICONE, signe également la musique de l’inédit Ancora Qui, une chanson plutôt mélancolique interprétée par Elisa TOFFOLI avec des orchestrations qui mélangent les guitares à l’orgue. Enfin, on trouve le titre nostalgique, presque funeste, Un Monumento, doucement crescendo, rythmé et lyrique; du grand Ennio MORRICONE ! On entend encore l’excellent I Giorni Dell'ira, une musique typiquement italienne de western, à la fois mélodique, colorée et plus vraie que nature, composé par Riz(iero) ORTOLANI ; déjà entendu sur la bande originale de KILL BILL. Puis surtout la grande et réjouissante surprise de ce disque : la reprise de Nicaragua, un thème écrit par l’immense Jerry GOLDSMITH dans les années 1980 pour le film de Roger SPOSTIWOODE UNDER FIRE. On peut vraiment dire que Quentin TARANTINO a eu du nez en sélectionnant ce titre, doucement mélodique et à l’orchestration implacable à la fois pour orchestre, guitare et cuivres. Il est d’ailleurs bien possible que la jeune génération qui découvre ce titre exceptionnel ressente un choc comparable à celui que les amateurs de Jerry GOLDSMITH ressentirent à la sortie du disque de la bande originale du film suscité. Parmi les autres titres de cet album, on entend ensuite Rick ROSS sur 100 black coffins, un titre étonnant que l’on pourrait qualifier de “rap western” puisqu’il mélange à la fois les dialogues endiablés d’un morceau de rap aux riffs de guitares et à des parties sifflées. Dans la même lignée, signalons aussi l’excellent Unchained The payback / Untouchable, un titre très funk par James BROWN et 2PAC ; également Freedom, écrite et interprétée par le duo Anthony HAMILTON et Eleyna BOYTON ; une chanson soul qui convient parfaitement à l’esclavage, Sneaky schultz and the demise of sharp par Don STRAUD, la chanson mélancolique de 1973 I got a name, écrite à l’origine pour le film THE LAST AMERICAN HERO (avec Jeff BRIDGES) par Charles FOX et Norman GIMBLE interprétée le chanteur, compositeur et guitariste Jim CROCE. Et encore un titre très agréable, retentissant, écrit et interprété par John LEGEND (Who did that to you ?), également Too Old To Die Young, un titre plutôt rock, étonnant sur un western, écrit en 2010 par Dege aka dege legg brother. Enfin, on précisera que le disque contient quelques plages de dialogues avec Christoph WALTZ (In the case django, after you), Don JOHNSON (Five-thousand-dollar nigga's and gummy mouth bitches) Samuel L. JACKSON (Hildi's hot box, Stephen The Poker Player? Six shots two guns). Pour finir avec Trinity – Titoli, un morceau composé par F. MICALIZZI et L. STOTT,une véritable chanson de western interprétée par Annibale accompagné du chœur Modern. Au final, avec sa sélection, Quentin TARANTINO fait encore mouche, remet Jerry GOLDSMITH au premier plan, et nous offre bande originale incontournable.DJANGO UNCHAINED, bande originale du film de Quentin TARANTINO, disponible chez Universal Music.

 

L’ODYSSEE DE PI (THE LIFE OF PI)

Adapté du roman de Yann MARTEL, ce film, raconte l’odyssée du jeune Patel dit Pi ; le seul survivant d’un naufrage spectaculaire qui, à bord d’un canot, effectue un incroyable voyage. C’est le troisième film d’Ang LEE (TIGRES ET DRAGON, LE SECRET DE BROCKEBACK MOUNTAIN) dont Mychael DANNA (CHEVAUCHEE AVEC LE DIABLE) a composé la musique originale. Pour nous les Français, Mychael DANNA commence fort avec une reprise orchestrale de la chanson composée par Hubert GIRAUD et Jean DREJAC Sous Le Ciel De Paris dans une variation plutôt ensoleillée, avec de la mandoline. Puis, le compositeur s’en éloigne pour privilégier les parfums indous (Piscine Molitor Patel). Le compositeur reste dans les couleurs françaises, avec de l’accordéon pour souligner les influences européennes de Pondicherry (Pondicherry). On trouve beaucoup de musiques aériennes, comme ce motif pour voix solo, suivi d’une partie avec des cordes, des flûtes et de la harpe (Meeting Krishna). Au fil des morceaux, on découvre une musique très pure, riche en vibratos mais souvent avec un zest de percussions, et une mélodie profonde en contrepoint. (Christ In The Mountains), également une musique très spirituelle (Anandi) . On note des motifs qui sonnent comme un écho à la solitude de Pi, avec des voix lointaines, ce qui donne une musique d’une grande pureté (Tsimtsum, First night, first day). Le thème principal intervient plutôt tardivement, dans un mouvement lyrique exécuté par des cordes pincées et des chœurs. La mélodie y est relativement discrète, sur un rythme à trois temps, la voix donnant un côté mystique (Thank You Vishnu For Introducing Me To Christ). On le retrouve parfois mais toujours intégré à d’autres mouvements, comme cette musique grave, crescendo où il intervient en contrepoint (The Deepest Spot On Earth) ou parfois de manière plus typée, avec de la flûte et de la mandoline (Appa's Lesson). La musique se nourrit également des sonorités indiennes et électroniques pour rajouter un sentiment d’universalité (Skinny Vegetarian Boy). Egalement très présent, on entend le piano lorsque Pi rencontre un certain Richard Parker, une couleur que le compositeur ne cessera d’intégrer (Back to the world). Sur les animaux, Mychael DANNA déploie des thèmes assez forts. Par exemple, sur le tigre, on note un thème profond, avec de la flûte et des chœurs lointains, également une légère ligne de violon. Il s’agit d’une musique planante qui dégage de l’émotion par l’alliage entre la flûte, le violon et les chœurs (Tiger vision). De même sur la tempête, on trouve un thème lyrique accompagné d’une musique plutôt agitée, mais aussi intemporelle. Les chœurs gardent une place de choix, comme le véritable guide de Pi (God Storm). Le compositeur termine avec un lento pianissimo mélancolique suivi d’un thème empli de générosité dans lequel on retrouve assez vite en filigrane une variation du thème principal (The second story, Which story do you Prefer ?). Au final, Mychael DANNA déploie une partition aux orchestrations enrichies par ses expériences. On apprécie beaucoup ses mouvements à la fois profonds et émouvants qui fusionnent astucieusement les chœurs soyeux et les lignes de piano assez classiques. De même, on sent que le compositeur s’est nourri de la découverte de la musique indienne et de ses compositeurs et musiciens, à commencer par Bombay JAYASHRI sur la superbe Pi’s Lullaby. D’un point de vue mélodique, on sera plus mitigé tant le thème principal se fait discret. Comme le film constitue un superbe voyage au bout du monde, la musique nous entraîne à la découverte des meilleures sensations sonores.

LIFE OF PI, un film de Ang LEE; avec Suraj SHARMA, Irrfan KHAN. Musique originale de Mychael DANNA, disponible chez Sony Classical.

 

ANNA KARENINE

Dans la Russie du 19ème siècle, Anna Karénine sacrifie son équilibre familial et l’avenir professionnel de son haut fonctionnaire de mari pour l’amour d’un officier. Réalisée par Joe WRIGHT et interprétée par Keira KNIGHTLEY (ORGUEIL ET PREJUGES), cette adaptation, très fidèle, de Léon TOLSTOI, a été mise en musique par Dario MARIANELLI. Le compositeur italien de V POUR VENDETTA de James Mac TEIGUE n’en est pas à sa première musique pour un film d’époque puisqu’on lui doit la partition du JANE EYRE réalisé par Cary FUKANAGA. Pour ANNA KARENINE, ses thèmes naviguent entre l’Italie, les valses viennoises et les mélodies slaves. En guise d’ouverture, Dario MARIONELLI lance un thème coloré, une sorte de mélange entre la comédie à l’italienne et les danses slaves. On note néanmoins des caisses claires qui donnent un côté militaire (Overture).). On retrouve ce brassage plutôt étonnant, notamment sur la fin avec une sorte de fanfare détournée (Seriously), également mélangé à une écriture classique, une sorte de sonate pour piano (Unavoidable) ; encore de façon précipitée pour donner un côté sérieux à sa musique, qui se situe là encore entre deux régions, notamment par l’utilisation d’instruments comme l’accordéon, la clarinette mais aussi des sifflements, un solo de violon et une mélodie chantée (She Is of the Heavens) que l’on déguste aussi en valse lente (Anna Marches Into a Waltz). D’ailleurs, à grande époque, grands mouvements : dès la deuxième plage, on remarque des rythmes de valses relativement classiques (Clerks, Kitty's Debut, A Birthday Present) ou plus mélancolique, plus crescendo (Dance With Me) ou encore plus lents, mystérieux (I Don't Want You to Go) ou carrément slaves sur le Can-Can. Pour cette histoire d’amours croisés, le compositeur présente aussi des motifs pianissimo intimes (Beyond the Stage, I Understood Something) mais aussi ce motif très lent, triste, en mineur (Someone Is Watching), ou encore cette suite vibrante, sur une variation en lento du thème principal (Lost In a Maze) ou cette autre déclinaison plus riche en violon mais tout aussi triste, quoique plus chantante (Leaving Home, Coming Home). Au final, Dario MARIANELLI propose une musique dont l’originalité se trouve dans le mélange des genres mais aussi dans des mélodies fortes et des couleurs, parfois chaudes, la faute autant aux violons italiens qu’aux sonorités et voix de l’est. Au final, ANNA KARENINE by par Dario MARIONELLI, c’est un peu la Dolce Vita au pays des Soviets, et ce n’est pas pour nous déplaire !

ANNA KARENINE, Drame  de Joe WRIGHT, avec Keira KNIGHTLEY, Jude LAW, Aaron Taylor-Johnson disponible chez Decca/Universal music.


 
 

 

SKYFALL

Dans ce nouvel opus, lorsque la directrice des services secrets britanniques est rattrapée par son passé, l’agent 007 doit, quoi qu’il lui en coûte,  identifier et détruire la menace. David ARNOLD ayant été très occupé par ses fonctions de Directeur musical des Jeux olympiques de Londres, les producteurs Michael G. WILSON et Barbara BROCCOLI ont pensé à Thomas NEWMAN (WALL-E); un choix judicieux, d’autant qu’il s’agit d’un collaborateur régulier du réalisateur Sam MENDES (AMERICAN BEAUTY, LES NOCES REBELLES). Après une brève ouverture sur le thème de Monty NORMAN, Thomas NEWMAN développe une musique lente qui mélange habilement des rythmes orientaux et des motifs qui soutiennent l’action. Il s’agit donc d’une musique soutenue, parfois rapide et qui accompagne parfaitement les séquences de poursuites, ici dans un marché d’Istanbul. (Grand Bazaar, Istanbul). Cette dimension orientale est une des principales nouveautés de cette partition ; le compositeur, comme souvent dans ses musiques, propose des thèmes mystérieux, peu mélodiques mais empreints de tension, ce qui est particulièrement important dans un James BOND.  On retrouve cette dimension orientale souvent dans la partition, par exemple avec une rythmique  électronique, et un contrepoint de cordes, dont un peu de guitare électrique. Il s’agit d’une sonorité moderne, rythmique, avec un contrepoint de cordes sur un mouvement naviguant, oriental (New Digs). Cette dimension électronique, le compositeur s’en sert aussi pour évoquer les grandes métropoles, comme Shanghai, mais aussi la tension avec une cellule obsessionnelle; une démarche qui n’est pas nouvelle ; on se rappelle notamment d’une approche similaire d’Eric SERRA sur GOLDENEYE (Shanghai drive, Quartermaster, Adrenaline). Parfois, comme sur Brave new world, Thomas NEWMAN se réfère aux origines musicales de Bond avant de développer des musiques d’action, souvent rythmées, mais aussi parfois aérienne ; ce qui est une autre caractéristique de cette partition. On trouve aussi des purs morceaux de suspense, parfois entrecoupés de moments plus étranges, plus mystérieux avec là encore des sonorités électroniques et le développement d’une mélodie doucement pianissimo. La musique se développe ensuite doucement sur l’action (Jellyfish, The bloody shot, Granborough Road). Par contre, il n’y a pas de véritable thèmes associés aux nouveaux personnages, hormis peut-être pour le personnage féminin, Thomas NEWMAN propose un thème plutôt doux et à base de cordes, presque un motif romantique (Severine). Dans la deuxième partie, la partition joue toujours sur l’action, le danger mais avec un côté plus dramatique, répétitif et une musique en mineur, à la fois de constat et de tristesse (Someone Usually Dies, Komodo dragon). S’il n’innove pas, Thomas NEWMAN prend efficacement la relève de David ARNOLD en insufflant son style si particulier à cette musique d’action et de séduction. Comme souvent, il déroule une musique complexe, peu aux multilples couleurs, souvent orchestrale mais parfois plus électronique, lorgnant par là-même avec les plus osés musiques de James BOND (GOLDENEYE). Il en découle une partition très intéressante, très fluide mais aussi plus contemporaine, moins romantique.

SKYFALL, un film de Sam MENDES, avec Daniel CRAIG ; musique originale de Thomas NEWMAN, disponible chez Sony Classical.

 
CE QUE LE JOUR DOIT A LA NUIT Adapté du best seller de Yasmina KHADRA, ce film raconte une histoire d’amour bouleversée par les évènements qui ont marqué l’histoire de l’Algérie. Tout commence dans les années 1930, quand Younes, 9 ans, est confié à son oncle pharmacien à Oran. Rebaptisé Jonas, Younes grandit parmi les jeunes de Rio Salado où il va rencontrer Emilie, avec laquelle il va vivre une grande histoire d’amour. Pour ce nouveau film, Alexandre ARCADY revient à un univers qui lui est proche, en l’occurrence une histoire qui se déroule entre la France et l’Algérie, comme précédemment dans LE COUP DE SIROCCO et, plus récemment, LA-BAS MON PAYS. Pour la musique, comme sur son précédent film (COMME LES CINQ DOIGTS DE LA MAIN) il a engagé Armand AMAR, qui constitue, pour lui, un compositeur rare et talentueux et qui  surtout, a su capter l’essence du film. Très inspiré, Armand AMAR propose une partition profonde et majestueuse, souvent émotionnelle et parfois grave. Pour l’ouverture on retrouve les vieux démons contemporains du compositeur. En effet, il commence par une ligne de piano obsessionnelle accompagnée d’un solo de violon pour un thème en mineur qui est à la fois porteur de douceur et de mélancolie. (Jonas et Emilie). On retrouve ce thème plusieurs fois dans la partition, notamment chanté par la mezzo soprano Ariana VAFADARI qui apporte de la voix aux souffrances de Jonas Et Emilie). Pour Younes, Armand AMAR propose un thème  doux porté par la guitare et la voix maternelle de Naziha MEFTAH ; un thème délicat et lyrique avec une deuxième partie avec un côté manouche (Younes). Comme souvent dans cette partition, la nostalgie joue un rôle important avec des thèmes très lents à base de piano et de cordes pour l’ampleur (Madame Cazenave). On retrouve encore le piano et le violon pour évoquer le village d’enfance de Younes/Jonas (Rio Salado). Armand AMAR utilise également la guitare, accompagné de bois pour amener de la nostalgie (La photo). on note aussi des musiques profondes avec des voix comme des lamentations (L'attaque de la maison). On retrouve aussi la fibre traditionnelle des musiques d’Armand avec des morceaux à base de doudouk et d’oud, accompagnés de cordes voluptueuses.  Ce qui a l’avantage de faire  ressortir à la fois une souffrir et une couleur orientale. Il s’agit donc d’une musique relativement typée au départ de par le doudouk puis qui se développe de manière grave, émouvante. On peut néanmoins lui reprocher une impression de déjà entendu (L'expropriation). Armand AMAR n’en oublie pas les musiques de tension, rythmées par des percussions et un contrepoint de violon chantant, grave, qui donne un coté un peu slave (L'incendie, L'arrestation de Mohamed). Comme souvent chez Alexandre ARCADY, la partition est entrecoupée de diverses chansons à l’allure populaire voire traditionnelle comme  I Wanna Love You, Maria Donairosa et Ayer La Noche de Mathieu JUVIN et Julien BARIL ; Jools   et She's a Teaser Armand Amar de Julien PICCINI & Alban SAUTOUR. Enfin, on trouve un morceau classique pour piano de Franz SCHUBERT (Gretchen am Spinnrade). Au final, Armand AMAR signe une musique profonde et inspirée, souvent basée sur des motifs pianissimo qui rappellent les musiques de Franz LISZT. Il en ressort une musique souvent chaude et émouvante ; une musique qui respire la vie et la nostalgie d’une France d’hier.

CE QUE LE JOUR DOIT A LA NUIT. Un film d’Alexandre ARCADY.D’après le best-seller de Yasmina KHADRA, avec Nora ARNEZEDER, Fu’Ad AÏT AATTOU, Anne PARILLAUD, Vincent PEREZ, Anne CONSIGNY, FELLAG, Nicolas GIRAUD, Olivier BARTHÉLÉMY Musique originale d’Armand AMAR disponible chez Columbia / Sony music

 
 

PARIS MANHATTAN

Ce film raconte la rencontre inattendue entre Alice (Alice Taglioni), une jeune pharmacienne toujours célibataire et passionnée du cinéma de Woody ALLEN, et Victor (Patrick Bruel). Comme le dit la réalisatrice, il s’agit d’une histoire structurée autour de trois personnages : Alice, Victor et le poster de Woody Allen. Ce dernier, qui apparait dans le film, n’est d’ailleurs certainement pas étranger à l’omniprésence de jazz. Jusque dans la musique originale de Jean-Michel BERNARD, un compositeur au talent certain et que l’on a toujours à plaisir à retrouver. Comme souvent, il a basé sa partition sur un thème solide et mélodique, qui caractérise le parcours d’Alice et Victor. Ce thème, il le décline dans de multiples variations et orchestrations, qui accompagnent à la fois des humeurs des personnages et les étapes de leur relation. Le disque s’ouvre par un long thème lumineux, dans lequel la mélodie est jouée par le grand violoniste Laurent KORCIA (remarqué dans LES ROIS MAUDITS de Bruno COULAIS). Celui-ci amène, par son archet, une sonorité qui accentue la mélancolie. Le violon n’est néanmoins pas seul puisque les cordes du Paris Symphonic Orchestra transmettent l’ampleur indispensable à une musique romantique. On note aussi les parties de piano jouées par Jean-Michel BERNARD et les déviations vers le jazz. On entend aussi, dans ce morceau et d’autres, la belle guitare de Michel-Yves KOCHMANN, le cor de Jean-Michel TAVERNIER et la clarinette de Bruno MARTINEZ (Variation Pour Laurent K.). On retrouve ensuite plusieurs variations de ce thème principal : une au tempo assez lent, pour la clarinette accompagnée d’une basse, qui exprime joliment les mystères entourant les premiers regards (Première Rencontre) ; une autre plus enjouée, plus blues avec davantage de guitare, de basses, les basses se trouvant en contrepoint (Peut-être Pas Le Bon). Parmi les autres thèmes, on remarque que Jean-Michel BERNARD a écrit et joue, pour le personnage de Vincent, un thème pianissimo accompagné d’une légère rythmique (Vincent) ; un thème que l’on retrouve sur un ton plus mélancolique quand le personnage doute, avant que la mélodie reparte pour une variation, plus swing, du thème principal (Reprise en main). On note également un thème plus étrange, plus mystérieux pour cordes et piano (Farfouillage A L'Insu De Son Plein Gré). Pour le final, le compositeur part sur une envolée de cordes puis développe un véritable thème romantique, à base de piano et d’orchestre ; un véritable thème qui respire le bonheur (Mais c'est lui !). La partition originale est accompagnée de morceaux de jazz : Bewitched, Bothered, And Bewildered (tiré de la comédie musicale PAL JOEY écrite par Lorez HART et Richard ROGERS) par Ella FITZGERALD et l’orchestre de Buddy BERGMAN ; Blue Note Bossa et Night In Copacabana par le saxophoniste Stéphane GUILLAUME (également flûtiste et compositeur, prix Django REINHARDT 2009) accompagné par Marc DURST; Back To The Apple par Count BASIE et Somewhere There's A Someone par Georges IDES. Plus étonnant, on trouve aussi un thème du compositeur allemand Christopher FRANKE (la série BABYLON 5) ; un véritable passage de flamenco, à base de guitares et de percussions, particulièrement entrainant (Can I Have This Dance ?). Au final, Jean-Michel BERNARD signe une partition relativement simple, sans grande prétention mais charmante. A partir d’un thème très agréable et surtout de belles orchestrations, il propose une véritable musique sentimentale et, aidé de solides musiciens (dont lui-même), jazzy. Pour que la réussite soit complète, il manque peut-être une version chantée (par Kimiko ONO ?) du thème principal.

PARIS MANHATTAN, bande originale du film de Sophie LELLOUCHE, composée par Jean-Michel BERNARD – Disponible chez La Bande Originale / Cristal records

 

  

THE WOMAN IN BLACK

C’est l’histoire d’Arthur Kipps (Daniel Radcliffe), un jeune notaire à Londres, qui se rend dans le manoir d’une cliente dont il doit s’occuper de la succession. Dans l'immense demeure, il va faire face à d’étranges signes qui semblent renvoyer à de très sombres secrets. Face au passé enfoui des villageois, face à la mystérieuse femme en noir qui hante les lieux et s'approche chaque jour davantage, Arthur va basculer dans le plus épouvantable des cauchemars...Pour ce film d’épouvante, le réalisateur a fait appel à Marco BELTRAMI (DANS LA BRUME ELECTRIQUE de Bertrand TAVERNIER), qui s’était déjà illustré dans ce registre avec les remakes de THE OMEN et de THE THING. Le compositeur nous propose une partition relativement classique mais efficace. D’entrée, il introduit une musique planante qui joue la carte de l’étrange. Puis, très vite, il installe une mélodie qui semble sortir d’une boite à musique en guise de thème principal ; une mélodie qui monte jusqu’à donner un côté diabolique (Tea for Three Plus One). Il s’agit d’un thème principal qui revient régulièrement et parfois de manière lointaine, grinçante(Voices in the Mist). Pour le thème titre, Marco BELTRAMI développe une musique profonde, grave, avec un orchestre qui donne de l’ampleur, de la lourdeur et du piano sur la fin. En même temps, on sent un souffle dérangeant (The Woman in Black) que l’on retrouve sur des musiques implacables, inquiétantes, portées par des vibratos de cordes (Crossing the Causeway). Dans la lignée du thème principal, avec des notes de piano qui tombent, un petit solo de violon et des chœurs lointains, Marco BELTRAMI développe une musique aérienne, atmosphérique (Elisabeth’s Vision). Le compositeur est également doué pour mélanger l’aventure et l’inquiétude par la musique. Ainsi, il introduit une ligne de cordes qui donne un côté dérangeant puis, par-dessus, une légère partie mélodique mais où l’inquiétude prend le dessus par des notes longues, des mouvements en mineur, également quelques chœurs (Journey North). Il propose également de purs moments d’épouvante avec des musiques très cinématographiques qui mélange la peur, la tension, l’aventure et le romanesque. C’est le cas de ces musiques un peu sourdes, graves avec un peu cauchemardesque dans les cordes et une mélodie soutenue et crescendo. (Cellar Eye, First Death, Crazy Writing). C’est encore le cas de musiques plus obsessionnelles et au développement mélodique tendu ; une pure musique d’action, rythmée, précipitée, classique mais efficace (Into the Fire). Au final, Marco BELTRAMI propose une partition impeccable mais plutôt hybride qui installe à la fois des ambiances froides, atmosphériques qui renforcent le sentiment de malaise des personnages. A partir de mouvements de cordes vibrants accompagnées d’un souffle d’orchestre, il dévoile une musique inquiétante et tendue, aux mélodies justement dosées pour donner un caractère de tension, d’inquiétude et développer musicalement la partie épouvante et action du récit. Il en ressort une bande originale certes peu inventive mais diabolique !

LA DAME EN NOIR, un film réalisé par James WATKINS, avec Daniel RADCLIFFE, Janet McTEER, Ciarán HINDS, Emma SHOREY. Musique composée par Marco BELTRAMI – Disponible chez Silva Screen Records.