Skip to main content

CINESERENADE.COM

Un nouveau regard sur la musique pour l'image...

BIENVENUE
ACTUALITES
Dernières sorties
Le saviez-vous ?
CLASSIQUES
ECOUTEZ LE CINEMA !
Digital
CLASSIQUES INTERNATIONAL
HANS ZIMMER
OLIVER STONE
ETIENNE PERRUCHON
GABRIEL YARED
PHILIPPE ROMBI
DANNY ELFMAN
HOWARD SHORE
JOHN WILLIAMS
ENTRE MUSIQUE ET CINEMA
ALAN SILVESTRI
JERRY GOLDSMITH
ERIC NEVEUX
DISNEY
NOUVEAUX TALENTS
PHILIP GLASS
SORTIES CINEMA
BRIAN TYLER
RARETES
NATHANIEL MECHALY
CHRISTOPHE LA PINTA
ENNIO MORRICONE
ALEXANDRE DESPLAT
CINEMA EUROPEEN
Classiques et raretés ann
JOHN POWELL
ERIC SERRA
MICHAEL GIACCHINO
COMPOSITRICES !
MUSIQUES DOCUMENTAIRES
GRANDS COMPOSITEURS FRANC
CLASSIQUES ANNEES 2000
GREGOIRE HETZEL
CYRILLE AUFORT
PATRICK DOYLE
BEAR MC CREARY
TELEVISION
Qui sommes-nous ?
Contactez-nous
RENCONTRES
CINE CHANSONS
Plan du site
Connexion de membre
ARCHIVES RENCONTRES
BRUNO COULAIS
1000 X PLUS BELLE LA VIE
DIVERS
CINE VIDEO
SPECTACLES ET THEATRE
JEAN MICHEL BERNARD
REINHARDT WAGNER
CYRIL MORIN
PHILIPPE SARDE
MUSICALS
MAURICE JARRE
JAMES HORNER
FESTIVAL MUSIQUES A L'IMA
VLADIMIR COSMA
JEAN-MARIE SENIA MAX LIND
RENE-MARC BINI
FRANCOIS DE ROUBAIX
Alexandre DESPLAT
Sortie Cinéma ! 


VALERIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES

Pour sa nouvelle production, à l’univers défiant l’imagination, Luc BESSON change de compositeur ! Il passe ainsi, après plus de 30 ans de collaboration avec Éric SERRA, à Alexandre DESPLAT ! Charge à ce dernier, fort de ses collaborations à l'étranger, de composer, suivant ses recommandations, une partition à la hauteur de la splendeur exotique de mondes et créatures extraterrestres. C'est-à-dire une partition orchestrale, enregistrée en France, et comprenant beaucoup de mélodies. Ceci pour accompagner les aventures de l’agent spatio-temporel Major Valérian (Dane DeHAAN) et du téméraire sergent Laureline (Cara DELEVINGNE). Chargés par le ministre de la Défense (Herbie HANCOCK) de mettre la main sur le dernier représentant des transmuteurs -une créature aux pouvoirs extraordinaires-, ils partent ensuite pour Alpha, la station spatiale connue dans toute la galaxie sous le nom de Cité des Mille Planètes afin de protéger le Commandant Arun FILITT (Clive OWEN). Dès l'ouverture Alexandre DESPLAT instille sa patte de spécialiste de musique orchestrale, nous entrainant dans un univers parallèle. Il déroule donc, sur le débarquement sur la planète Mul, une musique ample, majestueuse, qui revient dans différentes variations, avec en son centre un joli mouvement mélodique, digne d’une odyssée spatiale. (Pearls On Mul, Arriving On Alpha, The City Of 1000 Planets). Alors que Valérian et Laureline se dirigent vers la planète désertique de Kirian,  afin d’infiltrer le Big Market, Alexandre DESPLAT continue par un deuxième thème, composé d’une cellule rythmique et répétitive assez courte qu’il reprend dans plusieurs variations successives (Reading The Memo, Big Market). Il le développe aussi sur un mode purement symphonique, en y ajoutant une dose de mystère, avec des percussions omniprésentes (Above The Big Market) Il passe ensuite à des musiques plus soutenues, et à l'américaine qui, incluant des sonorités électroniques, appuient la tension. D'où des thèmes toujours assez rythmés mais aux cordes tournantes associées au cymbalum et aux percussions, et parfois aux chœurs (Showtime, Valerian In Trouble, Valerian's Armor). Cela se ressent encore davantage dans des musiques de danger,  de combats, typiques de films d'action. Comme ici une musique rythmée par l'intensité de la grosse caisse, des cuivres dynamiques (Bus Attack). Ou là, à la façon d’une musique de thriller, baignant dans des cordes tournantes et des chœurs pour amener de l'étrangeté (Pearls Attack). Ou encore mélangée à des parties jouant le merveilleux ainsi qu'à une sorte de marche (Pearl's World). Alexandre DESPLAT étonne également par plusieurs  musiques contenant des éléments synthétiques. Comme ces mesures mystérieuses,  qui se développent à la façon de ballades élégantes (Medusa, Shoot). Il surprend toujours par un thème utilisant beaucoup de cuivres, de percussions, également des flûtes, qui lui donnent un aspect oriental (Le Souper Du Roi). Mais aussi grandiloquent, comme ce thème dont la partie mélodique jouant aussi la dimension héroïque   se trouve relancée par le piano (Boulanbator Combat). Plus rarement, Alexandre DESPLAT introduit des musique douce, sensuelle à base de piano et de cordes (Bubble, I Am A Soldier). Alexandre DESPLAT attaque le dernier mouvement forcément de manière rythmée mais sans exagération, déroulant une musique à la fois nerveuse, haletante et lyrique. (Final Combat). Au final, s’il ne renouvelle pas complètement le type d’univers sonore qu’on attend d’un film de science-fiction, Alexandre DESPLAT remplit, haut la main, le contrat, par une partition de blockbuster, non pas du 28ème siècle, mais très actuelle ! Il se distingue par sa capacité à créer, à partir de l'orchestre, et en utilisant des instruments comme le cymbalum, des sonorités qui, semblant venues d'ailleurs, s’adaptent parfaitement à cette œuvre foisonnante. Outre la partition originale, Luc BESSON a intégré des morceaux existants qui figurent dans un deuxième disque : des standards comme Space Oddity par David BOWIE, Jamming par Bob MARLEY & The Wailers; des reprises comme      We Trying To Stay Alive (Bee Gees) par Wyclef Jean & le groupe Refugee Allstars ; des créations : I Feel Everything, composé par Pharell WILLIAMS et interprété par Cara DELEVINGNE. On note encore le Rappcats (Instrumental Version)  par QUASIMOTO, la Bubble Dance, titre coloré, cuivré, produit par DJ Mustard pour Julien REY et qui accompagne m la danse de Bubble (Rihanna) pour Valérian, The World (Is Going Up In Flames) par le soul man  Charles BRADLEY. L'album se termine, logiquement, et en deux versions, par la chanson du générique de fin : A Million On My Soul par ALEXIANE. Au même titre que le réalisateur nous plonge dans un monde complètement fou la partition, très réussie, d'Alexandre DESPLAT et la compilation de chansons nous aident à garder les pieds sur terre !

VALERIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES. Bande originale du film de Luc BESSON. Double cd (Musique originale d'Alexandre DESPLAT et compilation de chansons) disponible chez EuropaCorp/Idol music.

Image 
  

AMERICAN PASTORAL

Adapté du roman de Philip ROTH, ce film se déroule dans l'Amérique des années 1960. Là, l’ex champion devenu un riche homme d’affaires Seymour LEVOV, dit « le Suédois » (Ewan McGREGOR), voit son existence avec son épouse Dawn (Jennifer CONNELLY) bousculée par la disparition de leur fille Merry (Dakota FANNING). En partant à sa recherche,  Seymour va affronter le chaos qui secoue la société américaine. Sur ce drame humain et social, Alexandre DESPLAT déverse, comme il sait bien le faire, une partition souvent nostalgique, grave et touchante aux thèmes forts et discrets. Il commence par un thème à la « gloire » de Swede, cet homme qui croyait profondément dans toutes les promesses du Rêve américain. D’où cette musique doucement orchestrale, avec une mélodie aux cuivres lointains, qui rappelle, comme une sonnerie, des souvenirs de batailles anciennes (Swede's Story) ou nouvelles (Merry's Story). Et qui revient évidemment sur plusieurs séquences, notamment en développant une cellule répétitive, interrogative, de piano (Merry's Things) ; le piano que l’on retrouve également très présent, notamment sur le thème de la mère, dans des mouvements mystérieux,  interrogatif et parfois répétitifs (Dawn, Marry Things) avant de rebondir dans l'émotion (The Vow). Il continue, sur une séquence d’émeutes, par une musique typiquement américaine, aux  cuivres lointains (Riots). Sur le personnage de la malicieuse, perverse Rita Cohen, Alexandre DESPLAT distille des thèmes plutôt chaleureux mais étranges, comme cachant un piège, à base pianissimo (Meeting Rita). Alexandre DESPLAT continue par un thème lointain, lent et triste, avec beaucoup de bois, de flûtes et des cordes qui accentuent le côté grave (Hotel Albaugh). Il introduit aussi des thèmes de thrillers ou plus violent, aux violons affutés, agressifs, avec de la clarinette par-dessus (Chasing the Van) ou plus sombres avec des cordes anglaises, des percussions, qui rendent, de manière efficace, un malaise (Swede Grabs Sheila). Que l’on retrouve aussi sur la séquence de l'enquête du FBI, au travers d’un mouvement répétitif et tragique (FBI Search). Sur Swede et sa fille, Alexandre DESPLAT reste dans une tonalité grave en développant une musique sentimentale, doucement mélodique, à fleur de peau (Swede & Merry). Alexandre DESPLAT reprend de nouveau un thème intimiste, presque une sonate, pour piano, doucement mélodique, qu’il développe sur les retrouvailles, avec un orchestre dans les graves (Fix Your Dress, Reunited). Et termine par une sorte d’hymne dédié à la mémoire. Puis, dans un deuxième temps, il reprend thème au piano avec le synthétiseur en contrepoint (Kaddish for Seymour).  L’album inclut aussi Moon River, une reprise, personnelle, et à cappella, du standard d’Henry MANCINI par l'auteur compositeur interprète américaine Priscilla AHN. Au final, Alexandre DESPLAT signe une bonne bande originale, aux thèmes multiples mais discrets, baignant dans l’épaisseur de l’orchestre symphonique de Londres ; comme toujours impeccable, juste mais pas forcément indispensable sur une partition qui renforce, sans les noyer, les sentiments d’une famille bouleversée.

AMERICAN PASTORAL. Un film de et avec Ewan McGREGOR, avec  Jennifer CONNELLY, Dakota FANNING, David STRATHAIRN, Uzo ADUBA, Valorie CURRY, Rupert EVANS. Musique originale d’Alexandre DESPLAT disponible chez Lakeshore records/Sony music.

 

L’ODYSSEE

Ce biopic retrace le parcours du célèbre Commandant Jacques-Yves COUSTEAU (Lambert WILSON) qui, en 1948, bien que vivant heureux, avec sa femme Simone (Audrey TAUTOU) et ses deux fils, ne rêve que d’aventure. Grâce à un scaphandre qui lui permet de respirer sous l’eau, il va explorer, quitte à tout sacrifier, un nouveau monde. Pour le réalisateur Jérôme SALLE, et Alexandre DESPLAT (LARGO WINCH I & II, ZULU) a écrit, au piano devant lui, un thème qui correspondait, dans l’humeur comme dans l’émotion, à ce qu’il recherchait. En guise de thème titre, et même de motif dédié à la famille COUSTEAU, Alexandre DESPLAT commence de manière classique, personnelle et romantique. Comme dans d’autres thèmes, il installe des cordes tournantes, puis une base pianissimo qui reflète toute la complexité du Commandant COUSTEAU. Il utilise également, et c’est sans doute l'élément nouveau, une pointe de cuivres assez lyrique, des cordes pincées. Puis il introduit une deuxième partie profonde comme les abysses, avant une reprise du thème (1 L'odyssée, Aventuriers Père Et Fils). Un thème que l’on retrouve, plus loin, dans un mouvement profond, mélancolique, à la fois symphonique et plus intime, au piano solo (Antarctica). Pour retranscrire l'immensité des océans, leurs profondeurs, Alexandre DESPLAT continue par des thèmes en retenue, qui reviennent plusieurs fois, et mettent en avant la découverte,  l'émerveillement ; des motifs portés par un piano doucement mélodique et  une cellule centrale reprise par un violon solo ou des cordes douces, apportant une douleur, une fêlure (Exploration, La Grotte) voir une violence (Massacre). Il l’utilise également, sur un mode grave, agité et intime, à base de piano, de cordes lointaines et de quelques percussions scintillantes pour appuyer le message écologique de l’homme au bonnet rouge (Préservation). Il utilise également une pulsation pareille à une respiration (5 Respirer Sous l'eau). Il propose ensuite une musique colorée, sensible et généreuse dans les mélodies ; mais aussi dans les orchestrations, qui mélangent des cordes tournantes, et de nouveau quelques cuivres qui donnent ce côté maritime, également cette dimension de voyage. On entend aussi de légères percussions qui apportent, avec les cordes, du rythme, en même temps qu’une certaine dimension orientale (3 Autour Du Globe). Alexandre DESPLAT propose aussi des musiques plus étranges, comme ce thème surgissant, qui met en avant des cordes de plus en plus rapides, ainsi que du piano grave en arrière. Ce qui amène une tension qui  rappelle, comme un hommage, John WILLIAMS et ses Dents De La Mer. (Deep Diving). Alexandre DESPLAT propose aussi des thèmes poétiques, voluptueux, comme cette musique douce avec un hautbois en contrepoint sur un développement doux épais, doucement mélodique (Balais des baleines). Alexandre DESPLAT termine par un dernier plongeon au piano, doublé dans le contrepoint ; d’où un thème dynamique et émouvant, repris par les cordes en arrière (Last Flight). En complément, l’album comporte notamment Don't Knock It, un titre jazzy par les Delta Rythm Boys ; l’excellent, et « soulissime » Hard To Handle interprété par Otis REDDING ; une version live, par James BROWN, du That's Life, un classique de la musique soul écrit par Dean KAY et Kelly GORDON ; l’inusable California Dreamin interprété par The Mamas & The Papas, le groupe de rock américain des années 1960 et, enfin, It's ok, une belle ballade de 2014 par Tom ROSENTHAL. Avec cette partition subtile, porté par de beaux thèmes mélodiques et des orchestrations qui naviguent entre le piano solo et les cordes généreuses, Alexandre DESPLAT se place dans la continuité de ses musiques d'émotion et d'aventures. Pour incarner cette odyssée, et le personnage emblématique du commandant Cousteau, il opte pour une écriture mélodique, large, généreuse dans les cordes, avec de jolis mouvements de piano, également quelques pointes de trompettes, qui sublime les séquences sous-marines. On embarque alors avec lui pour cette plongée dans le Grand Bleu, suffisamment ambitieuse, réussie, pour emporter l'adhésion.

L’ODYSSEE. Un film de Jérôme SALLE, avec Lambert WILSON, Pierre NINEY, Audrey TAUTOU. Musique d’Alexandre DESPLAT disponible chez TF1 musique originale d’Alexandre DESPLAT disponible chez TF1 musique.

 

THE LIGHT BETWEEN OCEANS (UNE VIE ENTRE DEUX OCEANS)

Après l’excellent COMME DES BÊTES, revoilà le prolifique Alexandre DESPLAT sur la bande originale de ce mélodrame.Toujours très à l'aise dans les sagas sentimentales (THE PAINTING VEIL, LUST CAUTION), il déroule une partition majestueuse mais sans véritable surprise. Il  commence par une sorte de ballade nostalgique, plutôt  mélodique, entamée au piano, qui passe progressivement en contrepoint, puis reprise de manière chaleureuse, orchestrale (Letters). L’histoire se déroule sur une île isolée au large de l'Australie tenue par Tom SHERBOURNE, le gardien du phare, pour lequel Alexandre DESPLAT a écrit un thème toujours mélodique. Mais aussi plus profond, tourmenté, comme l’est cet homme, à la sortie de la Première Guerre mondiale. Le piano reste présent mais apparaît moins mélodique, tandis que des cordes élégantes accrochent la dimension sentimentale, avec néanmoins des parties plus hésitantes, aériennes (Tom). Tom vit heureux avec son épouse Isabel, sur laquelle le compositeur introduit un thème élégant, d’inspiration classique, pareil à une sorte de sonate pour piano solo, que l’on retrouve sur des images sur des images de l'île perdue, solitaire, de Janus Rock (Janus). Mais ce bonheur ne parvient à résister à l’absence d’un enfant. Jusqu’à ce matin où, comme un miracle, un canot vient s'échouer, sous des notes de piano crescendo, des cordes tournantes (The Dinghy). A son bord ; le cadavre d'un homme et, surtout, un bébé qui représente, de prime abord, un nouveau challenge. D’où une musique sentimentale en retenue, avant quelques notes de piano qui ne servent qu'à accentuer la dimension irréelle de la situation (At First Sight, Path Of Light), également, sur la fin, un certain lyrisme (Still Your Husband) ; également du piano chantant, qui traduit une certaine joie aveugle d’Isabel, en même temps qu’une mélancolie que magnifie l’orchestre (In God’s Hand’s). On trouve aussi l’aspect maternel, enfantin, qui tourne a la musique contemporaine, accompagnée de cordes très douces sur le thème du bébé nommé Lucy (Lucy-Grace). Mais il inclut aussi, comme sur plusieurs morceaux, des musiques purement mélodramatiques : d’abord un début de remise en question, de culpabilité. Puis, progressivement, ce sentiment se renforce par des musiques plus ou moins graves, avec parfois une lente mélodie au violoncelle ou à la harpe, qui traduisent un dilemme, une souffrance  (To Resent, A Wonderful Father, The Return). Bien évidement, le film s'intéresse aussi a la mère de l'enfant, folle d'inquiétude aussi pour son mari ; un Autrichien interné durant la guerre. D’où ce thème profond, dans les cordes, où le piano s'immisce, hésitant entre parties chantantes et plus classiques (Hannah Roennfeldt-Rachel WEISZ). Alexandre DESPLAT termine par des thème larges, basés sur les émotions et donc un orchestre, idéal pour amener aussi des parties plus agitées, répétitives (To Be Loved). Avant de dérouler un final en forme de marche romantique dans un style très début du 20ème siècle. Au final, Alexandre DESPLAT signe, à la manière d’un orfèvre compositeur, une bien belle musique qui lui ressemble ; une musique très bien écrite, orchestrée et riche en thèmes, le plus souvent à base de piano, qui servent toute l’intériorité, la complexité de personnages entrainés malgré eux dans un tourbillon d’émotions.

THE LIGHT BETWEEN OCEANS (UNE VIE ENTRE DEUX OCEANS). Réalisé par Derek CIANFRANCE, avecMichael FASSBENDER, Rachel WEISZ, Alicia VIKANDER. Muique d’Alexandre DESPLAT disponible chez SONY classical.THE SECRET LIFE OF PETS (COMME DES BÊTES)

Par  les réalisateurs et producteurs exécutifs de MOI, MOCHE ET MÉCHANT 2, COMME DES BÊTES. De vie secrète, il s'agit de celle de Max, un adorable toutou qui voit sa vie doublement perturbée : d'abord au moment où son propriétaire ramène à la maison un bâtard mouillé nommé Duke. Puis, alors qu’il se voit chargé par ses maîtres de veiller sur la maison, par l'irruption d’un adorable lapin blanc et de son armée d'animaux de compagnie délaissés… et surtout prêts à prendre leur revanche sur les autres animaux de compagnie! Fort d'être devenu un compositeur incontournable, Alexandre DESPLAT signe là une partition plaisante qui fusionne, comme déjà sur AMAZONE de Philippe de BROCA et L'ENQUÊTE CORSE d’Alain BERBERIAN, sa passion pour le jazz, la bossa nova et la pure musique de film à l'américaine. Ici, sur la présentation des animaux de compagnie, Alexandre DESPLAT commence, et la partition en regorge, par un thème à l’ancienne, d'allure jazzy sur une rythmique forte, dans un esprit des années 1930 et utilise une clarinette, ce qui rappelle directement plusieurs morceaux du grand jazzman Benny GOODMAN, qui emporte un groupe dynamique, qui comprend un piano et des trompettes. Par dessus, il ajoute un contrepoint gracieux de cordes (Meet The Pets) mais ne reste cependant jamais loin d'un esprit jazzy : d'abord dans ce thème plutôt décontracté, à base de piano, qu'il développe de manière délicatement mélodique, jouant avec des percussions et quelques cuivres, avant de virer à une sorte de musique de cirque poétique sur la prise de connaissance entre Max et Duke, un fox-terrier et un énorme bâtard à poil long (Meet Duke). D’ailleurs, pour Katie, leur propriétaire, il introduit un thème plus classique, à base de cordes, notamment pincées, et de piano, et également d’un filet d'harmonica (Katie’s Leaving). C'est ensuite que les choses sérieuses commencent : d'abord par un lento d'action,   rebondissant dans des sonorités empruntant, toujours, au jazz (Hijack!) ou encore utilisant pas mal de saxophone pour le romantisme de la rencontre entre une chienne coquette et un aigle. Il utilise aussi des sonorités inquiétantes qui lui permette de développer une musique de tension, à la manière de certains films noirs, mais, en recourant à des cuivres et des chœurs très graves à la russe, matinée d'une pointe d’humour (Gidget Meets Tiberius, You Have an Owner?). Cette utilisation des cuivres sur des mouvements jazzy mélangés à des orchestrations classiques, on l’a retrouve sur plusieurs morceaux mélangeant aventures et comédie (Rooftop Route, Good Morning Max, Flushed Out To Brooklyn). Mais aussi dans des musiques plus dansantes comme cette sorte de cha cha (Me Like What Me See), puis une superbe et dynamique bossa avec des cordes flamboyantes (Traveling Bossa). Entre les deux, il amène, et ce n'est pas vraiment une surprise sur un tel film, des thèmes justement animés, qui jouent à la fois le suspense et une certaine agitation parsemée de swing, ainsi que des solos de violons et de courts crescendos de cordes répétitives (Fetch Me A Stick). Plus amusant : Alexandre DESPLAT développe certaines musiques se situant entre le Mexique et l’Espagne, entre trompettes de mariachis et guitares, dans laquelle il intègre des développements doux rythmés (Telenovela Squirrels). Au final, ce qui apparaît particulièrement intéressant avec Alexandre DESPLAT, c’est qu’il décline certains thèmes, rythmés par de Max And Gidget. Ce qu'il fait à la manière, excusez du peu, d’Henry MANCINI, qui excellait, dans les années 1960, à mêler des sonorités enjouées et orchestrales. Et quand les bêtes se mettent à chanter, cela donne, en bonus, une amusante reprise du We Go Together, écrit par Jim JACOBS et Warren CASEY pour John TRAVOLTA et Olivia NEWTON-JOHN dans GREASE en 1978.

COMME DES BÊTES (The Secret Life of Pets). Un film d'animation franco-américain réalisé par Chris RENAUD et Yarrow CHENEY, avec les voix de Louis C.K, Eric STONESTREET, Kevin HART. Musique originale d'Alexandre DESPLAT disponible chez Back Lot/Universal music.

THE DANISH GIRL

Après LE DISCOURS D'UN ROI en 2010, Alexandre DESPLAT retrouve Tom HOOPER pour cette adaptation du bestseller de David EBERSHOFF. Il raconte la véritable histoire, dans les années 1930 au Danemark, de la première femme transgenre. Après des opérations de réassignation sexuelle, Einar devenu, sous le regard de sa femme Gerda WEGENER (Alicia VIKANDER),  l'artiste Lili ELBE, née Einar WEGENER (Eddie REDMAYNE).  Il paraissait difficile à Alexandre DESPLAT de transmettre musicalement le ressenti d’Einar a l'intérieur de son propre corps; ce que représente Lily, et la façon de l'extraire. D'où cette approche qui consiste, musicalement, à regarder Einar à travers les yeux de sa femme Gerda, qui reste sans doute la plus courageuse des deux. Quand Alexandre DESPLAT et Tom HOOPER ont réalisé qu'ils avaient besoin d'aller musicalement à travers les yeux de Gerda, la musique s'est alors construite à la manière d'un duo entre Einar et Gerda ; Alexandre DESPLAT s'attachant à respecter chacune de ces deux voix - et de trouver des angles différents à chaque fois. Ce fut l'autre défi, en regardant deux personnages qui changent, de ne pas être trop emphatique ou trop sombre ou trop simple. Il ne s’agissait de forcer le caractère romantique, évident, mais de rechercher quelque chose d'autre, de plus profond. Pour le thème titre, Alexandre DESPLAT amène un thème scintillant contenant, comme très souvent dans cette partition, du piano qui distille une mélodie fine, délicatement répétitive, qui correspond à la force de Gerda. L’autre instrument très présent, c’est la harpe, qui reflète un secret, auquel s’ajoute une ligne de violon (The Danish Girl) que l’on retrouve sur des thèmes plus sombres comme To Dresden, ou tournant, presque valsant (Schizophrenia) ou encore plus étranges (Lost Blood). Sur Gerda, Alexandre DESPLAT reste attaché à une base de piano mais aussi de violon pour un motif mélancolique, qui contient une certaine intensité. D’où des notes de piano qui se répètent accompagné de percussions étincelantes, qui s'apparentent davantage à une musique d’émotion que de cauchemar (Gerda). Ce qui se ressent notamment sur ce lento en mineur, où le piano reste d'abord en retrait avant d'égrener mélodiquement l'intérieur du personnage (Gerda In The Rain). Sur le thème du personnage central de Lily, alors qui n'existe pas encore réellement, le compositeur transcrit une sorte de rêve par un motif là encore porté par le piano qui renvoi au regard de Gerda; un thème sensuel et empli de mystère, souvent accompagné de cordes veloutées, de percussions délicates et d’une ligne de violon qui, parfois, se décroche, dégageant ainsi de la pureté (Lili's Dream). Alexandre DESPLAT continue par quelques thèmes assez grave comme celui où le piano intervient lentement, tardivement en écoulant des notes étranges, accompagné de cordes dans les vibratos dans un second temps sur des parties plus mélodiques (Watching Ulla), qui montent en intensité, montrant les étapes d’une révélation; en l'occurrence la découverte d'un nouveau physique, ici sous une musique forte, puissante et parfois obsessionnelle, crescendo (10. Aggression) tout en restant sur un fil émotionnel (Watching, The Mirror). Sur les frasques d’Einar, Alexandre DESPLAT amène un thème lent et léger, toujours distillé au piano et avec ce côté étincelant, répétitif mais entrecoupé de pauses, également de parties plus élégantes, presque amusantes qui amènent un charme façon belle époque (05. Make-Up & Costume) que l’on retrouve sur des thèmes secondaires comme Fonnesbech. Pour la mort de Lily, Alexandre DESPLAT introduit un véritable thème de tragédie, effleuré au piano, accompagné d'une lointaine ligne de violon ; un thème qui revient de manière répétitive et contrapuntique dans ses cordes tournantes. D'où aussi un certain lyrisme accentué par une ligne de violoncelle sur  la fin (Lili's Death). En bonus, on trouve une version swing du standard anglais Roses Of Picardy, composé par Haydn WOOD en 1916 et devenu un succès en France dès 1918 grâce à un texte de Pierre d'AMOR, présentée ici dans un arrangement de la cornettiste et chanteuse Marie-Christine « Kiki » DESPLAT et interprété par son orchestre féminin groupe Certains l’aiment chaud. On trouve aussi deux courtes valses danoises (Danish Waltz 1 & 2). Au final, Alexandre DESPLAT signe une superbe partition qui, par moments, rappelle, dans sa forme mélodique et sa beauté harmonique, celle de LA JEUNE FILLE A LA PERLE. On apprécie forcément ces délicats mouvements souvent profonds et aussi tourmentés que le personnage  principal du film.

THE DANISH GIRL. Un film de Tom HOOPER, avec Eddie REDMAYNE, Alicia VIKANDER, Ben WHISHAW. Musique originale d'Alexandre DESPLAT disponible chez Decca/Universal.

TRAFFIC QUINTET PLAYS ALEXANDRE DESPLAT

Pour son troisième album avec son TRAFFIC QUINTET, Dominique "Solrey" LEMONNIER a souhaité rendre hommage à sa fidèle et très personnelle collaboration musicale avec Alexandre DESPLAT. Ce nouvel album coïncide également avec le scénario de son nouveau spectacle dédié à Paris, la ville natale du compositeur: une promenade sur les quais, d’un pont à l’autre, évoquant tant les heures sombres de l’histoire que l’insouciance des amants allongés sur les bords de Seine sous le soleil d’été.  C’est ainsi qu’elle a scrupuleusement conçu et réalisé ce programme musical, tentant de capturer la lumière fluctuante, les mystères et le courant de cette rivière française qui traverse les musiques d’Alexandre DESPLAT, de TREE OF LIFE à UN PROPHETE. Le programme s'ouvre par le très beau thème principal du DISCOURS D'UN ROI (The King's Speech)  dont la mélodie se trouve portée par  Alain PLANES au piano; le quintet jouant surtout en contrepoint, et parfois en renfort, de cette musique. Suit un des plus beaux thèmes d'Alexandre DESPLAT pour ce  film incandescent que reste LA JEUNE FILLE ET LA PERLE  (Girl with a Pearl Earring réalisé par Peter WEBBER en 2003); un thème extrêmement technique, parfois obsessionnel et surtout intime, au rendu moins mélodique mais admirable par le Traffic Quintet, rejoint par Alexandre DESPLAT à la flûte & Alain PLANES au piano. Plus étonnant parce que moins connu apparaît la reprise de Love, Etc., film français de Marion VERNOUX (1996) avec Charlotte GAINSBOURG & Yvan ATTAL et sa musique sombre, souvent répétitive  et dont la gravité se voit exploitée par Traffic Quintet. Dans le même esprit, mais en plus pianissimo, enjouée et même temps obsessionnel et profonde, lente dans les cordes, on entend la musique (jamais éditée auparavant) du film LE PLUS  BEL ÂGE, réalisé par Didier HAUDEPIN (1995). Arrive ensuite l'incontournable thème d'UN HÉROS TRÈS DISCRET, première collaboration d'Alexandre DESPLAT avec Jacques AUDIARD et... Le Traffic Quintet; un thème fort devenu un classique. On peut caractériser de tout aussi fort, et même de violent, le splendide motif principal de THE GHOST  WRITER, le film de Roman POLANSKI, repris dans une interprétation inédite, renouvelée du Traffic Quintet qui transcende, par la diversité de ses cordes, la force inquiétante des notes. On enchaine avec la musique plus atmosphérique, de  THE TREE OF LIFE où les solistes du quintet alternent et se mélangent aux parties de piano. De nouveau de Jacques AUDIARD, on entend d’abord une longue suite d'UN PROPHÈTE ; une musique souvent grave, profonde et lente, parfois tournante mais peu mélodique qui rend magnifiquement l'ambiance particulière du film. Plus loin, on reconnait une suite de SUR MES LÈVRES, probablement le plus beau film de Jacques AUDIARD, dont l’esprit si particulier, entre histoire d’amour et parcours initiatique pas vraiment honnête, se trouve parfaitement rendu par une musique pulsative, à fleur des personnages. Vient ensuite la musique, bien moins connue,  d'EXTREMELY LOUD AND  INCREDIBLY CLOSE, film dramatique avec Kevin COSTNER qui aborde certaines conséquences des attentats du 11 septembre 2001; une partition sensible, souvent délicate mais aussi parfois agitée, où, là encore, les cordes, la flûte d'Alexandre DESPLAT et le piano d'Alain PLANES s'entremêlent. On revient à une ambiance davantage sensuelle, grâce à la musique de LUST, CAUTION film d'Ang LEE dont le Traffic Quintet et Alexandre DESPLAT au glockenspiel rendent admirablement la profondeur, le mystère de cette histoire d'amour; Alain PLANES se réservant, avec les cordes en contrepoint, la superbe partie mélodique. Puis on arrive à une musique plus romantique, parfois mélodique et légère, d’autres fois plus grave au travers de la partition complexe de CHÉRI, le film de Stephen FREARS. Le programme se termine par une version singulière, au tempo ralenti du joli thème, à la mélodie courte mais efficace et au développement romanesque appuyé par de généreuses lignes de piano, de COCO AVANT CHANEL, film d’Anne FONTAINE (2008). Au final, cet album revient à la source du Traffic Quintet, ensemble de musique de chambre qui a grandi en même temps que la renommée d’Alexandre DESPLAT dont la plupart des musiques se prêtent parfaitement à cet exercice. D’ailleurs, il reste amusant de retrouver une construction similaire à l’idée initiale de la partition d’UN HEROS TRES DISCRET, à savoir des sonorités plutôt intimes auxquelles s’ajoutent simplement, parfois, du piano et de la flûte. Il ressort un très bel album, qui tombe à point nommée pour rappeler le formidable parcours d’Alexandre DESPLAT et, comme le dit la publicité, ce n’est pas fini !

TRAFFIC QUINTET PLAYS ALEXANDRE DESPLAT. Disponible chez Mercury classics/Universal.

LES SUFFRAGETTES

Voici un film qui retrace le parcours du mouvement féministe du début du XXème siècle en Grande-Bretagne. On y suit Maud, une jeune femme issue d’un milieu modeste qui se retrouve engagée dans le mouvement féministe des Suffragettes. D’abord pacifiste, elle en vient à se radicaliser, quitte à sacrifier sa vie personnelle, pour combattre afin d’obtenir le droit de vote des femmes. Pour la musique, on retrouve Alexandre DESPLAT qui propose une excellente partition, à la fois mélodique, emplie de moments de tension et d’émotion. Il donne d’ailleurs tout de suite le ton avec un thème principal qui rappelle, dans le style, certains moments empli de gravité de MONUMENTS MEN. Alexandre DESPLAT commence donc par une sorte de pulsation rythmique omniprésente. Sur celle-ci, il introduit un motif grave relativement traditionnel, qui évoque un combat. Il s’agit d’un motif typique d'un film de guerre, à base de cuivres, de piano et de cordes qui amènent une dimension héroïque et touchante sur une jolie base mélodique (Suffragette) qu’il reprend parfois dans des variantes (Surveillance) . On le retrouve aussi au centre d’un morceau clé, sur un mouvement profond, lent, délicatement pianissimo, rythmé par un tambour et  suivi d'une montée orchestrale et de pulsations omniprésentes, même montantes (Votes for Women). Alexandre DESPLAT continue par un thème plus mystérieux, qui comporte une cellule répétitive de claviers accompagnée d'une rythmique de caisses claires, souvent présentes dans la partition pour souligner la lutte des personnages dans le film, mais pour encourager les femmes à continuer à se battre pour l'égalité des sexes. Il introduit aussi un mouvement profond de cordes qui amènent de l'étrangeté. On entend également de la harpe solo qui introduit un nouveau thème répétitif, accompagné d'un contrepoint grave et d’un mouvement typiquement européen – l’action se situe en Angleterre, associant les cordes et le piano (An Army). Alexandre DESPLAT continue par un autre thème important, évoquant des violences mais d’abord de manière délicate, ce qui constitue une constante de cette partition. Il introduit là une cellule mélodie rythmée par de la harpe et doublée en son contrepoint. Il est néanmoins coupé par des caisses claires et  quelques trompettes sur un rythme crescendo. Ce qui donne des thèmes emplis d'une intense tension 3 (Beaten, Bombings). Alexandre DESPLAT reste dans la gravité mais avec des cordes amples (Abuse), rythmées et surtout une superbe partie pianissimo accompagnée, parfois, d'une ligne de violoncelle, d'autre fois de harpe (Hope). Le piano que l’on retrouve dans un thème plus étrange, qui se développe délicatement, mélodiquement, avec des cordes qui jouent la tension, reprenant une mélodie colorée, inquiétante, en contrepoint (Demonstration). Bien sûr, sur un tel parcours de combattantes, le compositeur amène aussi de l’émotion, de la tristesse, comme ces musique profondes,  légèrement mélodique, complètement à base de cordes avec une cellule de notes graves qui se répètent, également un brin de harpe et du piano (Prison, Dreaming Of Equality) Il développe aussi des thèmes plus sombres, emplis de mystère et de suspense, liés à des moments plus agités, de danger (Force-Fed), de trouble avec des cordes assez rythmées, vibrantes sur un mouvement à la fois inquiétant, avec une courte ligne de violoncelle et un piano répétitif, froid même, qui rappelle des partitions comme GHOST WRITER (Epsom Derby). Au final, Alexandre DESPLAT livre ce qu’on attend de lui, à savoir une partition maitrisée, efficace et emplie d’émotion. On apprécie beaucoup un thème principal certes traditionnel, relativement discret mais très beau, parfaitement dans la couleur du film. On aime aussi ce rythme très présent de tambour qui ponctue les combats et les drames de ces femmes fortes. Et surtout, on constate que le compositeur ne déborde jamais, faisant toujours preuve d’une réelle délicatesse, de féminisme presque, même quand il s’agit d’évoquer des pages de violence. Enfin, il faut saluer l’interprétation toujours impeccable de l’Orchestre symphonique de Londres ; une réussite de plus pour Alexandre DESPLAT !

LES SUFFRAGETTES. Un film de Sarah GAVRON, avecCarey MULLIGAN, Brendan GLEESON, Helena BONHAM CARTER, Anne Marie DUFF, Ben WISHAX, Meryl STREEP. Musique originale d’Alexandre DESPLAT disponible chez Back Lot Music.

THE IMITATION GAME

Ce film superbe dresse le portrait véridique d’un homme qui, à la tête d’une équipe improbable de savants, linguistes, champions d’échecs et agents du renseignement,  a inventé quelque chose qui a influencé les générations suivantes. En 1940 : Alan TURING (Benedict CUMBERBATCH), mathématicien, cryptologue, se voit confié la mission de percer le secret d’Enigma, la machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable. Soumis à une intense pression, ses recherches ont contribué à changer le cours de l’histoire mais pas à le sauver d’une sexualité considérée comme illégale pour l’époque. Pour la musique, on retrouve Alexandre DESPLAT qui, après des films comme LE DISCOURS D’UN ROI et THE QUEEN, est de nouveau chargé d’accompagner un destin hors du commun dans une période de guerre. Ce qui lui permet de proposer une partition brillante, remplie d’émotion et de tension. Alexandre DESPLAT commence par un thème titre à la fois tournant, répétitif et contenant un fond grave duquel  se dégage une belle partie mélodique ; un grand, thème, qui se situe dans la lignée mélodique de LA JEUNE FILLE A LA PERLE, à la fois ample et empli de générosité mais aussi d'un mystère attenant autant au personnage (The Imitation Game) qu’à sa mission secrète (thème qui revient notamment dans le morceau Mission et le final Alan Turing's Legacy). Il s’agit d’une couleur étrange et sensible, que l’on retrouve dans le thème d’Alan, composé de plusieurs couches harmoniques, pour dépeindre la sensibilité de l’homme mais aussi sa complexité, la dangerosité de sa mission. D’où ce développement d’un motif en boucle, toujours à base de piano, mais aussi de flûtes aériennes, accompagné de cordes généreuses (Alan) que l’on retrouve sur certaines déclinaisons intimistes (Alone with Numbers) ou colorées (Crosswords), également sur le thème, à la fois ample et répétitif, avec des cordes obsessionnelles,  de Joan CLARKE (Keira KNIGHTLEY), la collègue et amie d’Alan TURING (Joan). Afin d’évoquer le système de codage nazi, Alexandre DESPLAT propose un thème bien plus sombre, construit à base de piano solo, de percussions et de cordes pincées jouées à la façon du Traffic Quintet comme il aime le faire (notamment sur UN HEROS TRES DISCRET) pour un thème qui devient tournant (Enigma). Il s’agit aussi d’une musique obsessionnelle également d’inspiration contemporaine et hitchcockienne, qui inspire un danger, une inquiétude (Becoming a Spy). On retrouve encore le piano, accompagné de percussions semi militaires semi obsessionnelles, que l’on retrouve pour des motifs dont la tension, le rythme, les rapproche dans l'esprit de GHOST WRITER  (U-Boats, The Machine Christopher).  Le compositeur propose aussi des thèmes d’orchestre plus dramatiques, douloureux, se caractérisant par une profondeur inédite, privilégiant les notes lentes, notamment du piano distillant une musique intimiste et en même temps très européenne (Carrots And Peas, The Apple, Farewell to Christopher). Au final, Alexandre DESPLAT signe une partition emplie d’émotion et de subtilité, qui contient à la fois des thèmes forts, délicats et une atmosphère pleine de mystère.Comme souvent, il propose plusieurs thèmes principaux, dont certains qui reviennent de manière obstinée dans différentes variations, pour dresser le portrait d’un homme relativement simple plongée dans une situation mystérieuse, grave et périlleuse. Il se sert aussi autant de l’orchestre que de formations plus simples, légères, et même d’instruments solistes, pour multiplier les ambiances, les couleurs, et nous entraîner vers d’avantage d’émotion. Il en ressort une musique splendide et indispensable !

THE IMITATION GAME. Un film de Morton TYLDUM, avec Benedict CUMBERBATCH, Keira KNIGHTLEY, Matthew GOODE. Musique originale composée par Alexandre DESPLAT disponible chez Sony classical.

 

GODZILLA

Soixante ans après sa création, le monstre japonais qui a cristallisé en lui les peurs et les angoisses liées à l'ère atomique est de retour. Plus qu’un film de monstre, il s’agit d’un récit de courage humain et de réconciliation réalisé par le cinéaste visionnaire Gareth EDWARDS (MONSTERS) qui, pour la touche finale du film, à savoir la musique, a engagé le très demandé Alexandre DESPLAT. Et il lui a fait écouter une liste des musiques de films qu’il avait sélectionnées car il les trouvait tout indiquées sur le plan de la tonalité du film. Il s’agissait de musiques qui prennent en compte les émotions troublantes, mais aussi l’horreur macabre et sombre qui plane. De son côté, Alexandre DESPLAT appréciait le souci de Gareth EDWARDS pour la dimension émotionnelle de ses personnages. Sur les images du génériques montrant un paysage de forêt tropicale, Alexandre DESPLAT introduit un thème ample, coloré, obsessionnel, inspirant à la fois un côté dramatique et le futur combat entre Godzilla et les Muto nucléaires (Godzilla!). Pour la séquence des mines, Alexandre DESPLAT lance un thème assez lent, avec du piano. En même temps, on note une légère rythmique et une cellule de cordes doucement répétitives et annonciatrice d’une tragédie. Également des chœurs assez lointains et des flûtes qui amènent une couleur asiatique (Inside the Mines) et on découvre ces orchestrations ressemblant à des cris, que l’on entend également sur la séquence de l’éclosion des œufs (Muto Hatch). Pour le thème de la centrale où Joe (Bryan CRANSTON) va perdre sa femme, Alexandre DESPLAT déploie un thème grave, qui avance irrémédiablement, comme pour évoquer une urgence. Dans une deuxième partie, la musique se fait plus émotionnelle, plus mélodique aussi, pour appuyer le drame (The Power Plant) ; un évènement qui va le consumer et ce que la musique nous fait ressentir et que l’on retrouve sur les images de Ford en train de le rejoindre à travers un thème au piano solo doucement mélodique, très agréable, très acoustique, mélancolique, repris par des cordes en contrepoint, pour annoncer le retour vers l’île de Janjira (Back to Janjira). Pour accompagner la séquence de la zone interdite, lieu de résidence des Muto, Alexandre DESPLAT propose des sonorités sorte vivantes, doucement rythmée par des sortes de pulsation en solo. Dans un deuxième temps, on trouve des cordes en contrepoint, puis des percussions et quelques notes graves qui amènent un trouble, un malaise (To Q Zone). Alexandre DESPLAT surprend aussi en utilisant parfois des sonorités électroniques, à la façon d’une radio brouillée ; des sonorités modernes mélangées à de la flûte shakuhachi et des cordes lointaines, suivie d’un développement plus classique, mais aussi répétitif (Vegas Aftermath) qui annonce de nombreuses séquences spectaculaires, portées par des cordes trépidantes, des cuivres omniprésents, et d’un thème tournant, qui représente à la fois le personnage de Godzilla et la crainte qu’il inspire (Following Godzilla) ; ce qui engendre un climat d’apocalypese accentué par des chœurs, des cuivres crescendos, et, des percussions (Golden Gate Chaos, Two Against One), également par des motifs pianissimo rapides, rythmés avec toujours la présence de la flûte shakuhachi (Entering The Nest). C’est au moment de la victoire de Godzilla que le compositeur revient à une musique plus douce, avec quelques notes de piano distillées sur un fond atmosphérique. On retrouve là une musique plus classique d’Alexandre DESPLAT, qui renvoie à des partitions solaires notamment AFTERWARDS (ET APRES) de Gilles BOURDOS (Godzilla's Victory). Pour le dernier morceau, Alexandre DESPLAT commence par une sonnerie de cuivres, puis on entend de nouveau le thème de Godzilla, puis une partie pianissimo mélancolique, et des flûtes qui donnent une ambiance fraiche, de forêt. Il termine par une reprise pianissimo très émouvante, avec un développement et même une lancée orchestrale (Back To The Ocean). Au final, pour son premier film de monstre, Alexandre DESPLAT a pu donner libre cours à son imagination et à sa créativité. D’où une superbe partition, dont les thèmes musclés, à la fois rythmés et percussifs maintiennent constamment la tension. En même temps, il ne néglige pas les éléments émotionnels du film, à travers notamment des parties de piano superbes, et qui permettent d’insister sur le profond sentiment de deuil qui habite Ford BRODY, qui alors qu’il vient juste de retrouver les siens à San Francisco doit repartir porter secours à son père en difficulté au Japon. Il en ressort alors une partition certes très violente mais aussi bien plus émouvante qu’on aurait pu s’y attendre. Une réussite donc !

GODZILLA. Un film de Gareth EDWARDS, avec Aaron TAYLOR-JOHNSON, Ken WATANABE, Elizabeth OLSEN, Juliette BINOCHE, Sally HAWKINS, David STRATHAIRN et Bryan CRANSTON. Musique originale d’Alexandre DESPLAT, disponible chez Sony Classical.

 
 

THE MONUMENTS MEN

MONUMENTS MEN relate l’histoire véridique de sept hommes, des professionnels de l’art qui sont tout sauf des soldats aguerris, qui se sont jetés au cœur du conflit nazi pour empêcher la destruction de mille ans de culture. Après LES MARCHES DU POUVOIR (THE IDES OF MARCH), revoilà Alexandre DESPLAT au générique du nouveau film réalisé et interprété par Georges CLOONEY, qui se situe dans la grande tradition des œuvres de guerre américaines et qui, surtout livre un message positif. Ce qui se ressent aussi dans la partition d’Alexandre DESPLAT dont la première qualité réside dans la présence d’un vrai thème principal, mélodique, enlevé et coloré ; de ceux que l’on a toujours apprécié mais qui se raréfient. Sa présence est d’autant plus à souligner qu’Alexandre DESPLAT n’est pas réputé pour être un grand faiseur de thèmes sauf qu’ici il s’inscrit clairement dans une démarche de musique jouissive. Pour le thème d’ouverture justement (The Roosevelt Mission), Alexandre DESPLAT donne la couleur en déployant un motif haut, chantant. Pour le générique, il continue avec un thème à la trompette et une sorte de valse dont l’orchestration à la limite de la fanfare lui donne une allure très classieuse et en même temps européenne que l’on retrouve plusieurs fois dans la partition (Opening Titles, Castle Art Hoard). Ces thèmes, d’allure très traditionnelle, on les retrouve souvent, parfois dans un style plus classique, rythmé à la manière d’une parade, par exemple avec du tuba (Basic Training)  mais aussi de façon ample, sur Normandy. On en retrouve également des variantes à la fois graves et romantiques (Deauville) ou plus proches de l’action (Heilbronn Mine).  Le compositeur joue aussi de la période sombre avec des motifs plus obsessionnels, qui rappellent certains films de guerre américain (Ghent Altarpiece). Il introduit aussi des motifs étranges ressemblant parfois à une boite à musique et dont le crescendo, le rythme, annoncent un danger (Champagne) ou plus nostalgique grâce à l’apport du piano (Stokes), comme dans ce thème doucement mélodique, empli de vibratos, et d’un rythme façon films aventures (John Wayne). Alexandre DESPLAT livre aussi de pures musiques d’action, dans lesquelles il se révèle toujours plus à l’aise et flirte parfois avec la musique contemporaine (Sniper, EG The Nero Decree, I See You, Stahl, Finale) ou des musiques qui avancent plus lentement, soulignant le danger (Siegen Mine). Il propose aussi des motifs plus atmosphériques, agrémentés par des sonorités qui font davantage bruitage que musique ou des moments plus dramatiques, planants comme cette partie pour cordes et harpe, avec une mélodie qui s’élève (Claire & Granger). Néanmoins, le compositeur ne reste jamais loin de son thème principal, qu’il reprend discrètement mais régulièrement (Into Bruges). Dans La Lettre, Alexandre DESPLAT met en avant le deuxième thème important de MONUMENTS MEN ; un motif plus en intériorité, pour tuba et trompettes en arrière, qui dégage à la fois de la nostalgie et de l’émotion, repris de manière pianissimo, ce qui lui donne une fragilité inédite. Pour la mort de Jean-Claude, le compositeur propose un thème très émotionnel, doucement rythmé par les cuivres qui lui donnent un aspect patriotique (Jean-Claude Dies). En bonus, l’album contient une version sympathique d’Have Yourself A Merry Little Christmas par Nora SAGAL. Au final, avec MONUMENTS MEN, Alexandre DESPLAT livre une de ses meilleures partitions pour un film américain et une des plus belles bandes originales du moment. On peut même dire qu’il a franchi un palier pour devenir, comme Maurice JARRE et Michel LEGRAND avant lui, un des plus américains des compositeurs français. Il en résulte alors une bande originale à l’américaine et à l’ancienne, de celles que l’on ne cesse de réécouter avec joie et émotion.

MONUMENTS MEN. Un film réalisé par Georges CLOONEY. Avec George CLOONEY, Cate BLANCHETT, Matt DAMON, Jean DUJARDIN. Musique originale d’Alexandre DESPLAT disponible chez Sony Music.

 

 

  

 

DE ROUILLE ET D’OS Suite à une rixe dans une boîte de nuit du sud de la France, le destin d’Ali, qui habite avec son chez sa sœur, rencontre celui de Stéphanie, dresseuse d’orques dans un parc aquatique. Alors qu’ils n’auraient jamais dû se revoir, des évènements dramatiques vont de nouveau les réunir. Pour son sixième film, Jacques AUDIARD reste fidèle à Alexandre DESPLAT qui, en guise de thème principal, introduit un superbe thème à la fois nostalgique et funèbre. Très lent, porté par des trompettes doucement mélodiques, ce thème associé également à Ali (De rouille et d'os). Un autre aspect de la partition originale tient à son côté très classique qui se distingue par un élégant motif pianissimo qui arrive à la manière d’une sonate (Le lac, Stéphanie Et Sam). On trouve aussi une dimension plus intimiste, plus blues, portée par une guitare avec de la résonance. Il s’agit d’une musique douce, pure, planante comme une ombre dans le bonheur, un doute avant la foudre (Le train, Marineland). Alexandre DESPLAT revient au piano et à une écriture très école française pour le thème de Stéphanie et Sam. Egalement sur un motif de trois notes répétitives avec un violon qui monte doucement avant une partie mélodique plus marquée (La loi du supermarché). Il continue avec une musique atmosphérique, introduite par des percussions, puis développée pour clarinette et piano (La plage). Puis il y a les thèmes des combats ; des motifs plus modernes, à la fois intimistes et graves, avec de la guitare électrique et de l’accordéon, parfois de l’électronique. Tandis que l’accordéon est joliment associée au Combattant, on retrouve la clarinette pour les motifs de l’hôpital, un thème en forme de pulsation avec une partie orchestrale lente, profonde (L'hôpital). On reste dans les pulsations mais de façon plus rythmique, électro aussi (Les Paris). La guitare se voit également associée au thème de Stéphanie, qui se caractérise par son côté tournant, électro avec un peu de piano par-dessus et surtout le blues qu’il dégage. Il s’agit d’un thème très dépouillé, qui renvoie à la situation de blocage du personnage (Stéphanie). En complément, comme souvent dans les films de Jacques AUDIARD, on trouve des morceaux et chansons supplémentaires : Wash (Bon Iver), Reckless (With Your Love) [Tiga Remix] Azari), Evidently Chickentown (John Cooper Clarke), Love Shack (The B-52's), I Follow Rivers (The Magician Remix) Lykke Li), With You (feat. Alexis Taylor), Sexy Phone Girls' Fantasies (White & Spirit), Firewater (Django Django). Pour Alexandre DESPLAT, cette musique se révèle à la fois différente et dans la continuité des autres composées pour Jacques AUDIARD, Différente car il s’agit de son premier film d’amour, sans une dimension de suspense. Dans la continuité parce qu’on y retrouve ce mélange de sonorités électroniques et acoustiques qui appuient la tension dramatique et la fragilité. Au final, il reste une partition complexe, à la fois pure et intimiste, classique (le piano) et moderne (les couches sonores qui se superposent). Moins intense que SUR MES LEVRES mais aussi émouvante, il en résulte une musique qui, constamment, se ferme et se rouvre ; ne passez pas à côté de cette belle réussite, peu commune pour un film français.DE ROUILLE ET D’OS, un film de Jacques AUDIARD, avec Marion COTILLARD, Marhias SCHONAERTS, musique originale de Alexandre DESPLAT – Disponible chez Idol / Why Not Productions