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CINESERENADE.COM

Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

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Bruno COULAIS
 
Compositeur né en 1954
 
Connu pour les musiques de MICROCOSMOS de Claude NURIDSANY et Marie PERRENOU (1996), LES RIVIERES POURPRES de Mathieu KASSOVITZ (2000), LES CHORISTES (2003), CORALINE (2009).
 

VOYAGE A TRAVERS LE CINEMA FRANÇAIS

Retour en vidéo du documentaire fleuve de Bertrand TAVERNIER dédié au cinéma français ; de Jacques BECKER à Claude SAUTET pour les réalisateurs, de Maurice JAUBERT à Philippe SARDE (Sans oublier Bruno COULAIS), ce cinéphile acharné nous embarque dans un travail citoyen, d'explorateur, et même d’aventurier du septième art ! Un voyage constitué d’extraits de films commentés de manière toujours instructives et de documents rares : des interviews classiques (Jean RENOIR, Jean-Paul LE CHANOIS) ou amusantes (Jean-Paul GAULTIER parlant de FALBALAS, Henri DECOIN de Jean GABIN…). Et très vite, devant la richesse du sujet et la succession de séquences très bien sélectionnées, on se laisse prendre au jeu. D'autant que, et c’est le premier intérêt du film, Bertrand TAVERNIER, tout en parcourant le cinéma français, se raconte. Et cela commence avec son premier choc cinématographique, lorsqu'il voit DERNIER ATOUT de Jean BECKER (CASQUE D’OR, avec Simone SIGNORET, RENDEZ-VOUS DE JUILLET et son Temps des Cerises et LE TROU en 1960), cinéaste de la décence ordinaire qui avait assimilé les codes du cinéma américain, notamment son goût pour le jazz. Le voyage se poursuit dans les cinémas de quartier où il voit MACAO L’ENFER DU JEU de Jean DELANNOY, avec Mireille BALIN. Mais aussi Éric Von STROHEIN (MENACES avec en 1939), également évoqué lorsqu’il se rappelle du réalisateur Edmond T. GREVILLE, réputé pour avoir traité dans ses films des problèmes de frustration sexuelle. On s’en rend compte vite : Bertrand TAVERNIER n’a pas son pareil pour disséquer les caractéristiques des cinéastes qui ont marqué sa vie. Par exemple Jean RENOIR, personnage aux dérapages flagrants mais aux films célèbres (LA GRANDE ILLUSION où Jean GABIN chante La Marseillaise, LA REGLE DU JEU et LE CRIME DE MONSIEUR LANGE avec le fabuleux Jules BERRY). On reste d’ailleurs sur Jean GABIN, dont il faut se rappeler qu’il a été un des premiers acteurs qui a donné une consistance tragique à la notion d’héros prolétaire. Et qui a été un acteur indissociable de cinéastes qui ont imposé des personnages éblouissants comme dans UN SINGE EN HIVER et, plus tôt, LE JOUR SE LÈVE, de Marcel CARNE ; un autre cinéaste célèbre évoqué au travers de nombreuses anecdotes, entre autres celle où on apprend que la célèbre scène d'atmosphère avec Arletty dans HÔTEL D’UN NORD résulte d’un coup de sang d’un scénariste (Henri JEANSON) envers son réalisateur. Toujours dans le domaine des comédiens, Bertrand TAVERNIER se souvient d’Eddie CONSTANTINE (CET HOMME EST DANGEREUX réalisé par Jean SACHA, ÇA VA BARDER de John BERRY, LUCKY JOE de Michel DEVILLE-qui témoigne- et ALPHAVILLE de Jean-Luc GODARD)  qui rendait les films policiers moins insipides. Le deuxième intérêt du film, c’est sa mise en avant de la musique dans le cinéma français, qui s’ouvre par Jean GABIN fredonnant le thème de QUAI DES BRUMES ; un prélude idéal pour lancer, notamment, une évocation de Maurice JAUBERT, le compositeur de L'ATALANTE de Jean VIGO, longtemps méconnu et réhabilité par François TRUFFAUT qui, plus tard, invitera Bertrand TAVERNIER sur le tournage de son premier film, si émouvant, LES 400 COUPS. On passe à Joseph KOSMA, compositeur indissociable de Jacques PREVERT, auteur de musiques autant populaires que politiques, comme le rappelle le regretté Antoine DUHAMEL dont on se souvient aussi de sa musique sur PIERROT LE FOU de Jean-Luc GODARD. Côté réalisateurs, Bertrand TAVERNIER s’attarde aussi longuement Jean-Pierre MELVILLE, un cinéaste plus proche de Robert BRESSON que de William WYLER, célèbre pour ses engueulades -comme avec Jean-Paul BELMONDO, Avec lui,  Bertrand TAVERNIER va partager plus que du cinéma ; il ira même, jusqu’à le parrainer- et le dirige vers un parcours de brillant attaché de presse, notamment des films produits par Georges de BEAUREGARD (CLEO DE 5 A 7 d'Agnès VARDA, et LA 317eme SECTION de Pierre SCHOENDORRFER). Entre les deux, il se rappelle d’Henri LANGLOIS et  de la Cinémathèque française, mais aussi du moins connu ciné-club Nickelodeon, consacré au cinéma américain. Et termine par un émouvant hommage à Claude SAUTET, son autre parrain de cinéma ! Comme toute édition vidéo qui se respecte, celle-ci comporte ses suppléments intéressants : d’abord  "Souvenirs de Voyage", u, entretien où Bertrand TAVERNIER et Jean OLLE-LAPRUNE, historien du cinéma, discutent, entre autres, des réactions à la fois du public et des professionnels dont  Pascal THOMAS. Ensuite "Et le voyage continue..." où ils évoquent la future série de huit épisodes, qui continuera le voyage sous  une forme différente mais toujours personnelle ! Au final, voici une édition vidéo plus que recommandable à tout amateur de cinéma et de musique !

VOYAGE A TRAVERS LE CINEMA FRANÇAIS. Un film de Bertrand TAVERNIER disponible chez GAUMONT vidéo. Inclus : La Bande-Originale du film composée par Bruno COULAIS.

 
 
 

A JAMAIS

Bruno COULAIS continue sa fructueuse collaboration avec Benoit JACQUOT (commencée en 2008 avec LES ADIEUX À LA REINE) par la musique de ce thriller bien français. Dans ce film, Laura, une créatrice de « performances » dont elle est l’actrice, se retrouve seule, suite à la disparition inexpliquée de Rey,  son compagnon de cinéaste. Mais bientôt, Rey va,  comme dans un rêve plus long que la nuit, revenir pour qu’elle survive. Pour cette nouvelle collaboration avec Benoît JACQUOT, Bruno COULAIS échafaude une partition classique mais particulièrement bien écrite, réjouissante. En particulier, il déroule un climat onirique qui renforce la sensation d’étrangeté́ qui parsème le film. Bruno COULAIS commence par un thème élégant avec des longues notes qui amènent une ambiance digne des films d'Alfred HITCHCOCK et des musiques répétitives et passionnelles de Bernard HERRMANN, auxquels on pense souvent (Sa Cigarette, Le Rodeur). Il poursuit par un thème profond, épais, d'où s'élève une ligne concertante de piano ; les cordes, en particulier le violoncelle, embrayant dans un mouvement contrapontique appuyant le mystère (Derrière Les Murs) ; un violoncelle très présent puisqu’on le retrouve dans un long solo de violoncelle dans lequel rentrent progressivement les cordes, parfois dans les vibratos (Après La Cérémonie) ; également dans la dimension tragique d’une musique profonde, lente et aérienne (Le Suicide). Bruno COULAIS développe aussi plusieurs mouvements mystérieux, fantomatiques dans les vibratos (Les Voix De Rey) ; également ponctués d’espaces, avec un rythme de cordes pincées (Laura Devant Le Miroir) ; et une sorte de musique cauchemardesque, avec davantage de cordes, que l’on retrouve plus mélodique, avec un contrepoint de violoncelle, lui aussi doucement chantant (Où). Bruno COULAIS propose ensuite un mouvement de cordes qui joue le suspense ; un répétitif mais entrecoupé de larges espaces (Les Voies), que l’on retrouvent dans un mouvement très orchestral, épais, où la panique de Laura se trouve appuyée par des vibratos qui jouent une partie cauchemardesque (Le Feu Dans La Cheminée) ; également une dimension inquiétante,  de suspense orchestral avec de longues notes (Hantée). On remarque aussi des cordes pincées comme sur ce thème aérien, profond, fait de cellules qui se répètent, avec des bribes mélodiques (Le Grenier). Bruno COULAIS termine par un thème atmosphérique, une sorte de matière sonore faite d’un enchevêtrement de cordes d'où Il ressort néanmoins le thème du film (A Jamais). Au final, Bruno COULAIS, avec cette musique formidablement écrite et orchestré, nous cueille, nous entraine dans un tourbillon de psychose. Au travers de thèmes évocateurs, parfois terrifiants, suffisamment mélodiques pour faire avancer la dramaturgie, et portés par des orchestrations faisant la part belle au violoncelle et aux vibratos, il renforce parfaitement, et durablement, la tension du film de Benoit JACQUOT ; il en ressort une partition envoutante comme rarement depuis LES RIVIÈRES POURPRES ; du grand art !

A JAMAIS. Un film de Benoit JACQUOT, avec Mathieu AMALRIC, Julia ROY, Jeanne BALIBAR. Musique originale de Bruno COULAIS disponible chez Cristal records.

 

VOYAGE À TRAVERS LE CINÉMA FRANÇAIS se conjugue également au présent. Complice de Benoît Jacquot, Volker Schlöndorff ou Henry SELICK, Bruno COULAIS signe sa première bande originale pour Bertrand TAVERNIER. À la fois lyrique et moderne, d'une grande virtuosité rythmique, sa partition conforte l'idée d'un regard d'aujourd'hui sur le passé. En glissant ses propres notes entre celles d'Henri DUTILLEUX ou Jacques IBERT, Bruno COULAIS assume l'héritage d'une longue tradition. L'un de ses maîtres est Georges DELERUE, lui-même disciple de Maurice JAUBERT, pionnier de la musique au cinéma. Jaubert-Delerue-Coulais : une chaîne se dessine. Tous se retrouvent dans un même credo : "La musique, comme le découpage, le montage, le décor, la mise en scène doit contribuer à rendre claire, logique, vraie, la belle histoire que doit être tout film. Tant mieux si, discrètement, elle lui fait don d'une poésie supplémentaire, la sienne propre." Quel est l'auteur de cette profession de foi ? Ça pourrait être Bruno Coulais en 2016. Ne soyez pas surpris : c'est Maurice JAUBERT en 1936 !

 
 
 

LES SAISONS

De l'ère glaciaire à nos jours, Jacques PERRIN et Jacques CLUZAUD racontent la mise en place du cycle des saisons, la métamorphose des paysages et de la faune. Pour la musique, Bruno COULAIS a tenté d’inscrire le film dans l’univers du conte, tout en conservant une densité par rapport à l’image ; une musique qui apparaît souvent dans le lointain, surgissant comme des chants, des couleurs parmi les sons de la nature, aux orchestrations pensées en fonction de la spatialisation, multipliant des échos de bois, de percussions et de cordes dirigées par Laurent PETITGIRARD. Bruno COULAIS ouvre l'album par un thème chanté par la voix douce, magique et surtout enfantine de sa fille Sofia, qui intervient en fait à la fin du film sur une séquence nocturne ; un morceau superbe, mélodique, qui apparaît dans la lignée des autres partitions de Bruno COULAIS sur les films de Jacques PERRIN (The Magic Wood). Tout comme le thème suivant, plus épique, grâce à une mélodie répétée par une sorte de boucle de vibraphone, de guitare et de claviers rappelant, avec l'appui de quelques trompettes et de clarinette,  le court métrage VOYAGEURS DU CIEL ET DE LA MER (La Part Sauvage Du Monde). Tout comme aussi le thème du vol des oiseaux; un motif en mineur qui rappelle LE PEUPLE MIGRATEUR (L'exode, Le Survol) ou encore ceux qui privilégient une base de piano, qui joue de manière parfois contemporaine, parfois plus classique, mélancolique, avec des cordes en contrepoint, comme Aquatiques. Sur des images de contrées sauvages, arrive un mouvement majestueux, émouvant, renforcé par quelques cuivres et une rythmique de percussions (Les Territoires Inaccessibles). Puis, pour évoquer la décrépitude d'un monde, avec notamment des images de Bisons sous la neige, Bruno COULAIS amène une musique presque funèbre, dont on remarque la partie mélodique jouée à la harpe par l'excellent Emmanuel CESSON (Un Monde, La Toile). On le retrouve d'ailleurs sur plusieurs morceaux, jouant de l’étrange comme du lumineux,  accompagnant le passage des saisons (La Ronde Des Saisons, Le Printemps, De L'automne A L'hiver). On notera aussi l'importance des percussions, comme sur ce lento  triste, mais  rythmé notamment des cloches (La Mort Du Cheval, Le Temps Et Le Froid) que l’on retrouve, avec des petits tambours, sur les Lucanes, également sur La Course Du Sanglier.. On entend aussi, sur des images d'églises et de jardins fleuris, un chant religieux, empreint de l’apport du Chœur Mikrokosmos de Loïc PIERRE (Les Voix De L'abbaye), présent aussi, dans une tonalité plus grave et moyenâgeuse, sur une partie à base de harpe  (Armures). Sur les images de forêts en perdition, Bruno COULAIS amène d'abord un thème intimiste porté par le piano puis la harpe (La Forêt N'est), plus rythmé et grave (Les Bois Coupés) ou chantant dans les vibratos (Dans L'immensité, Le Conte Des Bois). Mais lorsque l'on vient à s'interroger sur la force géologique qu'est devenu l'homme, Bruno COULAIS introduit une musique obsessionnelle, où intervient aussi, de nouveau sur des séquences de migration, le groupe corse A Filetta. Sur la fin, Bruno COULAIS ouvre une note d'espoir, représentée par cette reprise de contrebasse et de violoncelle lisant la mélodie (Les Renardeaux, Le Loup Et L'enfant). Au final, Bruno COULAIS signe une bande originale qui, plus qu’elle ne commente la situation, colore les images d’une certaine mélancolie. Au niveau des orchestrations, des éléments sonores utilisés, il reprend ses fondamentaux, en particulier d'un point de vue vocal, avec sa fille, le groupe A Filletta et le choeur Mikrokosmos. On peut reprocher au film un discours motivé mais un poil trop moraliste. A l'inverse, on ne peut qu'apprécier la musique de Bruno COULAIS, tant elle sort magnifiquement du cadre pour servir un conte naturel qui tourne parfois au cauchemar !

LES SAISONS. Un film de Jacques PERRIN et Jacques CLUZAUD, musique originale de Bruno COULAIS disponible chez Idol/Madoro music.

 
Actualité
 
 Image                                                                                          Benoît PHILIPPON et Alexandre HEBOYAN
 

MUNE LE GARDIEN DE LA LUNE

Voici un film d'animation formidable autant d'un point de vue du scénario, très original, de l'animation que de la musique, délicieuse, signée de Bruno COULAIS. L'action se situe dans un monde où les personnages se trouvent aux croisements entre des êtres humains, des animaux et des matières. Parmi eux, Mune, un petit faune lunaire et facétieux, se voit désigné gardien de la Lune : c'est-à-dire à dire qu’il apporte la nuit et veille sur le monde des rêves. Sauf qu’il enchaîne les catastrophes et donne l’opportunité à Nécros, le gardien des ténèbres, de voler le Soleil. Avec l’aide de Sohone, le fier gardien du Soleil, et de la fragile Cire, Mune part dans une quête qui fera de lui un gardien de légende ! Littéralement conquis, Bruno COULAIS a composé une musique orchestrale parfaitement maitrisée, dirigée par Laurent PETITGIRARD et dans laquelle il a tenté, et réussi, à créer un écho à la féerie du film. Le seul reproche qu’on peut lui faire, comme pour la plupart de ses musiques récentes, c’est de privilégier une approche très classique, moins innovante que sur, par exemples, les partitions des films de Jacques PERRIN. Bruno COULAIS signe donc une partition qui multiplie les moments de bravoure, d’émotion. Sur l'introduction, il apporte un thème assez lent, doucement pianissimo, qui déploie dans les cordes comme une immersion dans un pays rêvé. Puis, le compositeur amène une musique épique, dépeignant un monde décalé. D’où une musique plus rythmée, colorée (Introduction). En guise de thème principal, celui du gardien de la lune, Bruno COULAIS introduit un motif délicieux, qui démarre délicatement avec une mélodie simple mais marquante, qui résume à elle seule l’esprit du film ; un thème très réussi qui monte en intensité, devenant plus lyrique, notamment dans sa reprise par les chœurs, accompagnés d’un filet de trompette (The Powerful Guardian). Sur le personnage de Sohone (formidablement doublé par Omar SY) qui, à l'inverse de Mune, est arrogant et fier, convaincu d'avance de sa destinée de gardien du Soleil, Bruno COULAIS introduit une musique de héros antique, qui se situe surtout dans les cuivres avant de se développer dans les cordes. Dans une deuxième partie, la musique devient plus sombre, jouant les failles du héros, également son côté romantique (Sohone). Ensuite, pour illustrer sa vaillance, Bruno COULAIS mélange les couleurs, pour déployer une partition qui accompagne astucieusement aventures et magie. C’est le cas de cette musique grandiose, rythmée par une grosse caisse et qui comporte un contrepoint grave, qui se développe dans de grands élans (We Have A Planet To Save). Ensuite pour Cire qui, comme son nom l'indique, est entièrement constituée de cire, et don t la vie n'est pas simple puisqu’elle fond au soleil et se transforme en statue – de cire ! – la nuit, Bruno COULAIS a imaginé un thème coloré, doucement rythmé, marqué par des sonneries de trompettes répétitives. Ce qui donne un thème qui joue l'aventure en même temps qu’il apparaît aussi émouvant, chaud (Cire And The Sun). Pour ses rapports avec Sohone, Bruno COULAIS a imaginé un thème fin, intimiste et assez triste, qui contient une intensité, également de la magie par des cordes scintillantes. Puis, on remarque une deuxième partie plus chantante, avec du xylophone et des cuivres (Cire And Sohone). Enfin pour Mune, Bruno COULAIS amène un thème léger, lunaire et mélancolique ; un thème qui contient du cor anglais, des cordes, de la flûte, une certaine gravité en référence à sa responsabilité, ainsi qu’un côté rebondissant, amusant (You Are The New Guardian, Le Nouveau gardien de la Lune). On retrouve dans le thème de Mune Et La Lune beaucoup de douceur et son énergie positive à travers des accords de harpe, des mouvements classiques de clarinettes, de cordes et quelques chœurs. Egalement, par certains moments, de la tristesse, comme dans ces musiques bercées de minuscules percussions qui jouent sa solitude (Mune Rejeté, Mune Et La Lune). Puis, bien sur, le compositeur accompagne leurs scènes en commun, comme une musique majestueuse, doucement lyrique sur La Danse De Cire Et Mune ; un thème particulièrement lent, à la partie mélodique forte, dramatique, sur La Mort De Cire. Là encore, le compositeur se place dans une tradition de musique de films qui renforce l’image tout en apportant une finesse. De même pour Les Retrouvailles De Cire Et Mune, il lance un thème d’abord généreux puis, avec le recours à des trompettes, il développe une musique vibrante, à la manière des musiques de films américains. Bien sur, la partition accompagne aussi des moments graves, comme la mort du soleil, accompagnée par un thème qui commence doucement puis devient plus rythmé par l’intervention d’une grosse caisse, de percussions ; le compositeur développant sur ces séquences des musiques spatiales inquiétantes (The Sun Is Dying, The Sun), parfois frissonnantes, avec une mélodie grave à la trompette, tandis que des percussions sonnent le danger (The end of the World). On note aussi que, de la même manière qu’il fallait distinguer graphiquement les séquences de rêves et de cauchemars (d’où le recours à la 2D sur ces séquences), il fallait pour dessiner, selon Alexandre HEBOYAN, les contours d'un univers parallèle déjanté où les personnages côtoient d'étranges créatures, une musique différente de celle du reste du film. Ce à quoi répond Bruno COULAIS par une musique souvent rapide, enjouée, cartoonesque et surtout jazzy (Hello, You Have To Trust Me). On note encore que, sur l’univers sombre du méchant Nécros, Bruno COULAIS introduit un mouvement orchestral grandiose, répétitif, qui rappelle des partitions comme LE COMTE DE MONTE CRISTO (L'Enfer). Au final, comme le souligne le producteur Aton SOUMACHE, la musique de Bruno COULAIS constitue un élément crucial du film. Il faut dire que, par sa musique à la fois poétique, mélodique, qui brasse différents styles, comme les références aux films d’aventures, au péplum, Bruno COULAIS a insufflé une véritable énergie, une formidable sensibilité et a ponctué la poésie visuelle des images d’une partition épique.

MUNE LE GARDIEN DE LA LUNE. Un film de Benoît PHILIPPON et Alexandre HEBOYAN, avec les voix d’Omar SY, Izïa HIGELIN, Michael GREGORIO, Patrick PRÉJEAN, Féodor ATKINE. Musique originale de Bruno COULAIS disponible chez BOriginal/Cristal records. 

 

Rencontre avec les réalisateurs Benoît PHILIPPON et Alexandre HEBOYAN

 

Avez-vous pensé immédiatement à Bruno COULAIS pour la musique de votre film ?

Alexandre HEBOYAN : je crois qu'on peut le dire car Bruno COULAIS faisait partie, et figurait même dans le haut de la liste, avec d'autres, des compositeurs  avec lesquels nous rêvions de collaborer. Nous avons beaucoup envie de travailler avec Bruno COULAIS car il s'agit d'une personne dont les musiques, notamment CORALINE, nous ont touchées.

 

Qu'est-ce qui vous a séduit dans la musique de Bruno COULAIS ?

Benoît PHILIPPON : c'est cet esprit en quelque sorte de lunaire que sa musique contient et qui correspond parfaitement à l'univers de notre film.

 

Comment s'est déroulé votre rencontre avec lui ?

Alexandre HEBOYAN : quand Benoît PHILIPPON l'a rencontré et lui a montré  des images, Bruno COULAIS s'est montré extrêmement intéressé, enthousiaste. Il a donc logiquement accepté de collaborer avec nous avant même d'avoir lu le script.

 

Benoît PHILIPPON : vous savez, pour nous Bruno COULAIS, on a envie de le comparer à Mune. Je veux dire par là qu'il possède la même sensibilité de Mune. Ce qui constituait forcément une force pour écrire la musique de ce   genre de personnage. Je me rappelle d'ailleurs du jour où Bruno COULAIS a visionné les premières images du film sur son ordinateur portable. En particulier, nous lui avons montré cette séquence dans laquelle on voit le vieux gardien de la lune jouait de  la harpe géante. Cette séquence lui a beaucoup plu, inspiré et   n'a fait que renforcer son envie de composer cette musique.

 

Alexandre HEBOYAN : je crois que, pour tous les artistes qui ont participé au film, les graphistes mais aussi le compositeur, ce qui nous paraissait bien, c'était de leur proposer un univers nouveau, stimulant. Je veux dire par là un univers qui leur permette de s'exprimer  comme nulle part ailleurs. Pour en revenir à Bruno COULAIS, je pense qu'il a immédiatement senti l'énorme champ de jeu que représentait pour lui le film. Ce qui n'a fait que se confirmer tellement e pense il s'est régalé à écrire cette musique.

 

Avez-vous utilisé des musiques temporaires avant qu'intervienne Bruno COULAIS ?

Benoît PHILIPPON : justement,  lorsque nous avons élaboré le story-board du film, nous avons effectivement placé des musiques temporaires, c'est-à-dire des extraits de bandes originales existantes, sur la première version du film. Cela nous paraissait important afin de communiquer au compositeur une direction, des intentions en ce qui concerne la couleur de la musique.

 

Comment a réagi Bruno COULAIS quand vous lui avez présenté cette première version du film ?

Benoît PHILIPPON : en fait, il a refusé d'entendre les musiques temporaires car cela ne correspond pas à ses méthodes de travail. D'une manière générale, il craint que les musiques temporaires l'influencent pour l'écriture de sa musique.  Tout simplement. Nous avons alors fait avec Bruno COULAIS, comme pour d'autres artistes, un travail d'explication sur les intentions des scènes à mettre en musique. Nous lui avons alors expliqué que la musique de telle scène, notamment sur le personnage de Cire doit accentuer l'émotion qu'elle dégage. Pour d'autres séquences, nous souhaitions plutôt que la musique dégage une énergie plus globale. A partir de ces indications, Bruno COULAIS nous a présenté, dans son studio devant son ordinateur, des maquettes très précises de musiques. Il s'agissait de propositions tellement bien réalisées qu'on avait l'impression qu'une cinquantaine de musiciens jouaient alors que tout a été réalisé à partir d'un ordinateur.

Et une fois qu'on a ébauché tout le film à travers des maquettes, nous sommes passés à l'enregistrement.

 

Avez-vous assisté aux enregistrements ?

Alexandre HEBOYAN : absolument et nous pouvons vous dire que nous avons passé deux jours formidables à Londres.  C'était pour nous particulièrement émouvant de voir la bande originale de notre film écrite par Bruno COULAIS jouée par de véritables musiciens.

 
 
 
 
 
 
 
Maintenant en dvd et en Blu-ray !
 
 
 

AMAZONIA

Entre documentaire et film d’aventures, AMAZONIA suit le périple d’un jeune singe capucin né en captivité qui, suite à un accident d’avion, doit s’adapter à un univers à la fois hostile et merveilleux. Devant se protéger de la férocité d’une nature toute puissante, il va entamer un voyage dont l’issue restera incertaine tant qu’il n’aura pas réussi à se faire adopter par un groupe de capucins. Après leur rencontre sur LA PLANETE BLANCHE, une épopée de la vie en Arctique réalisée en 2006, Bruno COULAIS constituait une évidence pour le réalisateur Thierry RAGOBERT. Là encore, pour tisser des fils d’émotion, il fallait un compositeur qui offre au film une partition qui puisse passer du narratif au sensoriel, qui ne se remarque presque pas mais reste présente malgré tout ; la marque d’un grand maître de la musique de films ! Après une ouverture colorée, Bruno COULAIS propose une musique ample, aérienne avec des chœurs lointains mais très présents ; une musique rythmée par des cordes, notamment du célesta, et du piano qui introduit aussi un certain mystère (que l’on distingue aussi sur Inondation). Il s’agit d’une musique qui avance avec seulement quelques notes qui se dégagent, et de légères percussions qui accompagnent les bruits de la nature. Avant l’introduction d’un thème plus mélodique mais jamais forcé (le Voyage En Radeau). Pour le générique, le compositeur associe des cordes à des percussions, donnant une texture intrigante. Puis, il introduit un doux motif pour guitare et percussions, la couleur principale du film, ainsi qu’une belle et simple mélodie, très appropriée à la poésie du sujet. Et cela d’autant plus qu’elle se trouve joliment développée avec toujours de la guitare en avant et des sonorités plus électriques qui lui donnent un parfum d’aventures (Générique Début, Le Repas Des Capucins). Bruno COULAIS continue avec un thème marqué par un solo de hautbois, de la harpe et le retour de chœurs en contrepoint ; un mouvement d’inspiration bien plus classique pour un compositeur qui nous avait habitué à aller chercher des voix inattendues, comme A Filetta sur HIMALAYA ou Jorane dans LA PLANETE BLANCHE (Après la pluie). Puis, il développe les parties de guitares et les doubles de cordes profondes pour des mouvements amples, très adaptés à la nature (La Rivière Sous La Pluie) ou aussi très mélodiques et touchants (La Rencontre De Gaia, L'arrivée de Gaia). Bien sûr, le compositeur accompagne l’action et, parfois, la tension, les rencontres dangereuses (avec des araignées, des milles pattes…) mais toujours avec la grâce de cette guitare, ainsi que des percussions et parfois des cuivres comme dans une pièce classique ; ce qui caractérise bien la jeunesse et les peurs du capucin (Premiers dans la forêt). Bruno COULAIS propose aussi des motifs amusants, à base de percussions et de cordes sur une jolie mélodie, pour le Tatou ; où privilégie les vibratos pour évoquer la peur du Jaguar. On note là encore l’importance du piano et des percussions en contrepoint, que l’on retrouve avec une petite mélodie sur Les Toucans. Au contraire, sur les Coatis, il introduit un thème moins lisible même s’il apparait rythmé, tout comme L'attaque de la Harpie, qui démarre avec des percussions et des sonorités électroniques avant de se poursuivre de manière pianissimo. On note également des motifs plus étranges, plus contemporains comme le thème de La Harpie. Mais aussi celui, pianissimo et lyrique, lorsque le capucin est victime d’Hallucination. Ou encore celui, plutôt aérien à base de cordes et de piano assez grave, qui revient souvent, accompagné d’un contrepoint dans les graves, également de chœurs qui apportent une certaine légèreté et aussi de solos de clarinette et de flûte (Brumes). Bruno COULAIS retrouve la largeur de l’orchestre et un style très école classique sur Les Dauphins Roses. Il revient aux chœurs avec une musique sombre, atmosphérique, quelques notes de piano, qui se trouve là encore interrogatif (La Forêt Dévastée). Pour le final, il reprend son orchestration un peu country à base de guitare et d’orchestre en contrepoint. Puis la musique s’élève et revient le thème de Gaia (Retour Dans La Forêt). Toute la famille plonge avec plaisir et étonnement dans une nature, d’abord sombre et hostile, quand on n’en possède pas les codes, mais qui devient belle et accueillante dès qu’on sait la déchiffrer ; ce qu’apprend le jeune capucin. Et la musique de Bruno COULAIS s’accorde à merveille avec les bruits de la forêt et les émotions des différents animaux et personnages, à commencer par ce jeune singe. Et c’est là qu’on se rend compte qu’il fallait trouver un musicien suffisamment intelligent et humble pour accepter de collaborer d’emblée avec le monteur son pour réussir ce mariage entre l’image, l’intrigue et la musique. D’ailleurs, pour le réalisateur, la réussite du film tient notamment à ce mélange entre les effets sonores et la musique, sans qu’à aucun moment, l’un ne prenne le pas sur l’autre ; ce qui est le cas, par exemple, de la scène de l’orage, où l’on retrouve la puissance de l’orchestre et l’intensité de l’averse, sans que les deux se paraphrasent. Dans ces séquences magnifiées par une 3D très fluide, tout au service de l’image, on reste dans l’émotion la plus pure. Et c’est là que l’on préfère Bruno COULAIS, quand sa musique, à la fois délicate, mélodique et atmosphérique, permet de s’immerger dans un environnement unique. Après LE MARSUPILAMI et LUDWIG II, deux partitions loin d’être complètement convaincantes, on attendait beaucoup de cet AMAZONIA et le résultat se révèle renversant !

En bonus, le dvd et le Blu-ray (2D et 3D) contiennent Les secrets du tournage (30 minutes), un making-of passionnant où l’on découvre les coulisses de la création du film, où comment tourner avec des animaux dans des décors naturels, une chaleur de 40° et un taux d’humidité de 100 ! Et si l’on croit longtemps que la musique n’est pas représentée dans ce reportage, il faut en fait attendre le générique de fin pour visionner de superbes images de l’enregistrement de la partition de Bruno COULAIS. On notera enfin que les supports contiennent une galerie de photos, la bande annonce et l'audio description. AMAZONIA. Un film de Thierry RAGOBERT. Musique originale de Bruno COULAIS, disponible chez Naïve. DVD et Blu-ray disponibles chez FranceTV Distribution.

 

JE FAIS LE MORT

Entre pure comédie et sorte de farce policière, ce nouveau film de Jean-Paul SALOME raconte l’histoire d’un homme de 40 ans, Jean (François DAMIENS, entre sérieux et comique), comédien ringard en manque de cachet. C’est alors que sa conseillère au pôle Emploi Spectacle, lui propose un rôle peu commun : prendre la place du mort pour permettre à la justice de reconstituer les scènes de crime. Mais Jean, grâce à son obsession du détail va bluffer les enquêteurs et ainsi revenir sur le devant de la scène dans une affaire délicate à Megève, hors saison, suite à une série de meurtres…Pour ce film, comme il le raconte dans l’entretien passionnant en bonus du film, le réalisateur Jean-Paul SALOME est parti d’un fait véridique : la justice utilise parfois des acteurs en manque de rôles pour jouer la victime sur des reconstitutions criminelles ; un rôle que prend particulièrement à cœur le personnage de Jean qui trouve là une bonne occasion d’exercer son métier qui consiste à récréer la vérité d’un personnage. Sauf qu’ici, le personnage en question est une victime et, qu’en plus, elle est décédée. Mais ceci ne va pas décourager notre comédien apprenti enquêteur qui, en plus de s’amouracher de Noémie, la charmante juge d’instruction (Géraldine NAKACHE), va participer à l’éclaircissement d’une affaire complexe. Pour la partition originale, après les musicalement très réussis FEMMES DE L’OMBRE, LE CAMELEON et surtout BELPHEGOR LE FANTOME DU LOUVRE, Jean-Paul SALOME reste fidèle au très talentueux Bruno COULAIS. On notera d’ailleurs que le réalisateur parle de sa collaboration, plutôt pragmatique, avec ce dernier, et dans l’entretien mais aussi dans les commentaires du film. Pour en revenir à la musique originale, même si elle apparait très discrète, parfois en retrait, mérite que l’on s’y arrête car elle apporte véritablement un contrepoint fait de mystère, de tension, surtout quand on prend conscience au moment où Jean arrive sur les lieux de la reconstitution judiciaire, à Megève. Ce qui, en plus des couleurs très bleutées du film, contribue à accentuer le parcours tragi comique de ce comédien à la recherche d’un nouvel élan ; en fait une véritable relecture naviguant entre sérieux et humour noir dans lequel baigne le film. A la manière d’un John WILLIAMS sur ATTRAPE MOI SI TU PEUX, Bruno COULAIS propose une partition qui flirte souvent avec le jazz en utilisant des sonorités assez larges de cuivres, des pianos profonds, langoureux, de la harpe et les cordes de l’orchestre Colonne dirigées par Laurent PETITGIRARD dont la direction se révèle, une fois encore, impeccable. La musique n’apparaît pas omniprésente mais se distille plutôt par touches, en particulier sur des scènes d’enchainements, sur la route ou dans des couloirs. Au final, Bruno COULAIS signe donc une belle partition, plus classique qu’originale, qui prend largement sa place à l’ombre des jeux de comédien ; parfois même trop, au point que le réalisateur a eu la mauvaise idée de la remplacer au générique de fin par une chanson, sous prétexte qu’elle apparait précédemment dans le film.  Quant au film, même s’il se révèle bien moins ambitieux que les précédentes réalisations, il nous emporte grâce à un scénario intelligent, inventif et plutôt amusant et se révèle constituer un très agréable divertissement, superbement écrit (le metteur en scène y a travaillé près d’un an et demi !) et enrichi de quelques improvisions de François DAMIENS (et d’autres dans les bonus !). On notera la qualité de jeu des comédiens principaux mais aussi des seconds rôles : Lucien JEAN-BAPTISTE (LA PREMIERE ETOIRE – parfait en gendarme) et Anne LE NY, très touchante en gérante d’hôtel proche de la retraite ; des comédiens qui ont pour point commun, comme nous le rappelle dans l’entretien, d’être aussi des réalisateurs. Alors qu’il n’avait pas attiré les foules lors de sa sortie en salles, voici une bonne occasion de se rattraper pour une bonne soirée télé !

JE FAIS LE MORT. Un film réalisé par Jean-Paul SALOME

Avec un film de Jean-Paul SALOME, avec François DAMIENS, Géraldine NAKACHE, Lucien JEAN-BAPTISTE, Anne le NY. Musique originale de Bruno COULAIS, disponible chez Diaphana vidéo/TF1 distribution

 

EL TIGRE : ET DE TROIS POUR BRUNO COULAIS ET ALFREDO ARIAS !

Alfredo ARIAS définit EL TIGRE comme une sorte de « joyeux bordel » avec des chansons, se déroulant dans un delta formé par une série d'îlots près de Buenos Aires. Là, selon lui, vit une communauté homosexuelle dont les hommes et les femmes conçoivent le sexe comme un divertissement, passant leur temps à imiter, habillés de costumes griffés Pablo RAMIREZ ou de Blanche Neige ou de Vampira sortie d’un mauvais film de science fiction, des stars hollywoodiennes. Et là, ils revisitent la vie et l’œuvre de la très «angora» Lana TURNER qui prend les traits d’Arielle DOMBASLE, très à l’aise dans un rôle glamour, chantant, parfois délirant mais jamais vulgaire. Maintenant, ET TIGRE constitue un bordel très structuré, à la façon d’un authentique vaudeville ! Ce qui le rend, d’un bout à l’autre, très amusant, très décalé voire provocateur. Pour la musique, Alfredo ARIAS a, après le plutôt réussi LES OISEAUX et le plutôt déroutant TRUISMES, fait de nouveau appel à Bruno COULAIS qui renouvelle l’expérience, sinon d’un opéra (ROBIN DES BOIS), en tout cas du théâtre musical. La première surprise, c’est que la musique apparait souvent en contrepoint des dialogues et trop rarement sur le devant de la scène, malgré qu’elle soit interprétée par un excellent quatuor habitué des partitions de Bruno COULAIS et composé de Christophe GUIOT et Elisabeth PALLAS aux violons, Françoise GNERI à l’alto et le toujours remarquable Jean-Philippe AUDIN au violoncelle. C’est sinon dommage en tout cas surprenant de la part d’un compositeur qui, régulièrement au cinéma, a permis à la voix de prendre le devant de l’image, sauf qu’il s’agissait plutôt de récits animaliers, plus rarement des histoires d’hommes et de femmes. Pour les premiers thèmes d’EL TIGRE, qui évoquent la passion des personnages pour le cinéma, Bruno COULAIS lance des motifs élaborés de cordes, mélodiquement jamais exagérés (Fée Des Cinéphiles par Fatafatale - Alejandra RADANO, une chanteuse argentine habituée du répertoire musical américain). Le compositeur enchaine les airs pour cordes pincées dont les mélodies servent de support au livret, qui fait référence en permanence au cinéma mais aussi à la chanson (Lana Et Madona par Holy interprété par Carlos CASELLA, un argentin habitué des spectacles d’Alfredo ARIAS dont le spectre vocal lui permet de chanter aussi bien du BJORK que du Whitney HOUSTON habillé en señorita à cape et chapeau noirs, Ici Jurassic Park par Fatafatale, une autre argentine habituée du répertoire des musicals américains). Si le spectacle joue beaucoup sur l’humour, il baigne aussi dans une certaine mélancolie, d’où des motifs à la fois vibrants comme Passionaria Du Cinéma par Holy et Dark ; ce dernier étant interprété par Denis D’ARCANGELO, déjà vu dans de nombreuses pièces de théâtre musical. La deuxième surprise de la partition de Bruno COULAIS, c’est qu’elle ne comporte pas de vrai thème principal, préférant accompagner les personnages que les sculpter. Ensuite, certains motifs rappellent, au moins dans les couleurs voir certaines harmonies, des partitions célèbres comme les parties gracieuses de violoncelle d’HIMALAYA (Jean-Philippe AUDIN n’y est pas pour rien !) qui nous reviennent en mémoire sur Tiare En Plastique par Tota, interprétée par Andrea RAMIREZ, une cubaine à la voix délicieusement envoûtante et mélodieuse mais aussi Je Viens D’Amérique par Lanita. Pour le personnage central de Lana TURNER, qui apparait comme un fantôme après un bon tiers du spectacle, Bruno COULAIS a écrit d’abord un lento, une sorte de lamentation à la fois romantique, cruelle et grave. Avant un thème plus rythmique, tournant et vibrant pour exprimer le danger que préfère l’actrice quand elle évoque les drames de sa vie (Le Twist De Lana par Lana,  Holy et Dark). Bruno COULAIS lance aussi des petites danses amusantes, plutôt décalées dans le temps et chantantes dans les cordes, comme ce Punching-ball De L’Amour en duo par Lana et Holy. Toujours à l’attention de Lana, Bruno COULAIS a aussi écrit des thèmes très lyriques, notamment Ma Scène Capitale, où la voix de la diva est soutenue par de jolis contrepoints de cordes.Mais aussi la reprise inattendue d’un des thèmes majeurs de DON JUAN interprété à l’époque par la soprano Marie KOBAYASH et dont la mélodie, à la fois orchestrale et chantante, sert de tremplin opératique pour Arielle DOMBASLE (Un OVNI au Rabais par Lana). Enfin, cinéma oblige, certains thèmes, dans leur profondeur ou la gravité des cordes, évoquent astucieusement les couleurs hollywoodiennes des années 1950, portés par des notes longues et une partie en précipice (Des Fleurs Pour Lana par Lana et Lanita). Au final, Alfredo ARIAS emporte sa bande d’excellents comédiens et chanteurs dans une originale galerie de personnages passionnés portés autant sur l’amour que le cinéma ! Bruno COULAIS lui, s’immisce dans les recoins du livret pour une musique élégante et inventive pour un quatuor à cordes ; une musique qui dans sa couleur, rappelle des partitions comme LE FILS DU REQUIN (également pour quatuor) ou des œuvres plus lyriques. Au gré de l’imagination et des déliriums des personnages, Alfredo ARIAS, fidèle à sa légende, livre un spectacle empli de folie ; ce que l’on ne retrouve pas ou trop peu dans la musique de Bruno COULAIS. Certes, le compositeur déroule une partition qui rebondit sur les rives du tigre, qui emprunte parfois à l’esprit hollywoodien d’après guerre à travers des thèmes de cordes profonds et romanesques, pour délivrer des notes emplis de mélancolie. Mais il manque ce petit grain de folie qui aurait accentué la dimension de ces « folles » d’Argentine !

EL TIGRE. Livret et mise en scène d’Alfredo ARIA. Composition musicale de Bruno COULAIS, collaboration artistique de René de CECCALTY. Avec Denis D’ARCANGELO (Dark), Carlos CASELLA (Holy), Arielle DOMBASLE (Lana), Alejandra RADANO (Fatafatale / Vampira), Andrea RAMIREZ (Tota), Alexie RIBES (Lanita).

Au Théâtre du Rond-Point à Paris jusqu'au 12 janvier 2014.

Plus d'informations et réservations sur http://www.theatredurondpoint.fr/

 

 

 
 

LUDWIG II

Ce film allemand retrace le destin du Roi Louis II de Bavière, entre 1864 et 1886. Excentrique, méfiant de la religion, et pourvoyeur d'une royauté de droit divin, il se comparait au héros médiéval de PARSIFAL, l’opéra de Richard WAGNER ; un compositeur qu’il appréciait particulièrement et dont en retrouve sur le disque des extraits de différents opéras. Devenu prisonnier de ses responsabilités, Louis II se détache peu à peu de la réalité et sombre dans la folie. On a le plaisir de retrouver un Bruno COULAIS qui renoue avec des partitions romanesques comme LES ROIS MAUDITS et LE COMTE DE MONTE CRISTO. Pour le générique, il commence par un thème épique et crescendo, avec un développement profond en contrepoint ; une musique assez grave qui se termine sur un côté crépusculaire. Pour La Signature, il propose une musique relativement classique ; comme pour l’adaptation d’Alexandre DUMAS (mais aussi d’une certaine manière LES RIVIERES POURPRES), il développe d’abord un mouvement de cordes vertigineux ; également quelques notes de piano, de harpe et des cordes tournantes qui donnent une impression d’aventures, de danger. Sur le personnage de  Ludwig, il introduit un thème lent pour bois et cordes pincées avec une mélodie en arrière. Puis fait intervenir des chœurs qui montent avec l’orchestre, ce qui donne un développement lyrique puissant (Le Bain De Ludwig), parfois carrément fantastique (Le Baiser de Ludwig) ou encore complètement opératique et tragique (Les Fleurs de Ludwig – certainement le sommet de cette partition). Il nous gratifie aussi de superbes moments de piano solo, doucement mélodiques, accompagnés de quelques percussions et de cordes pincées lointaines qui ajoutent du suspense. Dans un deuxième temps, le compositeur reprend ce thème pianissimo de manière agitée (L'isolement du Roi). Toujours au piano, le score réserve une surprise pas forcément attendue, surtout de la part d’un Bruno COULAIS peu habitué à la répétition ; il reprend ici un thème pianissimo, très beau, mélodique, mais déjà entendu dans HARRISON FLOWER’S ; peut-être s’agit il d’une demande du metteur en scène... (La folie d'Otto / Sur la Route). Dans la lignée du générique, Bruno COULAIS renoue également avec des musiques vibrantes, qui inspirent les complots (L’Arrestation De Ludwig, Wagner Retrouvé). La royauté est rarement évoquée dans cette partition sauf peut-être quand les notes, profondes, s’élèvent doucement, donnant une impulsion magique (Devant l'arbre) ou encore, plus étonnant, quand le compositeur développe un lento de violoncelle et alto assez lent, triste, sombre, alors qu’on attend plutôt de la couleur sur Versailles. Plus que des thèmes d’action, Bruno COULAIS a également écrit des thèmes, comme à son habitude en mineur, qui accentuent l’attente, le trouble avec des cordes obsessionnelles, des percussions violentes (Les Projets du Roi) mais aussi un solo de trompette, également de l’orgue, comme une veillée funèbre (Un Problème de Guerre). On note encore une musique profonde, comme une sorte de requiem instrumental, une musique qui avance doucement, mais de manière implacable (Vous Etes Morts). Au final, Bruno COULAIS nous offre une partition très intéressante, à la fois lumineuse et diabolique. Même s’il ne s’agit pas de sa meilleure musique, et que l’on peut regretter une certaine redondance avec des partitions passées, on reste admiratif devant la richesse de sa partition.

LUDWIG II, un film de Marie NOELLE et Peter SEHR, avec Sabin TAMBREA, Sebastian SCHIPPER. Musique originale de Bruno COULAIS, disponible chez BSC music.