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Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

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Rencontre
 
 
 

Pour bien commencer l’année 2015, nous avons rencontré un talent montant de la musique de films (bien qu’il ait signé sa première partition en 1999 pour UNE LIAISON PORNOGRAPHIQUE). Il s’agit d’André DZIEZUK, issu d’une famille de musiciens, et jouant du hautbois, qui ne se prédestinait pas à une carrière classique de soliste, et encore moins de compositeur. Mais c’est surtout sa rencontre avec le jazz, son espace de liberté et surtout la pratique de l’acid jazz qui vont l’amener, avec des amis, à travailler pour le cinéma. Et depuis, André DZIEZUK n’a pas arrêté ! Aujourd’hui, il revient pour nous sur son passé et nous parle en détail de son approche du nouveau film de Christophe LAMOTTE (NORD PARADIS – 2009 pour le cinéma et de nombreuses réalisations pour la télévision dont des épisodes de PROFILAGE). DISPARUE EN HIVER raconte une histoire très personnelle avec laquelle le réalisateur avait sans doute besoin de prendre de la distance, par pudeur et protection, en l’inscrivant dans un film noir. On y découvre le parcours de Daniel (Kad MERAD), un ex-policier reconverti dans le recouvrement de dettes. Un jour d’hiver, il se fait aborder par Laura (Lola CRETON), une fille de 18 ans qu’il accepte de raccompagner. Sauf qu’en chemin, elle lui fait une proposition indécente. Furieux, Daniel l’éjecte de sa voiture avant de revenir sur ses pas, mais Laura a disparu…Pour la musique de ce film noir et dramatique, le compositeur français habitant aux limites du Luxembourg (d’où ses nombreuses collaborations avec des réalisateurs belges et luxembourgeois) a composé une partition très prégnante, étrange, dont les mélodies (relativement rares hormis le générique) possèdent une grande force émotionnelle. Pour appuyer les différents sentiments évoqués à travers l’enquête de Daniel, son drame familial et ses relations avec sa femme Christine (Géraldine PAILHAS) mais aussi avec Laura, le compositeur devait, dans sa musique, réussir à allier la pulsion et le lyrisme que le réalisateur recherchait. Ce qu’il parvient au travers d’une partition à base de cordes et, surtout, de l’appui de nombreuses sonorités plus synthétiques qu’il a conçues lui-même ; des sonorités plus organiques, notamment des percussions qui montent en crescendo d’une manière grondante, des vibrations de violoncelle; ce qui découle sur une musique souvent étrange, inquiétante, parfois violente et plus rarement émouvante. André DZIEZUK nous raconte donc son parcours, en nous révélant que, bien que possédant une formation classique, il a une grande connaissance des musiques plus électro. D’où ces nombreux mélanges que l’on retrouve dans cette musique comme dans ses précédentes. D’où aussi une puissance émotionnelle discrète, qui donne une musique moins classique et plus moderne, comme le souhaitait le réalisateur ; une musique qui agit d’ailleurs comme un personnage à part entière, un tremplin qui nous emmène ailleurs et nous permet d’imaginer ce qui a bien pu arriver à cette fille sans rien nous imposer.

 

D’Abord Une Envie De Transmettre…

 

Comment êtes-vous venu à la musique de films ?

AD : Même si je viens d’une famille de musiciens, j’y suis venu complètement par hasard. je n'étais donc pas forcément disposé à devenir un jour un compositeur de musiques de films et même un compositeur tout court. C'est-à-dire que, étant très curieux de tout dans la matière et jouant du hautbois, j'ai toujours écouté de la musique, joué celle des autres.

Si vous ne souhaitiez pas composer, que vouliez-vous faire ?

AD : j’avais envie d’enseigner, de partager un savoir à des enfants devant moi dans un collège. Il faut dire que je gardais d'excellents souvenirs de professeurs qui m'avaient donné l'envie de transmettre l'histoire géographie, les langues ou le français, mais pas forcément la musique. Et comme tout enfant, avec mes parents, nous nous étions toujours interrogés sur ce que je devais faire comme métier.

Êtes-vous revenu à la musique par hasard ?

AD : Je pense qu’elle s’est imposée à moi via des rencontres mais aussi des réflexions sur mon avenir à la sortie de mon baccalauréat littéraire. Je me suis demandé si je ne devais pas fréquenter des classes musicales ; ce qui ne s’est finalement pas fait mais, comme un conseiller d'orientation l’a dit à mon père, il serait toujours temps d'y revenir plus tard. Ce qui était tout à fait vraiet ne m’a pas empêché de me retrouver, à la sortie du baccalauréat, dans une classe de musicologie à l'université. Je fréquentais le Conservatoire en même temps, tout en continuant à pratiquer beaucoup de musique dans des orchestres (symphoniques ou d’harmonie) en tant qu’hautboïste. Je jouais aussi d’un saxophone que mon père m'avait offert et, parfois, du piano. C'est à ce moment que j'ai rencontré le jazz.

Que vous a apporté le jazz par rapport à la musique symphonique ?

AD : il m’a ouvert un l'espace de liberté qui a constitué pour moi une vraie révélation. Je me suis alors retrouvé, tout en continuant à pratiquer dans des orchestres symphoniques, à jouer  dans de modestes big-band. Là encore, il s'agit d'un hasard car je n'avais pas choisi de jouer du jazz. Je savais que je ne souhaitais pas devenir concertiste car j'étais certainement trop dilettante ; je n'avais pas vraiment envie de travailler mon instrument pour cela. Pour en revenir au jazz, je commence donc à en jouer en bigband. Jusqu’au jour  où je rencontre un groupe  qui jouait de l'acid jazz ; c’est-à-dire une musique qui mélange du funk et du jazz relativement improvisée, très pratiquée au début des années 1990, notamment par Gilles PETERSON qui l'a conceptualisée.

 

 
André DZIEZUK
 
 

L’Acid Jazz…Un Espace De Liberté Et Une Porte Vers Le Cinéma !

 

Et qu’avez-vous retiré de l’acid jazz ?

AD : il m’a permis de rencontrer des amis musiciens et… le cinéma ! J’ai été contacté pour intégrer un groupe d’Acid Jazz en tant que saxophoniste. C’est là que je rencontre d’abord le guitariste Marc MERGEN, qui deviendra un des mes meilleurs amis, et avec lequel je partage les mêmes goûts musicaux pour le trip hop, la drum n’ bass, l’acid jazz et l’électro, genres émergents à l’époque. C’est là aussi que je fais la connaissance de Jeannot SANAVIA, qui était le contrebassiste du groupe, et qui se retrouve impliqué dans le nouveau film du réalisateur belge Frédéric FONTEYNE intitulé UNE LIAISON PORNOGRAPHIQUE. Comme Jeannot SANAVIA avait travaillé avec lui sur son film précédent (MAX ET BOBO en 1998), Frédéric FONTEYNE l’avait contacté à nouveau en lui précisant qu’il souhaitait, pour ce film du trip hop. Sachant que nous étions peut-être les hommes de la situation, il nous met en relation avec lui !

De quelle manière réagissez-vous lorsque Jeannot SANAVIA vous propose de composer du trip hop pour un film ?

AD : moi, tout comme Marc MERGEN, trouvons qu’il s’agit d’une opportunité à saisir. Nous élaborons dans la foulée trois maquettes de morceaux que Frédéric FONTEYNE et Jeannot SANAVIA vont adorer. Tout naturellement, nous voilà alors engagés pour écrire la bande originale d’UNE LIAISON PORNOGRAPHIQUE, un film avec Sergi LOPEZ et Nathalie BAYE. Cette dernière ayant reçu un prix d’interprétation au Festival de Venise, le film, et par voie de conséquence notre musique, allaient obtenir un certain retentissement.

 

Vous et votre ami avez donc été remarqués avec cette première musique de films ?

AD : presque trop remarqués ! En tant que compositeurs, nous n’étions pas préparés au fait que le film fonctionne et que les gens remarquent notre musique, la trouvant même intéressante. Il en découle alors que des réalisateurs qui travaillent dans le cinéma luxembourgeois commencent à s’intéresser à notre travail. Ce qui fait que l’on nous engage pour composer les musiques de courts métrages, de documentaires, de films d’archives. Nous rencontrons donc des producteurs et des réalisateurs qui nous nous confient des films.

 

Avez-vous continué à travailler en équipe, entre amis ?

AD : comme je vous l’ai dit, nous n’étions pas préparés à enchaîner les musiques de films. Marc MERGEN s’est rendu compte qu’il n’avait pas envie de ce stress continuel. Il a alors  préféré me laisser continuer ma route sans lui. et C’est ainsi que je me suis retrouvé à composer tout seul la musique d’un film de Raphaël JACOULOT ; un réalisateur avec lequel je collabore encore aujourd’hui. D’ailleurs, j  Je suis actuellement en train de terminer la musique de son dernier film qui s’intitule COUP DE SANG, avec Jean-Pierre DARROUSSIN, Karim LECLOUS et Grégory GADEBOIS.

Disparue En Hiver

 

Concernant DISPARUE EN HIVER, par quel chemin avez-vous abordé ce film très dramatique, qui n’est pas, de prime abord, un film à musique bien qu’il en comporte quand même beaucoup ?

AD : je dirai que, pour ce film, il s’agissait de composer une musique surtout atmosphérique, rampant en dessous de l’image. Je définirais aussi cette partition comme étant hybride. En effet, hormis les cordes qui ont été enregistrées, tout le reste est constitué par des éléments sonores que j’ai fabriqués à partir de mes ordinateurs. Avec le réalisateur, nous avions cette volonté d’obtenir à la fois ce son plutôt noir, sombre et rampant et ces éclaircies apportées par les cordes.

 

A quel moment avez-vous composé le générique, qui apparaît plutôt tournant ?

AD : c’est en voyant le film que j’ai eu l’idée d’écrire ce générique qui tourne à la manière de la Moldau de SMETANA. Je me suis en effet rendu compte, après coup, de la parenté avec ce poème symphonique, bien que cela ne constitue pas du tout pour moi une source d’inspiration. Simplement, j’avais trouvé cette idée de vagues successives qui arrivent et qui emportent le personnage dans une sorte de roulis, de tangage. Je trouvais que cela accompagnait bien Daniel (Kad MERAD), qui me semblait ballotté entre sa vie d’avant, le couple qu’il formait avec Christine (Géraldine PAILHAS), et sa vie d’aujourd’hui, cette aventure dans laquelle il se retrouve embringué malgré lui. Je voulais donc que la musique évoque, sur le générique mais également tout au long du film, la vague dans laquelle est emporté son personnage. Bien entendu, il s’agit d’une musique qui se rajoute aux mouvements noirs et atmosphériques qui parsèment le film. On l’entend plusieurs fois dans le film, notamment à la fin mais d’un commun accord avec le réalisateur on n’a pas voulu trop l’utiliser.

 

Justement, existe-t-il un thème qui revient à la manière d’un leitmotiv ?

AD : il y en a effectivement un, c’est celui que j’ai réservé au personnage de Christine, la femme de Daniel. Ce thème, qui s’intitule La Vie D’Avant, rappelle leur vie dans un passé proche, avec leur fille qu’ils ont ensuite perdue. Il s’agit d’un thème beaucoup plus mélancolique, nostalgique et à base de piano.

 

Vous avez aussi réservé un thème au personnage de Laura, cette jeune fille qui disparait ?

AD : Il existe effectivement un thème spécifique au personnage de Laura. On l’entend notamment lorsqu’on la voit face caméra accompagnée par des percussions qui montent en crescendo d’une manière grondante, inquiétante même. Ce thème, répétitif et lancinant, on le retrouve plusieurs fois dans le film, en particulier sur la séquence de sa discussion très mouvementée avec le personnage de Vidal (Didier GESQUIERE). On l’entend également, à la manière d’un climax inquiétant, avec toujours ces percussions grondantes qui montent constamment, sur la séquence où Daniel se retrouve perdu dans les champs.

 

Utilisez-vous un véritable violoncelle sur le personnage de Laura, et plus particulièrement lorsque Daniel, mais aussi Christine, écoutent ses messages ?

AD : vous parlez certainement de ce son qui revient régulièrement, conjointement au timbre du piano, que j’utilise d’une manière assez lointaine, et qui, de manière plus générale, traverse le film. Ce son provient d’une corde mise en vibration par un dispositif appelé EBow, qui produit un champ électromagnétique mettant une corde en mouvement; le son ressemble à celui que produirait l'utilisation d'un archet, d'où son nom. L’EBow qui produit des sons très pénétrants, mystérieux. Ce sont des sonorités que j’aime beaucoup utiliser dans mes musiques de films, comme dans celui de Raphaël JACOULOT sur lequel je travaille actuellement.

Phase De Montage Ou De Fabrication De La Musique

Avez-vous fait évoluer votre partition pendant la phase de montage ?

AD : je dois dire que cette musique a véritablement été fabriquée pendant le montage du film. Je veux dire par là que, pendant une grande partie du processus de montage, j’ai travaillé en complète collaboration avec le réalisateur et le monteur. Je leur envoyais des pistes tandis qu’eux me faisaient part de leurs commentaires et remarques afin que j’affine mes musiques par rapport au film qu’ils souhaitaient. Je trouve que cette méthode, quand on peut l’utiliser, est la meilleure façon de collaborer sur une musique de film. En effet, on n’a pas besoin d’attendre que le film soit terminé (ou quasi terminé comme actuellement pour le film Raphaël JACOULOT) pour travailler la musique. Au contraire, quand je compose, le film se trouve véritablement en fabrication et je participe vraiment, par exemple en installant certains rythmes qui peuvent changer les images et fournissent une aide précieuse au monteur.

 

Le réalisateur ne vous a rien demandé de composer avant le montage ?

AD : Christophe LAMOTTE m’a dit ce qu’il souhaitait comme musique pour son film et je lui ai fourni certaines de mes musiques précédentes. Ensuite, partant de ce qu’il aimait dans ces morceaux et de nos discussions, j’ai commencé à composer des thèmes pour son film.

 

Avait t-il, comme d’autres réalisateurs, utilisé des musiques temporaires ?

AD : non, à ma connaissance, il n’en a pas utilisé. Demander une création originale à un compositeur, et surtout lui faire confiance, en tout cas pour lui, ce n’est pas une attitude évidente. Pour Disparue en Hiver, Christophe LAMOTTE et moi-même avons construit la bande originale du film pas à pas, en testant de nombreuses pistes jusqu’à trouver celles qui correspondaient le plus au film.DISPARUE EN HIVER. Un film de Christophe LAMOTTE, avec Kad MERAD Géraldine PAILHAS, Produit par Hugo Productions. Musique Originale André DZIEZUK. 

 
Plus d'information sur André DZIEZUK sur http://www.andredziezuk.com/