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Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

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Jean-Michel BERNARD RACONTE d’ANGE ET GABRIELLE

A l’occasion de la sortie en vidéo d’ANGE ET GABRIELLE, une comédie très agréable, très positive, mettant face à face Patrick BRUEL et Isabelle CARRE, nous retrouvons Jean-Michel BERNARD. Toujours très sympathique, le compositeur révélé par Michel GONDRY, que nous avions rencontré précédemment pour LA SCIENCE DES REVES, rembobine sa collaboration de quatre films, depuis QUI A ENVIE D’ETRE AIME ?, avec Anne GIAFFERI. Il nous parle ainsi de sa collaboration fidèle avec une réalisatrice qui réalisait son film le plus important avec cette histoire romantique tournant autour de la rencontre de deux personnes qui se trouvent entre deux âges, deux histoires d’amour. Il nous dévoile leurs habitudes de travail, leurs goûts et les difficultés d’imposer une partition orchestrale alors que la production se voit plutôt mettre des chansons préexistantes ; la norme habituelle sur nombre de films du même genre. Bien évidemment, le compositeur revient en détail sur les caractéristiques de sa partition et de ses deux grands thèmes principaux : le thème du générique qu’il définit comme un mix énergique entre une mélodie à l’ancienne et des harmonies modernes pour reprendre les caractéristiques des deux personnages principaux qui se situent entre deux vies. Ensuite, le thème du couple d’Anne et Gabrielle, particulièrement séduisant, moderne tout en restant traditionnel et porteur d’une véritable positivité. Il revient aussi sur les raisons et les conditions confortables d’un enregistrement à Londres aux célèbres studios d’Abbey Road ! Au passage, Jean-Michel BERNARD nous livre ses vérités sur le métier de compositeur en général, et de musicien pour l’image en particulier !

 
                                                                                                Jean-Michel BERNARD
 
Depuis combien de temps travaillez-vous avec Anne GIAFFERI  dont c’est votre quatrième film ensemble ?

JMB : effectivement, nous en sommes déjà à notre quatrième film ensemble. Cela représente donc une belle de fidélité qu’elle m’a offert en me confiant la bande originale d’ANGE ET GABRIELLE ; une fidélité qui n’est pas courante chez les cinéastes. Par exemple, je me rappelle qu’Eric LAVAINE, après BIENVENUE A BORD en 2011, a préféré collaborer avec un compositeur venant de la musique pop (NDLR : Romain TRANCHART du groupe MODJO sur BARBECUE). Pour en revenir à Anne GIAFFERI, nous avons été mis en relation par l’intermédiaire de mon agent de l’époque chez Artmédia qui m’avait conseillé à la production de QUI A ENVIE D’ETRE AIME ?, son premier film, qu’elle a réalisé en 2010. Il s’agit d’un film que je trouve très attachant, interprété par le toujours excellent Éric CARAVACA, Arly JOVER, Valérie BONNETON, Jean-Luc BIDEAU et Benjamin BIOLAY. Comme cette première collaboration s’est bien passée, nous nous sommes retrouvés sur ses films suivants, qu’elle a réalisés pour la télévision : le premier, DES FRERES ET DES SŒURS, constitue une excellente comédie avec Julien BOISSELIER, qui a remportée le Prix du téléfilm d’humour au Festival de La Rochelle. Le second c’est LA VIE A L’ ENVERS, qui n’a pas encore été diffusé par France 2 et dont la musique figure en complément sur le disque de celle d’ANGE ET GABRIELLE. Il faut souligner que ce film a été également récompensé au Festival de la Fiction TV de La Rochelle puisqu’il a gagné le Prix du meilleur scénario.

ANGE ET GABRIELLE a-t-il été un film aux enjeux plus importants pour Anne GIAFFERI ?

JMB : je pense que, s’agissant de son premier film destiné à un grand public, en tout cas plus populaire que ses précédents, ce n’était pas évident pour Anne GIAFFERI. Et il y avait effectivement, et surtout pour elle, des enjeux importants autour de ce film. D’une part, elle a bénéficié, pour la première fois, d’un budget relativement confortable qui lui a notamment permis de travailler avec Patrick BRUEL mais aussi la fidèle Isabelle CARRE, qui était déjà au générique de LA VIE A L’ENVERS.   

Comment travaillez-vous avec Anne GIAFFERI ?

JMB : du fait que nous nous entendons très bien humainement, nous commençons à partager des habitudes de travail. Par exemple, lors de nos premières rencontres pour un film, elle arrive souvent, comme d’autres réalisateurs, avec des idées de base, des références. Ensuite, mon rôle consiste à les interpréter et à construire ma partition autour.

De quelle manière cela s’est concrétisé sur ANGE ET GABRIELLE ?

JMB : elle voulait un score relativement traditionnel, avec notamment du piano car c’est un instrument qu’elle aime beaucoup. Moi aussi j’aime beaucoup le piano mais je dois dire que je méfie du piège qui consiste à cette tendance à en mettre partout. D’ailleurs, aujourd’hui, je m’efforce de plus en plus à faire attention à doser le piano dans mes partitions. Bien sur, sous prétexte qu’un compositeur joue bien, par exemple, du piano, quand il va commencer à réaliser des maquettes, il va aller naturellement vers un instrument à clavier. Le problème, c’est que, souvent, après, le piano, qu’il soit acoustique ou électrique, reste dans l’orchestration de la musique. Donc, de plus en plus, j’essaye volontairement de m’en éloigner. Maintenant, cela n’empêche pas qu’on trouve dans mes musiques, et notamment ANGE ET GABRIELLE, beaucoup de morceaux où on entend du piano. En l’occurrence, et vous connaissez mon désir de ne pas faire comme tout le monde, pour ANGE ET GABRIELLE, elle voulait une musique orchestrale qui avance. Ce qui impliquait l’utilisation de piano mais également d’instruments qui apportent du tonus. C’était le cahier des charges de base.

Qu’est-ce qu’elle a amené comme idées et indices sur ANGE ET GABRIELLE ?

JMB : vous savez, je crois connaitre parfaitement quels styles de musiques et d’instruments Anne GIAFFERI aime. Dans le téléfilm DES FRERES ET DES SŒURS, elle m’avait parlé de la chanson, du standard Sunny, créé dans les années 1960 par Bobby HEBB et elle l’a utilisée dans le montage final. Moi, pour contrebalancer avec cette chanson, j’ai eu envie d’écrire une musique qui ne suivait pas ce genre. Sur ANGE ET GABRIELLE c’était différent car l’orchestration était posée pratiquement dès le début. Anne GIAFFERI m’avait clairement dit qu’elle voulait une musique qui comporte une base orchestrale avec des cordes et un piano. A partir de ces indications, il ne me restait plus qu’à écrire ma musique.

Qu’est ce qui n’a pas été simple sur ce film ?

JMB : ce qui n’a pas été simple, surtout pour Anne GIAFFERI qui a du résister, c’est de faire valoir ses choix par rapport aux idées de à la production. En effet, s’agissant de comédies romantiques ou pas, il arrive souvent que certaines personnes de la production viennent voir le réalisateur avec leurs références. Cela me fait rire car, souvent, ce sont les mêmes références !  En l’occurrence, s’agissant de comédie romantique, la référence habituelle c’est la bande originale du film LOVE ACTUALLY ; pas la musique originale de Craig ARMSTRONG mais les chansons, dont les droits ont probablement coûté très cher ! Ceci dit, il ne s’agit pas ici d’une question de coût mais de ce que ces personnes ont retenu de la bande originale en question ! Alors évidemment, quand Anne GIAFFERI leur a fait part de son souhait de bénéficier d’une partition thématique et orchestrale, ils n’étaient pas très enthousiastes ; c’est pour cette raison que je dis qu’elle a dû résister pour imposer ses choix.

 
 
 

En ce qui concerne les thèmes, comment est né celui du générique, du mariage dans le disque ?

JMP : Vous savez, moi, j’ai plutôt l’habitude d’écrire ce que je joue et pas l’inverse. Et justement, ce thème que l’on entend au générique, je l’ai en fait carrément improvisé un jour sur place au piano. Comme j’avais laissé mon ordinateur tourner, je l’ai enregistré et gardé. Ce qui me parait assez drôle dans ce thème, c’est qu’il comporte un lien très indirect dans l’accompagnement de la main gauche par rapport à Golden The Pony Boy. Pour dire les choses plus précisément, dans le thème du film LA SCIENCE DES REVES, je joue de la main gauche une mélodie, une espèce de balancement assez simple, répétitif. De la même manière, dans le thème du générique d’ANGE ET GABRIELLE, je joue également une espèce de balancement répétitif de la main gauche qui, je crois, donne cette idée que les personnages avancent dans le temps, dans la vie. Concernant ses caractéristiques, je dirais que c’est un thème qui avance, que je qualifierais de guilleret, avec des passages d’harmonie assez improbables ; ce qui rappelle, même si cela n’a rien à voir, Bryan WILSON et certaines chansons des Beach Boys. J’ai donc mis de côté ce thème et je l’ai présenté à Anne GIAFFERI.

Comment a-t-elle réagi ?

JMB : j’ai eu la chance que le thème lui a tout de suite plu. Par conséquent, nous nous sommes tout de suite accordés pour qu’il devienne le thème que l’on entend au générique de début. Ensuite, on ne le retrouve pas tellement dans le film puisqu’il ne revient que sur trois séquences, au milieu du film puis, sur le générique de fin, quand ils se marient. Bien sûr, ce n’est pas un thème d’une modernité extrême dans sa conception ; il l’est devenu de par ses harmonies qui correspondent à une espèce de mixage entre une mélodie plutôt à l’ancienne et des sonorités modernes. Ce qui correspond bien à Ange et Gabrielle qui constituent deux personnes qui se retrouvent entre deux âges, deux vies. Je crois donc que ce thème, qui en plus se développe, au contraire de la tendance actuelle où on a vraiment plus des motifs voir moins,  ne se retrouve finalement pas par hasard dans le film. J’ai envie de vous dire que, dès le départ, il correspondait bien au film, aux personnages et, en plus, il lance la comédie. Ce qui me parait particulièrement important. Pour toutes ces raisons, pour moi, il s’agit d’un thème qui est bien né !

Pouvez-vous nous parler de l’autre thème du film, carrément romantique, que vous déclinez en plusieurs variantes, depuis le déclic de la scène du restaurant ?

JMB : vous savez, dans l’élaboration d’une thématique, il faut quand même partir d’une idée générale. Ici, le déclic romantique apparait lorsque le personnage d’Ange monte dans le bus. A partir de là, il s’agit vraiment, et c’est ce que voulait Anne GIAFFERI, d’un thème romantique dans la pure tradition du genre, qui apparait effectivement, en premier lieu lors de la séquence du restaurant. Encore une fois, sur ce film, la réalisatrice m’a vraiment demandé de lui écrire des thèmes avec des mélodies qui correspondent bien aux personnages. Ce qui, aujourd’hui, n’est pas forcément un travail évident.

Etait-il indispensable que ce thème soit suffisamment malléable pour le décliner en différentes variantes ?

JMB : je le crois car Anne GIAFFERI possédait des idées assez précises sur les endroits où elle comptait l’utiliser. Il fallait qu’il apparaisse malléable parce que, si je l’utilisais de la même manière sur différentes séquences, il existait le risque qu’il devienne pesant. C’est pour cette raison que j’ai enregistré plusieurs versions du thème dont certaines au piano apparaissent dans l’album mais pas dans le film. Je les ai enregistrés au piano parce que c’était le thème du film et, en même temps, il fallait que qu’il apparaisse moderne tout en restant traditionnel.

Il s’agit aussi d’un thème qui apparait lumineux dans plusieurs de ses variations ?

JMB : vous avez raison mais, surtout, je crois qu’il en ressort quand même une positivité indéniable. D’ailleurs, le but de ce film, et à fortiori de la musique, consistait à véhiculer une idée positive par ce thème romantique et, surtout une énergie, par le thème du générique. Après, j’ai imaginé un troisième thème, en fait un sous-thème, qui correspond davantage à des moments donnés ; c’est-à-dire des passages de temps, notamment quand la fille de Gabrielle va à l’hôpital, quand elle voyage à Biarritz. En même temps, c’est compliqué car, comme en général, Anne GIAFFERI n’a jamais des séquences où elle laisse beaucoup de temps au compositeur pour s’exprimer, il faut arriver à faire passer des idées en moins de trente secondes.

Ces contraintes de timing font partie des particularités de la musique pour l’image qui fait qu’il faut se caler au temps du film ?

JMB : je crois que cela constitue la base du travail quand on compose une musique pour l’image. Mais justement, et c’est la difficulté du métier, c’est qu’il faut arriver, en un minimum de temps, à pouvoir apparaitre juste dans son propos musical. Je veux dire par là qu’il faut vraiment que la musique apparaisse complémentaire par rapport à la scène donnée, à l’histoire. En même temps, il me parait important que la musique comporte une certaine densité pour qu’elle ne ressemble pas à une virgule. Il ne faut pas que la musique dégage une impression d’un simple remplissage. Il faut vraiment qu’elle corresponde à un besoin, à une demande de l’image. Ce qui, là aussi, représente l’essence même de la responsabilité du compositeur pour l’image. C’est évidemment beaucoup plus facile à faire quand il n’y a pas de thème mais, là, on se situe davantage dans l’underscore. Je veux dire par là que, en utilisant des harmonies très simples, des espèces de mouvements de piano ou de cordes ou d’autres instruments, on se situe plus dans l’atmosphère que dans la musique thématique. On ne se situe pas non plus dans le sound-design mais on n’en est pas très éloigné non plus. Ceci dit, je crois que la musique a évoluée et un mélodiste aujourd’hui doit également savoir composer des musiques dites atmosphériques. Pour moi, un compositeur ne peut plus se contenter de simplement décliner des mélodies. Je veux dire par là qu'il faut vivre avec son temps car la musique de films a quand même évoluée ! Et il me paraît très important qu’elle évolue encore !

Vous voulez dire que certains compositeurs ne font pas de la musique d'aujourd'hui ?

JMB : je pense que certains compositeurs qui ont beaucoup composé dans les années 1970 et 1980 ressentent probablement une frustration de ne plus réaliser aujourd'hui que de rares musiques de films. Je fais aussi référence à d'autres compositeurs, mélodistes, plus jeunes mais qui perpétuent un style de musique qui appartient davantage au cinéma du passé qu'à celui d'aujourd'hui. Par contre, je trouve que le fait que le regretté James HORNER était un grand mélodiste ne l'a pas empêché de s'intégrer musicalement dans son époque et de composer des musiques de films atmosphériques. Ceci dit, il n'était pas non plus satisfait de l'évolution du secteur de la musique de films.

 

Que voulez-vous dire ?

JMB : j'ai lu des articles, datant de peu de temps avant la disparition de James HORNER, où il se plaignait, qu'aujourd'hui, les productions consultaient jusqu'à une dizaine de compositeurs pour écrire une même musique de film. Alors qu'hier, ils n'étaient jamais plus de trois compositeurs en compétition. Et comme il existe de plus en plus de producteurs associés et exécutifs, il y a du coup davantage de voix qui  s'élèvent pour donner leur avis. Ce qui fait que, même pour une pauvre série télévisée,  sont  consultés un nombre incroyable de producteurs voir de réalisateurs !

A cela peut-il s'ajouter parfois l'avis de la chaîne de télévision productrice ?

JMB : la chaîne ne donne pas parfois son avis ; elle le communique toujours ! Cela me fait d'ailleurs penser à un ami qui vient de composer la musique d'une série pour France télévision et qui m'a raconté son expérience. En l'occurrence, comme il existait plusieurs réalisateurs sur la série, il a fallu d'abord qu'il s'adapte aux différents réalisateurs qui donnaient leur avis, forcément différent, sur la musique. Et ensuite, comme c'est la chaîne qui possède le dernier mot, il a encore fallu qu'il adapte ses musiques en fonction  de leur desideratas. Je crois qu'on touche là à un vrai problème, au cinéma comme à la télévision, à savoir qu'il devient rare de trouver une personnalité suffisamment forte pour dire que c'est telle musique qu'elle veut et qu'elle aura !

Anne GIAFFERI possède t-elle cette personnalité ?

JMB : ce que je peux vous dire, c'est que, pour ANGE ET GABRIELLE, Anne GIAFFERI a dû faire face à des demandes d'habillage du film par des chansons. Et je dois dire que, avec ses idées très arrêtées sur la musique et son caractère têtue, Annne GIAGFERI sait précisément ce qu'elle. Et sur ANGE ET GABRIELLE, elle a suffisamment résisté pour obtenir la musique orchestrale qu'elle souhaitait. Mais c'est la même chose quand nous travaillons ensemble. Par exemple, quand je lui fais écouter une maquette dans laquelle j'utilise un sol dièse joué par une harpe; si ce thème lui plait, il faudra qu'elle retrouve exactement la même note dans le morceau définitif, sinon elle peut me demander de la remettre. 

En ce qui concerne le thème d'amour d'ANGE ET GABRIELLE, vous le décliner en de multiples variantes, notamment en valse ?

JMB : Au départ, je l'avais composée pour la séquence où Gabrielle rend visite à Ange sur le toit d'un chantier. Finalement, cette valse n'apparaît pas dans le film, notamment parce qu'elle ne plaisait pas aux producteurs qui, là encore, voyaient plutôt une chanson; c'est pour cette raison que je dis qu'il faut que la réalisatrice tienne bon face aux producteurs ! Je pense que, pour eux, la valse comportait un côté passéiste qui les dérangeait et, pour être honnête, je crois que, sur ce point, ils n'avaient pas complètement torts.  Maintenant, comme je l'avais enregistrée, pour mon plaisir et en fin de séance, j'ai trouvé intéressant de l'inclure dans le disque.

A t-il été tout de suite question d'enregistrer à Londres donc des conditions assez confortables ?

JMB : il s'agit de la deuxième fois que j'enregistrais à Londres; la première fois ce n'était pas pour un film mais pour un album de librairie musicale que j'ai enregistré en deux séances il y a quelques années et dont je garde un excellent souvenir. Pour en revenir à ANGE ET GABRIELLE, sur ce film là, je voulais faire plaisir à Anne GIAFFERI. Comme je savais qu'elle adore les Beatles, je lui ai fait cadeau d'aller enregistrer dans le studio 2 d'Abbey Road; c'est-à-dire celui des Beatles !

Pour quelle raison enregistrez-vous rarement en dehors de la France ?

JMB : vous avez raison : j’enregistre essentiellement mes musiques en France. Et cela pour plusieurs raisons. Déjà, personnellement, je ne suis pas un adepte des enregistrements en Europe de l'Est. En règle générale, je préfère effectivement enregistrer en France, avec mon équipe et donc des musiciens que je connais bien et qui sont d'ailleurs aussi des amis, et qui travaillent avec d’autres compositeurs que je connais bien. Je pense notamment à Bruno COULAIS qui, comme moi, a du mal à travailler avec les gens sans partager un minimum de relations humaines, une certaine forme de proximité. Je suis donc ravi d’enregistrer en France sauf que, malheureusement, nous disposons d’assez peu de studios, sans compter que, souvent, il s’agit de boites vides, c’est-à-dire sans équipe d’accueil.

Ce qui n’est pas le cas à Londres ?

JMB : absolument ! La différence, quand on enregistre à Londres, c’est déjà que l’on se trouve dans des endroits incroyables, comme Abbey Road. Je dirais la même chose en ce qui concerne les équipes techniques, particulièrement efficaces. Je pense notamment à l’ingénieur du son Andrew DUDMAN (qui travaille également avec Alexandre DESPLAT). Je trouve qu’il représente un technicien et un Directeur musical exceptionnel dans la mesure où il arrive à tout diriger tout seul. Ce qui m’a paru formidable avec lui, c’est que, alors que je dirigeais l’orchestre, que je n’étais donc pas dans la cabine d’enregistrement, Andrew DUDMAN a sélectionné pour moi  les bonnes prises ; c’est-à-dire celles qu’il fallait garder. J’ai remarqué le même professionnalisme chez ses assistants, notamment le deuxième qui avait réglé le piano le matin avant que j’enregistre moi-même dans la matinée. Mais aussi l’assistant chargé des stations audio numériques Pro Tools, qui préparait un tableau où il indiquait toutes les prises qu’il faut garder ou pas. J’ai donc trouvé à Londres une organisation incroyable et, pour dire la vérité, au final,  cela ne revient tout simplement pas plus cher qu’en France !

ANGE ET GABRIELLE/LA VIE A L’ENVERS. Musiques de Jean-Michel BERNARD pour les films d’Anne GIAFFERI disponibles chez Boriginal/Cristal records.

ANGE ET GABRIELLE est disponible en dvd en blu-ray chez TF1 vidéo avec, en compléments, un making-of et un bêtisier.

Entretien réalisé le 2 avril 2016.