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Cyril MORIN : PARCOURS D'UN EVOLUTIONNISTE !

Enfant de la pop, Cyril MORIN nous promène depuis près de 10 ans dans un univers musical que l’on associe souvent au cinéma et plus particulièrement à des films qui parlent de spiritualité comme SAMSARA. Alors qu’il revient sur le devant de l’actualité, il nous a paru intéressant de faire un point sur la carrière d’un compositeur qui compte dans le paysage musical français mais pas seulement. D’autant plus qu’il a retrouvé, sur la mini série CARTOUCHE le réalisateur Henri HELMAN qui l’avait, à ses débuts, encouragé à composer des musiques orchestrales pour la série MEDITERRANNEE. Pour ce film de cape et d’épée, Cyril MORIN a composé une musique directe ; c'est-à-dire qui annonce, par sa couleur et sa vivacité, le panache du personnage interprété par Frédéric DIEFENTHAL. Mais, loin de se limiter au cinéma, parallèlement à ses musiques de films, qui ont marqué par leurs couleurs souvent atmosphériques et lyriques, le compositeur s’est toujours placé dans un contexte de recherche permanente. Ce qui a donné lieu à plusieurs albums personnels hors cinéma, qui regroupent des propositions musicales à destination des réalisateurs. De FLOOD à WESTERN PANSORI, Cyril MORIN nous a ainsi offert toute une galerie de musiques d’essences variées. Alors que son emploi se partage entre les Etats-Unis et la France, il sort un nouvel album solo qui s’intitule THE EVOLUTIONIST. Aujourd’hui, Cyril MORIN arrive à un stade de sa carrière où il cherche beaucoup plus l’efficacité mais aussi les moyens d’assouvir ses différentes envies musicales, sans délaisser la France et le cinéma du monde. En évolutionniste comme il se considère, Cyril MORIN nous explique ses motivations pour travailler davantage sur des musiques de thrillers et nous parle de la création de ses dernières musiques !

Comment percevez-vous votre évolution musicale depuis l’album solo WESTERN PANSORI ?

CM : En évolution permanente… J’essaie de faire ressortir des facettes de mon travail qui ont toujours été là, mais qui se trouvaient en partie cachées par le succès de films qui montraient plus un côté traditionnel, caractéristique à beaucoup de films que j’ai mis en musique. Pour prendre un exemple, la composition d’AUTUMN constitue une vraie partition de thriller alors que SAMSARA et LA FIANCEE SYRIENNE relevaient davantage de l’influence de chants, de musiques traditionnelles. Il en résulte une couleur musicale qui apparait plus aujourd’hui mais qui existait déjà dans certaines de mes musiques. Déjà dans WESTERN PANSORI, j’apportais une idée orchestrale qui représentait une porte ouverte sur des univers fantastiques, mystérieux. Cette couleur, je la fais davantage ressortir dans mon dernier album.

 
 

Quelle est votre démarche avec vos albums solos en général et THE EVOLUTIONIST en particulier ?

CM :l’idée consiste à proposer des idées musicales. Sur THE EVOLUTIONIST, j’ai voulu me diriger vers une musique plus sombre, avec des mélanges de sons plus spécifiques. J’ai cherché des musiques plus souterraines, moins aériennes, en particulier dans les parties orchestrales, avec davantage de percussions et de noirceur. Il s’agit de musiques moins atmosphériques. Mais cela reste un album personnel, c’est-à-dire qui raconte une histoire personnelle.

A quelles idées renvoi le titre THE EVOLUTIONIST ?

CM :ce titre renvoi en fait à la négation du darwinisme qui existe surtout aux Etats-Unis, à laquelle je trouvais intéressant de répondre par une proposition musicale. Mais une proposition qui contienne quand même un sens par rapport au monde actuel dans lequel nous vivons et où des gens se considèrent soudain comme des créationnistes. Ces gens m’inquiètent parce qu’ils révisent notre société et n’hésitent pas à jouer sur la peur et l’obscurantisme (ce qui devient les clés d’un certain pouvoir). Maintenant, on peut aussi interpréter Darwin comme étant le prénom d’un petit garçon qui serait le personnage principal d’un film dans lequel il se baladerait dans un couloir tout noir. Enfin, à y regarder de près, le visuel de l’album, avec cet ascenseur qui monte et une main, raconte aussi une histoire. Mais comme il ne s’agit que de musique, chacun y trouvera le sens qu’il désire.

Sur combien de temps s’est étalée la création de cette sorte de musique d’un thriller imaginaire ?

CM :la conception d’un album personnel s’étale souvent sur deux ou trois ans parce que je travaille sur plusieurs projets en même temps. Au départ, je réunis une vingtaine d’impressions, de croquis musicaux qui représentent ce que j’ai envie de composer. Ces impressions musicales évoluent et, au final, je n’en retiens même pas la moitié car, entre temps, je compose d’autres musiques de films qui, d’une certaine manière, influencent mes compositions plus personnelles. Il existe donc une espèce de va-et-vient entre mes compositions très personnelles et mes travaux pour le cinéma.

Avez-vous davantage travaillé les percussions que sur vos musiques précédentes ?

CM :que ce soit sur THE EVOLUTIONIST ou CARTOUCHE, j’ai effectivement ajouté beaucoup plus de percussions que d’habitude. J’utilisais déjà beaucoup les percussions dans mes musiques pour le cinéma, notamment dans les parties d’action (ZAINA), mais cela ressortait moins que maintenant. Encore une fois, tout dépend du film et de son histoire.

Des percussions parfois accompagnées de boucles électroniques ?

CM : tout l’intérêt dans mes albums personnels consiste à essayer de mélanger des sonorités différentes. J’ai d’abord écrit, enregistré et mixé à part tous les morceaux orchestraux pour qu’ils existent de manière indépendante. Puis, j’en ai enregistré de nouvelles versions dans lesquelles j’ai rajouté des boucles électroniques et des effets sonores. Je dispose donc des versions avec et sans électronique. Pour moi, pour qu’un album se tienne bien, il ne faut pas hésiter à mélanger des sonorités.

D’où vient ce sentiment à la fois organique et brutal que l’on retrouve dans plusieurs morceaux comme Doubt ?

CM : elle vient de l’influence de mes recherches sur d’autres sonorités, en particulier mes travaux pour des musiques de films. Pour vous donner un exemple, récemment, sur un film asiatique, j’avais très envie de travailler avec des percussions en bambous. Puis, sans doute influencé par ce que j’entends ailleurs, j’ai conçu une musique qui se situe à la croisée des chemins entre des sonorités très organiques et d’autres plus brutales, mais aussi occidentales et orientales.

CM : c’est vrai qu’avec cet album, j’ai voulu montrer que je pouvais davantage orienter ma musique vers la tension, l’action mais ce n’est pas quelque chose de nouveau. Mes albums FLOOD, ONE OF MY DREAMS, WESTERN PANSORI et THE EVOLUTIONIST représentent un travail sur une quinzaine d’années. C’est pour cette raison que j’ai appelé le dernier THE EVOLUTIONIST ! Aujourd’hui, il y a effectivement cette volonté de tendre vers une musique plus fantastique mais, en même temps, il me paraît difficile de rivaliser avec les compositeurs américains de genre, car cette musique est déjà bien développée, même si elle est très formatée. Plutôt que d’aller à fond dans un genre, je préfère m’influencer d’un style pour l’intégrer plus tard dans ma musique d’une façon moins voyante.

Aimeriez-vous, comme d’autres compositeurs, apporter une touche française dans une musique américaine justement très formatée ?

CM : Bien sur que cela m’intéresserait, d’autant qu’il existe une vraie demande de nouveaux compositeurs aux Etats-Unis. Pour moi, par rapport à une musique déjà formatée, ce qui fonctionne, c’est d’amener un élément extérieur, une autre vision. Et ce qui marche de la France vers les Etats-Unis marche également dans l’autre sens. Je veux dire par là que certains compositeurs américains viennent en Europe, et notamment en France, écrire des musiques de films. Ce qui répond à un besoin d’apporter une énergie renouvelée, un regard nouveau, (bien que notre oreille reste très formatée par la musique de films américaine). Mais attention, les Américains appellent des compositeurs de l’étranger mais ils les ramènent aussi petit à petit dans cette spirale du formatage musical pour ce qui est des gros films.

Que retenez-vous de vos collaborations sur des projets aux Etats-Unis comme AUTUMN ?

CM :AUTUMN était un film Franco-américain et donc un peu différent. SHAMELOVE un film typiquement américain avec des jeunes désoeuvrés, plus rock. LOCKED IN est plus un thriller mystique, tourné à Boston. Ce que j’apprends, c’est qu’il faut être la fois ouvert, et en même temps beaucoup plus direct musicalement ! Quand on compose une mélodie ou qu’on fabrique un thème, il faut qu’il convienne immédiatement à la scène de façon pragmatique. Il y a peu de deuxième ou de troisième degré. De même, j’ai composé récemment la musique de CHURCH & DODGE, un documentaire sur le quartier noir américain au nord Chicago (avec Ra’up Mc GEE le réalisateur de AUTUMN), ce qui a appelé une partition à base d’accords de blues. La musique colle plus au cadre du film. Et, il y à aussi beaucoup plus de musique dans un film et on dépasse souventl’heure de musique.

 

Quelle importance a eu le réalisateur Henri HELMAN dans votre parcours ?

CM :il a senti très tôt que je pouvais avoir les capacités de devenir un meilleur compositeur. C’est un réalisateur qui m’a toujours encouragé, qui m’a permis de m’exprimer, notamment sur le plan orchestral pour la première fois. Je viens de la musique pop, de la chanson, un univers où, souvent, on ne sait pas utiliser l’orchestre. Quand j’ai composé pour ses séries comme MEDITERRANEE, j’ai travaillé avec un orchestre pour la première fois (pour un film). Depuis, nous avons eu une collaboration longue et riche sur 18 films et 3 séries. On essaye encore des choses…

De quelle manière avez-vous collaboré sur CARTOUCHE ?

CM :comme on se connaît bien, je traduis assez vite ses demandes et on a moins besoin de discuter qu’au début de notre collaboration. Ce qui m’intéressait sur CARTOUCHE, c’était la recherche d’un concept musical très fort, directement identifiable. J’ai travaillé bien en amont, c'est-à-dire avant de visionner un premier montage, ce qui aide vraiment à chercher les thèmes en profondeur. J’aime travailler en amont, même si on « jette » des choses ensuite. En général on à toujours un meilleur résultat parce que rien ne remplace le temps et la réflexion.

Comment avez-vous abordé ce qui est quand même une musique de genre pour un film plutôt historique et romanesque ?

CM :le film, le personnage de Cartouche, nécessitaient une musique qui amène plutôt le panache qu’on associe souvent à ce genre d’individus historiques. Je souhaitais que la musique contienne une dose de modernité, d’où certaines subtilités mais je ne voulais pas d’une partition qui s’apparente à « Versailles ». Je préférais une partition intemporelle, c'est-à-dire qui puisse convenir à d’autres époques et qui parle d’aventure humaine. Je suis parti du principe que quelqu’un qui regarde la série n’importe où, doit être pris, captivé, entraîné. Ce qui implique un côté dynamique et intemporel, qui relève du travail du réalisateur et des comédiens pour les images, et du compositeur pour la musique.

Avez-vous essayé de mettre en avant, par l’utilisation d’instruments traditionnels comme le clavecin, l’aventure ou le romanesque ?

CM :je crois que tout est mêlé ! Je me suis servi du clavecin un peu de la même manière que j’utilise les instruments traditionnels sur certaines musiques de films. J’avais très envie d’utiliser le clavecin car j’adore les musiques des années 1970 qui en comportent dans tous les sens. Je pense évidemment aux musiques composées par John BARRY. Mais aussi à d’autres compositeurs de cette époque, comme Roy BUDD et la musique du film THE BLACK WINDMILL avec Michael CAINE en 1974. J’avais donc envie de m’essayer, à travers CARTOUCHE, à ce mélange entre le film d’action et le clavecin, qui apporte la petite couleur du début du 18ème siècle.

Comment avez-vous traité l’évolution de la relation entre Cartouche et Juliette de la Reynie ?

CM :Juliette possède son thème propre mais il n’est pas trop différent de celui de Cartouche. Cela s’explique par le fait que, dans le thème de Cartouche, plus précisément quant il ralentit, on entend déjà le thème de Cartouche amoureux. C’est ainsi que le thème de Cartouche est devenu un peu celui de Juliette.

Mais alors, peut-on dire que c’est une musique d’action avec une touche féminine ?

CM :je n’y ai pas pensé consciemment mais, si vous me le dites, je trouve cela très bien. C’est vrai qu’il y a beaucoup de femmes dans CARTOUCHE et, du coup, la partition comporte plusieurs thèmes lents, féminins. Il existe également un côté dramatique lié aux femmes qui impacte la musique quand Cartouche perd sa première femme et son bébé, puis sa maîtresse.

Comme dans THE EVOLUTIONIST, vous multipliez les thèmes avec des percussions mais dans un registre beaucoup plus classique ?

CM :c’est différent car, dans THE EVOLUTIONIST, j’utilise des percussions mais aussi des bases synthétiques, des boucles électroniques. Sur CARTOUCHE, j’ai utilisé davantage de percussions dites classiques avec des caisses claires, des timbales, des cymbales.

Il en ressort une musique beaucoup plus grand public que ce que vous avez pu faire par le passé ?

CM : les films de genres à la télévision permettent d’apprendre ce qui fonctionne le mieux. Sauf si c’est voulu dans le film, on ne doit pas chercher des chemins détournés et aller droit au but. C’est, je pense, une partimportante de mon évolution.

Votre prochain film avec Henri HELMAN ?

CM : il s’agit de LA SAISON DES IMMORTELS, un téléfilm adapté d’une nouvelle de Frédéric DARD pour France Télévisions avec Olivier MARCHAL. C’est un film avec une musique différente, plus en retrait, plus inconsciente.

Une Evolution Dans La Continuité

Parmi vos prochains films à sortir, que pouvez-vous nous dire des FEUX DE MANSARE ?

CM :qu’il me tient à cœur parce c’est que c’est un film africain, mis en scène par Mansour SORA WADE, un réalisateur Sénégalais qui avait déjà réalisé LE PRIX DU PARDON. Les réalisateurs africains ne sont pas du tout aidés aujourd’hui pour leur cinéma donc, pour moi, cela a été très important de collaborer avec ce metteur en scène, sur ce film qu’il a eu beaucoup de mal à financer. Autant il y a 10 ans, le cinéma africain bénéficiait d’une fenêtre de lancement, autant aujourd’hui, il n’en a plus du tout. Ce que je trouve absolument injuste.

Vous avez aussi mis en musique plusieurs nouveaux films ?

CM :j’ai d’abord composé en France, la musique du SENTIMENT DE LA CHAIR, un film indépendant qui rappelle David CRONENBERG et, pour son côté provocateur, Marco FERRERI. J’ai également composé la musique de CHURCH AND DODGE, un documentaire sur l’évolution de jeunes adultes dans un quartier noir au nord de Chicago. LOCKED IN est le dernier film que j’ai mis en musique. C’est un film anglo-américain dans lequel joue Ben BARNES (PRINCE CASPIAN) et Eliza DUSHKU (BUFFY CONTRE LES VAMPIRES, ANGEL). Il raconte une espèce de descente aux enfers d’un homme et de sa famille après ou autour d’un accident de voiture. Entre la vie et la mort, il s’agit d’un film dramatique et spirituel. Mon prochain film sera HUMAN RESSOURCES ou je retrouve Eran RIKLIS, le réalisateur de LA FIANCEE SYRIENNE… J’aurai aussi d’autres collaboration avec Alain TASMA dans le courant le l’année. Le dernier film ULTIMATUM (avec Gaspard ULLIEL) était une très bonne expérience et nous avons fait près de 6 films ensemble. Bientôt, sortira aussi en salle PLEURE EN SILENCE (de John Gabriel BIGGS), un film très dur, d’après un fait divers tragique…

Entre Europe Et Etats-Unis !

Pour quelles raisons partagez-vous votre temps entre la France et les Etats-Unis ?

CM : C’est par goût de l’aventure. J’ai travaillé avec beaucoup de réalisateurs de pays différents. Au départ je suis venu aux Etats Unis pour un festival puis je suis revenu pour développer des projets, et petit à petit je me suis plu dans cette ville (Los Angeles) ou tant de musiques et de films son nés et dont c’est le sujet de conversation favori au quotidien.Du coup, j’ai fait quelques films indépendants et produit aussi des albums. Le contexte aujourd’hui est plus difficile pour les films indépendants pas seulement aux Etats-Unis mais aussi dans le monde entier, mais je travaille toujours sur des projets Européens ou moyen-orientaux, qui se situent dans une autre économie mais qui se révèlent toujours aussi attrayants. Me trouver à la fois sur deux endroits me permet de profiter des qualités respectives des deux continents.

Votre évolution perdure donc dans une certaine continuité ?

CM : tous les compositeurs possèdent des démarches différentes, personnelles. Pour moi, ce qui est intéressant, et c’est le titre de mon album THE EVOLUTIONIST, c’est de me trouver tout le temps attiré par des choses différentes, nouvelles pour moi, qui me poussent à ne jamais rester sur ce qui à marché auparavant. Aujourd’hui Je reste donc en recherche permanente mais je crois que cela a toujours été le cas.

THE EVOLUTIONIST et CARTOUCHE sont disponibles en téléchargement.

Plus d'informations sur http://www.cyrilmorin.com/

Entretien réalisé le 6 janvier 2010.